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Information Il existe, pour le moment, deux systĂšmes d'indexation internes pour trouver du contenu Raccourci [+] WLCDU Recherche thĂ©matique des livres selon la Classification DĂ©cimale Universelle CDU Principes La recherche thĂ©matique des livres repose sur la Classification DĂ©cimale Universelle. Cette classification repose sur quelques principes de base tout classer il n'y a aucune rubrique divers », classer en partant du contenu des documents Ă  traiter c'est donc une classification idĂ©ologique, au vrai sens du terme, classer en allant du gĂ©nĂ©ral au particulier. L'ensemble des connaissances humaines, considĂ©rĂ© comme l'unitĂ©, est subdivisĂ© en dixiĂšmes, puis en centiĂšmes, et ainsi de suite. Les indices de la CDU sont donc des nombres dĂ©cimaux privĂ©s du zĂ©ro et de la virgule. De ce fait, 126 est classĂ© avant 59, puisque 0,126 est un nombre plus petit que 0,59. Le classement numĂ©rique est arbitraire mais on peut l'utiliser dans tous les pays du monde, ce qui n'est pas le cas, par exemple, pour le classement alphabĂ©tique. L'utilisation des indices comporte d'innombrables possibilitĂ©s, au point de constituer un vĂ©ritable langage documentaire qui exprime, sous une forme codifiĂ©e, des notions trĂšs complexes. Nous n'en ferons pas Ă©tat ici. MĂ©thode En suivant les liens donnĂ©s dans les tables, le lecteur aboutira normalement Ă  une courte liste contenant l'ensemble des livres relatifs au sujet qui l'intĂ©resse. Toute page contenant trop de rĂ©fĂ©rences peut ĂȘtre facilement subdivisĂ©e comme les prĂ©cĂ©dentes. Un mĂȘme livre traitant de divers sujets pourra bien sĂ»r ĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ© Ă  plusieurs endroits. Le 0 zĂ©ro terminant un indice signale toujours qu'il s'agit de gĂ©nĂ©ralitĂ©s sur ce qui prĂ©cĂšde l'indice 30, par exemple, regroupe les notions gĂ©nĂ©rales sur les sciences sociales. Attention ! En raison de diverses mises Ă  jour dictĂ©es par l'Ă©volution des connaissances et des techniques, la numĂ©rotation prĂ©sente quelques irrĂ©gularitĂ©s qui ne sont pas forcĂ©ment des erreurs ! Sur les pages de garde des livres classĂ©s, vous pouvez apposer le modĂšle {{CDU}}. En cas de doute, voyez Jean-Jacques MILAN Divisions principales 0 - GĂ©nĂ©ralitĂ©s fondements de la connaissance et de la culture, bibliographies, bibliothĂ©conomie, encyclopĂ©dies, ouvrages de rĂ©fĂ©rence, dictionnaires, pĂ©riodiques, collectivitĂ©s, sociĂ©tĂ©s, acadĂ©mies, instituts de recherche, musĂ©es, journaux, journalisme, polygraphies, manuscrits, bibliophilie. 1 - Philosophie, psychologie mĂ©taphysique, philosophie, sciences occultes, psychologie, logique, Ă©pistĂ©mologie, thĂ©orie de la connaissance, morale, Ă©thique. 2 - Religion, thĂ©ologie philosophie des religions, ouvrages de rĂ©fĂ©rence, thĂ©ologie dogmatique, thĂ©ologie morale, thĂ©ologie pastorale, Ă©glises, histoire des religions et des cultes. 3 - Sciences sociales thĂ©ories et mĂ©thodes gĂ©nĂ©rales des sciences sociales, statistiques, dĂ©mographie, sociologie, politique, Ă©conomie, droit, jurisprudence, lĂ©gislation, administration publique, gouvernements, affaires militaires, questions relatives Ă  la consommation et aux consommateurs, Ă©ducation, enseignement, administration des poids et mesures, ethnologie, coutumes, folklore. 4 - division actuellement inoccupĂ©e 5 - Sciences exactes et naturelles gĂ©nĂ©ralitĂ©s sur les sciences et la protection de la nature, mathĂ©matiques, astronomie, gĂ©odĂ©sie, physique, chimie thĂ©orique, minĂ©ralogie, cristallographie, gĂ©ologie physique, ocĂ©anographie, mĂ©tĂ©orologie, climatologie, hydrologie, palĂ©ontologie, biologie, Ă©cologie gĂ©nĂ©rale, gĂ©nĂ©tique, botanique, zoologie. 6 - Sciences appliquĂ©es, technologie mĂ©decine et pharmacie, art de l'ingĂ©nieur, agriculture, Ă©levage, Ă©conomie domestique, cuisine, industries chimiques et apparentĂ©es, industries et mĂ©tiers divers, informatique, industries de la construction des bĂątiments et ouvrages, matĂ©riaux de construction 7 - Arts, divertissements, sports amĂ©nagement du territoire, urbanisme, architecture, arts plastiques, musique, jeux, sports, arts du spectacle 8 - Linguistique, philologie, littĂ©rature langages, formes et genres littĂ©raires, littĂ©ratures particuliĂšres, 9 - ArchĂ©ologie, gĂ©ographie, biographie, histoire classement des Ă©tudes selon les territoires, les Ă©poques, les types de documents, etc. TĂ©lĂ©charger rĂ©trospective Universal 100 ans - 100 films Ă  La CinĂ©mathĂšque française 5 DÉCEMBRE 2012 – 4 MARS 2013 Retrouvez les plus grands ïŹlms de l’histoire du cinĂ©ma amĂ©ricain. SAMEDI 8 DÉCEMBRE - 14H30 UNIVERSAL, 100 ANS DE CINÉMA RĂ©trospective rĂ©alisĂ©e en partenariat avec HORAIRES + PROGRAMME SUR La CinĂ©mathĂšque française - musĂ©e du cinĂ©ma 51, rue de Bercy Paris 12Ăš Grands mĂ©cĂšnes de La CinĂ©mathĂšque française CrĂ©dit Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock 1963 © Universal Studios. DR Table ronde animĂ©e par Jean-François Rauger, avec JoĂ«l Augros et Pierre Berthomieu PrĂ©cĂ©dĂ©e de la projection d’Une balle signĂ©e X de Jack Arnold. Kƍji Wakamatsu 1936-2012 Lorsque dans les annĂ©es 2000, les films de Kƍji Wakamatsu se remirent Ă  circuler, nous dĂ©couvrĂźmes des images d’une puretĂ© bouleversante une femme nue crucifiĂ©e devant le mont Fuji et un homme en pleurs Ă  ses pieds, une vierge Ă©clatant de rire sous le soleil, des amants rĂ©volutionnaires dont l’orgasme embrasait Tokyo ; et des jaillissements Ă©carlates de jouissance et de violence et des monochromes bleus, fragiles souvenirs du paradis perdu. Kƍji Wakamatsu donnait une voix aux Ă©tudiants japonais, mais plus encore Ă  tous les proscrits et les discriminĂ©s les sans-abri de Tokyo, les combattants palestiniens, les adolescents assassins, rendus fous par une sociĂ©tĂ© aliĂ©nante, et les femmes qu’il dĂ©signait, de façon dĂ©finitive, comme les prolĂ©taires d’une classe masculine fĂ©odale et cruelle. MĂȘme dans les copies sans sous-titres des Anges violĂ©s et Shojo Geba Geba, nous comprenions tout l’amour fou et la rĂ©volution, la haine du pouvoir et l’apologie du plaisir et surtout le romantisme d’une jeunesse prĂȘte Ă  tout sacrifier pour son idĂ©al. Cette jeunesse qui peuplait encore la salle de sa derniĂšre apparition au Festival de Busan, demeure le lĂ©gataire Ă©ternel du cinĂ©ma de Wakamatsu. Il y aura toujours dans le monde un jeune homme ou une jeune fille qui, dĂ©couvrant L’Extase des anges ou Va vierge pour la seconde fois, s’écriera Ce film m’était destinĂ© ! Qui est ce cinĂ©aste qui a si bien compris mes dĂ©sirs et mes rĂ©voltes ? » StĂ©phane du Mesnildot 3 Remerciements L'Ă©quipe du festival PrĂ©sident du Festival Étienne Butzbach DĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale, directrice artistique Catherine Bizern SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale MichĂšle Demange Adjoint Ă  la direction artistique, catalogue, site internet Christian Borghino SĂ©lection de la compĂ©tition officielle Catherine Bizern, AmĂ©lie Dubois, JĂ©rĂŽme Momcilovic, Pierre Menahem Coordination de la compĂ©tition et de films en cours CĂ©cile Cadoux Coordination des journĂ©es professionnelles Laure Vernay Recherche des copies Caroline Maleville Relations presse Audrey Grimaud Administration Nathalie Javelet, AĂŻcha Bellil Communication et relations publiques Marie Holweck ChargĂ©es des publics scolaires Martine Fendeleur, Megi Krajlevic Accueil invitĂ©s Maeva Schamberger Anne-Carole Thalgott, Nathalie Pascal, Claire Liborio, FrĂ©dĂ©ric Machin, Lucien Pion Accueil public Marie Jelsch, Cendrine Aldaberon, Antoine Weberž et les bĂ©nĂ©voles du festival Publications Martine Fendeleur, Megi Krajlevic Traductions catalogue Christian Borghino RĂ©gie gĂ©nĂ©rale Delphine Puddu, RĂ©gie des copies Duc Tran Projectionnistes Thierry Monthiel, AurĂ©lie Amiel, Joachim Huber, Christophe Wybrecht Projectionnistes vidĂ©o Joannes PoĂšte, Vincent Jeannerot, Laurent Juan, Vincent Florin , Michel De Heus, Alex Picardeau Prise de son / images AmĂ©lia Sarmento, Didier Philibert, Boutique du Festival Lucy Escoriguel, Nathalie Martin Colloque CinĂ©ma et histoire » Laurent Heyberger Conception et rĂ©alisation de la bande annonce ClĂ©ment Cogitore Graphiste StĂ©phanie Renaud Graphiste catalogue Christophe Patrix Conception de l’affiche Nine Antico Photographe Vincent Courtois Journal et blog du festival Roxane Ajerage, AurĂ©lie Amblard, Josiane Bataillard, François ChaguĂ©, Nicole Cordier, Sylvie Courroy, Marie Holweck, Nicole Labonne, Laura Pertuy, Lionel Royer, Frank Schmitt, Marie-Antoinette Vacelet, Fabien Velasquez, Laura Zormitta Direction de la rĂ©daction Christian Borghino Le Festival EntreVues est organisĂ© par la Ville de Belfort et l’association CinĂ©mas d'aujourd'hui. Maire adjoint, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la culture Robert Belot Directrice de l’Action culturelle Fabienne Desroches PrĂ©sident de CinĂ©mas d'aujourd'hui Gilles LĂ©vy Remerciements Le festival remercie ses partenaires La RĂ©gion Franche-ComtĂ©, le Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort, le ministĂšre de la Culture et de la communication, la Direction rĂ©gionale des Affaires culturelles de Franche-ComtĂ©, le Centre national du cinĂ©ma et de l’image animĂ©e, la CinĂ©mathĂšque française, la Sempat, la Fondation Groupama-Gan pour le cinĂ©ma, le cinĂ©ma PathĂ© Belfort, la Sacem, l’AcsĂ©, Cosmodigital, Mikros image, PolySon, Gomedia, Festival Scope, Optymo, la Fnac, le Consulat GĂ©nĂ©ral des États-Unis Ă  Strasbourg, l’Institut CamĂ”es, Deya, Dune, Delta live, le Groupement national des cinĂ©mas de recherche, L’Agence du court mĂ©trage, l’ACID, Documentaire sur grand Ă©cran, le Centre Image du Pays de MontbĂ©liard, l’Irimm, la CMCAS, La PoudriĂšre, l’Espace Gantner, le Centre chorĂ©graphique national de Franche-ComtĂ© Ă  Belfort, le musĂ©e de Belfort, La Chambre de commerce et d’industrie, 4 la Ville d’Audincourt, l’IUT Belfort-MontbĂ©liard, l’UTBM, SRC UHA, Seven art, le Nouveau Latina, Onfaikoi, Novotel Atria Belfort, la Maison du tourisme du Territoire de Belfort, IdĂ©e, Cezam, CIE 3 chĂȘnes, CE Peugeot. Les Cahiers du cinĂ©ma, Les Inrockuptibles, l’HumanitĂ©, MĂ©diapart, France Bleu Belfort-MontbĂ©liard, L’Est rĂ©publicain, Le Pays, France 3 Bourgogne Franche-ComtĂ©, Novo, Flux 4 ; Atria Novotel, BorĂ©al, Les Capucins, Kyriad, Saint-Christophe, Au relais d’Alsace, All Seasons, Formule 1 Belfort, Balladins, Premiere Classe, Tonneau d’or, Le Bistroquet, Courtepaille, La Pampa, Les Abeilles, Voyages Carlsonwagonlit. Les ayants-droits, distributeurs et cinĂ©mathĂšques Aramis films, Arkeion, Belva, Carlotta, Cinedoc, Deutsches Filminstitut, Diaphana, Disney, Doc & Film International, Documentaire sur Grand Ecran, Dogma Films, Films des Acacias, Films d’ici, Films du Losange, Films du Paradoxe, Films sans frontiĂšres, Forum des Images, Gaumont, Haut et Court Distribution, Independencia, Jba Productions, Jour 2 FĂȘte, Les Films de l’Atalante, Les Grands Films Classiques, Light Cone, Mact Distribution, Metropolitan Film Export, MK2, Photoplay, Pierre Grise, Rendez vous Pictures, Rezo Films, Splendor Films, Starz, Tadrart Films, Tamasa, TheĂątre du Temple, Wild Side, Wildbunch. Le Festival remercie particuliĂšrement Jean-Pierre ChevĂšnement, Jean Pierre Mocky, Catherine Millet et Dominique PaĂŻni Nine Antico, JĂ©rĂŽme Baptizet, Gilles BarthĂ©lĂ©my, Claire Beaudoin, Bernard Benoliel, Tiina Bieber, Vincent-Paul Boncour, Jean-Claude Brisseau, Yann Brolli, Martial Bourquin, Nathalie Bourgeois, Loic Bugnon, Émilie Cauquy, AmĂ©lie Chatellier, Sophie Cheviron, JeanMichel Cretin, Clement Cogitore, Jean-Damien Collin, FrĂ©dĂ©ric Corvez, Sophie Denize, Sarah Derny, Élisabeth Ducos, StĂ©phane Du Mesnildot, Sandrine Dupuis, Gilles Duval, Laurence Garret, Wafa Ghermani, Philippe Germain, Élise Girard, FrĂ©dĂ©ric Goldbronn, Olivier Guillaume, Elodie Imbeau, Yves HĂ€nggi, Fabienne Hanclot, Georges Heck, Jacques Henric, Dominique Hoff, Henri Hoyon, Guillaume Jehannin, François Jouffroy, Fernanda Jumah, Joana Leighton, AurĂ©lie Lequeulx, Sophie Letourneur, ChloĂ© Lorenzi, Anne-Catherine Louvet, Christine Lyet, Vincent Malausa, Sacha Marjanovic, Christine Martin, Patricia Mazuy, Rania Meziani, Philippe Monnier, Isabelle Morax, ValĂ©rie Mouroux, Nicolas Naegelen, Jean Narboni, Matthieu OrlĂ©an, Damien Palomba, Philippe Perrot, Bernard Poly, Christophe Postic, Olivier PrĂ©vĂŽt, Christian Proust, Alessandro Raja, David Ranoux, Jean-François Rauger, SĂ©bastien Ronceray, Gilles Rousseau, François Sanchez, Philippe Schweyer, Claire Simon, Boris Spire, Nicolas Surlapierre, Charles Tesson, Amandine ThĂ©venin, Olivier ThĂ©venin, Isabelle Truchot, Marie-Antoinette Vacelet, Gerard Vaugeois, Laurent Vinauger, Martin Wheeler, Carsten Wilhelm, JoĂ«l Willy et l’équipe du cinĂ©ma PathĂ©, Michel Wolfer, Dork Zabunyan, Les services de la Ville de Belfort et de la CommunautĂ© d’agglomĂ©ration belfortaine, Les Ă©tudiants de CarriĂšres sociales et de Mosel, de l’IUT BelfortMontbĂ©liard, et les Ă©tudiants en gestion de projet multimĂ©dia de l’universitĂ© de Haute-Alsace, et bien sĂ»r Ă  tous les bĂ©nĂ©voles, plus particuliĂšrement Audrey Delattre, Jonas Moenne, JoĂ«l M’Bajoumbe, HĂ©lĂšne Monin, Blaise PĂ©trequin et Damien Vandewalle. S 2 5 ommaire Organisation et remerciements Éditos 16 Les jurys de la 27e compĂ©tition internationale 19 PrĂ©sentation de la compĂ©tition 20 CompĂ©tition les longs mĂ©trages 36 CompĂ©tition les courts mĂ©trages 44 SĂ©ances spĂ©ciales hors compĂ©tition 46 Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky 70 IntĂ©grale Rob Zombie 82 Ernst Lubitsch c kan kon kouch ? 102 L'argent guide le monde... 137 CinĂ©ma et histoire capitalisme, temps de crises 146 Programmation exceptionnelle art press, 40 ans de regard 169 SĂ©ances spĂ©ciales hors compĂ©tition 178 Films en cours 180 Les rencontres professionnelles 183 Les Forums publics 185 SĂ©ance de clĂŽture 187 Le festival c’est aussi
 189 L’affiche 2012 191 La bande annonce 2012 192 Index des films 193 Partenaires du festival 5 Ă©ditos E ntreVues, c’est le cinĂ©ma tel que nous l’aimons Ă  la fois variĂ©, exigeant et populaire, ouvert Ă  tous les genres et Ă  tous les publics. C’est aussi un moment de partage entre toutes les gĂ©nĂ©rations, des sĂ©ances maternelles aux sĂ©ances intergĂ©nĂ©rationnelles oĂč les Ă©tudiants accueilleront les ainĂ©s. En effet, cette 27e Ă©dition d’EntreVues fait se cĂŽtoyer la comĂ©die classique amĂ©ricaine de Lubitsch, qui a ravi tant de cinĂ©philes Ă  travers le temps, et l’Ɠuvre turbulente d’un des cinĂ©astes français les plus populaires des annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, Jean-Pierre Mocky, tandis que tous les soirs Ă  22h30 nous aurons rendez-vous avec l’un des auteurs de films d’horreur le plus prisĂ© Ă  la fois des adolescents d’aujourd’hui et de la critique, Rob Zombie. Gageons que toutes ces gĂ©nĂ©rations sauront dialoguer ensemble et se mĂȘler pour, entrainĂ©s les uns par les autres, dĂ©couvrir des films et des auteurs qu’ils ne connaissent pas ! Ă  cĂŽtĂ© de ces rĂ©trospectives mettant Ă  l’honneur trois cinĂ©astes trĂšs diffĂ©rents mais qui ont en commun de bousculer les bonnes maniĂšres et les codes du genre cinĂ©matographique, un choix de films du monde entier nous invite Ă  porter un regard critique sur le monde d’aujourd’hui, et Ă  s’interroger sur la valeur de l’argent. Les Rencontres CinĂ©ma et Histoire, qui prennent cette annĂ©e pour thĂšme les crises du capitalisme nous permettrons de nous interroger sur cette crise qui fait notre douloureuse actualitĂ©. Car c’est cela, EntreVues, un temps de parole autour des idĂ©es et du monde Ă  travers des films. C’est aussi un temps de rĂ©flexion sur le regard et les images, comme nous y invitent les Forums publics, tous les soirs Ă  18h30, ou comme nous le ferons avec Catherine Millet et ses compagnons d’art press avec lesquels nous sommes heureux de fĂȘter le 40e anniversaire de la revue. Nous sommes Ă©galement trĂšs heureux de voir combien EntreVues est devenu en quelques annĂ©es un lieu de rencontre privilĂ©giĂ© pour les professionnels de l’image et du cinĂ©ma des cinq rĂ©gions du Grand Est. Ils sont rĂ©unis dans le cadre du stage des mĂ©diathĂ©caires proposĂ© en collaboration avec l’association nationale Image en BibliothĂšque, pour les Rencontres rĂ©gionales de l’éducation Ă  l’image organisĂ© par le PĂŽle Image de Franche ComtĂ©. C’est le cas Ă©galement lors de la journĂ©e des exploitants mise en place, voilĂ  deux ans, par le festival et de l’atelier de rĂ©flexion Grand-Est qui rĂ©unit l’ensemble des responsables institutionnels d’Alsace, de Bourgogne, de ChampagneArdennes, de Franche-ComtĂ© et de Lorraine pour l’élaboration de projets communs. Mais plus que tout, l’évĂšnement d’EntreVues, sa raison d’ĂȘtre et ce qui fait que le festival est reconnu par les professionnels du monde entier, c’est sa compĂ©tition internationale. Cette annĂ©e y participent trente jeunes cinĂ©astes qui prĂ©sentent quinze courts-mĂ©trages et quinze longs-mĂ©trages venant de seize pays diffĂ©rents. La plupart d’entre eux n’ont jamais Ă©tĂ© montrĂ©s en France, et certains sont prĂ©sentĂ©s pour la toute premiĂšre fois Ă  un public. C’est une belle opportunitĂ© pour ces jeunes gens que de montrer leur film Ă  Belfort. Certains y rencontreront mĂȘme leurs partenaires pour leurs prochains films ou un distributeur pour une prochaine sortie en salle en France. Mais c’est aussi une belle opportunitĂ© pour le public belfortain de dĂ©couvrir ainsi certains des jeunes rĂ©alisateurs qui feront le cinĂ©ma de demain, certains des films qui feront l’actualitĂ© du cinĂ©ma de l’annĂ©e Ă  venir ! Je souhaite de belles dĂ©couvertes cinĂ©matographiques Ă  tous et un bon festival ! Etienne Butzbach Maire de Belfort, PrĂ©sident d'EntreVues 7 Ă©ditos C ette annĂ©e encore, EntreVues, le Festival international du film de Belfort, fait le pari de l’audace et de l’innovation en misant sur la jeune crĂ©ation. Pour mieux mettre en lumiĂšre les cinĂ©astes de demain, le festival dĂ©cloisonne le 7e art et ouvre grand les portes de la compĂ©tition internationale aux Ɠuvres de fiction et aux documentaires. Ă  l’image de ce pont jetĂ© entre rĂ©el et fiction, le festival invite le spectateur Ă  explorer le cinĂ©ma dans tous ses Ă©tats et cultiver ainsi une cinĂ©philie curieuse au grĂ© des rĂ©trospectives et des parcours thĂ©matiques qui rythment les festivitĂ©s belfortaines. Cette 27e Ă©dition, mĂ©lange des genres dĂ©tonnant et jubilatoire, rend hommage aux farces mordantes de Jean-Pierre Mocky, Ă  l’univers de Rob Zombie oĂč l’horreur fait son cinĂ©ma et aux comĂ©dies de Ernst Lubitsch, variations sur le dĂ©sir dont l’écho rĂ©sonne dans les Ɠuvres de Jean Renoir, Alfred Hitchcock ou François Truffaut, comme pour mieux donner Ă  voir la virtuositĂ© d’un art Ă©minemment populaire. Parce que le cinĂ©ma d’auteur est aussi un cinĂ©ma populaire », selon la formule que le festival a toujours eu Ă  cƓur d’incarner, Belfort devient, le temps du festival, un lieu privilĂ©giĂ© de rencontres et d’échanges, la halte incontournable d’un public toujours plus large et variĂ©, dont je salue chaleureusement la fidĂ©litĂ©. Entre documentaire et fiction, passĂ© et prĂ©sent, le festival offre un regard unique sur notre actualitĂ© avec un cycle consacrĂ© cette annĂ©e au capitalisme et Ă  ses crises. Dans le contexte Ă©conomique europĂ©en actuel difficile, je souhaite rĂ©affirmer l’importance de la crĂ©ation artistique, soutenir la jeune crĂ©ation, favoriser l’émergence de jeunes talents et Ɠuvrer Ă  la diffusion de nos Ɠuvres audiovisuelles et cinĂ©matographiques. Je tiens donc Ă  remercier les organisateurs du festival, ainsi que tous les artisans de son succĂšs, et souhaite la plus belle des rĂ©ussites Ă  cette nouvelle Ă©dition. Ă  tous, un excellent festival ! AurĂ©lie Filipetti Ministre de la Culture et de la Communication 9 VERTIGO revue de c i n Ă© m a revue de cinĂ©ma Des fictions actuelles de cinĂ©astes confirmĂ©s aux films-essais les plus expĂ©rimentaux, des grands classiques hollywoodiens aux premiers films de jeunes auteurs mĂ©connus, Vertigo poursuit un chantier de rĂ©flexion qui conçoit le cinĂ©ma comme lieu privilĂ©giĂ© d’inscription et d’interprĂ©tation du monde contemporain. Les annĂ©es 80 44 automne 2012 Le Pont du Nord VHS Une chambre en ville RenĂ© Bonnell Wenders Godard Super 8 Ginger et Fred Pialat Garrel Spielberg Carax Virginie ThĂ©venet Friedkin L’Argent + Sion Sono & VERTIGO 44 Les annĂ©es 80 » + dossier Sion Sono, en librairie le 15 novembre 128 pages, 19 e PrĂ©sentation complĂšte et abonnement Chaque numĂ©ro se conçoit autour d’une question, d’un motif qui condense les enjeux du cinĂ©ma contemporain et permet d’en dĂ©ployer les implications esthĂ©tiques et politiques. Par ailleurs, un ensemble est dĂ©diĂ© Ă  un cinĂ©aste ou un film dont la valeur mĂ©rite un espace de visibilitĂ© qui ne leur a pas toujours Ă©tĂ© accordĂ©. Ă©ditos E ntreVues, le plus petit des grands festivals » comme aimait Ă  le qualifier sa crĂ©atrice, Janine Bazin, contribue depuis 27 ans Ă  dĂ©nicher des nouveaux talents Ă  travers une programmation audacieuse du cinĂ©ma d’aujourd’hui, grĂące Ă  l’organisation d’une compĂ©tition de premiers films longs et courts, fictions ou documentaires. On se souvient que des personnalitĂ©s aussi brillantes qu’Olivier Assayas, Leos Carax, ou Lars Van trier, y ont fait leurs premiers pas. Les Entrevues de Belfort sont aussi des programmations de rĂ©trospectives qui offrent un parcours vaste et Ă©tendu au cƓur de la cinĂ©philie. Ce sont enfin, et le CNC y est particuliĂšrement attachĂ©, des programmes spĂ©cifiques dĂ©diĂ©s aux publics scolaires, des journĂ©es professionnelles, des ateliers de rĂ©flexion... Autant de moments Ă  partager. Je souhaite que cette nouvelle Ă©dition soit conviviale, crĂ©ative et couronnĂ©e de succĂšs et fĂ©licite Catherine Bizern pour l’organisation de cette manifestation qui offre une belle perspective Ă  tous les festivaliers. Eric Garandeau PrĂ©sident du CNC 11 Belfort 2007 31/10/12 1142 Page 1 groupement national des cinĂ©mas de recherche Le GNCR participe aux journĂ©es professionnelles organisĂ©es par le Festival EntreVues, continuant de s’inscrire dans une rĂ©flexion collective avec l’ensemble des acteurs du cinĂ©ma indĂ©pendant. Depuis 2005, le GNCR est partenaire du Festival EntreVues, avec la prĂ©sence de l’un de ses adhĂ©rents dans le Jury de la compĂ©tition internationale. En parrainant le Grand Prix du long mĂ©trage de fiction, le GNCR soutient la diffusion du film en salles, en favorisant sa programmation et son accompagnement par la venue du rĂ©alisateur ou d’un critique lors de soirĂ©es-dĂ©bats, par l’édition d’un document sur le film Ă  l’attention des spectateurs ou par la rĂ©alisation d’un entretien filmĂ© avec le cinĂ©aste Rencontres. Comme le Festival EntreVues, le GNCR apporte son soutien Ă  des Ɠuvres issues de cinĂ©matographies novatrices et singuliĂšres. Ainsi les salles Art et Essai labellisĂ©es Recherche et DĂ©couverte affirment chaque jour leur engagement pour dĂ©couvrir, soutenir, et promouvoir ces films et ces auteurs. Le GNCR est un rĂ©seau de salles de cinĂ©ma en France qui s’engage depuis 1991 dans une action au service d’un cinĂ©ma d’auteur exigeant et crĂ©atif, en collaboration avec les cinĂ©astes, producteurs, distributeurs et institutions culturelles partageant les mĂȘmes enjeux. Depuis sa fondation, le GNCR a soutenu plus de 500 films, longs mĂ©trages, moyens mĂ©trages et documentaires, français ou Ă©trangers. groupement national des cinĂ©mas de recherche 19, rue frĂ©dĂ©rick lemaĂźtre 75020 paris tel 01 42 82 94 06 ♩ fax 09 56 98 50 03 ♩ [email protected] Ă©ditos M oment fort de la vie cinĂ©matographique rĂ©gionale, le Festival EntreVues poursuit son objectif de donner toutes leurs chances aux talents de demain. 15 longs mĂ©trages et 15 courts mĂ©trages seront ainsi soumis Ă  un jury international et au public pendant toute la durĂ©e du festival. C’est donc une chance pour les jeunes crĂ©ateurs de faire connaĂźtre leur travail, et un formidable outil au service de l’avenir de la crĂ©ation cinĂ©matographique ! La programmation hors compĂ©tition n’est pas en reste, avec des moments de rĂ©trospectives, consacrĂ©s Ă  Ernst Lubitsch et Jean-Pierre Mocky en particulier. Le festival continue Ă©galement Ă  s’inscrire dans l’actualitĂ©, avec un focus sur les thĂ©matiques de l’argent et de la crise au cinĂ©ma. Le Conseil RĂ©gional est donc fier de s’associer une nouvelle fois au festival EntreVues. Une sĂ©ance spĂ©ciale sera en particulier consacrĂ©e Ă  un retour sur un des films emblĂ©matique soutenu par la RĂ©gion en prĂ©sence du rĂ©alisateur Nos vies heureuses, premier long mĂ©trage de Jacques Maillot qui a Ă©tĂ© soutenu par la commission du film en 1998 et prĂ©sentĂ© au Festival de Cannes en 1999. Je souhaite un beau festival Ă  tous les spectateurs et de nombreux moments de dĂ©couvertes Marie-Guite Dufay PrĂ©sidente de la RĂ©gion Franche-ComtĂ© 13 Ă©ditos C ’est, comme tous les ans, avec grand plaisir, que le Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort accompagne et soutient le festival international du film EntreVues, Ă  l’instar de tous les autres partenaires du plus petit des grands festivals ». Convivial, Ă  taille humaine et privilĂ©giant les Ă©changes et les rencontres entre professionnels et public, EntreVues est un festival qui offre chaque annĂ©e aux habitants du Territoire de Belfort une programmation cinĂ©matographique internationale de grande qualitĂ©. Mieux, il donne leur chance Ă  des premiĂšres Ɠuvres et participe Ă  la promotion de talents prĂ©sents ou futurs. Il ne dĂ©laisse pas pour autant sa vocation pĂ©dagogique et historique en proposant, avec l’aide prĂ©cieuse de la CinĂ©mathĂšque française, des rĂ©trospectives de rĂ©alisateurs plus anciens. Par lĂ , il brasse tous les styles et tous les cinĂ©mas, mettant en lumiĂšre le caractĂšre universaliste du 7e art. FidĂšles Ă  leur vocation et toujours autant en prise avec la rĂ©alitĂ© du monde d’aujourd’hui, les organisateurs d’EntreVues ont, fort Ă  propos, choisi comme thĂšme central de cette 27e Ă©dition l’argent et les crises du capitalisme. Trop souvent en effet, nous constatons que le systĂšme actuel peut engendrer inĂ©galitĂ©s, dĂ©sespoir ou malĂȘtre chez bon nombre de nos concitoyens. Or, je suis convaincu que la culture en gĂ©nĂ©ral, et le cinĂ©ma en particulier, permettent de s’échapper temporairement d’un quotidien parfois difficile et de s’ouvrir Ă  d’autres rĂ©alitĂ©s pour mieux rĂȘver Ă  plusieurs. Dans la pĂ©riode actuelle, c’est un bien prĂ©cieux, une richesse, Ă  la portĂ©e de toutes et tous. En ma double qualitĂ© de PrĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral et de prĂ©sident de la Commission culture, sports et monde associatif de l’AssemblĂ©e des dĂ©partements de France, je m’efforce donc, chaque fois que l’occasion m’en est donnĂ©e, de dĂ©fendre la culture partout et pour tous et de promouvoir des Ă©vĂ©nements tels qu’EntreVues. Plus particuliĂšrement encore cette annĂ©e, la derniĂšre avant la gĂ©nĂ©ralisation du numĂ©rique dans l’ensemble des salles de cinĂ©ma de France. Ce basculement, effectif au 1er janvier prochain, prĂ©sente Ă  la fois avantage et inconvĂ©nient. Il doit impulser le mouvement de numĂ©risation du patrimoine cinĂ©matographique français et mondial et assurer sa sauvegarde. En mĂȘme temps, il fait courir le risque d’une uniformisation de l’offre culturelle. Mais je sais qu’EntreVues continuera de proposer encore longtemps des films en celluloĂŻd et qu’il a un rĂŽle Ă  jouer pour faire vivre le cinĂ©ma dans toute sa diversitĂ© et la culture dans toute sa force. Enfin, je veux attirer l’attention des spectateurs sur la traditionnelle soirĂ©e du Conseil gĂ©nĂ©ral du mardi 27 novembre autour de la projection du film No, qui Ă©voque la campagne rĂ©fĂ©rendaire organisĂ©e au Chili en 1988 pour dĂ©cider de prolonger, ou non, le mandat du gĂ©nĂ©ral Pinochet. Chacun sait que l’annĂ©e 2012 a Ă©tĂ© riche de campagnes Ă©lectorales, tant en France qu’à l’étranger. Nous plonger, grĂące Ă  ce film, dans la complexitĂ© du dĂ©bat politique, de l’affrontement entre logiques de court ou de long terme et du rĂŽle que peut jouer la communication et la publicitĂ© en politique, nous permettra d’ouvrir un dĂ©bat que j’imagine dĂ©jĂ  passionnant. Pour toutes ces raisons, je sais que le festival EntreVues Ă©gayera encore une fois, pendant une grosse semaine Ă  l’orĂ©e de l’hiver, la ville de Belfort et le dĂ©partement et rĂ©chauffera le cƓur de ses habitants. Yves Ackermann, PrĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort 15 Ă©ditos Q ui paie dĂ©cide » disait Orson Welles au sujet du cinĂ©ma
 cette affirmation rĂ©sume hĂ©las en grande partie la rĂ©alitĂ© actuelle de la condition humaine. Et en pĂ©riode de crise, cette Ă©vidence saute au yeux l’argent est le triste primat de notre Ă©poque. Il sera donc au centre d’une double programmation, un programme transversal autour de ce constat, l’argent guide le monde mais n’a aucune valeur », et les rencontres CinĂ©ma et Histoire consacrĂ©es aux temps de crises du capitalisme. EntreVues, comme un Ă©cho Ă  l’air du temps, se veut, Ă  chaque Ă©dition, l’occasion de porter un regard tout Ă  la fois dĂ©calĂ© et rĂ©flexif sur nos prĂ©occupations prĂ©sentes. En temps de crise, le rĂŽle de l’artiste est d’ĂȘtre un grand turbulent*. Qu’estce que la turbulence sinon un processus par lequel l’énergie d’un seul peut, par effet cinĂ©tique, ĂȘtre transfĂ©rĂ©e au tout ? Effervescence, accĂ©lĂ©ration, dĂ©sordre ordonnĂ© pour crĂ©er un champ dynamique et fĂ©cond, voilĂ  ce qu’ont en commun les Ɠuvres des trois artistes que nous avons choisi de mettre Ă  l’honneur cette annĂ©e, Ernst Lubitsch, Jean-Pierre Mocky et Rob Zombie. L’exigence du plaisir, l’urgence du dĂ©sir et l’injonction de la libertĂ© prĂ©valent dans l’Ɠuvre de Lubitsch, tandis que le cinĂ©ma de Jean-Pierre Mocky mĂȘle l’ironie et la satire en rĂ©action Ă  la stupiditĂ© du monde avec une cruditĂ© burlesque et une irrĂ©cupĂ©rable dĂ©sespĂ©rance. Aimer Mocky c’et aimer le diable » dit Mocky de lui-mĂȘme avec une certaine fiertĂ©. Diabolique est justement l’adjectif qui convient pour qualifier les hĂ©ros de Rob Zombie, cinĂ©aste de la pulsion, de ses excĂšs, de ses ravages. Lieu de bouillonnement intellectuel voire d’agitation, la revue art press, Ă  l’occasion de son quarantiĂšme anniversaire, a toute sa place dans cette 27e Ă©dition du festival. La revue, dĂšs son premier numĂ©ro, a portĂ© un regard sur le cinĂ©ma, le liant d’emblĂ©e aux mouvements artistiques et Ă  leur Ă©volution. Art press, 40 ans de regard » est une belle occasion de regarder cette annĂ©e le cinĂ©ma d’auteur et notre compĂ©tition dans un mĂȘme enchaĂźnement avec l’histoire de l’Art contemporain. Car, si nous concevons les rĂ©trospectives comme des chemins de traverse pour parcourir les vastes Ă©tendues de la cinĂ©philie, elles relient aussi les jeunes cinĂ©astes et leurs premiĂšres Ɠuvres avec l’histoire du cinĂ©ma et ses auteurs. Ensemble, compĂ©tition et programmations diverses questionnent le devenir de l’art cinĂ©matographique, convoquent l’engagement des cinĂ©astes et interpellent le spectateur, en interrogent les goĂ»ts, et remettent en question son regard. C’est ainsi qu’EntreVues peut aussi se dĂ©clarer zone de turbulences et aspirer au chahut. La maniĂšre dont – dune façon peut-ĂȘtre plus consciente qu’à notre habitude cette annĂ©e – nous avons envisagĂ© la sĂ©lection des 30 films – 15 longs mĂ©trages et 15 courts mĂ©trages – qui constituent la compĂ©tition internationale, reflĂštent aussi ce dĂ©sir de turbulence et de chahut. Le choix de l’ambition au risque de la maladresse, de l’invention au risque de l’incongruitĂ© et de la frontalitĂ© au risque de l’inconfort
 le choix d’Ɠuvres affirmĂ©es et dĂ©routantes qui abordent le cinĂ©ma Ă  partir de la matiĂšre plutĂŽt que du scĂ©nario, des situations plutĂŽt que du rĂ©cit, et qui tentent de renouveler le champ et le chant de la narration. Des films ancrĂ©s dans le futur ! Catherine Bizern * Jean de Loisy in Mouvement n°63 17 Le jury de la compĂ©tition internationale Jacky Evrard TrĂšs jeune, Jacky Evrard frĂ©quente avec une rare obstination, du cĂŽtĂ© de Charenton-lepont, des salles obscures portant le nom de Pacific, Eden, Triomphe ou bien encore Capitol ou Celtic... Ce penchant le mĂšne tout naturellement en 1984 au Palace Ă  Brunoy puis en 1987 au CinĂ© 104 de Pantin. C’est dans cette salle qu’il recevra en 1989 Jean-Luc Godard Ă  l’occasion d’une rĂ©trospective intĂ©grale de ses films. En 1992, il crĂ©e le festival CĂŽtĂ© court, un festival de cinĂ©ma diffĂ©rent, rĂ©solument indĂ©pendant oĂč il prĂ©sente notamment les rĂ©trospectives Yervant Gianikian et Angela Ricci-Lucchi, Artavazd Pelechian, Jonas Mekas, Stephen Dwoskin et bien sĂ»r AndrĂ© S. Labarthe. Il est l’auteur avec Jacques Kermabon d’une encyclopĂ©die du court-mĂ©trage français parue aux Ă©ditions Yellow Now. Sophie FilliĂšres AprĂšs Des filles et des chiens, son court mĂ©trage de fin d’études de la Femis qui obtient le prix Jean Vigo, Sophie FilliĂšres rĂ©alise Grande Petite avec Judith GodrĂšche, AĂŻe avec sa sƓur HĂ©lĂšne FilliĂšres et AndrĂ© Dussollier, Gentille avec Emmanuelle Devos et Lambert Wilson, et Un chat un chat avec sa fille Agathe Bonitzer et Chiara Mastroianni. Elle prĂ©pare actuellement son cinquiĂšme long-mĂ©trage ArrĂȘte ou je continue avec Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric. Andrea Picard Andrea Picard est programmatrice et Ă©crivain. Elle a fait partie pendant douze ans de l’équipe de programmation de la TIFF Cinematheque CinĂ©mathĂšque de l’Ontario. Elle est depuis 2006 la programmatrice de Wavelengths », la cĂ©lĂšbre section d’avant-garde du Festival International du Film de Toronto. Elle publie Ă©galement des ouvrages sur l’art, l’architecture et le cinĂ©ma et est l’auteur d’une rubrique trimestrielle art et cinĂ©ma pour le magazine Cinema Scope. Ben Russell Ben Russell est artiste multimedia et commissaire d’expositions. Ses films dont certains ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s en compĂ©tition Ă  EntreVues, ses installations et ses performances entretiennent une relation Ă©troite avec l’histoire de l’image animĂ©e et avec ses significations. Son travail a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© au Museum of Contemporary Art de Chicago, au Festival du Film de Rotterdam, au Wexner Center for the Arts et au Museum of Modern Art de New York. Il a reçu le Prix Guggenheim en 2008 et le Prix Fipresci en 2010. Il joue dans le trio de double-drum Beast. Il vit actuellement Ă  Paris. Jean-Baptiste Thoret Critique et historien de cinĂ©ma, Jean-Baptiste Thoret est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le cinĂ©ma parmi lesquels Dario Argento, magicien de la peur 2002, Sergio Leone 2008, 26 secondes l’AmĂ©rique Ă©claboussĂ©e 2003 et Le CinĂ©ma amĂ©ricain des annĂ©es 70, paru en 2006 aux Cahiers du CinĂ©ma. Parus en 2011 Road-Movie, USA co-Ă©crit avec Bernard BĂ©noliel et CinĂ©ma contemporain mode d’emploi chez Flammarion. Il termine actuellement un livre sur les rapport entre Jean Baudrillard et le cinĂ©ma amĂ©ricain et un autre, sur et avec Michael Cimino. Le jury “Documentaire sur grand Ă©cran” Créée en 1992, l’association Documentaire sur grand Ă©cran Ɠuvre depuis prĂšs de 20 ans pour la promotion et la diffusion du cinema documentaire en France et dans les pays francophones. Le jury Documentaire sur grand Ă©cran choisira parmi tous les films documentaires de la compĂ©tition une oeuvre qui bĂ©nĂ©ficiera d’un soutien Ă  sa diffusion. ‱ Sabine Costa, chargĂ©e de projets multimĂ©dia, Documentaire sur grand Ă©cran ‱ Nora Dekhli, directrice du CinĂ©ma Le Rio Clermont-Ferrand ‱ Daniela Lanzuisi, Coordinatrice, Festival Ajaccio 19 Les prix dĂ©cernĂ©s Prix dĂ©cernĂ©s par le jury de la competition internationale ‱ Le Grand Prix du long mĂ©trage Prix dotĂ© par la ville de Belfort et soutenu par le GNCR / Groupement National des CinĂ©mas de Recherche – 8000 euros ‱ Le Prix du film français – 5000 euros ‱ Le Grand Prix du court mĂ©trage – 3500 euros ‱ Le Prix Janine Bazin rĂ©compensant une jeune comĂ©dienne dotĂ© par le site Prix dĂ©cernĂ©s par le jury One+One ‱ Prix One+One – 2000 euros dote par la Sacem Prix dĂ©cernĂ©s par le public ‱ Prix du long-mĂ©trage – 3000 euros ‱ Prix du court-mĂ©trage – 1700 euros ONE + ONE Le jury One+One Six jeunes de 18 Ă  25 ans, Lokman Arslan, Ikrame El garras, Clara Lorach, Nina Hugonnot, Maxime Mathey et Marion Rouillard, accompagnĂ©s par Alex Beaupain, auteur, compositeur et interprĂšte, rĂ©compenseront le film de la compĂ©tition internationale dont l’esprit musical est le plus remarquable, novateur, libre prix dotĂ© par la Sacem. Alex Beaupain. Depuis que Les Chansons d’amour, de Christophe HonorĂ©, est devenu le film d’une gĂ©nĂ©ration, Alex Beaupain occupe une place Ă  part dans la chanson française. C’est son premier album, Garçon d’honneur 2005, qui avait inspirĂ© le scĂ©nario du film. La chanson d’amour, genre menacĂ© par l’anecdote ou le sentimentalisme, avait retrouvĂ©, avec lui, une intensitĂ©, un lyrisme et une vitalitĂ© qui semblaient perdus. Alex a signĂ© les musiques de tous les films de Christophe HonorĂ©, de 17 fois CĂ©cile Cassard 2002 aux Bien-aimĂ©s 2011. Il a composĂ© et interprĂ©tĂ© deux autres albums, 33 tours 2008 et Pourquoi battait mon cƓur 2011. Il a Ă©galement Ă©crit pour Julien Clerc et crĂ©era une opĂ©rette aux Amandiers Ă  Nanterre en 2013. 20 CompĂ©tition internationale Mythes, quotidien, jeux prĂ©sentation de la compĂ©tition 2012 Depuis vingt-sept ans dĂ©jĂ , EntreVues met un point d’honneur Ă  accompagner les jeunes cinĂ©astes sur les chemins de traverse oĂč ils ont dĂ©cidĂ© de trouver le cinĂ©ma. Sentiers non balisĂ©s, terrains hybrides oĂč se mĂȘlent les genres, les formes, et oĂč s’évanouit sans regret une antique frontiĂšre entre fiction et documentaire. L’an dernier, le jury de la vingt-sixiĂšme Ă©dition distinguait un film, L’ÉtĂ© de Giacomo sorti en salles depuis, qui plongeait dans une eau documentaire pour en tirer un limon de pure mythologie – le portrait sans Ăąge de l’adolescence, dans un Ă©den anonyme de la campagne italienne. Beaucoup de films, cette annĂ©e, feront rĂ©sonner Ă  leur tour la vibration du mythe. On l’entendra, archaĂŻque et sublime, dans la musique marocaine ancestrale de Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi, comme dans le grondement des enfers bibliques retrouvĂ©s sur le bateau de pĂȘche industrielle de Leviathan. À OrlĂ©ans se continue la hantise, Ă©ternelle au cinĂ©ma, de Jeanne d’Arc, tandis que sur la plage de As Ondas rugit, sous les yeux de surfeuses lasses, une plainte Ă©lĂ©mentaire venue du fond des ocĂ©ans. Et dans la jungle opaque oĂč Los Salvajes plonge une poignĂ©e d’adolescents, c’est une sauvagerie venue elle aussi de trĂšs loin qui fait retour, comme une rĂ©ponse dĂ©solĂ©e au bucolique apprentissage de Giacomo. De son cĂŽtĂ©, Un mito antropologico televisivo interroge, lui, un mythe moderne – mais alors c’est le mythe au sens du mensonge – celui de l’ information » tĂ©lĂ©visĂ©e, cet envers dĂ©lĂ©tĂšre du cinĂ©ma documentaire. D’autres films, parmi cette sĂ©lection, visent plus prĂšs mais touchent aussi profond. Comment est-il encore possible, en contournant clichĂ©s, lieux communs, ronronnement, de reprĂ©senter le quotidien ? La famille ? L’équilibre Ă  la fois hĂ©roĂŻque et prĂ©caire qui fait tenir l’un et l’autre des vacances classe moyenne de Ma belle gosse Ă  l’AmĂ©rique dĂ©classĂ©e de Dipso, ou aux familles marginales de Vilaine fille, mauvais garçon ? L’effroi ordinaire du couple Everybody In Our Family ou des solitudes invisibles Tower ? Le potentiel de terreur enfoui sous le tableau avantageux du bon voisinage » O som ao redor ? Ou encore la sĂ©dimentation lente qui forme avec les annĂ©es l’histoire d’un groupe, d’une famille, d’un couple ou d’une amitiĂ© – leur mythe, en somme les fictions In April the Following Year, There Was a Fire, Marseille la nuit, Lighthouse, ou les documentaires Memories Look At Me, A Story for the Modlins et Ovos de dinossauro na sala de estar ? Retranscrire le quotidien, ce peut aussi ĂȘtre simple comme bonjour. Simple, et subtil Ă  la fois, comme le sont deux trĂšs courts mĂ©trages, Broken Specs et Keep a Tidy Soul, dont la ligne claire et percutante retrouve les trĂ©sors de comique lymphatique de la bande dessinĂ©e amĂ©ricaine contemporaine. Mais retranscrire le quotidien, c’est aussi, bien sĂ»r, l’affaire du documentaire. Lequel ne le saisit jamais mieux que quand il a compris qu’il ne suffisait pas d’essayer de l’attraper, comme un papillon, dans son filet Ă  quotidien. Les paysages vides de FlorariĂ  y Edecanes parlent pour le reste, dans leur nuditĂ© de tableaux – le quotidien y est un fantĂŽme, prĂ©sent partout, visible nulle part. Les junkies de East Hastings Pharmacy, les rĂ©fugiĂ©s afghans de La nuit remue, comme les wetbacks mexicains de Night Replay ou les skinheads malais de The Meaning of Style, s’offrent comme les acteurs de leur propre rĂ©alitĂ©, renouant pour la camĂ©ra le maillage de rituels qui fonde leur quotidien. Stalingrad Lovers, qui se prĂ©sente comme une fiction, a retenu la mĂȘme leçon. Leçon qui dit au fond que le rĂ©el au cinĂ©ma, et le cinĂ©ma tout court, ne connaĂźt pas de meilleur chemin que le jeu. Leçon bien comprise, Ă  leur maniĂšre excentrique, par les films libres et audacieux, joueurs et inventifs, que sont O dom das lagrimas, Aux bains de la reine, Ape, ou le trĂšs rivettien La destruccion del orgen vigente. La sĂ©lection de la compĂ©tition internationale est rĂ©alisĂ©e par Catherine Bizern, AmĂ©lie Dubois, Pierre Menahem et JĂ©rĂŽme Momcilovic. Une reprise des films primĂ©s aura lieu Ă  Paris au cinĂ©ma le Nouveau Latina le 10 dĂ©cembre. 21 22 Ape Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages Joel Potrykus Trevor Newandyke sociopathe, apathique, comique ratĂ© et pyromane. Ses efforts pour tirer un sourire du public lors de ses spectacles de stand-up sont vouĂ©s Ă  l’échec. Quand il ne teste pas ses nouvelles blagues face au miroir de sa salle de bain, Trevor aime bien mettre le feu Ă  des poubelles et prend son pied en jetant des cocktails Molotov dans les jardins de ses voisins. Here we find the listless Trevor Newandyke, a sociopath, comic failure and arsonist. His efforts to wrestle a smile from his audience with his stand-up comedy lead to one flop after another. When he’s not trying to come up with new jokes in front of his bathroom mirror, Trevor likes to set fire to rubbish bins and gets off on the sound of throwing Molotov cocktails at his neighbours’ homes. Fiction / 2012 / États-Unis USA / 86’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Joshua Burge, Gary Bosek, Teri Nelson, Daniel Falicki, Kevin Clancy RĂ©alisation, scĂ©nario, dĂ©cors, image, son, montage / Filmmaking, script, photography, sound, editing Joel Potrykus Production Sob Noisse Movies Contact Joel Potrykus, [email protected] Filmographie / Filmography Coyote, 2010 Court mĂ©trage fiction Fiction short film 23 Dipso Ce film concourt pour le prix Theodore Collatos Tommy, un drĂŽle de bonhomme malchanceux, sort d’un sĂ©jour en prison. Ayant peu d’opportunitĂ©s d’avenir, il retourne dans la maison de son pĂšre, dans une ville post industrielle du Massachusetts. LĂ , il s’essaie au stand-up », tout en essayant de reconquĂ©rir son ex et de renouer le lien distendu avec ses deux frĂšres. Tommy, a funny man down on his luck, after a stint in jail. With little opportunity on the horizon Tommy moves back to his pops’ house in a post industrial Massachusetts town. There he tries his hand at stand up comedy while attempting to get back with his ex and reuniting with his two distant brothers. Fiction / 2012 / États-Unis USA / 75’ / couleur color / Bluray InterprĂ©tation / Cast Matt Shaw, Rich Roucoulet, Tony Shaw, Rebekah Frenkel, Arthur Collins, William Victor, Rick Jenkins RĂ©alisation, scĂ©nario, dĂ©cors, montage, production / Filmmaking, script, production design, editing, production Theodore Collatos Image / Photography Thomas Lowe Son / Sound Roger Paul Mason Contact Theodore Collatos [email protected] Filmographie / Filmography Walking Dead 2008 ; Solitaire 2008 ; Dog Show 2009 ; Wartime 2012 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films Berlin Day to Night 2012 Court mĂ©trage documentaire Documentary short film Move 2012 Long mĂ©trage documentaire Documentary feature film 24 ONE + ONE Everybody In Our Family CompĂ©tition Longs mĂ©trages Radu Jude Marius est un homme divorcĂ© de 40 ans. Son ex-femme, Otilia, s’est remariĂ©e Ă  un expert-comptable. Leur fille de 5 ans, Sofia, vit avec sa mĂšre, provoquant chez Marius une profonde frustration. ConformĂ©ment Ă  la loi, Marius ne peut passer avec sa fille unique que de courts moments. Le jour oĂč Marius passe prendre sa fille pour un week-end Ă  la mer, il dĂ©couvre que son ex-femme n’est pas Ă  la maison et que sa fille est malade. Marius is a divorced man in his late thirties. His ex-wife, Otilia, remarried an accountant. Their 5 years old daughter, Sofia, lives with her mother, causing Marius a deep frustration. According to the law, Marius can spend with his daughter only a limited amount of time. The day Marius goes to take his daughter in a short holiday to the seaside, he finds out that his ex-wife is not athome and he is told that his daughter is sick. Fiction / 2012 / Roumanie Romania / 107’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Serban Pavlu, Sofia Nicolaescu, Mihaela Sirbu, Gabriel Spahiu, Tamara Buciuceanu Botez, Stela Popescu, Alexandru Arsinel RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Radu Jude DĂ©cors / Production design Elsje de Bruijn Image / Photography Andrei Butica Son / Sound Dana Bunescu Montage / Editing Catalin F. Cristutiu Production HI FILM Ada Solomon Contact Films Boutique Valeska Neu, Marine Rechard [email protected] [email protected] Filmographie / Filmography The Tube With a Hat, 2006 ; In The Morning, 2007 ; Alexandra, 2007 ; Film For Friends, 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films La Fille la plus heureuse du monde The Happiest Girl in the World, 2009 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film 25 In April The Following Year, There Was A Fire Sin Maysar Fon Tok Ma Proi Proi Wichanon Somumjarn Nhum est contremaĂźtre Ă  Bangkok. L’instabilitĂ© politique en ThaĂŻlande se fait sentir dans tous les secteurs. Nhum se retrouve soudain sans travail. Il dĂ©cide de quitter Bangkok pour retourner dans sa ville natale au Nord Est du pays, et assister au mariage de son ami de fac au cours du Nouvel An thai, en avril, qui se trouve ĂȘtre le mois le plus chaud de l’annĂ©e. Nhum is a construction foreman working in Bangkok. The political instability in Thailand has made its presence felt in all business sectors. Nhum suddenly finds himself out of jobs. He decides to leave Bangkok to go back to his hometown in the northeast of Thailand to attend his high school friend’s wedding during the Thai New Year in April - which also happens to be the hottest month of the year. Fiction / 2012 / ThaĂŻlande Thailand / 76’ / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Uhten Sririwi, Jinnapat Ladarat, Saeree Pimpa RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Wichanon Somumjarn DĂ©cors / Production design Piyabut Jiraborworn Image / Photography Ming Kai Leung Son / Sound Sorayos Prapapan Montage / Editing Machima Ungsriwong Production Electric Eel Films Anocha Suwichakornpong, Maenum Chagasik Contact Pascale Ramonda [email protected] Filmographie / Filmography 2005 ; A Brighter Day, 2007 ; Four Boys, White Whiskey and Grilled Mouse, 2009 EntreVues 2010; The Whispering, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 26 Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages Éric Hurtado et Marc Hurtado Depuis plus de deux mille ans, le village de Jajouka, dans le Rif marocain, perpĂ©tue des rites magiques de fertilitĂ©, proches des lupercales romaines, ainsi qu’une musique originale jouĂ©e par une confrĂ©rie ancestrale, les MaĂźtres musiciens de Jajouka, qui furent un temps une source d’inspiration de la Beat Generation, des Rolling Stones et de la culture Free. For over two thousand years, the village of Jajouka in the Moroccan Rif, carries magical rites of fertility, close to Roman Lupercalia, as well as original music played by a brotherhood ancestral The Masters Musicians of Jajouka, who were a time a source of inspiration for the Beat Generation, The Rolling Stones and Free culture. Fiction / 2012 / France, Maroc France, Morocco / 61’ / couleur color / Betanum RĂ©alisation, scĂ©nario, image / Filmmaking, script, photography Éric Hurtado et Marc Hurtado Étant DonnĂ©s Son / Sound FrĂ©dĂ©ric Maury Montage / Editing Justine Hiriart, Éric Hurtado et Marc Hurtado Production Atopic Christophe Goujon Contact Atopic Christophe Gougeon [email protected] Filmographie / Filmography Des autres terres souples PrĂ©-Monde, l’ñme oĂč la vue cĂšde Éric et Marc Hurtado, 1979 ; Le soleil, la mer, le coeur et les Ă©toiles Marc Hurtado, 1984 ; Le Paradis blanc Éric et Marc Hurtado, 1985 ; L’Autre Rive Marc Hurtado, 1986 ; Aurore Marc Hurtado, 1989 ; Royaume Marc Hurtado, 1991 ; Bleu Marc Hurtado, 1994 ; The Infinite Mercy Film Marc Hurtado, avec Alan Vega , 2009 ; Ciel Terre Ciel Marc Hurtado, 2010 ; Saturn Drive Duplex Marc Hurtado, 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 27 La destruccion del orden vigente Alejo Franzetti Deux villes sĂ©parĂ©es par un fleuve Buenos Aires, Montevideo. Deux villes sĂ©parĂ©es par une histoire la mort de Francisco. Une mort sĂ©parĂ©e en deux une enquĂȘte, une Ă©vasion. Film in two cities divided by one river Buenos Aires, Montevideo. Two cities divided by one story the death of Francisco. One death divided in two parts an investigation, an escape. ONE + ONE Fiction / 2012 / Argentine Argentina / 88’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Clara Miglioli, Juan Barberini, Elisa Carricajo, Maitina Dimarco, Lorena Vega, Leandro Ibarra, JuliĂĄn Larquier Tellarini, JuliĂĄn Tello, Guillermo Giusto, Bruno Pereyra, Victoria Pereira. RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Alejo Franzetti DĂ©cors / Production design Ana Cambre Image / Photography Ignacio Torres / Fernando Lockett Son / Sound Daniela Ale / Mercedes Tennina, Lucas Larriera Musique / Music JuliĂĄn Tello Montage / Editing SebastiĂĄn Lingiardi Production Bestia Alejo Franzetti Contact Alejo Franzetti. [email protected] Filmographie / Filmography Todas las veces, 2006 ; El Contrabajo, 2008 Courts mĂ©trages Short films A propĂłsito de Buenos Aires, 2006 Long mĂ©trage collectif Collective feature film 28 Ce film concourt pour le prix Leviathan Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor L’affrontement de l’homme, de la nature et de la machine, dans les eaux oĂč le Pequod de Melville prit Moby Dick en chasse. Un portrait cosmique de l’une des plus anciennes entreprises humaines. In the very waters where Melville’s Pequod gave chase to Moby Dick, the collaborative clash of man, nature, and machine. A cosmic portrait of one of mankind’s oldest endeavors. Documentaire Documentary / 2012 / Royaume Uni, France, États-Unis UK, France, USA / 87’ / couleur color / vostf / DCP RĂ©alisation, image, montage / Filmmaking, photography, editing VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor Son / Sound VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor, Ernst Karel, Jacob Ribikoff Production ArrĂȘte ton cinĂ©ma Contact ArrĂȘte ton cinĂ©ma VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor [email protected] Filmographie / Filmography VĂ©rĂ©na Paravel 7 Queens, 2008 ; Interface Series, 2009 Courts mĂ©trages expĂ©rimentaux Experimental short films Foreign Parts, 2010 rĂ©alisĂ© avec co directed with Sniadecki Long mĂ©trage documentaire Fiction feature film Lucien Castaing-Taylor Made in USA, 2000 ; Hell Roaring Creek, 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films In and Out of Africa, 2002 ; Sweetgrass, 2009 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 29 Los Salvajes Ce film concourt pour le prix Alejandro Fadel Cinq adolescents s’évadent avec violence d’un centre de redressement en Argentine. C’est alors que dĂ©bute un pĂšlerinage d’une centaine de kilomĂštres vers la promesse d’un foyer. Ils chassent pour se nourrir, pillent, se droguent, se lavent dans des riviĂšres, se battent entre eux et font l’amour. Five teenagers violently escape a reformatory school in an Argentinean province. They must pilgrimage a hundred kilometres on foot, across the hills, for the promise of a home to continue their days. They hunt to feed, rob houses they come across, do drugs, bathe in the river, fight with each other and make love. Fiction / 2012 / Argentine Argentina / 119’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Leonel Arancibia, SofĂ­a Brito, MartĂ­n Cotari, Roberto Cowal, CĂ©sar Roldan, Ricardo SoulĂ© RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Alejandro Fadel DĂ©cors / Production design Laura Caligiuri Image / Photography JuliĂĄn Apezteguia Son / Sound Santiago Fumagalli, Lucas Larriera Montage / Editing AndrĂ©s P. Estrada, Delfina Castagnino Musique / Music Sergio Chotsourian, Santiago Chotsourian Production La UniĂłn de los rĂ­os Agustina Llambi Campbell, Alejandro Fadel Contact Independencia [email protected] Filmographie / Filmography Felipe, 2002 ; SĂĄbado a la noche, domingo a la mañana, 2003 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 30 ONE + ONE Ma belle gosse CompĂ©tition Longs mĂ©trages Shalimar Preuss Maden, 17 ans. Vacances d’étĂ© sur l’üle. Elle attend le courrier. Entre sa chambre et la plage, son pĂšre et ses cousins, la maison et, tout prĂšs, la prison. Maden, 17 years old. Summer holidays on the island. She is waiting for the mail. Between her room and the beach, between her father and cousins, the house, and, very close, the prison. Fiction / 2012 / France / 80’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Lou Aziosmanoff, Jocelyn Lagarrigue, Victor Laforge RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Shalimar Preuss Image / Photography Virginoe Surdej Son / Sound Olivier Touche Montage / Editing Gustavo Vasco Production Ecce Films Contact Ecce films Camille Genaud [email protected] Disribution France Nour Films Filmographie / Filmography Seul Ă  seul, 2005 ; L’Escale, 2007 ; Rendez-vous Ă  Stella Plage, 2009 EntreVues 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 31 Memories Look At Me Song Fang Fang est de retour dans la maison de ses parents Ă  Nanjing, pour y passer un petit moment avec eux. Beaucoup, parmi leurs connaissances, font face Ă  la vieillesse et aux maladies. Durant son sĂ©jour, les souvenirs resurgissent dans les conversations. Elle en connait certains, d’autres pas. Chaque moment du present se mĂȘle au passĂ©. Fang comes back to her parents’ home in Nanjing, to stay with them for a while. The people around her parents, many are facing the diseases and aging. Time keeps going on, and leaves us changed. During Fang’s stay, the memories keep coming back in the conversations. Some she knows, some not. Every moment of the present is mixed up with the past. Documentaire Documentary / 2012 / Chine China / 87’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Ye Yu-zhu, Song Di-jin, Song Fang RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Song Fang DĂ©cors / Production design Ye Wen-bin Image / Photography Guan Dong-pei, Zhou Wen-cao Son / Sound Yamashita Aya Production Jia Zhang-ke, Song Fang Contact XStream Pictures Eva Lam [email protected] Filmographie / Filmography Goodbye, 2010 court mĂ©trage documentaire Documentary short film 32 Night Replay CompĂ©tition Longs mĂ©trages ÉlĂ©onore Weber, Patricia Allio Au Mexique, des migrants mettent en scĂšne chaque semaine le passage illĂ©gal de la frontiĂšre Ă  travers un jeu de rĂŽle oĂč ils incarnent les policiers, les passeurs et les narcotrafiquants. Les touristes quant Ă  eux se mettent dans la peau des clandestins. Night Replay est l’expĂ©rience d’une rencontre entre cette communautĂ© de migrants et quatre acteurs autour de la reconstitution de certaines scĂšnes du jeu de rĂŽle. En rĂ©sulte une longue plongĂ©e dans la nuit oĂč s’éprouvent les intrications de la reprĂ©sentation et de la vie. In Mexico, every week, the inhabitants of Alberto stage the illegal crossing of the border. Former migrants, the organisers of this role play, personify policemen, smugglers and drug traffickers. As for the tourists, they put themselves in the place of illegal migrants. Night Replay conveys the encounter of Alberto villagers and four actors as they recreate some of the scenes of this role play. As a result, a long journey deep into the night when the intricacy of the play and of life are confronted. Documentaire Documentary / 2012 / France / 85’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast MĂłnica del Carmen, Lou Castel, JosĂ© Carlos Montes RoldĂĄn, JosĂ© Luis Verdin et les habitants du village d’Alberto. RĂ©alisation / Filmmaking ElĂ©onore Weber Conçu avec / Designed with Patricia Allio Image / Photography Mathias Raaflaub Son / Sound Federico GonzĂĄlez Montage / Editing Charlotte TourrĂšs Production Atopic Christophe Gougeon Contact Atopic Christophe Gougeon [email protected] Filmographie / Filmography Temps morts, 2005 ; Les Hommes sans gravitĂ©, 2007 EntreVues 2007 Fiction short films 33 O Som ao redor Ce film concourt pour le prix Kleber Mendonça Filho De nos jours Ă  Recife au BrĂ©sil, la vie quotidienne d’un quartier de la classe moyenne prend un tour inattendu Ă  l’arrivĂ©e d’une firme de sĂ©curitĂ© privĂ©e indĂ©pendante. La prĂ©sence de ces hommes procure une impression de sĂ©curitĂ© et une bonne dose d’anxiĂ©tĂ© Ă  une culture basĂ©e sur la peur. Life in a middle-class neighbourhood in present day Recife, Brazil, takes an unexpected turn after the arrival of an independent private security firm. The presence of these men brings a sense of safety and a good deal of anxiety to a culture which runs on fear. ONE + ONE Fiction / 2012 / BrĂ©sil Brazil / 124’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Irandhir Santos, Gustavo Jahn, Maeve Jinkings, Solha, Irma Brown, Lula Terra, Yuri Holanda, ClĂ©bia Souza, Albert TĂ©norio, Nivaldo Nascimento RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Kleber Mendonça Filho DĂ©cors / Production design Juliano Dornelles Image / Photography Pedro Sotero, Fabricio Tadeu Son / Sound Kleber Mendonça Filho, Pablo Lamar, Nicolas Hallet, Simone Dourado Montage / Editing Kleber Mendonça Filho, JoĂŁo Maria Production CinemaScĂłpio Contact Figa Films Sandro Fiorin [email protected] Filmographie / Filmography Enjaulado, 1997 ; A Menina do AlgodĂŁo, 2003, Vinil Verde, 2004 ; EletrodomĂ©stica, 2005 ; Noite de Sexta, ManhĂŁ de SĂĄbado, 2006 ; Luz Industrial MĂĄgica, 2009 ; Recife Frio, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films CrĂ­tico, 2008 Long mĂ©trage documentaire Documentary feature film 34 Orleans CompĂ©tition Longs mĂ©trages Virgil Vernier OrlĂ©ans, annĂ©e 2011. Joane et Sylvia ont vingt ans, elles travaillent comme danseuses dans un club de strip-tease Ă  la sortie de la ville. Dans le centre, c’est la pĂ©riode des fĂȘtes de Jeanne d’Arc. Les deux filles vont se retrouver plongĂ©es au milieu de ces Ă©tranges festivitĂ©s. Elle est victoire et humiliation, elle est Ă©ternelle jeunesse et tragĂ©die de la mort. Pour que vive Jeanne d’Arc, pour que vive OrlĂ©ans, pour que vive la France. » Orleans in the year 2011. Joane and Sylvia are twenty. They work as dancers in a striptease club at the edge of town. In the center the annual Joan of Arc commemoration is underway. The two girls find themselves caught up in these strange festivities. “She is victory and humiliation, she is eternal youth and the tragedy of death. May Joan of Arc live, may Orleans live, may France live.” Fiction / 2012 / France / 60’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast AndrĂ©a Brusque, Yuliya Auchynnikava RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Virgil Vernier Image / Photography Tom Harari Son / Sound Julien Sicart Musique / Music Ulysse Klotz Montage / Editing Eulalie Korenfeld, Emma Augier Production Kazak Productions Jean-Christophe Reymond Contact Kazak Productions [email protected] Filmographie / Filmography Thermidor, 2009 ; Pandore, 2010 EntreVues 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films Chroniques de 2005, 2007 ; Commissariat, 2010 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 35 Stalingrad Lovers Ce film concourt pour le prix Fleur Albert Une plongĂ©e dans une communautĂ© d’usagers et dealers de crack. Entre chasse au client et attente du produit, il est question de survivre Ă  la rue ou d’y mourir. The real life of crack dealers and users. From dealers chasing customers to addicts waiting for product, everyday life on the street is about surviving, or dying. ONE + ONE Fiction / 2012 / France / 80’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Jean-Patrick Kone, Carole EugĂ©nie, Jean-Paul Edwiges, Mehdi Kadri, Eriq Ebouaney, Lionel Codino, Françoise Le Plenier. RĂ©alisation / Filmmaking Fleur Albert ScĂ©nario / Script Fleur Albert, Laurent Roth, Olivier Volpi DĂ©cors / Production design Florian Sanson Image / Photography Nara Keo Kosal Son / Sound Jean-Paul Guirado, Didier Leclerc Musique / Music Jean-François Pauvros Montage / Editing StĂ©phanie Langlois, Catherine Zins Production La Huit Production StĂ©phane Jourdain Contact La Huit Production Elsa BarthĂ©lĂ©my La Huit Production [email protected] Filmographie / Filmography The Next Generation, 1995 ; Clarisse est partie, 2002 ; Home Swiss Home, 2004 ; Natacha Atlas, la rose pop du Caire, 2007 ; Boys, Tricky, 2009 ; Les ÉlĂ©gies de Vincent, 2009 Court mĂ©trages documentaires Documentary short films L’Eau du bain, 2000 Court mĂ©trage expĂ©rimental Experimental short film Le Silence des riziĂšres, 2006 ; Ecchymoses, 2008 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 36 Tower CompĂ©tition Longs mĂ©trages Kazik Radwanski Derek vit chez ses parents Ă  Toronto au Canada. Contrairement Ă  son frĂšre mariĂ© qui attend un enfant, Derek est cĂ©libataire et dĂ©sƓuvrĂ©. Il aimerait devenir animateur de dessins animĂ©s, mais il travaille Ă  mitemps pour la sociĂ©tĂ© de construction de son oncle. La nuit il erre dans les rues et frĂ©quente des boites de nuit, Ă  la recherche d’une petite amie
 Derek lives at home with his parents in Toronto, Canada. Unlike his married brother who is expecting a baby, Derek is single and without a career. Although he aspires to become a graphic animator, he works part-time at his uncle’s construction company. At night he wanders the street alone and frequents nightclubs in search of companionship. Fiction / 2012 / Canada / 78’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Derek Bogart, Nicole Fairbairn, Deborah Sawyer, John Scholl, Jack Macure RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Kazik Radwanski DĂ©cors / Production design Eva Michon Image / Photography Daniel Voshart, Rich Williamson Son / Sound Gabe Knox, Matt Chan Musique / Music Johnny Hockin, Gabe Knox, Brian Wong Montage / Editing Ajla Odobasic Production Dan Montgomery Contact Medium Density Fibreboard Films Dan Montgomery [email protected] Filmographie / Filmography Assault, 2007 ; Princess Margaret Blvd., 2008 ; Out In That Deep Blue Sea, 2009 ; Green Crayons, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction Short Films 37 A Story For The Modlins Sergio Oksman Documentaire Documentary / 2012 / Espagne Spain / 26’ / couleur color / DCP / vostf RĂ©alisation, / Filmmaking Sergio Oksman ScĂ©nario / Script Carlos Muguiro, Emilio TomĂ©, Sergio Oksman Image / Photography Miguel Amoedo Son / Sound Carlos BonmatĂ­ Montage / Editing Fernando Franco, Sergio Oksman Production Dok Films Contact Madrid en corto Ismael Martin [email protected] Filmographie / Filmography AprĂšs une apparition dans le film de Roman Polanski, Rosemary’s Baby, Elmer Modlin s’est enfui au loin avec sa famille ; ils sont restĂ©s enfermĂ©s dans un appartement obscur pendant trente ans. After appearing in the film Rosemary’s Baby, by Roman Polanski, Elmer Modlin ran away with his family to a distant land, where they shut themselves inside a dark apartment for thirty years. 38 A Esteticista, 2004 ; Goodbye America, 2006 ; Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films Apuntos sobre el otro, 2009 Court mĂ©trage documentaire Documentary short film As Ondas Ce film concourt pour le prix Miguel Fonseca ONE + ONE Fiction / 2012 / Portugal / 21’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Alice Contreiras, Andreia Contreiras RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Miguel Fonseca Image / Photography MĂĄrio Castanheira Son / Sound AntĂłnio Figueiredo Production O som e a fĂșria Luis Urbano, Sandro Aguilar Filmographie / Filmography Alpha, 2008 ; I Know You Can Hear Me, 2010 EntreVues 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films De splendides, de vĂ©ritables paysages maritimes portugais dĂ©ferlaient sous mes yeux. À ces images Ă©taient attachĂ©s ma jeunesse, mon paradis perdu. La mer immense, la plage, les gens, tous en attente, tous mourant, lentement, tristement, magnifiquement. CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Agencia - Portuguese Short Film Agency Salette Ramalho [email protected] Beautiful, truly portuguese seascapes swept before my eyes. Tied up in these images was my youth, my paradise lost. The vast sea, the beach, the people, all waiting, all dying gently, sadly, beautifully. Aux bains de la reine Maya Kosa, Sergio da Costa Documentaire Documentary / 2012 / Suisse Switzerland / 37’ / couleur color / HDCam RĂ©alisation Filmmaking Maya Kosa, Sergio da Costa Image / Photography Sergio da Costa Son / Sound EstefĂąnio LuĂ­s, Adrien Kessler Montage / Editing Telmo Churro, Maya Kosa, Sergio da Costa Production PĂł Films Contact Pofilms Sergio da Costa [email protected] Filmographie / Filmography Elsa retourne sur sa terre natale, Caldas Da Rainha au Portugal, oĂč fut Ă©rigĂ© le premier hĂŽpital thermal du monde. Elle a pour mission d’aller Ă  la rencontre de sa mĂšre. Lors de cette aventure minimale, on dĂ©couvre la ville et ses habitants aux activitĂ©s mystĂ©rieuses, ainsi que des bribes de l’histoire familiale d’Elsa. Maya Kosa L’IngĂ©nieur et le ProthĂ©siste, 2010 EntreVues 2010 Sergio da Costa Entretien avec Almiro Vilar da Costa, 2009 EntreVues 2009 ; Snack-bar AquĂĄrio, 2010 Grand Prix du court mĂ©trage documentaire EntreVues 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films Elsa returns to her homeland, Caldas Da Rainha in Portugal, where the world’s first spa hospital was constructed. Her mission is to go and meet her mother. Through this little adventure, we discover the city and the mysterious activities of its inhabitants, as well as elements of Elsa’s family history. 39 Broken Specs Ted Fendt Fiction / 2012 / Etats-Unis USA / 6’ / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Mike Maccherone, Andy Eklund, Mark Simmons RĂ©alisation, scĂ©nario, montage, production / Filmmaking, script, editing, production Ted Fendt Image / Photography Sage Einarsen Son / Sound Sean Dunn Contact Ted Fendt [email protected] Filmographie / Filmography Broken Specs est un premier film. Broken Specs is a first film Le portrait instantanĂ© de Mike et d’un Ă©trange milieu banlieusard. Et des lunettes cassĂ©es. A snapshot portrait of Mike and a strange suburban milieu. And broken glasses. East Hastings Pharmacy Antoine Bourges Documentaire Documentary / 2012 / Canada / 46’ / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Shauna Hansen, Luis Figueroa, des habitants de Vancouver Downtown Eastside RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Antoine Bourges DĂ©cors / Production design Paul Joyal Image / Photography Lindsay George Son / Sound Devon Cooke, Stirling Bancroft, Matt Chan Production Dan Montgomery, Antoine Bourges, Kazik Radwanski Contact Medium Density Fibreboard Films Dan Montgomery [email protected] Filmographie / Filmography Woman Waiting, 2010 Court mĂ©trage fiction Fiction short film La chronique d’une pharmacie typique du quartier de Downtown Eastside Ă  Vancouver, oĂč la plupart des clients suivent un traitement qui nĂ©cessite la prise quotidienne de mĂ©thadone, sous la surveillance du pharmacien. The chronicle of a typical pharmacy of the Vancouver Downtown Eastside, where most clients are on a treatment that requires taking daily doses of methadone witnessed by the pharmacist. 40 FlorariĂ  y edecanes Jaiziel HernĂĄndez MĂĄynez Documentaire documentary / 2012 / Mexique Mexico / 41’ / couleur color / HDcam RĂ©alisation, scĂ©nario, image, montage / Filmmaking, script, photography, editing Jaiziel HernĂĄndez MĂĄynez Son / Sound Daniel Touron de Alba Montage / Editing Production Centro de CapacitaciĂłn CinematogrĂĄfica CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Centro de Capacitacion Cinematografica Boris Miramontes Huet [email protected] Filmographie / Filmography FlorariĂ  y edecanes est un premier film FlorariĂ  y edecanes is a first film OĂč finit le Mexique et oĂč commencent les États-Unis ? Un panorama du prĂ©sent et de la vie quotidienne dans le Nord Est du Mexique et le Sud du Texas. Where is the end of Mexico and beginning of the United States? The present panorama and everyday life in northeast Mexico and south of Texas. Keep A Tidy Soul Ce film concourt pour le prix Joshua Moore ONE + ONE Fiction / 2012 / États-Unis USA / 11’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Claire McConnell, Naomi Lila RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Joshua Moore DĂ©cors / Production design Ashley Tarr Image / Photography Sinisa Kukic Son / Sound Chris Galipo Montage / Editing Staci Degagne Production Joshua Moore, Claire McConnell Contact Joshua Moore [email protected] Filmographie / Filmography The Day Of Adele, 2001 Court mĂ©trage fiction Fiction short film Flyn a perdu son Ăąme. Aidez-lĂ  s’il vous plait trouvez-lĂ . I Think It’s Raining, 2011 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film Flyn has lost her soul. Please help her. Find it. 41 La nuit remue Bijan Anquetil Documentaire Documentary / 2012 / France / 45’ / couleur color / DCP RĂ©alisation / Filmmaking Bijan Anquetil Image / Photography Paul Costes Son / Sound Matthieu Perrot Montage / Editing Alexandra MĂ©lot et Bijan Anquetil Production le Anne Luthaud et Joanna Sitkowska Contact Marie-Anne Campos [email protected] Filmographie / Filmography La nuit remue est un premier film La nuit remue is a first film Sobhan et Hamid. Deux jeunes Afghans, aprĂšs plusieurs annĂ©es d’errance, sont arrivĂ©s Ă  Paris. Ils se retrouvent, autour d’un feu de fortune allumĂ© au bord d’un canal. Sobhan and Hamid, two young Afghans, after several years of wandering, have ended up in Paris. By the light of a camp fire on a canal, they meet again. Lighthouse Wouter Venema Fiction / 2012 / Pays Bas Netherlands / 19’ / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Ward Weemhoff, Henk Stuurman RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Wouter Venema DĂ©cors / Production design Lotte de Vries Image / Photography Stef Tijdink Son / Sound JaĂŻm Sahuleka Montage / Editing Laurent Fluttert Production Absent Without Leave Tim Leyendekker Contact Eye Film Massimo Benvegnu [email protected] Filmographie / Filmography Il est assis dans son fauteuil, raide et immobile, comme une statue de pierre. Moi, au contraire, je me dĂ©place sans cesse de piĂšce en piĂšce, sans dormir, m’asseoir ni parler. He sits in his chair, motionless and stiff, a stone statue. I, on the contrary, move restlessly from room to room without sleeping, sitting, or speaking. 42 Lighthouse est un premier film Lighthouse is a first film Marseille la nuit Marie Monge Fiction / 2012 / France / 42’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Karim Leklou, Charif Ounnoughene, Louise Monge Contact Agence du court mĂ©trage [email protected] 1015 productions [email protected] Elias et Teddy ont toujours Ă©tĂ© amis. À 25 ans, ils traĂźnent, dealent un peu, et s’imaginent les rois de leur tout petit monde. Et puis un jour, c’est sĂ»r, ils quitteront Limoges pour Marseille et deviendront des hommes. Filmographie / Filmography Les Ombres bossues, 2008 Mia, 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films CompĂ©tition Courts mĂ©trages RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Marie Monge DĂ©cors / Production design CĂ©lia Lecomte Image / Photography Boris LĂ©vy Son / Sound Matthieu Villien Montage / Editing François QuiquerĂ© Production SĂ©bastien Haguenauer Childhood friends, Teddy and Elias have come up together dealing drugs and dreaming of being kings. They want to move from their small town to Marseille. They know they will become men there and make it big. O dom das lagrimas JoĂŁo Nicolau Fiction / 2012 / Portugal / 27’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Filipe Mesquita, Sandra Marcos, Nuno Rodrigues, Helena Carneiro, Frederico NS, LĂ­gia Soares, Ana Sofia Ribeiro. RĂ©alisation / Filmmaking JoĂŁo Nicolau ScĂ©nario / Script JoĂŁo Nicolau, Mariana Ricardo Image / Photography MĂĄrio Castanheira Son / Sound Vasco Pimentel Montage / Editing JoĂŁo Nicolau, Francisco Moreira Production O som e a fĂșria Luis Urbano, Sandro Aguilar Contact AGENCIA - Portuguese Short Film Agency Salette Ramalho [email protected] Une princesse et un chasseur. Un voyage iconographique imprĂ©gnĂ© d’imaginaire lusitanien. A princess and a hunter. An iconographic journey immersed in Lusitanian fantasy. Filmographie / Filmography Rapace, 2006 EntreVues 2006 ; Chanson d’amour et de bonne santĂ© EntreVues 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films L’ÉpĂ©e et la Rose, 2010 EntreVues 2010 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film 43 Ovos de dinossauro na sala de estar Rafael Urban Documentaire Documentary / 2012 / BrĂ©sil Brazil / 12’ / couleur color / Bluray RĂ©alisation / Filmmaking Rafael Urban DĂ©cors / Production design Maria Andrade Image / Photography Eduardo Baggio Son / Sound Robertinho de Oliveira Musique / Music Alexandre Rogoski Montage / Editing Ana Lesnovski Production Ana Paula MĂĄlaga Contact Moro Filmes [email protected] Filmographie / Filmography Bolpebra, 2011 corĂ©alisĂ© avec codirected with Guilherme Marinho, JoĂŁo Castelo Branco Ragnhild Borgomanero, 77 ans, a Ă©tudiĂ© la photographie numĂ©rique et a suivi des cours de Photoshop et de PremiĂšre afin de garder vivante la mĂ©moire de son mari, Guido, avec qui elle a rĂ©uni la plus grande collection privĂ©e de fossiles en AmĂ©rique Latine. An old woman attends classes of digital photography and editing. The woman wants to be able to preserve the memory of her deceased husband Guido, the biggest private collector of fossils in Latin America. The meaning of style Ce film concourt pour le prix Phil Collins ONE + ONE Documentaire Documentary / 2012 / Malaisie Malaysia / 5’ / couleur color / HDCam RĂ©alisation / Filmmaking Phil Collins Image / Photography Hideho Urata Musique / Music Gruff Rhys, Y Niwl Montage / Editing Shantha Kumar Production Shady Lane Productions, Akanga Film Asia Contact Shady Lane Productions [email protected] Filmographie / Filmography Soy mi madre, 2008 ; Marxism Today prologue, 2010 Courts mĂ©trages Short films Des skinheads anti-fascistes et des papillons exotiques. Les relations entre l’hĂ©ritage colonial britannique et la pop culture d’Asie du Sud Est. Anti–fascist skinheads and exotic butterflies. The relationship between British colonial history and pop culture in South– East Asia. 44 Un mito antropologico televisivo Maria Helene Bertino, Dario Castelli, Alessandro Gagliardo Documentaire Documentary / 2012 / Italie Italy / 57’ / couleur color / BetaSP RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Maria Helene Bertino, Dario Castelli, Alessandro Gagliardo Image / Photography Fabio Costanzo, Roberto Maravigna Son / Sound Riccardo Nicolosi Production Malastrada Film, ar/ge Kunst Galerie Museum, MMAV CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Malastrada Film [email protected] Filmographie / Filmography Les images de la tĂ©lĂ©vision pĂ©nĂštrent si profondĂ©ment le tissu mĂȘme de la sociĂ©tĂ© qu’elles construisent une part de l’histoire d’une nation, en mettant l’accent sur ses problĂšmes et sur sa nature profonde. The stories on TV have penetrate so deep in the fabric of society that they actually build a part of history of a Nation, outlining its problems and deepest nature. Maria Helene Bertino, Dario Castelli et Alessandro Gagliardo font partie de Malastrada, un collectif Ă  la recherche de nouvelles pistes Ă©conomiques, politiques et culturelles. Un mito antropologico televisivo est leur premier film Maria Helene Bertino, Dario Castelli and Alessandro Gagliardo collaborate with that develops analysis and deliver new economical, political and cultural overtures. Un mito antropologico televisivo is their first film. Vilaine fille mauvais garçons Justine Triet Ce film concourt pour le prix ONE + ONE Fiction / 2012 / France / 30’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Thomas LĂ©vy Lasne, Laetitia Dosch, Serge Riaboukine RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Justine Triet Image / Photography Tom Harari Son / Sound Julien Brossier Montage / Editing Damien Maestraggi Production Ecce Films Contact Ecce films Camille Genaud 01 47 70 27 23 [email protected] La nuit survoltĂ©e d’un jeune peintre fauchĂ© et d’une comĂ©dienne dĂ©jantĂ©e. Dans l’impossibilitĂ© de se retrouver seuls, Laetitia et Thomas traversent chaque situation entre drame et lĂ©gĂšretĂ© jusqu’à ce qu’un Ă©vĂ©nement violent marque leur rencontre d’une Ă©trange complicitĂ©. Filmographie / Filmography Sur place, 2007 ; SolfĂ©rino 2008 ; Des ombres dans la maison 2009 Courts mĂ©trages documentaires Short documentary films When a starving artist meets a loony actress, sparks fly. But privacy proves illusive for Laetitia and Thomas as they navigate the night with levity and gravity until a serious, unexpected event brings them closer together. 45 SĂ©ance spĂ©ciale hors compĂ©tition La Jubilada Jairo Boisier À l’ñge de trente ans, elle a tournĂ© le dos Ă  sa carriĂšre d’actrice porno Ă  Santiago du Chili et est revenue dans la maison de ses parents, oĂč son pĂšre vit avec sa sƓur aĂźnĂ©e Gina. Fabiola n’est pas accueillie Ă  bras ouverts ; Gina n’apprĂ©cie guĂšre que quelqu’un s’immisce dans l’organisation trĂšs rĂ©glĂ©e du foyer. Il est vite Ă©vident que le passĂ© de Fabiola ne s’oubliera pas si facilement
 At the age of 30 she as turned her back on her career as a porn actress in Santiago de Chile and has returned to her parental home, where her father lives with her elder sister Gina. Fabiola is initially not welcomed with open arms; Gina is not keen to have someone who interferes with her tightly organised housekeeping. It soon becomes clear to Fabiola that it isn’t easy to leave her professional past behind her. Filmographie / Filmography El nuova, 2007 ; Vestido, 2008 Courts mĂ©trages Short films 46 Fiction / 2012 / Chili Chile / 83’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Paola Lattus, Catalina Saavedra, JosĂ© Soza, Daniel Antivilo RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Jairo Boisier DĂ©cors / Production design Javier Marticorena Image / Photography Raul Heuty Son / Sound Gustavo Araya Montage / Editing Luis Horta, Jairo Boisier Production Escala Humana, Zapik Films, Forastero Contact Rendez-vous Pictures [email protected] LaurĂ©at du Prix Films en cours 2010. Le film clĂŽturera l'Ă©dition de Films en cours 2012. Les Coquillettes SĂ©ance spĂ©ciale hors compĂ©tition Sophie Letourneur Trois amies se remĂ©morent leur folle semaine au festival de Locarno ainsi que leurs pĂ©ripĂ©ties amoureuses. Three female friends recall their crazy week and romantic escapades at the Locarno Festival Fiction / 2012 / France / 75’ / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Sophie Letourneur, Camille GĂ©naud, Carole Le Page RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Sophie Letourneur Image / Photography Antoine Parouty Son / Sound Pascal Ribier, Carole Verner Montage / Editing Jean-Christophe Hym Production Ecce Films, Ad Vitam, Rezina Productions Contact Ecce films Camille Genaud 01 47 70 27 23 [email protected] Distribution Ad Vitam Filmographie / Filmography La TĂȘte dans le vide, 2004 ; Manue Bolonaise, 2005; Le Marin masquĂ©, 2011 EntreVues 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films Roc et Canyon, 2007 ; La Vie au ranch, 2009 Prix du film français et Prix du public, EntreVues 2009 Longs mĂ©trages fiction Feature films 47 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Mocky A vec sa gueule de voyou tĂ©nĂ©breux, JeanPierre Mocky avait dĂ©jĂ  une carriĂšre d’acteur consĂ©quente chez Cocteau, Antonioni, ou encore Visconti dont il assista la rĂ©alisation de Senso, mais le film qui le rĂ©vĂ©la fut en 1957 La TĂȘte contre les murs de George Franju. Le personnage d’Arthur GĂ©rane ne marqua pas seulement l’apparition d’un acteur mais 48 d’une personnalitĂ© Ă  part dans le cinĂ©ma français. Mocky Ă©crivit l’adaptation du roman de Bazin, cependant, jugĂ© inexpĂ©rimentĂ© par les producteurs, il ne put le rĂ©aliser. Mocky confiĂąt alors Ă  George Franju non seulement son scĂ©nario, mais aussi le casting qu’il avait envisagĂ© ainsi que ses recherches prĂ©paratoires concernant les dĂ©cors. Un mal pour un bien puisque La TĂȘte contre les murs compte parmi les chefs-d’Ɠuvre de Franju, et appartient pleinement au cinĂ©ma de Mocky par sa poĂ©sie et sa colĂšre contre l’aliĂ©nation des individus. Plus qu’un rĂŽle, c’est d’abord lui-mĂȘme que Mocky interprĂšte un rĂ©voltĂ© que la sociĂ©tĂ© dĂ©signe comme fou pour le neutraliser. L’asile devient une prison qui n’ose pas dire son nom, abritant, comme plus tard les citĂ©s dominĂ©es par les forces occultes de Litan et Ville Ă  vendre, un peuple sans espoir assommĂ© par les mĂ©dicaments et les traitements de choc. Certains, comme le hĂ©ros, sont certains de ne jamais guĂ©rir car ils ne sont mĂȘme pas fous. Quelques annĂ©es avant le Belmondo d’À bout de souffle, il compose un personnage sans Ă©quivalent dans la culture française, un rebelle proche de James Dean, Brando et Elvis Presley. Ce Rimbaud en blouson noir est bien plus dangereux pour l’ordre Ă©tabli que les gentils rockeurs qui s’époumonaient alors Hommage Ă  Mocky au Golf Drouot. Plus tard, Mocky ajoutera au blouson une Ă©charpe rouge, puis se coiffera d’un feutre Ă  la Dana Andrews. Plus que la revendication d’une idĂ©ologie, l’écharpe rouge Ă©voque le romantisme libertaire, et le chapeau symbolise le Film noir dont Mocky sera l’un des rares cinĂ©astes français Ă  savoir capter l’essence. Mocky devient rĂ©alisateur en 1959 avec Les Dragueurs, soit l’annĂ©e de la sortie d’À bout de souffle et des 400 coups. Il emprunte Ă  la Nouvelle Vague son Ă©conomie et les tournages en dĂ©cors naturels, permettant une inscription immĂ©diate dans la rĂ©alitĂ© française. Dans ses premiĂšres rĂ©alisations, Ă©voquant par leur humour corrosif et leur goĂ»t du grotesque le cinĂ©ma italien, Mocky Ă©pingle les monstres » français les snobs, les dragueurs ou encore les vierges ». Plus tendre et dĂ©senchantĂ©, Un couple dresse la chronique intimiste de la fin d’un amour. Avec sa tonalitĂ© nocturne et hivernale, cette love-story Ă  rebours est motivĂ©e par le souci de reprĂ©senter parfois crĂ»ment, mais avec honnĂȘtetĂ©, la vie sentimentale de ses contemporains. Plus que des cinĂ©astes de la Nouvelle Vague, Mocky est Ă  rapprocher de ses aĂźnĂ©s Tati, Franju et Melville, qui la croisent sans y appartenir. Si Tati s’approprie le burlesque, Franju le fantastique et Melville le film noir, Mocky pourrait ĂȘtre l’artisan d’un renouveau de la comĂ©die, d’abord grinçante puis ouvertement loufoque – domaine qu’il pratiqua tout au long de sa carriĂšre. L’humour noir est parfois trouĂ© d’instants insolites et malaisants dans Les Dragueurs, Aznavour dĂ©clare Ă  deux jeunes femmes dans la rue qu’il n’a pas l’intention de les violer. La longue crise de fou rire injustifiĂ©e qui secoue alors les personnages et qui semble ne jamais devoir finir, les renvoie Ă  une animalitĂ© imbĂ©cile et grimaçante. Chez Mocky, pas de mots d’auteurs lourdement soulignĂ©s Ă  la Audiard, mais une immersion dans la vie quotidienne traversĂ©e par des personnages drĂŽlatiques, aux dictions improbables. Ces acteurs improvisĂ©s sont des clients de bistrot, des garagistes, ou de simples passants que Mocky, sĂ©duit par leur excentricitĂ© naturelle, fait passer dans ses films. C’est avec un malin plaisir qu’il perturbe ses fictions avec ces figures du rĂ©el, hilarantes et fascinantes. Les comĂ©diens professionnels ne sont pas en reste. Mocky puise dans le théùtre, donnant par exemple Ă  Michael Lonsdale, encore loin d’India Song, ses premiers rĂŽles. Il recrute des acteurs de cabaret comme Poiret et Serrault, ou des stars tout azimut comme le gĂ©nial Francis Blanche. On pourrait confondre ses castings avec ceux des nanars Ă©puisants de Raoul AndrĂ©, si Mocky n’exacerbait l’inventivitĂ© de ses acteurs. Ainsi l’élĂ©gance et la fluiditĂ© du jeu de Poiret dans Un drĂŽle de paroissien, digne des comĂ©dies amĂ©ricaines, ou son dĂ©bit supersonique en patron de chaĂźne de tĂ©lĂ© dans La Grande Lessive. Cette classe innĂ©e, Mocky s’évertuera Ă  la briser dans la comĂ©die trash et loufoque Le MiraculĂ© oĂč il campe un SDF ordurier en catogan et t-shirt graisseux, Ă  rendre jaloux les freaks les plus excentriques de John Waters. Le comĂ©dien absolu de Mocky pourrait ĂȘtre JeanClaude RĂ©moleux, l’adipeux inspecteur qui chante sans 49 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Sur le tournage de L’Albatros arrĂȘt Marinella de Tino Rossi dans La Grande Lessive. On ne saurait dire si sa prĂ©sence dĂ©calĂ©e est le fruit d’une incroyable virtuositĂ© ou au contraire d’une inconscience absolu du jeu d’acteur. Chez Mocky, on dĂ©couvre la filmographie secrĂšte d’acteurs qui malgrĂ© toute l’affection qu’on a pour eux reprĂ©sentent la France assommante des dimanches soirs tĂ©lĂ©visĂ©s des annĂ©es 70. Bourvil fut l’un de ses acteurs les plus remarquables, dĂ©voilant le fond d’anarchie 50 dissimulĂ©e sous l’incarnation de la gentillesse absolue. Les deux hommes s’amusĂšrent de cette figure de saint laĂŻc, en brossant le portrait d’un pilleur de troncs d’église guidĂ© par une mission divine d’Un drĂŽle de paroissien. Cette candeur perturbatrice est Ă©galement celle du lunaire inspecteur Triquet de La CitĂ© de l’indicible peur. Celui-ci se dĂ©sole lorsque par inadvertance il arrĂȘte un criminel et poursuit les malfaiteurs pour les empĂȘcher de rĂ©cidiver. Chez Mocky, qui est le contraire d’un cynique, est son seul amour. Au mĂ©pris de la mort qui l’attend de façon certaine, il rebrousse chemin pour voler Ă  son secours. Le voleur de bijoux amoral de Solo se sacrifie pour son frĂšre, un adolescent terroriste et idĂ©aliste. Le journaliste d’Un linceul n’a pas de poches voit sa mort dans le marc de cafĂ© renversĂ© dans une poubelle, ironique remise en scĂšne du fatum cher au film noir. RĂ©vĂ©ler les scandales sexuels et financiers, et surtout l’abjecte collusion entre une cellule communiste et le patronat local ne peut conduire qu’à la mort. On a parfois dit que Mocky se complaisait dans un rĂŽle de victime sacrificielle ou qu’il s’inventait des dĂ©mons seulement pour le plaisir de les combattre. C’est faux, bien entendu, mĂȘme si la beautĂ© du geste est toujours prĂ©sente, comme un hĂ©ritage du cinĂ©ma amĂ©ricain des desperados en tĂȘte, le Nicholas Ray de Johnny Guitar. La mort devient alors une obligation romantique le refus absolu de pactiser avec l’ennemi, la certitude que le mal est toujours prĂ©sent et qu’aucun happy ne signe la fin du combat. Tant que le cƓur bat encore, tant que l’on est debout, il faut continuer Ă  courir Ă  perdre haleine, traverser les forĂȘts, les riviĂšres, se cacher dans les trains de marchandises – rejouer la geste Ă©ternelle des Ă©vadĂ©s et des hors-la-loi. Pourtant, au fond, jamais on ne s’échappe du lieu crucial du cinĂ©ma de Mocky une ville, idĂ©alement nocturne, gouvernĂ©e par la terreur et la corruption. Dans cette ville, les braves gens Ă©pient derriĂšre leurs rideaux ou se regroupent en milices armĂ©es. Au dĂ©but de Ville Ă  Hommage Ă  Mocky la gentillesse de Bourvil ne se prĂȘte pas au ridicule elle devient hĂ©roĂŻque et humaniste, comme chez le Saint-Just de La Grande Lessive partant en croisade contre l’aliĂ©nation tĂ©lĂ©visuelle. Mocky transmet le plaisir de voir Ă©voluer Bourvil, avec sa gracieuse gaucherie, et lui faire dire des dialogues raffinĂ©s, la voix quittant son accent paysan pour acquĂ©rir une musicalitĂ© atone. La dĂ©licatesse de Bourvil que l’on reconnait aujourd’hui dans ses chansons et la dignitĂ© que lui confĂ©ra Melville dans Le Cercle rouge, sont dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre chez Mocky. Alter-ego du cinĂ©aste, il reprĂ©sente l’homme pur et idĂ©aliste dressĂ© contre la sociĂ©tĂ©, qu’il s’agisse du village grouillant de haine de La CitĂ© de l’indicible peur ou du Paris dont les habitants prennent les armes pour traquer les pirates de la tĂ©lĂ©vision de La Grande Lessive. Il est Don Quichotte et plus encore le Prince Mychkine de DostoĂŻevski, qui, quelles que soient ses prĂ©cautions, ne pourra s’empĂȘcher de briser le vase du salon bourgeois, guidĂ© par une impĂ©rieuse maladresse. Les personnages de Mocky, mus eux-aussi par une idiotie » hĂ©roĂŻque, mettent sens dessus dessous les conventions sociales, tel le journaliste dĂ©voilant les noirs secrets de la bourgeoisie d’une ville de province dans Un linceul n’a pas de poches. Par amour, fraternitĂ© ou simplement sens de la justice, ils brĂ»leront systĂ©matiquement leurs vaisseaux. Dans L’Albatros, le bandit en fuite parvient Ă  passer la frontiĂšre sous une nouvelle identitĂ©. Il rĂ©alise alors que la jeune fille qu’il laisse derriĂšre lui aux mains des policiers La CitĂ© de l’indicible peur 51 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky vendre, Roger Knobelspiess figure s’il en est du repris de justice » Ă©clairĂ© dĂ©crit ainsi Moussin C’est un drĂŽle de patelin. Apparemment, tout est tranquille, tout est normal. Mais c’est une tranquillitĂ© qui te colle un malaise comme dans les cauchemars. Et tu sais pas pourquoi. » On connait bien sĂ»r la rĂ©ponse, mais la question mĂ©rite, et mĂ©ritera toujours, d’ĂȘtre posĂ©e quelle est cette indicible peur qui rĂŽde dans les citĂ©s de Mocky ? Elle n’est assurĂ©ment pas incarnĂ©e par le boucher amoureux qui se dĂ©guise en Tarasque pour enlever sa belle. C’est un monstre informe qui se recompose toujours lorsqu’il s’agit de traquer l’étranger, l’insurgĂ©, le rĂ©sistant ou l’évadĂ©. Cette force noire, cette haine, Ă©tait bien sĂ»r Ă  l’Ɠuvre pendant l’Occupation, mais elle est Ă©galement bien antĂ©rieure, relevant d’un esprit grĂ©gaire quasi prĂ©historique. Si elle est naturellement Ă  l’Ɠuvre dans les films noirs Solo, L’Albatros, c’est elle-aussi qui teinte d’angoisse les comĂ©dies comme La Grande Lessive lorsque, furieux d’ĂȘtre privĂ©s de leur drogue tĂ©lĂ©visuelle, la populace investit les toits de Paris, pour protĂ©ger leurs antennes, l’arme au poing. Dans À mort l’arbitre, cette mĂȘme meute humaine, menĂ©e par un terrifiant Michel Serrault, poursuit Eddy Mitchell Ă  travers une citĂ© HLM glacĂ©e et concentrationnaire. Dans Litan, la haine prend une forme ouvertement fantastique, celle d’une entitĂ© volant l’individualitĂ© des habitants comme dans L’Invasion des profanateurs de sĂ©pultures de Don Siegel. Litan, la citĂ© mĂ©diĂ©vale dans le brouillard, hantĂ©e par des hommes sans visage, est la forme allĂ©gorique de toutes les citĂ©s de Mocky. Ces fanfares fantĂŽmes, ces tristes carrousels, ces fĂȘtes de village Ă©quivoques oĂč les clowns enlĂšvent les petites filles, dessinent un fantastique trĂšs personnel, entre les brumeuses histoires de fantĂŽmes anglaises le Don’t Look Now de Nicholas Roeg et les hallucinations d’un Jean Lorrain voyant, tel un carnaval opiacĂ©, des masques se substituer aux traits des Parisiens. Dans L’Albatros, Tassel voit ressurgir le souvenir d’une fillette blonde, dans un bal de village. Nulle explication n’éclaire cette figure enfantine et ce qu’elle reprĂ©sente pour lui le cinĂ©ma de Mocky est symbolique, allĂ©gorique mais jamais psychologique, sinon qu’elle se superpose avec le personnage de la fille du maire que l’évadĂ© prend en otage et dont il tombe amoureux. Sans doute Tassel a-t-il laissĂ© s’éloigner cette enfant, son premier amour, et c’est pour guĂ©rir cette blessure qu’il rebrousse chemin vers la prison oĂč est dĂ©tenue la jeune femme. En la faisant s’évader, il signe son arrĂȘt de mort. La fillette reprĂ©sentait alors la fatalitĂ© pesant sur le personnage depuis son enfance et dirigeant ses pas vers une issue forcĂ©ment tragique. Dans Noir comme le souvenir, Garance, autre enfant fantĂŽme, blonde et en robe blanche, hante une petite ville bourgeoise, supprimant ceux qui ont causĂ© sa perte, comme dans OpĂ©ration Peur de Mario Bava. Elle entraĂźne sa mĂšre dans une autre face du rĂ©el, qui sans ĂȘtre complĂštement l’au-delĂ , en constitue l’antichambre. Des gerbes mortuaires noires et des poupĂ©es de clowns apparaissent comme par sortilĂšges. La ville devient le terrain de jeu meurtrier du petit spectre, comme si le cimetiĂšre dans la brume oĂč repose Garance Ă©tendait son influence funĂšbre sur toute la ville. Comme une malĂ©diction, sur les tĂ©lĂ©viseurs de ces damnĂ©s, un seul film 52 Hommage Ă  Mocky semble autorisĂ© Ă  ĂȘtre diffusĂ© Litan. De cette brume qui se diffuse de film en film, Ă©merge Ă©galement, tel un vaisseau fantĂŽme, l’autocar d’Agent trouble, dont tous les passagers sont des cadavres. FrĂšres des morts vivants de Litan les chĂŽmeurs apathiques de Moussin, la Ville Ă  vendre. Les mirobolantes indemnitĂ©s qui leurs sont versĂ©es dissimulent leur nature de cobaye d’une obscure sociĂ©tĂ© pharmaceutique. Dans ce film gĂ©nial, la ville devient un laboratoire Ă  ciel ouvert, dirigĂ©e par un curĂ© aux lĂšvres peintes Mocky lui-mĂȘme, dont l’accent allemand grotesque Ă©voque un Herr Doktor langien. Mocky pousse trĂšs loin le grotesque inquiĂ©tant les notables, arborant des catogans, paradent Ă  cheval lors de kermesses absurdes et entonnent des mĂ©lopĂ©es lugubres pendant les enterrements. À Moussin on meurt d’embolie, par une bulle d’air injectĂ©e dans les veines, fin logique dans cette sociĂ©tĂ© asphyxiante. De façon imprĂ©vue, Ville Ă  vendre croise un autre genre, le western, et les parades Ă  cheval des notables n’en sont pas le seul indice. Tom Novembre prĂ©nommĂ© OrphĂ©e est un Ă©trange routard vĂȘtu de blanc qui s’arrĂȘte par hasard dans la petite ville et, sans motif autre que la curiositĂ© et le goĂ»t du mystĂšre, met Ă  jour sa corruption fondamentale. OrphĂ©e quittera la ville sans endosser le rĂŽle du justicier, laissant les habitants se dĂ©brouiller avec leurs dĂ©mons. Cet individualisme dĂ©senchantĂ©, mais non dĂ©nuĂ© de valeurs morales, Ă©voque les personnages de Clint Eastwood comme le Pale Rider ou L’Homme des hautes plaines. Mocky est lui-aussi un libertaire, un individualiste forcenĂ©, viscĂ©ralement opposĂ© Ă  toutes formes de mensonge. Si ses personnages tournent souvent en rond dans la nuit, le feu qui les dĂ©vore est toujours celui de la vĂ©ritĂ©. StĂ©phane du Mesnildot StĂ©phane du Mesnildot est journaliste aux Cahiers du cinĂ©ma et enseignant Ă  l’universitĂ© Paris III-Sorbonne et Ă  Paris Diderot, Paris VII. Il est l’auteur d’un livre sur Jess Franco, et d’études sur La Mort aux trousses et sur les fantĂŽmes du cinĂ©ma japonais. 53 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky A u dĂ©but des annĂ©es 80 je lui avais Ă©crit, je cherchais du travail comme stagiaire monteuse et je l’admirai. Une dame de son bureau m’avait rappelĂ©e – plus de 10 ans plus tard ! – pour me proposer un stage, on a reçu votre lettre, ĂȘtes-vous libre la semaine prochaine, envoyez votre photo svp ». Comme quoi le bureau de Mocky garde bien son courrier, faut en prendre de la graine. Ce que j’ai vu de lui, je l’avais vu dans le dĂ©sordre. J’ai dĂ©couvert Mocky Ă  la fin des annĂ©es 70, hallucinĂ©e de voir Bourvil, sa lĂ©gĂšretĂ© et sa mobilitĂ©, dans La CitĂ© de l’indicible peur. Il jouait un flic, il arrivait dans une maison et sortait une grand mĂšre du placard, oĂč sa famille l’avait enfermĂ©e pour ne plus avoir Ă  s’en occuper et la laisser mourir de faim ! Il engueulait la famille, mais je me souviens que la vieille dame enfermĂ©e, mĂȘme libĂ©rĂ©e par Bourvil, avait l’air aussi mĂ©chante et teigneuse que sa progĂ©niture. L’Albatros la cavale du hĂ©ros dandy qui kidnappe la fille de l’homme politique juste » qui lutte contre le vieux dĂ©putĂ© injuste », pour qu'on s'aperçoive d'un tous pourris » assez facile finalement, pourraient dire les dĂ©tracteurs du film. Sauf que la qualitĂ© du film n'est pas dans ce tous pourris » facile. Moi, ce qui m'a marquĂ©e, cest la vraie beautĂ© des plans et d'un montage qui ne laisse aucun gras un homme s'Ă©vade, la forĂȘt est quadrillĂ©e, un flic meurt, il va en ĂȘtre accusĂ©, il y a une riviĂšre, il part dans une barque, il y a une fĂȘte Ă©lectorale, il s'infiltre et kidnappe la fille du candidat, etc. Jamais d'arrĂȘt du rĂ©cit, chaque plan fait avancer l'histoire. Sauf Ă  la fin, oĂč le film se paie le luxe de montrer le hĂ©ros retourner en prison pour sauver la fille, et tous deux de mourir en Romeo et Juliette faisant l'amour devant une foule de spectateurs attirĂ©s par le sang, dans des plans totalement expressionnistes, et lĂ , pour la premiĂšre fois, de vraies suspensions dans les plans. Un Ă©pilogue hallucinant de surrĂ©alisme vrai. Quand le film se termine, on a explorĂ© une France, alsacienne, provinciale, raciste, belle, mĂ©chante, sĂ©curitaire. On a aussi entrevu des lieux prĂ©monitoires de ce qui est ensuite arrivĂ© Ă  toute la province française. Je pense Ă  cet arrĂȘt dans la cavale, dans une sorte de Prisunic, en plein no man's land, oĂč seul un vigile et son chien sont censĂ©s faire des tours pour assurer la sĂ©curitĂ© du stock, qui pour moi prĂ©figure ces futures zones de supermarchĂ©s, de discounts, de Mac Do, de car wash qui font maintenant que tous les abords des villes se ressemblent. Le violoniste braqueur de diamants de Solo est en cavale pour sauver son jeune frĂšre dont il dĂ©couvre qu’il fait partie d’un rĂ©seau terroriste de jeunes bourgeois qui veulent dĂ©barrasser le monde des riches. TrĂšs juste sur les annĂ©es 70, mĂȘlant embrouille et action, dessinant une Ă©poque oĂč les jeunes riches rĂȘvaient d’ĂȘtre pauvres et oĂč les vieux voyous voulaient les Ă©duquer. Le film le plus romantique de tous pour moi. Une sorte de Billy the Kid Ă  la française, oĂč les codes moraux du hĂ©ros ne correspondent pas au monde qui change, oĂč James Coburn ne peut pas ĂȘtre Pat Garrett parce qu'en France les keufs sont dĂ©passĂ©s par la hiĂ©rarchie et l'administratif et les communications. DĂšs les premiers films, dĂšs le Bourvil du DrĂŽle de paroissien, ou les dĂ©ambulations aĂ©riennes et hilarantes sur les toits des Compagnons de la marguerite, ce qui me frappait, c’est l’insolence. Avec un cĂŽtĂ© gourou et pythie grecque qui donne de tout, du pire et du meilleur. Il nous raconte dans ses films une sociĂ©tĂ© oĂč on ne penserait qu’à sa gueule, pas faux. Un plaisir de retrouver la comĂ©die comme chez les italiens. C’est un faux fumiste, parfois un vrai fumiste, mais avec toujours la prĂ©occupation premiĂšre de raconter une histoire, en franc tireur, en marginal parfois rebelle et parfois quasi poujadiste dans ses rapports avec le monde ; on a tout dit maintenant sur Mocky. Beaucoup de films, pas tous bons, mais tous cohĂ©rents avec leur mode de production, dans le style Ă©coutez, c'est fait absolument sans fric, on s'est dĂ©pĂȘchĂ© c'est n'importe quoi et c'est comme ça » ou bien ah, lĂ  on a pu travailler, regardez ». Ce luxe lĂ , c'est aussi Mocky pour moi. Maintenant, sur les photos rĂ©centes, il est entre le bonhomme super Ă©nervant et le vieux playboy Ă  la grande Ă©charpe, mais si on regarde sa filmo, on voit se dessiner en tranches une drĂŽle dhistoire de France, depuis 40 ans. J'aimerais bien arriver Ă  avoir cette libertĂ© lĂ . Patricia Mazuy Patricia Mazuy est cinĂ©aste. Nous lui consacrions l’an dernier une rĂ©trospective intĂ©grale. Parmi ses films, Peaux de vaches, Travolta et moi, SaintCyr, et le tout dernier, Sport de filles. Les propos de Jean-Pierre Mocky reproduits dans les pages suivantes proviennent d’une interview rĂ©alisĂ©e par Catherine Bizern et Christian Borghino en octobre 2012 et de diverses sources Ă©crites ou audiovisuelles. 54 Hommage Ă  Mocky Un couple Pierre et Anne se sont donnĂ© rendez-vous dans le musĂ©e oĂč ils se sont rencontrĂ©s il y a trois ans. Leur union basĂ©e sur l’appel immĂ©diat qu’ils ont ressenti et une promesse de totale sincĂ©ritĂ©, fait l’admiration de leur entourage, mais Pierre est inquiet il vient avouer Ă  Anne que l’habitude de son corps lui fait perdre l’urgence de son dĂ©sir, que cette baisse de tempĂ©rature est indigne de leur amour ils dĂ©cident tous deux de reprendre leur liberté  Ce sont les frĂšres Siritzky, qui avaient produit Les Dragueurs, qui ont eu l’idĂ©e de ce film sur le couple. Nous avons eu beaucoup de mal Ă  trouver les interprĂštes principaux car nous cherchions un couple idĂ©al ». Finalement nous avons engagĂ© un peintre de Montparnasse, Jean Kosta, et Juliette Mayniel qui avait Ă©tĂ© l’interprĂšte du film Les Cousins de Claude Chabrol. Nous y avons ajoutĂ© mon ami Francis Blanche et une jeune comĂ©dienne pleine de talent qui s’appelait Nadine Basile. Queneau a donnĂ© un aspect surrĂ©aliste au film. Il m’a suggĂ©rĂ© de ne pas rester sur le ton grave mais d’introduire des personnages bizarres et farfelus et de pimenter de dĂ©rision cette introspection amoureuse. “Sinon, tu vas emmerder les spectateurs”. Queneau a eu carte blanche, il s’est amusĂ© Ă  faire des mots “C’est du toc ? Non c’est du stuc”. Le film est restĂ© moderne car le sujet Ă©tait extrĂȘmement moderne faut-il se dire la vĂ©ritĂ© quand on est en couple ou est-ce qu’il vaut mieux cacher ce qu’on pense rĂ©ellement ? » 1960 / France / 89’ / noir et blanc InterprĂ©tation Juliette Mayniel Anne Chenard, Jean Kosta Pierre Chenard, Nadine Basile Clara, Francis Blanche Monsieur Gratteloup, Simone Cendrar Madame Gratteloup, Christian Duvaleix Alex, GĂ©rard Hoffmann Monsieur Antoine, VĂ©ronique Nordey VĂ©ronique, GĂ©rard Darrieu FĂ©licien Mignon, Alice Tissot Madame Mitouflet ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Raymond Queneau, Jacques Rouffio, Alain Maury DĂ©cors Maurice Petri Image Eugen SchĂŒfftan Son Michel Fano, Guy RophĂ© Musique originale Alain Romans Montage Borys Lewin Production Balzac Films, Discifilm 55 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Un drĂŽle de paroissien La situation financiĂšre des Lachaunaye est en passe de devenir dramatique des splendeurs passĂ©es, il ne leur reste qu’une solide tradition d’oisivetĂ© Ă  laquelle le fils aĂźnĂ©, aimable irresponsable et faux mystique, reste trĂšs attachĂ©. Sa famille, dont les biens sont saisis et vendus, est sur le point d’ĂȘtre expulsĂ©e ; Georges se rend Ă  l’église demander Ă  son Saint Patron un signe qui lui indiquerait ce qu’il doit faire. Celui-ci semble rĂ©pondre sur l’heure Ă  sa requĂȘte par le petit bruit sĂ©duisant des piĂšces de monnaie que les fidĂšles laissent tomber dans le tronc
 Le bouquin Deo Gratias Ă©tait convoitĂ© par Claude Autant-Lara, qui cherchait un sujet pour Bourvil. RenĂ© Julliard, l’éditeur, qui aimait bien mes premiers films, m’a donnĂ© la prĂ©fĂ©rence. Je ne connaissais pas Bourvil. Je me suis procurĂ© son adresse et j’ai laissĂ© le scĂ©nario Ă  sa concierge. Une heure aprĂšs, il me tĂ©lĂ©phone et me dit qu’il fait le film. Gratuitement. Car il s’était rendu compte que j’aurais beaucoup de mal Ă  monter le film avec un sujet pareil ! C’était l’histoire autobiographique d’un ingĂ©nieur chimiste qui s’était retrouvĂ© au chĂŽmage avec une famille Ă  nourrir et qui avait dĂ©cidĂ© de piller les troncs. À la fin du rĂ©cit il ouvrait une usine de cierges avec 56 1963 / France / 92’ / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Georges Lachaunaye, Jean Poiret Raoul, Francis Blanche l’inspecteur Cucherat, Jean Yonnel le pĂšre de Georges, VĂ©ronique Nordey Françoise Lachaunaye, Solange Certain Juliette Lachaunaye, Marcel PĂ©rĂšs l’inspecteur-chef Raillargaud, Jean Tissier le brigadier Bridoux, Jean Galland le supĂ©rieur du collĂšge, Denise PĂ©ronne la tante de Georges ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Michel Servin, Alain Moury, d’aprĂšs le roman de Michel Servin, Deo Gratias DĂ©cors Pierre Tyberghein Image LĂ©once-Henri Burel Son RenĂ© Sarazin Musique originale Joseph Kosma Montage Marguerite Renoir Production Le Film d’Art, ATICA Artistes et Techniciens de l’Industrie CinĂ©matographique AssociĂ©s, Corflor l’argent qu’il avait gagnĂ©. Et c’était tout. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas faire un film avec des scĂšnes de pillage de troncs, il fallait une intrigue, et c’est lĂ  qu’on a Ă©tĂ© chercher cette “brigade des Ă©glises” ! » Hommage Ă  Mocky La CitĂ© de l’indicible peur La Grande Frousse L’inspecteur Simon Triquet arrĂȘte Mickey-le-BĂ©nĂ©dictin, dangereux criminel et habile faussaire qui est condamnĂ© Ă  mort. L’exĂ©cution ne peut avoir lieu en raison d’un incident technique et Mickey profite de l’occasion pour s’échapper. Avec son collĂšgue Virgus, Triquet se lance Ă  sa poursuite. Son enquĂȘte le conduit Ă  Barges, petite citĂ© mĂ©diĂ©vale oĂč il trouve une population terrorisĂ©e par la rĂ©apparition d’un monstre lĂ©gendaire, et certains habitants au comportement bizarre
 Un ami et spĂ©cialiste de Jean Ray, Claude Seignolle, s’est proposĂ© pour effectuer l’adaptation. Je lui ai prĂ©fĂ©rĂ© GĂ©rard Klein, bon spĂ©cialiste du fantastique, que j’apprĂ©cie. Erreur tactique Seignolle ne me pardonne pas et contribuera Ă  la cabale qui suivra la sortie du film, autour du thĂšme de la trahison de “l’esprit“ de Jean Ray. Jean Ray est mort durant le tournage et son concours il paraissait aimer beaucoup mon travail me sera donc enlevĂ©. Le film fait un bide terrible. Ma sociĂ©tĂ© et moi-mĂȘme y engloutissons tout notre argent. Entre-temps, un conflit est survenu entre les distributeurs et moi, car ceux-ci ont supprimĂ© des scĂšne auxquelles je tenais pour en ajouter d’autres qui n’étaient pas de mon cru. Lorsque, cinq ans plus tard, les droits du film Ă©tant Ă©chus, je suis en mesure de les 1964 / France / 85’ / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Inspecteur Simon Triquet, JeanLouis Barrault Douve, Francis Blanche Franqui, Victor Francen Docteur Chabert, Jean Poiret le gendarme Loupiac, Raymond Rouleau Chabrian, le maire, Jacques Dufilho Gosseran, RenĂ©-Louis Lafforgue le boucher, Roger Legris le pharmacien, Marcel PĂ©rĂšs Virgus, VĂ©ronique Nordey Livina ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, GĂ©rard Klein, d’aprĂšs le roman de Jean Ray Dialogues Raymond Queneau DĂ©cors Jacques D’Ovidio Image Eugen SchĂŒfftan Son Antoine Petitjean Musique originale GĂ©rard Calvi Montage Marguerite Renoir Production ATICA Artistes et Techniciens de l’Industrie CinĂ©matographique AssociĂ©s, SociĂ©tĂ© Nouvelle de CinĂ©matographie, Productions Raimbourg racheter, je retrouve les scĂšne supprimĂ©es. Il sortira de nouveau en 1972, avec la bĂ©nĂ©diction d’un tas d’intellectuels, retrouvant un public et faisant un triomphe. » 57 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky La Grande Lessive ! La tĂ©lĂ©vision exerçant ses ravages dans toutes les familles proches du lycĂ©e oĂč Armand Saint Just enseigne le français, c’est devant des classes rĂ©guliĂšrement assoupies le matin que les professeurs tentent, non sans dĂ©couragement, de faire leurs cours. Toutes les pĂ©titions de ceux-ci, suppliant les parents d’éloigner les Ă©coliers des Ă©tranges lucarnes » pour qu’ils puissent apprendre leurs leçons, Ă©tant restĂ©es lettre morte, Saint Just dĂ©cide de passer Ă  l’action. Avec son collĂšgue Missenard, professeur de gymnastique et son ami Benjamin, chimiste au passĂ© agitĂ©, il met au point un plan
 C’est en Bretagne que je tombe sur une Ă©mission au cours de laquelle un professeur tient des propos extrĂȘmement agressifs conte la tĂ©lĂ© et ses animateurs “qui ne savent pas parler le français“. Le lendemain, je dĂ©couvre, dans Ouest-France, qu’un instituteur, rendu furieux parce que ses Ă©lĂšves dorment en classe Ă  cause de l’abus de tĂ©lĂ© la veille, casse tous les rĂ©cepteurs qui lui tombent sous la main. À la demande des distributeurs ce projet s’appelle au dĂ©part Un drĂŽle de pirate, par rĂ©fĂ©rence, Ă©videmment, au “paroissien“. Et puis soudain ils veulent appeler ça La Grande Lessive, au nom d’un principe qui voudrait 58 1968 / France / 95’ / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Armand Saint Just, Francis Blanche Docteur Loupiac, Roland Dubillard Missenard, Jean Tissier Benjamin, Michael Lonsdale Delaroque, RenĂ©-jean Chauffard le commissaire Aiglefin, Karin Balm MĂ©lane, Alix Mahieux Madame Delaroque, Marcel PĂ©rĂšs l’inspecteur Toilu, Jean-Claude RĂ©moleux l’inspecteur Barbic, Jean Poiret Jean-Michel Lavalette ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury, Claude Pennec DĂ©cors Pierre Tyberghein Image Marcel Weiss Son RenĂ© Sarazin Musique originale François de Roubaix Montage Marguerite Renoir Production Balzac Films, Firmament Films, MĂ©diterranĂ©e CinĂ©ma, OcĂ©anic Films que chaque film comportant le mot “grand“ soit un succĂšs ! Je n’obtiens, en dĂ©finitive, que de pouvoir faire figurer derriĂšre le titre un point d’exclamation entre parenthĂšses, sorte de “sic“ indicatif de mon dĂ©saccord. » Hommage Ă  Mocky Solo Violoniste et trafiquant de bijoux Ă  l’occasion de ses voyages, Vincent Cabral dĂ©barque au Havre, tandis qu’au VĂ©sinet, prĂšs de Paris, une vingtaine de participants d’une soirĂ©e orgiaque est soudain abattue Ă  coups de mitraillette. Le jeune frĂšre de Vincent, Virgile, appartient prĂ©cisĂ©ment au groupuscule responsable de ce massacre. Pour permettre Ă  Virgile de s’échapper, Vincent entre en contact avec les jeunes justiciers » qui ont dĂ©cidĂ© d’exterminer les tĂȘtes » les plus abjectes de la sociĂ©tĂ©. Je l’ai tournĂ© en 68, pendant les Ă©vĂ©nements de mai. L’histoire vient d’une conversation que j’ai entendue boulevard Saint-Michel entre quelques jeunes qui trouvaient que cette rĂ©volution avait avortĂ© et qu’il fallait la continuer. Avec Alain Moury, le scĂ©nariste, nous avons donc Ă©crit l’histoire de quelques jeunes qui continuent Ă  lutter pour obtenir un monde meilleur. Solo annoncait Action directe et les Brigades rouges. Il ne s’agit pas d’une apologie de la violence mais d’une Ă©coute des jeunes qui veulent changer la sociĂ©tĂ© et qui vont ĂȘtre pris dans l’engrenage. Les “desperados” du capitalisme sauvage. Leur mort sera inutile mais inĂ©vitable. Le film a eu un certain retentissement parce qu’il montre la fin des rĂ©volutions et de l’espĂ©rance. » 1969 / France, Belgique / 83’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Vincent Cabral, Anne Deleuze Annabel, Denis Le Guillou Virgile Cabral, Henri Poirier le commissaire Verdier, Christian Duvaleix l’inspecteur Larrighi, Sylvie BrĂ©al Micheline, Éric Burnelli Marc, Alain FourĂšs Éric, Marcel PĂ©rĂšs le maĂźtre d’hĂŽtel, Rudy Lenoir le maĂźtre d’hĂŽtel russe ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury DĂ©cors Jacques Flamand, Françoise Hardy Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel, Lucien Yvonnet Musique originale Georges Moustaki Montage Marguerite Renoir Production Balzac Films, CinĂ© Éclair, Showking Films, SociĂ©tĂ© Nouvelle CinĂ©vog 59 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky L’Albatros CondamnĂ© pour avoir tuĂ© accidentellement un policier au cours d’une manifestation politique, Stef Tassel parvient Ă  s’évader de la prison de Markstein. Poursuivi aussitĂŽt par toutes les forces de l’ordre locales, Tassel se rĂ©fugie Ă  l’hĂŽtel de ville oĂč se dĂ©roule un meeting au profit du prĂ©sident Cavalier, candidat aux prochaines Ă©lections. Tassel enlĂšve la fille de Cavalier, Paula, et va s’en servir comme otage pour arriver Ă  s’échapper
 Je n’attaque ni ne dĂ©fends aucun parti. Je dĂ©cris le milieu politique comme je dĂ©crirais le milieu de la chanson, de la mĂ©decine, des avocats. Mais je suis bien obligĂ© de montrer que la politique possĂšde un aspect corrupteur qui arrive Ă  dĂ©truire tout sentiment humain. C’est aussi un film de dĂ©mystification sur les scandales politiques. S’ils Ă©clatent parfois ce n’est pas pour des raisons de moralitĂ© mais parce que l’on a voulu mettre en difficultĂ© un adversaire. Mais je ne voulais pas m’adresser Ă  un public restreint, j’ai dĂ©cidĂ© de raconter une histoire romantique avec un hĂ©ros qui m’aide Ă  faire Ă©clater le scandale des grenouillages. Un hĂ©ros rappelant un peu Zorro ou Robin des Bois. » 60 1971 / France / 92’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Stef Tassel, Marion Game Paula Cavalier, Paul Muller Ernest Cavalier, AndrĂ© Le Gall Le conseiller Grimm, RenĂ©-Jean Chauffard Commissaire Gaber, Marcel PĂ©rĂšs Pierson, Michel Bertay Mazeran, Roger Corbeau HĂ©brard, Michel Delahaye le directeur de la prison, Rudy Lenoir le gardien du supermarchĂ© ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Claude Veillot, RaphaĂ«l Delpard DĂ©cors Jacques Dor, Jacques Flamand Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel Musique originale LĂ©o FerrĂ© Montage Marie-Louise Barberot Production Balzac Films, Belstar Productions, Profilm Hommage Ă  Mocky Un linceul n’a pas de poches Lorsqu’il manifeste le souci d’impliquer la responsabilitĂ© d’un fils Ă  papa dans un accident de la route, Michel Dolannes voit son article censurĂ©. Furieux, il quitte son journal et fonde, dans l’enthousiasme et les difficultĂ©s, un nouvel hebdomadaire destinĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler les scandales que la grande presse dissimule pieusement. Lorsque le premier numĂ©ro du Cosmopolite » sort, c’est un triomphe Dolannes y dĂ©nonce les abus du Sporting », un club de football
 Ayant lu le roman d’Horace McCoy, je fus conquis par cette histoire qui traçait un portrait sans concession de la presse. Le hĂ©ros, journaliste pur et dur, crĂ©e un journal oĂč il se force Ă  dire toute la vĂ©ritĂ© sur les scandales et la corruption de tous bords. PrivĂ© de publicitĂ©, le journal continue nĂ©anmoins Ă  exister et lutte seul contre le monde entier. Des acteurs de premier plan et de toutes appartenances politiques participĂšrent avec enthousiasme Ă  ce film. » 1974 / France / 125’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Michel Dolannes, Myriam MĂ©ziĂšres Myrrha Barnowski, Jean Carmet le commissaire Bude, Michel Constantin Culli, Michel Serrault Justin Blesh, Sylvia Kristel Avril, Michel Galabru Thomas, Daniel GĂ©lin Laurence, Jean-Pierre Marielle le docteur Carlille, Michael Lonsdale Raymond, Francis Blanche NathaĂ«l Grissom ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury, d’aprĂšs le roman de Horace McCoy DĂ©cors RenĂ© Loubet Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel Musique originale Paul de Senneville, Olivier Toussaint Montage Marie-Louise Barberot Production Balzac Films, Prodis 61 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Litan C’est la fĂȘte Ă  Litan, petite citĂ© montagneuse et brumeuse. C’est le carnaval, les musiciens sont masquĂ©s, les scouts ont organisĂ© des jeux de piste dans les grottes prĂšs du cimetiĂšre, des forains s’exhibent sur la place. Nora a le sommeil agitĂ© par un rĂȘve Ă©trange et terrifiant. Ă  son rĂ©veil, une voix mystĂ©rieuse lui donne rendez-vous au tĂ©lĂ©phone. Commence alors une folle poursuite Ă  travers le village
 Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire un film fantastique. Depuis exactement quarante ans, lorsqu’enfant j’étais terrifiĂ© par les masques de mort dont s’affublaient les gens de chez moi, lĂ -bas, en SlovĂ©nie. Pour moi, le fantastique c’est tout simplement du rĂȘve, comme celui que l’on peut faire n’importe quelle nuit. Lorsque j’ai dĂ©cidĂ© de faire Litan, j’ai voulu que ce soit un rĂȘve angoissant et irrationnel, mais dont tous les dĂ©tails, filmĂ©s, permettaient de faire une synthĂšse. C’est le seul film qui reflĂšte bien mon enfance. Dans l’Est, on faisait peur aux enfants avec des masques. C’était pas loin d’Halloween. Les paysans se dĂ©chaĂźnaient. Il n’y avait pas de citrouilles mais des sorciers avec des masques horribles. Les enfants avaient peur de ça. Quand ils n’étaient pas gentils, on leur disait qu’ils allaient revenir. Et puis, c’est un film flamboyant, un peu gothique. Dans le fantastique, on peut se livrer Ă  un tas de facĂ©ties. » 62 1981 / France / 88’ / couleur InterprĂ©tation Marie-JosĂ© Nat Nora, Jean-Pierre Mocky Jock, Nino Ferrer Docteur Julien, Marisa Muxen Estelle Servais, Bill Dunn Cornell, Georges Wod Bohr, Dominique Zardi le chef des fous, Sophie Edelman Mlle Bohr, Terence Montagne Eric Bohr, Roger Lumont le commissaire Bolek ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Jean-Claude Romer, Patrick Granier DĂ©cors RenĂ©-Yves Bouty Image Edmond Richard Son Luc Perini, Gilles Thomas Musique originale Nino Ferrer Montage Jean-Pierre Mocky, Catherine Renault Production M. Films Hommage Ă  Mocky Le MiraculĂ© Papu est un fauchĂ© permanent, qui vit de petits boulots et de petites escroqueries. Victime d’un accident, il dĂ©cide de simuler une paralysie des jambes pour arnaquer sa compagnie d’assurance. Un peu las de cette situation toujours assise, il dĂ©cide de se rendre Ă  Lourdes oĂč un miracle » le guĂ©rira. Mais Ronald Fox-Terrier, inspecteur mĂ©fiant et muet de la compagnie d’assurance a cernĂ© le personnage et tente de dĂ©masquer publiquement la supercherie
 À Lourdes, j’avais Ă©tĂ© choquĂ©. Par les tenues nĂ©gligĂ©es, les seins nus de ces femmes, les shorts douteux de ces hommes qui remplissaient leur bidon d’eau sous le nez de la Vierge ; sans parler des incongruitĂ©s stomacales et autres de ces gens qui s’interpellaient comme Ă  Saint-Tropez, en touristes imbĂ©ciles. Songez que les grands malades sont une infime partie de cette foule parasite et mercantile qui vit sur leur dos. Je tenais lĂ  un sujet. Je me suis dit qu’il avait probablement Ă©tĂ© traitĂ©. Vingt-cinq films ont Ă©tĂ© tournĂ©s sur la petite Bernadette. Mais de comĂ©dies, je n’en ai pas trouvĂ© une seule qui ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. Je n’attaque pas les curĂ©s, ce serait lĂąche d’attaquer une minoritĂ©. Je ne mets pas en cause Lourdes puisque le miracle est le ressort mĂȘme de mon scĂ©nario. » 1986 / France / 88’ / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault Ronald Fox Terrier, Jean Poiret Papu, Jeanne Moreau Sabine, dite La Major », Sylvie Joly Mme Fox Terrier, Jean Rougerie Monseigneur, Roland Blanche Plombie, Sophie Moyse Angelica, Marc Maury l’abbĂ© Humus, HervĂ© Pauchon Joulin, Georges Lucas Le miraculĂ© Dulac ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Patrick Granier, Jean-Claude Romer DĂ©cors Étienne MĂ©ry, Patrice Renault, Jean-Claude SĂ©venet Image Marcel Combes Son Philippe Combes Musique originale Jorge Arriagada, Michael Nyman Montage Jean-Pierre Mocky, BĂ©nĂ©dicte Teiger Production Koala Films, Initial Groupe 63 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Agent trouble Un autocar arrĂȘtĂ© au beau milieu des neiges. Victorien le rejoint et monte Ă  bord, entreprenant de soulager de leurs biens une cargaison de passagers... morts. À Paris, il confie son secret et son butin Ă  sa tantine », Amanda Weber, une sage conservatrice de musĂ©e. Lorsque la tĂ©lĂ©vision annonce la noyade de cinquante touristes dans un lac glacĂ© d’Alsace, le rĂȘveur Victorien comprend qu’il est tombĂ© sur une grosse affaire et tente de trouver les instigateurs pour les faire chanter
 J’étais trĂšs Ă©nervĂ© parce qu’on dit souvent “Mocky bĂącle ses films”. BĂącler un film signifie finalement le faire Ă  la foulĂ©e. C’est un peu le principe du type qui crayonne un dessin. Des fois c’est plus joli que quand il le rend dĂ©finitif. L’opportunitĂ© de Catherine Deneuve, qui Ă©tait trĂšs sĂ©vĂšre quant Ă  la qualitĂ© et la respectabilitĂ© du film, m’a donnĂ© envie de faire plus propre. Ce film, je l’ai donc fait comme un dĂ©fi Ă  Catherine Deneuve ; pas directement Ă  elle mais Ă  tous ces gens qu’elle frĂ©quente dans les dĂźners et qui risquaient d’ĂȘtre troublĂ©s. Mais maintenant ils ne peuvent que lui dire “Le film de Mocky est trĂšs propre”. » 64 1987 / France / 90’ / couleur InterprĂ©tation Catherine Deneuve Amanda Weber, Richard Bohringer Alex, Tom Novembre Victorien, Dominique Lavanant Catherine Dariller, Sylvie Joly Edna, Pierre Arditi Stanilas Gauthier, Sophie Moyse Delphine, Kristin Scott Thomas Julie, HĂ©lĂ©na Manson Madame Sackman, HervĂ© Pauchon Tony ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, d’aprĂšs le roman L’Homme qui aimait les zoos de Malcolm Bosse DĂ©cors MichĂšle AbbĂ©-Vannier Image William Lubtchansky Son Jean-Bernard Thomasson, Jack Jullian Musique originale Gabriel Yared Montage Jean-Pierre Mocky, BĂ©nĂ©dicte Teiger Production Koala Films, AFC Hommage Ă  Mocky Ville Ă  vendre La plupart des habitants de la petite ville de Moussin sont au chĂŽmage, mais ils touchent de copieuses allocations que leur verse secrĂštement le Docteur Monnerie. Lors d’une fĂȘte locale, Delphine Martinet, pharmacienne, est assassinĂ©e alors qu’elle allait faire d’importantes dĂ©clarations. Le maire et la gendarmerie tentent de faire passer son dĂ©cĂšs pour une mort naturelle, mais un routard, OrphĂ©e, a tout vu. Il mĂšne l’enquĂȘte avec l’aide d’Elvire, prĂ©paratrice en pharmacie, dĂ©cidĂ©e Ă  venger sa patronne
 J’étais dans une brasserie Ă  Fourmies, dans le Nord. LĂ , une dame m’accoste ; c’était la libraire de Fourmies, qui me dit qu’elle a Ă©crit un scĂ©nario qu’elle aimerait bien que je rĂ©alise. On me demande ça trĂšs souvent, je me dis “quelle connerie elle a pu Ă©crire ?”. Elle me raconte son scĂ©nario, et cette histoire me saisit. Elle me dit qu’à Fourmies il y a cinquante pour cent de chĂŽmeurs, c’était une ville textile, ces gens n’ont pas un rond et on en a profitĂ© pour en faire des cobayes pour des mĂ©dicaments. Avec un test humain on peut mettre les mĂ©dicaments en vente plus rapidement sans attendre dix ans, c’est plus rentable pour les laboratoires. J’ai dĂ©cidĂ© de faire un film lĂ -dessus, une histoire dans laquelle les pharmaciens, les mĂ©decins ont créé une espĂšce de gang qui leur permet de tester les mĂ©dicaments sur ces malheureux. J’ai pu rĂ©unir une distribution exceptionnelle. » 1991 / France / 100’ / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault le maire de Moussin, Richard Bohringer le docteur Monnerie, Tom Novembre OrphĂ©e, ValĂ©rie Mairesse Elvire, FĂ©odor Atkine le pharmacien, Michel Constantin Docteur Bernier, Darry Cowl le vĂ©tĂ©rinaire, Bernadette Lafont l’inspectrice Claire Deraing, Dominique Lavanant Eva Montier, Philippe LĂ©otard le kinĂ©sithĂ©rapeute, Jacqueline Maillan Delphine Martinet, Eddy Mitchell le mĂ©decin lĂ©giste, Jean-Pierre Mocky le PDG de Faxma, Daniel PrĂ©vost Georges Montier ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan, MichĂšle Delmotte Dialogues Pierre Courville DĂ©cors Jean-Baptiste Poirot Image Jean Badal Son Adrien Nataf Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky, Anne-Claire Mittelberger Production Les Films Alain Sarde 65 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Bonsoir Le tweed, c’est fini ! Monsieur Douasse licencie ses deux retoucheurs, Isidore et Alex. Celui-ci, grĂące Ă  une concierge complice, occupe un sous-sol d’immeuble. Mais chaque soir, vĂȘtu de son melon et de son impeccable loden», il trouve une combine pour se faire inviter et hĂ©berger pour la nuit par des inconnus. Rien qu’une fois. Au petit matin, un solo de cor signale son dĂ©part... Le personnage qu’incarne Michel Serrault est un personnage poĂ©tique et extraordinaire. Il est pour les personnages qu’il rencontre une sorte de baume il va raccommoder des choses, donner des idĂ©es aux gens
 Mais une sorte d’imitateur qui le suit partout cambriole les gens lorsque Serrault est parti
 Ça fait partie des films que j’ai fait qui sont simplement des comĂ©dies, avec un arriĂšre-plan diffus qui traite de la difficile intĂ©gration des gens d’un certain Ăąge sur le marchĂ© du travail. Mais ce qui en fait la saveur c’est ce personnage poĂ©tique qui pourrait rappeler le personnage de Peter Sellers dans Bienvenue Mister Chance, qui fait sourire et en mĂȘme temps remplit d’aise. C’est une sorte de missionnaire laĂŻque qui veut faire du bien Ă  son prochain. C’est peutĂȘtre pour ça que le film plaĂźt, on aimerait bien rencontrer des gens comme ça dans la vie. » 66 1993 / France / 90’ / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault Alex, Jean-Claude Dreyfus Inspecteur Bruneau, Marie-Christine Barrault Marie Wileska, Claude Jade Caroline Winberg, Corinne Le Poulain Gloria, Lauren Grandt Greta, Jean-Pierre Bisson Marcel Dumont, Maaike Jansen Yvonne Dumont, Serge Riaboukine Le PĂšre Bonfils, Catherine Mouchet EugĂ©nie, Jean AbeillĂ© le commissaire Corbeau Roland Blanche De Tournefort ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Pierre Bacelon, AndrĂ© Ruellan, d’aprĂšs le roman Les Égarements de Monsieur RenĂ© de Claude Bourgeix DĂ©cors Clorinde MĂ©ry Image Edmond Richard Son Pierre Lorrain Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky, StĂ©phane Schohn, Jean-Pierre Reynard Production Koala Films, Flach Film, Lonely Pictures Hommage Ă  Mocky Noir comme le souvenir SĂ©ance d’ouverture La petite Garance a Ă©tĂ© assassinĂ©e il y a dix-sept ans et son meurtrier n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Alors qui s’acharne Ă  raviver son souvenir, Ă  harceler sa mĂšre ? C’est tout d’abord la voix de l’enfant, que Caroline entend dans la boutique de son amie Lucie ; la stĂšle de Garance, profanĂ©e ; puis sa poupĂ©e, disparue avec elle, qui rĂ©apparaĂźt. Et ces orchidĂ©es noires, qui accompagnent une sĂ©rie de morts Ă©tranges... On m’a un jour apportĂ© le livre, un livre policier un peu Ă  la Agatha Christie et je n’arrivais pas Ă  deviner qui Ă©tait l’assassin, c’est ce qui m’a fait faire le film le public se demanderait aussi sans doute qui Ă©tait l’assassin jusqu’au bout. Le film a Ă©tĂ© tournĂ© Ă  cĂŽtĂ© de Zurich Ă  Schaffhausen, sur le Rhin. Nous tournions de nuit avec une humiditĂ© terrible. J’ai attrapĂ© une pneumonie mais je ne me suis jamais arrĂȘtĂ© de travailler. Le docteur me disait que je risquais de claquer, j’étais emmitouflĂ© comme un bibendum. C’est le dernier rĂŽle de BenoĂźt RĂ©gent qui est mort sur place Ă  la fin du tournage
 Il ne tournait pas dans les scĂšnes du cimetiĂšre mais la chapelle ardente a Ă©tĂ© celle du cimetiĂšre oĂč l’on a tournĂ©, avec ses grands arbres. Cette atmosphĂšre, ma maladie, ce cercueil
 C’était l’épouvante dans le film et dans la vie. » 1994 / France, Suisse, Allemagne / 92’ / couleur InterprĂ©tation Jane Birkin Caroline, Sabine AzĂ©ma Lucie, Jean-François StĂ©venin Commissaire Vasseur, BenoĂźt RĂ©gent Docteur David Wahl, Matthias Habich Chris, Alain FourĂšs Guillaume, Jany Holt GeneviĂšve, BĂ©nĂ©dicte Loyen Pamela, Dominique Zardi un enquĂȘteur ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan, d’aprĂšs le roman de Carlene Thompson DĂ©cors Ivan Niclass, Patrick Stoll Image Edmond Richard Son François Musy Musique originale Gabriel Yared Montage Jean-Pierre Mocky, Lola Doillon, Xavier Loutreuil, Bruno Zincone Production Koala Films, Les Productions JMH, Odessa Films, Bioskop Films 67 Je me souviens... InĂ©dit Les Insomniaques Un insomniaque se promĂšne dans la nuit. Il croise un homme dans la mĂȘme situation. Ils dĂ©cident alors de crĂ©er le Club des insomniaques, et de devenir des redresseurs de torts, au service des causes qui leur sont chĂšres
 Ce film est trĂšs violent, d’une violence trĂšs trĂšs rare. C’est l’histoire de types qui arrivent Ă  quarante berges, qui sont dans des bureaux et qui se demandent ce qu’ils vont foutre de leur vie. Et ils se posent des questions, ils ne dorment pas. Ce sont des gens qui, ne dormant pas la nuit, sortent. Pas dans les boĂźtes, ils marchent dans la rue, et ils se rencontrent. Ils vont faire des actions bienfaisantes, ils portent des masques trĂšs curieux mais pas grotesques
 Tout ça crĂ©e une ambiance. En fait, les personnages ne se connaissent pas, ils se cachent les uns des autres, Ă  cause de leurs masques. Ça tourne mal et ça devient un cauchemar. Nous, les scĂ©naristes, on est un peu des redresseurs de torts. Ce film, pour ĂȘtre noir, il est noir. » 2010 / France / 84’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Boris, Bruno Putzulu Albert, Mathieu Demy Martial, Rufus le commissaire, Patricia Barzyk Viviane, Jean AbeillĂ© Gantelet, Jean-Marie Blanche Cambrais, Michel Francini Monseigneur Snoque, Jean-Pierre Clami le juge Pompet ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, d’aprĂšs la nouvelle de John Lutz Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky Production Mocky Delicious Products 68 Vous connaissez My Fair Lady et l’histoire de Pygmalion? Moi, je raconte l’histoire d’un vieil homme, ruinĂ© par son entreprise et devenu SDF, qui surprend la conversation d’un jeune couple de fiancĂ©s et qui dĂ©cide d’intervenir dans la vie de la jeune fille. Je suis le mentor, celui qui la guide, la conseille; une sorte de professeur, de directeur de conscience
 J’ai fait un film fĂ©ministe, optimiste, qui montre qu’elles peuvent changer de vie, bousculer les choses. C’est aussi une sorte d’étude sociologique, les sans-abri ne sont pas des mendiants, vivre sans rien est une forme de libertĂ©. Et mourir dans un couloir d’hĂŽpital ou mourir dans la rue, c’est pareil. » Hommage Ă  Mocky Le Mentor Avant-premiĂšre 2012 / France / 88’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Ludovic, SolĂšne HĂ©bert Annette, Clovis Fouin Christian, Simon Coutret Alexandre, Marina Monmirel Caroline, Freddy Bournane Joe la limace, Pamela Ravassard dame au landeau, Jean AbeillĂ© M. Bechamin ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky Production Mocky Delicious Products 69 Je me souviens... Hommage Ă  Jean-Pierre Mocky Quatre Ă©pisodes de la sĂ©rie Myster Mocky prĂ©sente Le Farceur Avec Charles Berling, Michel Galabru, Jean AbeillĂ©, HervĂ© Pauchon Brad aime faire des farces Ă  longueur de journĂ©e, mais un soir la farce devient mortelle. En complĂ©ment de programme de Bonsoir Martha in memoriam Avec Virginie Ledoyen, Mathieu Demy, François Vincentelli Il l’aimait tendrement sa Martha. Pour elle il aurait fait n’importe quoi. C’est ce qu’il a fait, hĂ©las
 En complĂ©ment de programme des Insomniaques Sauvetage Avec Richard Anconina, Bernard Lecoq, ZinĂ©dine Soualem, Mess Hattou, Laurence Decaux Vous voulez avoir de l’avancement ? Alors ne tuez pas votre patron. En complĂ©ment de programme du MiraculĂ© Voisin de cellule avec Jean-Paul Rouve, Richard Bohringer, Roger Knobelspiess, Momo Dridi On fait un excĂšs de vitesse ? Attention ça peut vous mener Ă  la potence ! En complĂ©ment de programme de Litan 2008 / Ă©pisodes de 26’ chacun ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky d’aprĂšs des nouvelles de Robert Arthur Le Farceur, Richard Hartwick Martha et Henry Slesar Sauvetage et Voisin de cellule Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Montage Michel Cosma, Jean-Pierre Mocky Musique Vladimir Cosma Production Mocky delicious products, Nompareille Productions, 13e rue 70 J’ai rencontrĂ© Patricia Hitchcock lors de l’exposition qui Ă©tait consacrĂ©e Ă  son pĂšre au Centre Pompidou il y a quelques annĂ©es
 Je lui ai parlĂ© de l’admiration que j’avais pour la sĂ©rie Alfred Hitchcock prĂ©sente et elle me demande pourquoi je ne reprendrais pas des histoires parmi les sept cent qui ont Ă©tĂ© publiĂ©es dans Hitchcock magazine. Tu devrais les lire, choisir ceux qui te plaisent et moi je te donnerai les droits ! Le principe d’Hitchcock Ă©tait de faire Ă  chaque fois un vingt-six minutes avec une star. Il avait commencĂ© avec Bette Davis ou Carry Grant. Hitchcock Ă©tait un farceur, un enfant et moi je suis un peu comme lui, j’ai choisi ce mĂ©tier parce que c’est un mĂ©tier oĂč on joue comme un enfant. » L’Île nue Hadaka no shima Hommage Ă  Mocky Kaneto ShindĂŽ Le choix de Jean-Pierre Mocky Sur une Ăźle quasiment dĂ©sertique de l’archipel de Setonaikai au sud-est du Japon, une famille travaille sans interruption pour faire pousser graminĂ©es et lĂ©gumes. La difficultĂ© de leur tĂąche vient essentiellement du manque d’eau, qu’il faut aller chercher sur l’üle voisine au prix d’efforts ininterrompus. Parmi les deux enfants, l’aĂźnĂ© va Ă  l’école jusqu’au jour oĂč survient un drame 
 Un film qui m’a Ă©normĂ©ment frappĂ© par sa simplicitĂ©, c’est L’Île nue de Kaneto ShindĂŽ. Ce film est, de mon point de vue, plus fort que tous les films japonais, comme Rashomon d’Akira Kurosawa. Ils sont intĂ©ressants mais il y a Ă©normĂ©ment de moyens utilisĂ©s, des batailles, des cavalcades, des prisonniers
 Tout ça me paraĂźt un peu poussiĂ©reux, un peu m’as-tu vu. L’Île nue est un chef d’Ɠuvre. C’est l’histoire d’un couple et de deux enfants qui doivent ramener de l’eau sur l’üle. Pendant une heure trente, le mari et sa femme ne se parlent pas et transportent des seaux d’eau. Au lieu d’accompagner le film de musique japonaise, ShindĂŽ utilise des musiques qui pourraient ĂȘtre 1960 / Japon / 94’ / noir et blanc InterprĂ©tation Nobuko Otowa Toyo, la mĂšre, Taiji Tonoyama Senta, le pĂšre, Shinji Tanaka TarĂŽ, le fils aĂźnĂ©, Masanori Horimoto JirĂŽ, le deuxiĂšme fils ScĂ©nario Kaneto ShindĂŽ Image Kiyomi Kuroda Son Kunie Maruyama Musique originale Hikaru Hayashi Montage Toshio Enoki Production Kindai Eiga Kyokai celles d’un film europĂ©en ou amĂ©ricain. Il n’y a rien de folklorique dans ce film. ShindĂŽ arrive Ă  empoigner les spectateurs avec rien. C’est d’une trĂšs grande puretĂ©. Jean-Pierre Mocky entretien avec VĂ©ronique Rossignol, CinĂ©mathĂšque française 71 Je me souviens... mise scĂšne dĂ©sordre Rob Zombie La en du Rob Zombie, un sauvage L par Vincent Malausa orsqu’il rĂ©alise son premier film, La Maison des 1000 morts 2003, Rob Zombie sent peut-ĂȘtre que le vent a tournĂ© dans le cinĂ©ma d’horreur qui s’est bĂąti sur le triomphe de Scream Ă  la fin des annĂ©es 90. Au milieu des slashers aseptisĂ©s et des parodies, l’atroce sorciĂšre du Projet Blair Witch 1999 ou l’ogre pĂ©dophile de Jeeper Creepers 2000 ont remis au goĂ»t du jour un archaĂŻsme et une brutalitĂ© assez Ă©loignĂ©s de l’ironie dans laquelle baignait le genre depuis de nombreuses annĂ©es. C’est Ă  l’aune de cette remontĂ©e acide qu’il faut considĂ©rer la famille de joyeux timbrĂ©s 72 dĂ©finitivement dans une cruautĂ©, une frontalitĂ© et une amoralitĂ© qui deviendront les sĂ©diments du cinĂ©ma d’horreur des annĂ©es 2000. qui constitue le noyau de La Maison des 1000 morts, et notamment son chef de clan vicieux, le capitaine Spaulding interprĂ©tĂ© par Sid Haig ce gros clown d’apocalypse, rebut white trash peinturlurĂ© et rigolard, ramĂšne directement Ă  l’esprit trivial et organique de la pĂ©riode la plus sauvage qu’ait connu le cinĂ©ma d’horreur amĂ©ricain, celle des seventies de Tobe Hooper et de Wes Craven. Massacre Ă  la tronçonneuse et La Colline a des yeux sont deux rĂ©fĂ©rents Ă©vidents de La Maison des 1000 morts et de sa suite, The Devil’s Rejects 2005, mais il y a dans la maniĂšre qu’a l’auteur de s’emparer de cette contremythologie familiale amĂ©ricaine les deux films de Zombie se situent en 1977 quelque chose qui dĂ©passe le simple tribut avec Spaulding et ses rejetons Ă  la perversitĂ© hallucinĂ©e, l’esprit potache du genre bascule Ce qui a peut-ĂȘtre empĂȘchĂ© de mesurer l’importance considĂ©rable de l’arrivĂ©e de Rob Zombie dans le paysage du cinĂ©ma amĂ©ricain, lors de la sortie discrĂšte en DVD de La Maison des 1000 morts en 2004, tient Ă  quelques dĂ©tails qui, considĂ©rĂ©s de maniĂšre rĂ©trospective, se sont rĂ©vĂ©lĂ©s dĂ©cisifs Ă  mesure que les ambitions du cinĂ©aste ont grandi. Il y a d’abord l’aspect dĂ©libĂ©rĂ©ment adolescent de cet ovni bricolĂ©, qui a pu le faire passer pour un petit film-culte rĂ©servĂ© aux geeks et autres vidĂ©o-brats» rats de vidĂ©oclubs nourris Ă  l’esprit ironique et citationnel des annĂ©es 90. Or cette dimension adolescente est essentielle dans le cinĂ©ma de Rob Zombie c’est prĂ©cisĂ©ment dans ce rapport Ă  la colĂšre adolescente qui trouve probablement sa source dans la carriĂšre de musicien du cinĂ©aste, avec le groupe de shock rock White Zombie qu’il a fondĂ©, puis en solo que son Ɠuvre a pu dĂ©ployer sa puissance selon un folklore antisocial dont le dessin animĂ© The Haunted World of El Superbeasto 2009, adaptation d’un de ses propres comics, offre la synthĂšse la plus pop anarchie, satanisme, romantisme noir et culture de l’excĂšs et du mauvais goĂ»t. Puissance non seulement commerciale – The Devil’s Rejects et le remake de Halloween 2007 ont engrangĂ© des recettes considĂ©rables – car Rob Zombie n’a pas cherchĂ© Ă  pousser le genre vers une dimension adulte mais a bien compris qu’il demeurait intimement liĂ© au marchĂ© adolescent. Puissance expressive surtout, car cette approche a trouvĂ© dans le diptyque Halloween / Halloween 2 la matiĂšre d’une extraordinaire relecture du chef-d’Ɠuvre de Carpenter faire du boogeyman Michael Myers, du jeune ado grunge renfermĂ© du premier Ă©pisode au vagabond inexpressif et monstrueux du second, la figure paroxystique et pathĂ©tique d’un grand rĂȘve d’enfant pulvĂ©risĂ©. L’autre effet trompeur de La Maison des 1000 morts tient Ă  son aspect foutraque et brinquebalant. LĂ  encore, cette dimension est paradoxale car elle a pu laisser croire que Zombie ne faisait que triturer les codes d’un genre chĂ©ri en multipliant les effets de dĂ©jĂ -vu dans un grand capharnaĂŒm visuel Ă  la structure mal dĂ©grossie. Il y a pourtant dans la forme mĂȘme de ce premier film plusieurs Ă©lĂ©ments sĂ©minaux de la mise en scĂšne de Zombie le rĂ©cit ultra-rĂ©fĂ©rencĂ© de famille vicieuse et nĂ©crophile est saturĂ© d’une Ă©lectricitĂ© macabre qui dĂ©passe largement le petit jeu mĂ©ta-filmique sur le mode du quizz cinĂ©phile dĂ©viant pour s’offrir en programme poĂ©tique. Le cinĂ©ma de Rob Zombie est extraordinairement expressif et l’on sent dans La Maison des mille morts que sa principale force esthĂ©tique qui relĂšve de l’intensitĂ© maximale du plan plus que d’un dĂ©coupage assez rudimentaire demeure Ă  son Ă©tat le plus outrĂ© un empilement de visions qui atteint, lors de la scĂšne de train fantĂŽme voyage Ă  travers l’histoire des serial-killers amĂ©ricains IntĂ©grale Rob Zombie L’art du saisissement 73 The Devil’s Rejects mĂȘlant Ed Gein et Docteur Satan ou dans les multiples trouĂ©es du rĂ©cit found-footage, flashbacks granuleux, archives, split-screens, sĂ©dimentation, multiplicitĂ© des rĂ©gimes d’image, Ă  une espĂšce d’archĂ©ologie gore, lubrique et dĂ©lirante entiĂšrement rĂ©gie par un principe de catharsis et de compulsion. Pas de surmoi ni de dĂ©ni dans cette cĂ©lĂ©bration paĂŻenne incontrĂŽlĂ©e Zombie tire de son expĂ©rience de rĂ©alisateur de clips pour ses propres chansons, entre autres une Ă©nergie qui en fait immĂ©diatement un cinĂ©aste du jet, de l’éclat et du saisissement. Horreur amĂ©ricaine Le manque de structure de La Maison des 1000 morts, oĂč tout fonctionne selon une logique de superposition et de frĂ©nĂ©sie, a trouvĂ© dĂšs The Devil’s Rejects Ă  se consolider dans une forme plus sophistiquĂ©e. The Devil’s Rejects repart de la fin de La Maison des 1000 morts aprĂšs la dĂ©couverte des mĂ©faits de la famille Firefly, les membres s’enfuient sur les routes du Texas et s’inscrit dans un mouvement de traque, avec d’un cĂŽtĂ© un flic fou Ă  lier dĂ©cidĂ© Ă  venger son frĂšre tuĂ© William Forsythe singeant le personnage de vengeur illuminĂ© de Dennis Hopper dans Massacre Ă  la tronçonneuse 2, de l’autre la bande des dĂ©traquĂ©s semant la mort dans leur cavale essentiellement le psychopathe sataniste Otis interprĂ©tĂ© par Bill Moseley et sa sƓur Baby» incarnĂ©e par la dĂ©licieusement perverse Sheri Moon Zombie. Le film est le plus ouvertement maniĂ©riste de l’auteur, comme si le travail de synthĂšse 74 autiste et bricolĂ© de La Maison des 1000 morts avait poussĂ© le cinĂ©aste Ă  dĂ©ployer son Ă©nergie dans le cadre Ă  ciel ouvert de l’ñge d’or du Nouvel Hollywood dont l’adolescent Rob Zombie – nĂ© en 1965 – a fait son refuge. Les fusillades en freeze shots citent Sam Peckinpah le western est une obsession du cinĂ©ma de Zombie, oĂč l’on cite John Wayne ou Lee Marvin entre deux discussions Ă©voquant Charles Manson ou Elvis Presley, le film reprend les tricks » les plus mĂ©morables de Massacre Ă  la tronçonneuse la voix-off de la radio, les plans au flash sur les cadavres en dĂ©composition, le personnage de Tiny dĂ©finitivement assimilĂ© Ă  Leatherface ou de La Colline a des yeux les plans de voiture sur le dĂ©sert et l’ensemble, portĂ© par une B. O. en forme de juke-box seventies, est d’une impressionnante beautĂ© visuelle. Il y a lĂ  une horizontalitĂ© narrative volontiers planante qui rompt avec l’aspect sans haut ni bas, creusĂ© d’une infinitĂ© de galeries, de La Maison des 1000 morts. Pour autant, et malgrĂ© cette volontĂ© d’épure, la ligne du rĂ©cit ne se dĂ©partit jamais de cette profondeur ludique et foraine qui demeure la clĂ© de voĂ»te de l’Ɠuvre de Zombie. À la moindre occasion, le cinĂ©aste redĂ©ploie son petit musĂ©e des horreurs les apparitions de vieilles gloires du cinĂ©ma le plus sauvage des annĂ©es 70, de Ken Foree, le hĂ©ros de Zombie de Romero, Ă  Michael Berryman, le fils mutant de La Colline a des yeux et charge le film d’une intensitĂ© baroque qui doit Ă©normĂ©ment Ă  Tobe Hooper et Ă  son film le plus injustement oubliĂ©, Massacre Ă  la tronçonneuse 2 – dont Bill Moseley reprend le personnage AliĂ©nation et dĂ©chaĂźnement L’évolution fulgurante de l’Ɠuvre de Zombie a trouvĂ© avec Halloween, son troisiĂšme film, un pic exceptionnel. Si le film est probablement aussi bon que l’original – c’est en tout cas assurĂ©ment le plus grand film d’horreur de la dĂ©cennie -, c’est que Zombie y a trouvĂ© la matiĂšre idĂ©ale de ses obsessions, entre compulsion maniĂ©riste et rĂ©appropriation complĂšte du matĂ©riau d’origine. En tant que pur remake, le film condense dans sa partie centrale tout le chef-d’Ɠuvre de Carpenter en accĂ©lĂ©rĂ© les meurtres de la nuit d’Halloween dans le quartier paisible d’Haddonfield. C’est une dĂ©monstration de force et de style assez inouĂŻe que Rob Zombie remettra en scĂšne dans l’ouverture prodigieuse de Halloween 2, synthĂ©tisant en un peu plus de vingt minutes toute l’intensitĂ© du huis clos hospitalier du film originel de Rick Rosenthal. Dans le premier Ă©pisode, le cinĂ©aste enserre ce noyau brĂ»lant La Maison des mille morts – un slasher minimaliste rĂ©duit Ă  une poignĂ©e de croisements – entre deux parties la premiĂšre, longue et admirable, traite de l’enfance de Myers dans l’asile psychiatrique de Loomis, la seconde, Ă©pilogue assez bouleversant, Ă©lucubre un rapport mĂ©lodramatique qui unit l’ogre au personnage de Laurie et qui fera presque tout le sujet schizophrĂšne du second Ă©pisode. Avec ces espĂšces de re-dĂ©parts Ă  intensitĂ© variable, fondĂ©s sur un double mouvement de rĂ©tention et d’explosion, Zombie atteint un niveau de maĂźtrise incomparable, marquĂ© par des ruptures de ton d’une extraordinaire clartĂ© les plans fixes symĂ©triques et Ă©crasants de l’asile, la fluiditĂ© onirique du passage Ă  l’acte de la seconde partie, le traitement rĂ©aliste, en camĂ©ra Ă  l’épaule, des scĂšnes familiales. Si le film est si impressionnant, c’est qu’il atteint le sommet de la puissance expressive et figurative du travail maniĂ©riste de Zombie – avec le jeu formidable autour du masque de Michael Myers, qui devient une espĂšce de fĂ©tiche morbide autour duquel s’enroule toute une mise en scĂšne de la fascination – tout en rĂ©vĂ©lant sa capacitĂ© Ă  rĂ©inventer le film sĂ©minal de Carpenter Ă  l’aune de la culture white trash de ses prĂ©cĂ©dents films. La figure de la mĂšre de Myers Sheri Moon Zombie en maman putain comme celle du petit galopin au masque de clown sont du cĂŽtĂ© d’une sentimentalitĂ© refoulĂ©e d’oĂč le film tire toute sa force de colĂšre froide et d’effroi. D’une maniĂšre plus personnelle, Halloween 2 pousse encore un peu plus loin ce travail sur l’intensitĂ© de la terreur via une mise en scĂšne du dĂ©chaĂźnement qui trouve son paroxysme dans la scĂšne de la cabane du gardien secouĂ©e par une tempĂȘte. PortĂ© par un script de slasher archĂ©typal, la figure de Myers y devient une pure Ă©nergie rythmique de destruction des coups rĂ©pĂ©tĂ©s jusqu’au chaos, Ă  l’image du mouvement dĂ©ment de balancier du corps poignardant ses victimes, mais traversĂ©e de visions oniriques. Ces visions blanches qui habitent le film font de Myers, sous sa carapace archaĂŻque et muette, une sorte de corps intranquille et furieux, obsĂ©dĂ© jusqu’à l’hypnose, Ă  l’antithĂšse du personnage noyĂ© dans les tĂ©nĂšbres de Carpenter. IntĂ©grale Rob Zombie de Chop Top presque Ă  la lettre. Mais cette AmĂ©rique de la marge, bohĂšme et white trash dont le capitaine Spaulding est l’emblĂšme avec sa baraque oĂč l’on vend gas oil et poulet frit Ă  la mĂȘme enseigne tient moins d’une volontĂ© de pastiche que de l’enfance de Zombie, qui a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans le milieu du cirque, a vĂ©cu en roulotte et a rencontrĂ© mille personnages aussi colorĂ©s que ceux de ses films. Cette dimension intime, qui donne au diptyque La Maison des 1000 morts / The Devil’s Reject son arriĂšreplan folklorique et politique de dĂ©montage en rĂšgle du rĂȘve amĂ©ricain, tient tout entier dans la formule du docteur Loomis, clown cynique tentant de rĂ©sumer, dans Halloween 2, sa vision du monde le mauvais goĂ»t est le carburant du rĂȘve amĂ©ricain ». Cette culture du mauvais goĂ»t et d’une vulgaritĂ© portĂ©e en Ă©tendard rebelle, alliĂ©e Ă  la culture cinĂ©phile du cinĂ©aste, donne Ă  l’Ɠuvre cet Ă©trange Ă©quilibre de sophistication plastique et de brutalitĂ© primitive, bricolage indĂ©cidable de malice autobiographique et d’horreur viscĂ©rale. Toutes les couleurs des tĂ©nĂšbres Rob Zombie se dit adepte d’une violence simple et mĂ©chante », d’un rĂ©alisme cru et coupant » et c’est bien lĂ  que se joue la singularitĂ© d’une Ɠuvre qui bascule avec un malin plaisir de la blague potache Ă  l’horreur la plus dĂ©rangeante. La figure du clown Spaulding notamment lorsqu’il croise un enfant terrifiĂ© dans The Devil’s Rejects est sur le fil de la farce et son rire Ă©norme semble toujours sur le point de se figer en atroce grimace. Dans La Maison des 1000 morts, des visions effroyables de torture se superposent au spectacle de cirque offert par la famille, avec des 75 Sid Haig et Rob Zombie fragments de scĂšnes insoutenables qui prĂ©figurent le rĂšgne du torture porn » et le fantasme du snuff movie qui irrigue le cinĂ©ma d’horreur au croisement d’Internet et des images YouTube des annĂ©es 2000. The Devil’s Rejects reprend quant Ă  lui une obsession macabre de Rob Zombie – le masque de chair humaine arrachĂ© aux victimes et dont le tueur se revĂȘt pour effrayer leurs proches – qui relĂšve du pire sadisme tout en s’inscrivant dans le projet carnavalesque de sa mise en scĂšne. Cette frontiĂšre indĂ©cidable entre premier et second degrĂ© est d’autant plus dĂ©stabilisante qu’elle repose sur une cruautĂ© sans commune mesure avec le tout venant d’un genre intimement liĂ© au public adolescent – alors mĂȘme que les deux plus grands succĂšs de l’auteur, The Devil’s Rejects et Halloween, ont Ă©tĂ© interdits aux moins de 16 ans. Cette absence de compromis explique en grande partie pourquoi Rob Zombie est assurĂ©ment le seul cinĂ©aste d’horreur d’importance apparu depuis la gĂ©nĂ©ration glorieuse des maĂźtres des annĂ©es 70-80 Craven, Hooper, Romero, Carpenter, Raimi.... Entre l’élan maniĂ©riste qui pourrait tourner Ă  vide et la dimension intime et personnelle de ses films qui rend par exemple si belle la figure de Myers dans ses deux Halloween rĂ©side probablement la sĂšve si particuliĂšre du cinĂ©ma de Rob Zombie, sa maniĂšre Ă  la fois chaleureuse et glaçante de jouer avec un genre soumis plus que tout autre Ă  l’anonymat et Ă  la rĂ©pĂ©tition programmĂ©e de ses codes. La fĂ©rocitĂ© qui secoue les rĂ©cits du rĂ©alisateur est le signe d’une santĂ© Ă©clatante, et c’est probablement sous le signe de cette seule intensitĂ© physique » – qui fait du cinĂ©ma 76 de Zombie l’équivalent d’une expĂ©rience de transe ou de dĂ©charge sensorielle assez proche de son travail de musicien – qu’il faut lire tous ses films. Le plaisir du bricolage et du clignotement forain, les guirlandes multicolores qui dĂ©corent la baraque de Spaulding ou servent Ă  pendre un cadavre dĂ©figurĂ© dans le bar Ă  stripteaseuses de Halloween 2 creusent des galeries illuminĂ©es d’épouvante dans une Ɠuvre oĂč les trognes, les masques et les avatars les plus grossiers ont lessivĂ©, Ă©puisĂ© et vidĂ© toute perspective morale. Or c’est bien dans cette absence jouissive de morale que rĂ©side probablement toute l’humanitĂ© enfiĂ©vrĂ©e et carnavalesque de l’Ɠuvre du dernier sauvage du cinĂ©ma d’horreur amĂ©ricain. Vincent Malausa est chroniqueur cinĂ©ma au Nouvel Observateur et critique aux Cahiers du cinĂ©ma. SĂ©ance spĂ©ciale film inĂ©dit en France Les aventures d’El Superbeasto, rĂ©alisateur de films de sĂ©rie Z et ancien lutteur, mielleux mais violent, flanquĂ© de sa voluptueuse comparse Suzi X ils vont tenter d’empĂȘcher le malĂ©fique Dr. Satan de prendre pour Ă©pouse Velvet Von Black, strip teaseuse qui porte la marque du diable sur son postĂ©rieur
 2009 / États-Unis / 77’ / couleur / vostf Avec les voix de Tom Papa El Superbeasto, Sheri Moon Zombie Suzi X, Rosario Dawson Velvet Von Black, Paul Giamatti Dr. Satan, Brian Posehn Murray IntĂ©grale Rob Zombie The Haunted World of El Superbeasto ScĂ©nario Rob Zombie, Tom Papa Direction artistique James Hegedus Son Devon Bowman Musique originale Tyler Bates Montage Bret Marnell Production Starz Media, Film Roman Production 77 La maison des mille morts Deux jeunes couples, sillonnant les routes Ă  la recherche d’attractions insolites, dĂ©barquent au MusĂ©e des Monstres du Captain Spaulding, au fin fond du Texas. LancĂ©s sur les traces du mystĂ©rieux Docteur Satan, tueur en sĂ©rie et lĂ©gende locale, ils arrivent dans une sombre et mystĂ©rieuse ferme habitĂ©e par une famille dĂ©jantĂ©e, les Firefly
 2002 / États-Unis / 89’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Sid Haig Captain Spaulding, Bill Moseley Otis Driftwood, Sheri Moon Zombie Baby Firefly, Karen Black la mĂšre Firefly, Chris Hardwick Jerry, Erin Daniels Denise, Jennifer Jostyn Mary, Rainn Wilson Bill, Walton Goggins le dĂ©putĂ© Naish, Tom Towles lieutenant Wydell, Matthew McGrory Tiny Firefly ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Gregg Gibbs Image Alex Poppas, Tom Richmond Son Buck Robinson Musique originale Scott Humphrey, Rob Zombie Montage Kathryn Himoff, Robert K. Lambert, Sean K. Lambert Production Universal Pictures, Spectacle Entertainment Group 78 IntĂ©grale Rob Zombie The Devil’s Rejects Les forces de police viennent encercler la ferme des Firefly, une famille de psychopathes ayant enlevĂ© et torturĂ© de nombreuses jeunes filles. Tandis que la mĂšre est arrĂȘtĂ©e, le reste de la famille, Otis et sa soeur Baby, rĂ©ussit Ă  s’enfuir. Ils donnent alors rendezvous Ă  leur pĂšre, le Captain Spaulding, dans un motel perdu du sud des États-Unis. ArrivĂ©s les premiers, Otis et Baby prennent en otage un groupe de country music
 L’intĂ©rĂȘt de ce Devil’s Rejects tient dans une approche ironique qui, sans cynisme aucun, recycle absolument toutes les figures du cinĂ©ma des annĂ©es 70 nous ne sommes plus ici dans la volontĂ© de retrouver un ton, un esprit ou simplement une atmosphĂšre comme par exemple dans le rĂ©cent La Colline a des yeux d’Aja, mais dans une distance trĂšs paradoxale. Le rĂ©sultat est sidĂ©rant puisqu’il permet de faire circuler, au coeur de la coquille de l’hommage ou de la simple variation, une expĂ©rimentation trĂšs contemporaine ni premier ni second degrĂ©, plutĂŽt un Ă©trange croisement entre un maniĂ©risme et une radicalitĂ© proprement indĂ©cidable. On peut, bien sĂ»r, ne voir dans cette subtilisation du politique de l’époque au profit d’un ludisme pervers une forme de dĂ©gradation coupable, le prolongement vain d’un esprit envolĂ© qui, aujourd’hui, moulinerait dans le vide. Mais questionner ce vide oĂč est aspirĂ© actuellement 2005 / Ă©tats-Unis, Allemagne / 107’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Sid Haig Captain Spaulding, Bill Moseley Otis, Sheri Moon Zombie Baby, William Forsythe Sheriff Wydell, Ken Foree Charlie Altamont, Matthew McGrory Tiny, Leslie Easterbrook la mĂšre Firefly, Geoffrey Lewis Roy Sullivan, Priscilla Barnes Gloria Sullivan ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Anthony Tremblay Image Phil Parmet Son Scott Sanders, Buck Robinson Musique originale Tyler Bates, Terry Reid, Rob Zombie Montage Glenn Garland Production Lions Gate Films, Spectacle Entertainment Group, Entache Entertainment, Creep Entertainment International, Cinerenta, Cinelamda le genre demeure probablement le plus considĂ©rable enjeu apparu dans les meilleurs films d’horreur de ces derniĂšres annĂ©es. Lorsqu’il atteint par exemple Ă  un degrĂ© de cauchemar absolu, dans la sĂ©quence du masque mortuaire qui recouvre Otis, The Devil’s Rejects perpĂ©tue une horreur que l’on pensait enterrĂ©e depuis bien longtemps. Telle est la leçon du cinĂ©ma de Rob Zombie, pyromane de l’horreur quant tant d’autres ne se rĂȘvent qu’en pompiers du genre. Vincent Malausa juillet 2006 79 Le croque-mitaine I wear my silence like a mask and murmur like a ghost » Siouxsie and the Banshees, Halloween D u Halloween de John Carpenter Ă  celui de Rob Zombie, un fantĂŽme devient un ogre, et une mĂȘme question trouve une nouvelle rĂ©ponse. Dans le film de Carpenter, un enfant s’interroge what’s the boogeyman ? L’enfant, en fait, connaĂźt dĂ©jĂ  la rĂ©ponse, c’est un secret partagĂ© entre lui et le film, une effroyable tautologie le croque-mitaine, c’est ce qui fait peur aux enfants. Chez Carpenter, la peur est un jeu d’enfant, une gigantesque partie de cachecache aux rĂšgles dictĂ©es par un fantĂŽme. Mais c’est un jeu sĂ©rieux on en meurt, et surtout, Ă  ce jeu, aucun adulte n’échappe – personne n’échappe Ă  son enfance, personne n’échappe au croque-mitaine, pas mĂȘme la baby-sitter qui refusait d’y croire. Pourquoi, chez Rob Zombie, les enfants n’ont-ils plus peur du croque-mitaine ? Dans le Halloween 2 de 2009, Michael Myers croise un enfant que, contrairement aux adultes, il n’impressionne pas. Pas parce que le petit ne croit plus aux contes de fĂ©es au contraire, il demande Es-tu un gĂ©ant ? », mais bien parce que, dans la silhouette d’ogre qui lui barre la route, il a reconnu un autre enfant Veux-tu ĂȘtre mon ami ? ». C’est qu’à la question posĂ©e trente ans plus tĂŽt par le film de Carpenter, Rob Zombie a donnĂ© une nouvelle rĂ©ponse le croque-mitaine, c’est un enfant. On bat un enfant Dans le passage de la ligne pure, quasi-bressonienne, du film de Carpenter, Ă  l’ahurissante furie de la version Zombie, dans le bruit qui a recouvert le silence, il faut bien sĂ»r reconnaĂźtre la trace d’une signature heavy metal – mĂ©tal lourd de la musique oĂč s’est formĂ© Rob Zombie, lourd mĂ©tal de la lame de Michael Myers qui s’abat Ă  rĂ©pĂ©tition comme un riff de guitare. De mĂȘme que la pente carnavalesque suivie par ses deux remakes 80 porte l’empreinte double de sa cinĂ©philie en faisant de Myers un Gargantua, Zombie passe par Tobe Hooper pour retrouver Carpenter et de sa biographie son enfance foraine. Mais la trahison tient aussi Ă  ce que, d’un film Ă  l’autre, le programme a changĂ© radicalement. Ce programme se fonde sur une double hĂ©rĂ©sie non seulement oser la reprise d’un film parfait, mais surtout fouiller sans prĂ©caution dans l’angle mort oĂč se logeait le secret de sa prodigieuse abstraction. Inventer une enfance Ă  Michael Myers, faire le long rĂ©cit de sa jeunesse massacrĂ©e comme prĂ©alable Ă  sa folie meurtriĂšre, c’était, suprĂȘme sacrilĂšge, couler dans le bĂ©ton de la psychologie la forme pure dans le scĂ©nario de Carpenter, Myers s’appelait the shape », la forme de l’original. C’était en fait une idĂ©e gĂ©niale. Tout comme Ă©tait gĂ©niale l’idĂ©e de faire porter d’emblĂ©e Ă  l’enfant le masque du tueur adulte terrifiante petite poupĂ©e, glaçante rĂ©duction Navajo d’une icĂŽne du cinĂ©ma d’horreur, ou de faire dialoguer Myers adulte, tĂȘte nu, avec le masque qu’il semble avoir tirĂ© directement des sous-sols du film de Carpenter. À la face blanche aux yeux vides, l’ogre semble demander Ă  son tour qu’est-ce qu’un croque-mitaine ? Le masque rĂ©pond c’est un cri d’enfant, camouflĂ© sous un masque. Un cri bouche close Chez Carpenter, comme dans Le masque de la mort rouge d’Edgar Poe, le masque Ă©tait une Ă©nigme derriĂšre le masque, nul visage sinon celui de la Mort au travail. Le visage de Myers enfant, Ă  peine entrevu Ă  l’ouverture du film, Ă©tait dĂ©jĂ  un masque un visage blanc, sans Ă©motion, avec des yeux de charbon », disait de lui le docteur Loomis, sous les traits de Donald Pleasance. En filmant le destin d’un enfant martyr, Rob Zombie, lui, ne montre plus la marche inexorable du Mal, mais le figement d’un affect enfantin le masque, ici, n’est plus que la conversion d’une colĂšre de petit garçon, un cri moulĂ© dans un morceau de caoutchouc. Autrement dit, il est redevenu un masque, retrouvant Ă  la fois l’essence cathartique du carnaval et l’obsession qui guide l’oeuvre naissante de Rob Zombie – les masques y sont partout, du clown dĂ©moniaque de La maison des mille morts Ă  la scĂšne d’assaut qui, au dĂ©but de The devil’s rejects, fait se confronter en un furieux mardi gras les masques Ă  gaz de la police et les dĂ©guisements de farce-et-attrapes de la famille Firefly. Dans l’asile oĂč on l’a enfermĂ©, le jeune Michael crie de toute ses forces un fuck you ! » strident dont sa sƓur recevra l’hĂ©ritage dans le second volet, avant de se glacer Ă  son tour, comme il criait sous la torture de son quotidien familial. Puis il finit par se taire pour disparaĂźtre, pour de bon, sous un masque. L’ellipse brutale qui suit, et qui coupe le film en deux, substitue Ă  l’enfant un colosse muet et masquĂ©. D’oĂč vient ce corps ? Que devient un cri qui butte contre une bouche close ? À propos des tableaux de Francis Bacon, Deleuze dĂ©finissait le cri comme l’opĂ©ration par laquelle le corps tout entier s’échappe par la bouche1 ». RefoulĂ© vers l’intĂ©rieur, le cri de l’enfant martyr a fait pousser du corps en excĂšs en s’éteignant, il a fabriquĂ© un golem. Le programme de Rob Zombie, on le comprend, est moins psychologique que purement figuratif il s’agissait de fabriquer un monstre en le remplissant d’un chagrin d’enfant. Le cri n’est plus audible, il s’est agglomĂ©rĂ© en un bloc de rage muette, mais il suffit pour en retrouver l’écho d’écouter le bruit mat des coups tombant sur les victimes. Quelle risque alors font courir au spectateur, dans Halloween 2, les images du masque lĂ©zardĂ© de Myers, laissant son visage Ă  demi-nu ? Leur promesse est plus terrible que celle d’un face Ă  face avec le Mal elles menacent de rĂ©vĂ©ler que sous la peau de latex, derriĂšre le silence dont le monstre s’est fait un masque, un petit garçon continue d’enfouir ses larmes. IntĂ©grale Rob Zombie est un enfant JĂ©rĂŽme Momcilovic JĂ©rĂŽme Momcilovic est journaliste et critique de cinĂ©ma, et collabore notamment au magazine Chronic’art depuis 2006. Il est par ailleurs enseignant au sein de l’ESEC, et a rejoint en 2009 le comitĂ© de sĂ©lection d’EntreVues. 1 - G. Deleuze, Francis Bacon, Logique de la sensation, Turin, Éd. La DiffĂ©rence, Mariogros, 1996 81 I l y a quelque chose de curieux Ă  voir ce prĂ©-adolescent gus van santien [dans le Halloween de Zombie] parachutĂ© dans un univers infiniment plus trash et bourrin que celui du maĂźtre amĂ©ricain [Carpenter]. Le fracas de cette gueule d’angelot mal dĂ©grossie avec les scĂšnes de meurtres filmĂ©s dans leur plus triviale rĂ©alitĂ© a quelque chose de profondĂ©ment dĂ©rangeant. ... Ce qui frappe surtout, c’est la puissance brutale mise en scĂšne par Zombie avec un sens inouĂŻ de la sauvagerie et de l’effroi physique. Carpenter mettait en scĂšne les vides spatio-temporels entre les accĂšs de violences, dans une maniĂšre presque japonaise de considĂ©rer le cinĂ©ma comme ce qui existe non pas dans les choses, mais entre les choses. Une façon de travailler le genre au moyens de purs enjeux formels en Ă©tirant le temps et l’espace au delĂ  des corps, c’est cela au fond que filmait Carpenter le temps et l’espace.... La force de Rob Zombie tient Ă  cette maniĂšre granuleuse et sonore de filmer le chaos, qui doit sans doute beaucoup Ă  son expĂ©rience de musicien. Comme si Zombie filmait le bruit, dans toute sa violence, sa matĂ©rialitĂ©, en se souciant moins de mĂ©lodie que de l’impact de chaque note. Dans les moments oĂč le chant devient un hurlement, une Ă©ructation, cela devient alors vraiment impressionnant. Jean-SĂ©bastien Chauvin octobre 2007 Halloween Rob Zombie 2007 / États-Unis / 106’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Malcolm McDowell Docteur Loomis, Scout Taylor-Compton Laurie Strode, Tyler Mane Michael Myers, Brad Dourif Le shĂ©riff Brackett, Daeg Faerch Michael Myers enfant, Sheri Moon Zombie Deborah Myers, William Forsythe Ronnie White, Danielle Harris Annie Brackett, Kristina Klebe Lynda, Dany Trejo Ismael Cruz Un 31 octobre, Ă  Haddonfield, Illinois, le soir de Halloween. La vie du jeune Michael Myers, dix ans, bascule. TroublĂ© par des pulsions morbides, moquĂ© par ses camarades d’école parce que sa mĂšre est strip-teaseuse, harcelĂ© par son beau-pĂšre, tourmentĂ© par les premiers Ă©mois sexuels de sa soeur aĂźnĂ©e, il revĂȘt un masque en latex et, dans un accĂšs de folie, assassine la moitiĂ© de sa famille au couteau de cuisine
 82 ScĂ©nario Rob Zombie, d’aprĂšs le scĂ©nario original de John Carpenter et Debra Hill DĂ©cors Anthony Tremblay Image Phil Parmet Son Buck Robinson Musique originale John Carpenter, Tyler Bates Montage Glenn Garland Production , Nightfall Productions, Spectacle Entertainment Group, Trancas International Films, The Weinstein Company Halloween 2 Rob Zombie 2009 / États-Unis / 102’ et 119’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Scout Taylor-Compton Laurie Strode, Brad Dourif Sheriff Lee Brackett, Malcolm McDowell Docteur Loomis, Danielle Harris Annie Brackett, Tyler Mane Michael Myers, Sheri Moon Zombie Deborah Myers, Chase Wright Vanek Michael Myers enfant, Brea Grant Mya, Angela Trimbur Harley, Margot Kidder la psy Deux annĂ©es ont passĂ©. Michael Myers, aprĂšs avoir survĂ©cu au coeur de la nature, est de retour chez lui, Ă  Haddonfield, avec la ferme intention de rĂ©gler une bonne fois pour toutes les affaires familiales qui avaient Ă©tĂ© laissĂ©es en suspens. DĂ©clenchant une vague de terreur, Myers est ainsi prĂȘt Ă  tout pour que les secrets de son passĂ© malsain soient dĂ©finitivement enterrĂ©s
 IntĂ©grale Rob Zombie ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Garreth Stover Image Brandon Trost Son Buck Robinson, Peter Staubli Musique Tyler Bates, John Carpenter Montage Glenn Garland, Joel Pashby Production Dimension Films, Spectacle Entertainment Group, Trancas International Films Nous projetterons la version de 102 minutes ainsi que la version Director’s cut» de 119 minutes. Halloween John Carpenter 1978 / États-Unis / 91’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Donald Pleasence Dr. Sam Loomis, Jamie Lee Curtis Laurie Strode, Nancy Loomis Annie Brackett, Soles Lynda van der Klok, Charles Cyphers ShĂ©riff Leigh Brackett, Kyle Richards Lindsey Wallace, Brian Andrews Tommy Doyle, John Michael Graham Bob Simms, Tony Moran Michael Myers ScĂ©nario John Carpenter, Debra Hill Direction artistique, dĂ©cors Tommy Lee Wallace, Craig Stearns Image Dean Cundey Son Thomas Causey Musique originale John Carpenter Montage Charles Bornstein, Tommy Lee Wallace Production Falcon International Productions, Compass International Pictures 83 C kan kon kouch Ernst Lubitsch C haque annĂ©e, le film qui entre au programme du baccalaurĂ©at est telle une figure imposĂ©e pour concevoir une programmation qui sera Ă  la fois suivie par les lycĂ©ens de la France entiĂšre venus Ă  Belfort, mais aussi l’occasion de regarder une Ɠuvre et son auteur Ă  travers un prisme particulier, Ă  la fois propre au jeu et Ă  l’analyse. Cette annĂ©e To Be or Not to Be, chef-d’Ɠuvre comique, tout Ă  la fois sur le théùtre, le nazisme et le mariage, d’Ernst Lubitsch. 84 ? la forme d’une nĂ©cessitĂ© tandis que la parole, au centre mĂȘme de sa mise en scĂšne, est l’instrument par lequel chacun se dĂ©lecte du plaisir de la sĂ©duction. Quant Ă  l’amour, qui n’est possible que dans la persistence du dĂ©sir, Ă  chacun la grande libertĂ© d’en inventer – et d’en dire – les tours et dĂ©tours, afin d’entretenir son feu fragile. En sept films, nous traverserons, Ă  partir de ce point de vue, l’ensemble de l’Ɠuvre de Lubitsch, depuis l’un de ses derniers films muets tournĂ©s en Allemagne, La Chatte des montagnes, jusqu’à son dernier opus, Cluny Brown, en 1946. Pour rendre compte de la place essentielle de ce cinĂ©aste, sept films d’auteurs attendus, et d’autres plus inattendus, complĂštent cette programmation. Chacun des films choisis renvoie de façon diffĂ©rente Ă  la maniĂšre du cinĂ©aste et Ă  la question c’est quand qu’on couche ? » Chaplin dont L’Opinion publique fut un modĂšle pour Lubitsch ; Jean Renoir dont le chacun Ă  ses raisons » de La RĂšgle du jeu, pourrait ĂȘtre dit ou Ă©noncĂ© par un personnage lubitschien ; Hitchcock, qui avait en commun avec lui de rĂ©clamer l’adhĂ©sion absolue du spectateur ; Georges Cukor et Preston Sturges, jeunes contemporains largement sous influence du maĂźtre et dont les films IndiscrĂ©tions et The Palm Beach Story exploitent avec jubilation la structure ternaire de toute conquĂȘte amoureuse ; Billy Wilder, l’élĂšve, dont Avanti ! est tout entier construit autour de cette vĂ©ritĂ© lubitschienne derriĂšre toute porte, il y a un lit qui attend » ; François Truffaut enfin, dont Le Dernier MĂ©tro rĂ©sonne Ă©tonnamment avec To Be or Not to Be – le theĂątre, l’occupation, le chassĂ© croisĂ© amoureux, tout y est. Aujourd’hui, Lubitsch a gardĂ© tout son attrait. Et Ă  la question pourquoi les Ɠuvres de Lubitsch rĂ©sistent-elles ainsi aux fluctuations de la cinĂ©philie, aux alĂ©as du temps, jusqu’à sĂ©duire autant le public contemporain ? », nous proposons une premiĂšre rĂ©ponse le plaisir de la sĂ©duction, auquel s’adonnent sans compter ses personnages, Ă©chappe aux Ă©poques et vient cueillir le spectateur consentant d’aujourd’hui. SĂ©rĂ©nade Ă  trois La question C’est quand qu’on couche ?» est l’un des principaux moteurs de l’Ɠuvre Ă©chevelĂ©e de ce cinĂ©aste qui traverse, du cinĂ©ma muet au cinĂ©ma en couleur, l’époque classique d’Hollywood. Venu d’Allemagne et du théùtre berlinois, Ernst Lubitsch est au cƓur de l’usine Ă  rĂȘves hollywoodienne mais ses films prennent systĂ©matiquement le contrepied du vaudeville habituel de la comĂ©die classique amĂ©ricaine. Chez Lubitsch, l’urgence du dĂ©sir prend À cĂŽtĂ© de cette programmation, deux critiques viendront prĂ©senter un aspect du cinema de Lubitsch Emmanuel Burdeau rendra compte de son goĂ»t pour le dĂ©sordre, notamment en s’appuyant sur l’analyse des dĂ©buts de ses films. Jean Narboni s’intĂ©ressera aux liens entre Chaplin et Lubitsch et Ă  la maniĂšre dont To Be or Not to Be peut ĂȘtre vu comme un hommage au Dictateur de Chaplin. 85 Ă  propos de TO BE OR NOT TO BE Par Jean Narboni 86 C e film est devenu au fil du temps le titre le plus cĂ©lĂšbre de Lubitsch, et chaque nouvelle vision en renouvelle l’émerveillement devant sa force comique dĂ©vastatrice, la complexitĂ© d’un rĂ©cit menĂ© Ă  un train d’enfer et la profondeur dans l’engagement antinazi. Ce succĂšs est loin d’avoir Ă©tĂ© acquis d’emblĂ©e et le film, comme si un faisceau de forces contraires s’était liguĂ© contre lui, fut trĂšs mal accueilli Ă  sa sortie. Lubitsch, cinĂ©aste allemand, juif, adoptĂ© et fĂȘtĂ© depuis longtemps par Hollywood comme l’un des maĂźtres de son cinĂ©ma, en avait – chose exceptionnelle de sa part – coĂ©crit le scĂ©nario original. Peu familier des sujets politiques, mais inquiet des victoires nazies et du sort infligĂ© Ă  la Pologne, il avait choisi de suivre dans ce film sa propre pente et de ne rien cĂ©der sur son style, fait de verve satirique, d’ironie cruelle et souvent de charge burlesque. Elles furent alors trĂšs mal comprises, au point que Lubitsch dut se dĂ©fendre, dans une lettre au New York Times, d’avoir voulu se moquer de ce que subissaient les Polonais. L’entrĂ©e en guerre des États-Unis en plein tournage le 8 dĂ©cembre 1941, la sortie du film en mars 1942, au moment de la plus grande puissance de l’Axe, enfin la mort de la vedette Carole Lombard dans un accident d’avion quelques jours avant la premiĂšre, contribuĂšrent Ă  son mauvais accueil. Le temps a permis d’apprĂ©cier toujours davantage, et plus que tout, la perfection d’une construction savante, labyrinthique et si riche en pĂ©ripĂ©ties, changements de Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? tableaux et rebondissements dĂ©routants que le spectateur, constamment sollicitĂ© dans sa vigilance et sa vitesse de comprĂ©hension, se voit amenĂ© Ă  accompagner le film plutĂŽt qu’il ne lui est soumis, Ă  le construire en mĂȘme temps qu’il se dĂ©roule devant ses yeux et Ă  en combler les ellipses Ă©normes. Toujours aux aguets, il ne cesse de se demander, et sans cesser d’ĂȘtre prodigieusement amusĂ© OĂč en sommes-nous de cette histoire ? Qui est qui? Que s’est-il passĂ© entre temps ? » To Be or Not to Be est ainsi l’un de ces films – assez rares dans l’histoire du cinĂ©ma – impossibles Ă  mĂ©moriser avec prĂ©cision. PassĂ©e la projection, et quel que soit le nombre de visions ultĂ©rieures, on Ă©choue Ă  reconstituer l’enchaĂźnement des sĂ©quences et l’ordre logique de leur succession. Contribue Ă  cet aspect insolite du film le fait que Lubitsch y a menĂ© d’une main de fer sous le gant de velours de la drĂŽlerie et parfois de l’émotion trois motifs narratifs savamment entrelacĂ©s. Celui du théùtre et de ses doubles, de la frontiĂšre indĂ©cise entre le spectacle et la vie jouer Gestapo, piĂšce de théùtre antinazie ou faire » le nazi dans la rĂ©alitĂ© pour confondre l’ennemi, avec en corollaire le jeu ouvert ou sournois des rivalitĂ©s 87 d’acteurs au sein d’une troupe. En second lieu, la valse, depuis toujours familiĂšre Ă  l’auteur, du trio amoureux, des jalousies et des infidĂ©litĂ©s conjugales. La charge antinazie enfin, fĂ©roce et trĂšs loin de la tendresse ironique qui caractĂ©risait les registres prĂ©cĂ©dents, oĂč Lubitsch adopte le ton de la farce et du grotesque pour fustiger les agents ridicules ou sournois de l’oppression. To Be or Not to Be a Ă©tĂ© tournĂ© deux ans aprĂšs Le Dictateur de Chaplin, le film antihitlĂ©rien prĂ©curseur et inĂ©galĂ© dans la sĂ©rie des productions de l’industrie hollywoodienne militant contre le nazisme. Lubitsch ne s’est pas contentĂ© de parsemer son film de discrets hommages Ă  son gĂ©nial prĂ©dĂ©cesseur, il en a fait une rĂ©flexion critique raffinĂ©e sur celui de Chaplin, avec lequel il dialogue constamment. Ce dialogue se dĂ©veloppe autour du motif cĂ©lĂšbre de la moustache, volĂ©e physiquement et mĂ©diatiquement Ă  Charlot par Hitler et reprise par son auteur sous la dĂ©froque du barbier juif AndrĂ© Bazin a Ă©crit aprĂšs-guerre un article lumineux sur Le Dictateur autour des notions de pastiche et de postiche. Dans le film de Lubitsch, l’ornement pileux car ici la barbe vient s’ajouter Ă  la seule moustache est distribuĂ© entre divers personnages avec une variĂ©tĂ© et un brio qui prennent Ă  chaque fois de vitesse l’entendement du spectateur. On peine Ă  s’y retrouver les personnages du film autant que le spectateur dans ce 88 va-et-vient entre vraie et fausse moustache, copie et modĂšle, original et double, sosies et imitateurs, fausse barbe plus crĂ©dible que la vraie, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’enfin la troupe des acteurs polonais dĂ©guisĂ©s en nazis s’envole pour l’Angleterre, littĂ©ralement Ă  la barbe des vrais nazis confondus. L’art de Lubitsch, aprĂšs quelque soixante-dix films si l’on inclut les courts mĂ©trages en un ou deux actes de la pĂ©riode berlinoise, manifeste dans To Be or Not to Be une telle intelligence des ressorts dramatiques d’un rĂ©cit, une telle science dans le rendu Ă©motif complexe, qu’il laissait encore beaucoup Ă  espĂ©rer d’une Ă©nergie crĂ©atrice inentamĂ©e. Mais en 1942, Lubitsch n’avait plus que cinq annĂ©es Ă  vivre et seulement deux films Ă  mener complĂštement Ă  bien. Il meurt le 30 novembre 1947 Ă  cinquante-cinq ans. J. N. Jean Narboni est critique de cinĂ©ma. Il a collaborĂ© aux Cahiers du cinĂ©ma et est l’auteur, entre autres, d’ouvrages sur Jean-Luc Godard, Ernst Lubitsch, Mikio Naruse ou Jean Renoir. Son dernier ouvrage, Pourquoi les coiffeurs, est consacrĂ© au Dictateur de Chaplin. Ernst Lubitsch MutĂ© dans une nouvelle caserne, le jeune lieutenant Alexis tombe en route sur un groupe de brigands. Parmi eux, il fait la connaissance de la belle Riskscha Ă  qui il promet fidĂ©litĂ©. Mais arrivĂ© Ă  la caserne, il est chargĂ© de tuer leur chef... Groteske » prĂ©vient d’emblĂ©e l’un des premiers cartons du film — et telle surprenante Ă©tiquette convient de fait parfaitement Ă  ce chef d’Ɠuvre en quatre actes » 
. C’est bien de cela qu’il s’agit dans ce mĂ©lange peu stable d’élĂ©ments contradictoires fable ironique ou tendre satire, colossale fantaisie ou excĂšs de la caricature au service de la justesse des situations et de la vĂ©ritĂ© des personnages
 Au prince charmeur, il manque quelques cheveux et quelques dents, mails il charme pourtant, et par troupes, les femmes l’une des plus folles sĂ©quences du cinĂ©ma, dĂ©passant en audace Keaton et les Marx, montre l’adieu de quelques milliers de femmes amoureuses au prince qui s’en va. Sans cesse l’on passe ainsi de l’exagĂ©ration Ă  la subtilitĂ©, du monstrueux au dĂ©licat. Die Bergkatze 1921 / Allemagne / 79’ / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Pola Negri Rischka, Victor Janson le commandant, Paul Heidemann le lieutenant Alexis, Wilhelm Diegelmann Claudius, Hermann Thimig Pepo, Edith Meller Lilli, Marga Köhler la femme du commandant, Paul Graetz Zofano, Max Gronert Masilio, Erwinn Kopp Tripo, Paul Biensfeldt Dafko ScĂ©nario Hanns KrĂ€ly, Ernst Lubitsch DĂ©cors Max Gronert, Ernest Stern Image Theodor Sparkuhl Montage Ernst Lubitsch Production Projektions-AG Union Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? La Chatte des montagnes Jean-Louis Comolli in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 89 L’Éventail de Lady Windermere Lady Windermere’s Fan Ernst Lubitsch Lord et Lady Windermere vivent une vie mondaine bien rĂ©glĂ©e Ă  Londres lorsqu’apparaĂźt dans leur vie une certaine Mrs Erlynne. Femme de mauvaise rĂ©putation, elle se met en contact avec Lord Windermere Ă  qui elle rĂ©vĂšle qu’elle n’est autre que la mĂšre de Lady Windermere. Or cette derniĂšre voue un vĂ©ritable culte Ă  sa mĂšre qu’on lui a dit dĂ©cĂ©dĂ©e Ă  sa naissance
 Au trio lubitschien classique » vient ici s’adjoindre le personnage de la mĂšre dĂ©chue ; c’est cependant moins d’un quadrille euphorique ou grave qu’il s’agit, que d’une sĂ©rie d’affrontements sĂ©vĂšres, de conflits attisĂ©s, d’illusoires rapprochements, jamais prĂ©sents Ă  l’endroit du rĂ©cit que l’on avait prĂ©vu, appariant ceux que l’on n’attendait pas. L’évolution des scĂšnes — les Ă©lĂ©ments une fois mis en place — dĂ©joue toujours toutes nos prĂ©visions. Mettre en scĂšne, dĂšs lors, c’est enserrer les personnages dans un rĂ©seau de regards ; organiser les approches, hĂ©sitations et reculs autour d’une sĂ©rie d’objets-piĂšge ; mesurer les sentiments et l’humeur aux lignes des dĂ©placements et Ă  l’ampleur des gestes. Jean Narboni in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 90 1925 / États-Unis / 86’ / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Ronald Colman Darlington, May McAvoy Lady Windermere, Bert Lytell Lord Windermere, Irene Rich Mme Erlynne, Edward Martindel Lord Augustus Lorton, Carrie Daumery La duchesse de Berwick ScĂ©nario Julien Josephson, d’aprĂšs la piĂšce d’Oscar Wilde DĂ©cors Harold Grieve Image Charles Van Enger Musique originale Yati Durant Montage Ernst Lubitsch Production Warner Brothers Haute pĂšgre Trouble in Paradise Venise. Un homme a conviĂ© Ă  dĂźner une riche et belle jeune femme. Or, la belle n’est pas celle qu’elle prĂ©tend ĂȘtre elle se nomme Lily Vautier et fait profession de dĂ©valiser les hommes qu’elle sĂ©duit. Mais, tandis qu’elle lui fait les poches, son hĂŽte lui vole ses bijoux. Chacun reconnaissant en l’autre un confrĂšre de trĂšs haut niveau, Lily et Gaston dĂ©cident d’autant plus volontiers de s’associer que l’amour est nĂ© entre eux
 En 1932, il n’y avait rien d’extraordinaire Ă  ce qu’un film, hollywoodien de surcroĂźt, soit une pure source de dĂ©lices pour la seule raison qu’on y parlait d’argent comme nulle part ailleurs et qu’on y montrait le vertige amoureux sans qu’il soit jamais question, Ă  aucun moment, de le rendre lĂ©gal » en le sanctifiant par les liens du mariage. ... Cinquante ans plus tard, cette libertĂ© de ton continue de nous Ă©merveiller quand elle devrait nous laisser de glace, compte tenu de ce que la vie, c’est-Ă -dire le cinĂ©ma, nous a appris. 
 C’est que nous n’avons pas cette puretĂ© qui les fait considĂ©rer l’argent comme une chose suffisamment mĂ©prisable pour qu’il ne soit aucunement criminel de le voler, l’amour comme une illusion qu’un ĂȘtre civilisĂ© se doit de dispenser Ă  son prochain sans s’y laisser prendre luimĂȘme. 1932 / États-Unis / 83’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Miriam Hopkins Lily, Kay Francis Mariette Colet, Herbert Marshall Gaston Monescu, Charles Ruggles le major, Edward Everett Horton François Filiba, C. Aubrey Smith Adolphe Giron, Robert Greig Jacques, le maĂźtre d’hĂŽtel, Leonid Kinskey le Russe Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Ernst Lubitsch ScĂ©nario Samson Raphaelson, Grover Jones, d’aprĂšs la piĂšce The Honest Finder de Laszlo Aladar DĂ©cors Hans Dreier Image Victor Milner Son Paggi Musique originale W. Franke Harling Montage Ernst Lubitsch Production Paramount Pictures Michel Perez Le Matin, 1er septembre 1983 91 SĂ©rĂ©nade Ă  trois Design for Living Ernst Lubitsch Dans le train qui les conduit Ă  Paris, un auteur dramatique en quĂȘte de succĂšs, Tom, et un artiste peintre, George, tombent amoureux d’une dessinatrice de publicitĂ© ; chacun comprenant l’amour de l’autre et l’issue impossible de leur histoire, Gilda dĂ©cide de devenir leur muse dans le cadre d’un mĂ©nage Ă  trois platonique. Ils concluent un pacte d’amitiĂ© chaste
 Les personnages s’attirent irrĂ©sistiblement, abolissant temps et espace pour se suivre et se retrouver, et dĂšs qu’en prĂ©sence, ne pouvant vraiment se saisir et se rejoindre, les forces d’attraction s’inversant en facteurs de rĂ©sistance. 
 Il semble qu’en inversant le triangle » classique du vaudeville au lieu d’une femme entre deux hommes, deux hommes entre une femme, Lubitsch ait dĂ©couvert ce Ă  quoi il rĂȘvait depuis longtemps la possibilitĂ© mĂȘme du mouvement perpĂ©tuel, un systĂšme de rapports fondĂ©s sur l’instabilitĂ©. À l’arrivĂ©e comme au dĂ©part du parcours, les mĂȘmes deux hommes et la mĂȘme femme s’aiment du mĂȘme amour, et il y aura toujours lĂ  matiĂšre Ă  film. Cette femme partagĂ©e et pourtant unique, plaisons-nous Ă  voir en elle l’image mĂȘme de la mise en scĂšne selon Lubitsch viser, Ă  l’inverse des autres cinĂ©astes, la contradiction de toute rĂ©solution. Jean-Louis Comolli in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 92 1933 / États-Unis / 91’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Fredric March Tom Chambers, Gary Cooper George Curtis, Miriam Hopkins Gilda Farrell, Edward Everett Horton Max Plunkett, Franklin Pangborn Mr Douglas, Isabel Jewell la dactylo, Jane Darwell la femme de chambre, Wyndham Standing le majordome de Max ScĂ©nario Ben Hecht, d’aprĂšs la piĂšce de Noel Coward DĂ©cors Hans Dreier Image Victor Milner Son Paggi Musique originale John Leipold Montage Frances Marsh Production Paramount Pictures La Veuve joyeuse The Merry Widow Lorsque la ravissante veuve Sonia quitte le royaume de Marshovie pour Paris, le roi est angoissĂ© car Sonia dĂ©tient cinquante-deux pour cent du capital du pays. Sans les revenus de Sonia, le pays risque la banqueroute. DĂ©couvrant dans le boudoir de la reine, le sĂ©duisant Danilo, le roi le condamne au bannissement... Ă  Paris et le charge d’y conquĂ©rir le cƓur de Sonia, faute de quoi il sera dĂ©fĂ©rĂ© devant une cour martiale
 ThĂ©matiquement, La Veuve joyeuse relĂšve Ă©videmment d’une problĂ©matique chĂšre Ă  Lubitsch et presque partout prĂ©sente dans son Ɠuvre les rapports entre le dĂ©sir la simplicitĂ© de ses motivations, Ă  laquelle rĂ©pond celle de ses comportements et le phĂ©nomĂšne amoureux, sorte d’ancrage, de fixation sur un ĂȘtre, accompagnĂ© de bouleversements Ă©motifs. L’audace de Lubitsch Ă©tant finalement, dans le mĂȘme temps qu’il Ă©tablit cette distinction amour-dĂ©sir, de la rendre caduque, puisqu’il montre qu’au dĂ©part, tomber amoureux et dĂ©sirer s’identifient, qu’aimer ce n’est mĂȘme pas dĂ©sirer plus fort, mais rencontrer plus de rĂ©sistance au dĂ©sir. 1934 / États-Unis / 99’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Maurice Chevalier le comte Danilo, Jeanette MacDonald Sonia, Edward Everett Horton l’ambassadeur Popoff, Una Merkel la reine Dolores, George Barbier le roi Achmet, Minna Gombell Marcelle, Ruth Channing Lulu, Sterling Holloway Mischka, Donald Meek le valet, Herman Bing Zizipoff Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Ernst Lubitsch ScĂ©nario Samson Raphaelson, Ernest Vajda, d’aprĂšs le livret de l’opĂ©rette de Viktor LĂ©on et Leo Stein Direction artistique, dĂ©cors Cedric Gibbons, Gabriel Scognamillo Image Oliver T. Marsh Son Douglas Shearer Musique Franz Lehar Montage Frances Marsh Production Metro-Goldwyn-Mayer Sylvie Pierre in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 93 To Be or Not to Be Ernst Lubitsch Une troupe de théùtre polonaise rĂ©pĂšte laborieusement une piĂšce mettant en scĂšne Hitler, alors que dans la rĂ©alitĂ© les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le théùtre et ses acteurs se retrouvent au chĂŽmage. Mais le lieutenant Sobinski, un jeune pilote de bombardier rĂ©fugiĂ© Ă  Londres, est amoureux de l’actrice principale, Maria Tura. En essayant de la contacter, il dĂ©couvre une opĂ©ration d’espionnage visant le dĂ©mantĂšlement de la rĂ©sistance polonaise
 To Be or Not to Be apparaĂźt comme le film le plus proche du schĂ©ma vaudevillesque classique » qui voit se confronter dans un jeu de quiproquos burlesque une femme, son mari cocu et son jeune amant. 
 En fait, il est Ă©vident que Lubitsch prend des libertĂ©s avec le schĂ©ma vaudevillesque-type, qu’il revisite en lui donnant une tournure plus subtile et plus complexe Ă  partir de matĂ©riaux trĂšs tĂ©nus, il parvient Ă  engendrer des Ɠuvres inattendues, Ă©nergiques, variĂ©es, dans lesquelles les personnages, pris dans l’urgence et les contradictions de leur dĂ©sir, agissent selon une nouvelle forme d’inconstance. Non qu’ils cĂšdent nĂ©cessairement Ă  de futiles atermoiements, mais les hommes et les 94 1942 / États-Unis / 99’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Carole Lombard Maria Tura, Jack Benny Joseph Tura, Robert Stack Lieutenant Sobinski, Felix Bressart Greenberg, Lionel Atwill Rawitch, Stanley Ridges le professeur Siletsky, Sig Ruman le colonel Ehrhardt, Tom Dugan Bronski, Charles Halton Dobosh, le metteur en scĂšne, George Lynn l’adjudant-acteur ScĂ©nario Edwin Justus Mayer, Melchior Lengyel, Ernst Lubitsch DĂ©cors Vincent Korda, Julia Heron Image Rudolph MatĂ© Son Frank Maher Musique originale Werner R. Heymann Montage Dorothy Spencer Production Ernst Lubitsch, Alexander Korda femmes lubitschiens s’efforcent de s’accommoder de leur incapacitĂ© voire de leur refus de choisir. Ils en font mĂȘme un art de vivre et en assument les consĂ©quences le moins douloureusement possible. Natacha ThiĂ©ry Lubitsch, les voix du dĂ©sir, Éditions du CĂ©fal, 2000 Ernst Lubitsch Cluny Brown Londres, 1938, Cluny Brown, qui a un faible pour la plomberie, effectue un dĂ©pannage Ă  la place de son oncle chez un certain Hilary Ames. À cette occasion elle rencontre Adam Belinski, un Ă©crivain qui a quittĂ© la TchĂ©coslovaquie pour fuir le nazisme. L’oncle arrive chez Ames et trouve sa niĂšce ivre aprĂšs avoir bu quelques verres avec les deux hommes. Pour la punir, il dĂ©cide de l’envoyer travailler comme domestique Ă  la campagne pour les Carmel. Belinski, invitĂ© Ă  s’y cacher par le fils de la famille, qu’il a rencontrĂ© chez Ames, s’y trouve aussi... C’est par son goĂ»t de la plomberie que Cluny enfreint le code social. Cette occupation masculine » Ă©voque, de façon imagĂ©e, des fonctions organiques que l’Angleterre prĂ©fĂšre passer sous silence ; dans la jouissance qu’elle procure Ă  Cluny transparaĂźt bien sĂ»r un dĂ©sir actif d’épanouissement sexuel. La quĂȘte pathĂ©tique de sĂ©curitĂ© de l’hĂ©roĂŻne est vouĂ©e Ă  l’échec elle choque tour Ă  tour son client, son oncle, ses employeurs, ses collĂšgues, son fiancĂ© et la mĂšre de celui-ci. 
 Cluny et Belinski forment un couple assorti, puisque leurs caractĂšres, nettement contrastĂ©s l’ironique et l’enthousiaste, partagent, avec la soif du bonheur, la mĂȘme pulsion anarchiste, rebelle Ă  toute stratification sociale. Aussi Ă©chappent-ils Ă  l’Angleterre, gĂ©nĂ©reuse mais compassĂ©e, pour partir ensemble Ă  la 1946 / Etats-Unis / 100’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Jennifer Jones Cluny Brown, Charles Boyer Adam Belinski, Peter Lawford Andrew Carmel, Helen Walker Betty Cream, Reginald Gardiner Hilary Ames, Reginald Owen Sir Henry Carmel, C. Aubrey Smith le colonel Duff Graham, Richard Haydn Jonathan Wilson, Margaret Bannerman Lady Alice Carmel Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? La Folle IngĂ©nue ScĂ©nario Samuel Hoffenstein, Elizabeth Reinhardt, d’aprĂšs le roman de Margery Sharp Direction artistique, dĂ©cors J. Russell Spencer, Lyle Wheeler, Thomas Little Image Joseph LaShelle Son Roger Heman Sr, Arthur von Kirbach Musique originale Cyril Mockridge Montage Dorothy Spencer Production Twentieth Century Fox conquĂȘte de l’AmĂ©rique, le pays oĂč la poursuite du bonheur » figure parmi les droits de l’homme. Eithne et Jean-Loup Bourget Lubitsch ou la satire romanesque, Stock CinĂ©ma, 1987 95 CinĂ© concert avec Jan Vaclav Vanek Paradis dĂ©fendu Forbidden Paradise © National Film Archive London Ernst Lubitsch Lubitsch et sa star Pola Negri, qui avaient obtenu un succĂšs international avec la superproduction allemande La Du Barry, furent Ă  nouveau rĂ©unis dans cette pĂ©tillante comĂ©die dramatique. Negri interprĂšte Catherine, tsarine d’un pays sans nom, mais trĂšs semblable Ă  l’image que l’on pouvait se faire de la Russie. SauvĂ©e des mains des rĂ©volutionnaires par le fringant Capitaine Alexis Czerny, elle le rĂ©compense » dans son boudoir. Czerny tombe follement amoureux d’elle, avant de dĂ©couvrir qu’il n’est que le dernier d’une longue lignĂ©e de consorts royaux. Furieux, il rejoint la rĂ©bellion, jurant de renverser la monarchie tout en promettant d’épargner Catherine
 Adolphe Menjou, l’un des acteurs favoris de Lubitsch, emporte les meilleures scĂšnes du film dans son rĂŽle de chancelier dĂ©sinvolte. Paradis dĂ©fendu fit l’objet d’un remake en 1945 sous le titre Scandale Ă  la cour A Royal 1924 / États-Unis / 76’ / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Pola Negri Catherine, Rod La Rocque Alexei Czerny, Adolphe Menjou le chancelier, Pauline Starke Anna, Fred Malatesta l’ambassadeur français, Nick De Ruiz le gĂ©nĂ©ral ScĂ©nario Hans KrĂ€ly, Agnes Christine Johnson, d’aprĂšs la piĂšce La Tsarine de Lajos BirĂł, Melchior Lengyel DĂ©cors Hans Dreier Image Charles Van Enger Production Famous Players-Lasky Corporation Scandal, que Lubitsch produisit ; mais, tombant malade durant le tournage, il fut obligĂ© de renoncer et de cĂ©der les responsabilitĂ©s de rĂ©alisateur Ă  Otto Preminger. Hal Erickson Jan Vaclav Vanek Guitariste et poly-instrumentiste autodidacte fabrique lui-mĂȘme certains instruments. Il nourrit sa musique de toutes sortes d’inspirations rythmiques indiennes, souffle continu, techniques de guitare inventĂ©es
 mais surtout d’une Ă©coute intense du monde, de la nature les mines, les grottes
 et de son univers intĂ©rieur. Entre routes et concerts, il s’imprĂšgne des musiques du monde qu’il intĂšgre au Jazz. Il voyage entre autres au Japon, Outre l’ensemble Ciel Orchestra » et ses duo, trio, quartet
 sous son nom il joue dans diffĂ©rentes formations du swing au free jazz, de la musique fusion sortant des sentiers battus au tango de Piazzolla, de la musique classique et contemporaine au gypsy jazz revisité Si vous croisez quelqu’un qui joue du saxophone dans une cascade, de la flĂ»te en haut d’un sapin, de la guitare au milieu d’une tourbiĂšre ou en train de tendre des cordes sur un vieil arbre creux pour fabriquer une harpe c’est lui. Françoise BARRET, conteuse 96 L’opinion publique A Woman of Paris Autour d’Ernst Lubitsch Marie vit avec un pĂšre tyrannique dans un petit village français. Elle rĂ©ussit Ă  s’échapper un soir pour aller retrouver son fiancĂ© Jean Millet, mais Ă  son retour son pĂšre ne la laisse pas rentrer Ă  la maison, pas plus que le pĂšre de Jean ne veut les accueillir chez lui. Marie et Jean dĂ©cident de s’enfuir Ă  Paris
 Des malentendus, des coĂŻncidences, des erreurs et enfin l’intervention d’un riche mondain, empĂȘchent la rĂ©alisation de l’amour entre une jeune fille pauvre et un jeune peintre. La beautĂ© et la simplicitĂ© de ce film, le rythme de ses images et la discipline des comĂ©diens enthousiasment Lubitsch Je trouve que A Woman in Paris est une Ɠuvre merveilleuse. J’ai la sensation qu’un ĂȘtre intelligent me parle, que nulle intelligence n’est insultĂ©e dans ce film ». A Woman of Paris est un des films de prĂ©dilection des amateurs de cinĂ©ma avertis au milieu des annĂ©es vingt. Il est indĂ©niable que Lubitsch tire son profit de ce film. 1923 / États-Unis / 78’ / noir et blanc / muet Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Charles Chaplin InterprĂ©tation Edna Purviance Marie St. Clair, Clarence Geldart le beau pĂšre de Marie, Carl Miller Jean Millet, Lydia Knott la mĂšre de Jean, Charles K. French le pĂšre de Jean, Adolphe Menjou Pierre Revel, Betty Morrissey Fifi, Malvina Polo Paulette ScĂ©nario Charles Chaplin DĂ©cors Arthur Stibolt Image Roland Totheroh, Jack Wilson Musique originale Charles Chaplin Montage Monta Bell, Charles Chaplin Production Charles Chaplin Productions Hans Helmut Prinzler in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 97 Autour d’Ernst Lubitsch La RĂšgle du jeu Jean Renoir AndrĂ© Jurieux, un aviateur, est accueilli en hĂ©ros il vient de traverser l’Atlantique en solitaire pour l’amour de la naĂŻve Christine, la marquise de La Chesnaye. Il est terriblement déçu de l’absence de cette derniĂšre Ă  l’aĂ©rodrome. Le riche marquis de La Chesnaye organise une partie de chasse sur ses terres en Sologne. Il convie ses amis fortunĂ©s, parmi lesquels AndrĂ© Jurieux, dans son chĂąteau de la ColiniĂšre pour le week-end
 Je pensais Ă  quelques uns de mes amis dont les intrigues amoureuses semblaient la raison d’ĂȘtre. Comme le dit Lestringuez [ami scĂ©nariste de Renoir] Si tu veux dĂ©crire la vĂ©ritĂ©, mets-toi bien dans la tĂȘte que le monde n’est qu’un foutoir. Les hommes ne pensent qu’à une chose, c’est Ă  baiser, et ceux qui pensent Ă  autre chose sont fichus. Ils se noient dans les eaux bourbeuses du sentiment. » 
 Mon intention premiĂšre fut de tourner une transposition des Caprices de Marianne Ă  notre Ă©poque. 
 J’y ai mis des personnages qui sont des personnages extrĂȘmement simples mais qui vont au bout de leurs idĂ©es. Ce sont des personnages francs. La peinture de cette sociĂ©tĂ©, peut-ĂȘtre en dĂ©liquescence, nous la fait cependant aimer, je l’espĂšre, parce que cette sociĂ©tĂ© a au moins un avantage, elle ne porte pas de masque. Jean Renoir extraits de Ma vie et mes films, Flammarion, 1974 et de l’émission Jean Renoir vous parle de son art », aoĂ»t 1961 98 1939 / France / 110’ / noir et blanc InterprĂ©tation Marcel Dalio le marquis Robert de La Chesnaye, Nora Gregor Christine de La Chesnaye, Roland Toutain AndrĂ© Jurieux, Mila ParĂ©ly GeneviĂšve de Marras, Jean Renoir Octave, Julien Carette Marceau, Paulette Dubost Lisette, Gaston Modot Schumacher, Richard Francoeur Monsieur La BruyĂšre, Claire GĂ©rard Madame La BruyĂšre ScĂ©nario Jean Renoir, Carl Koch DĂ©cors Max Douy, EugĂšne LouriĂ© Image Jean Bachelet Son Joseph de Bretagne Musique originale Roger DĂ©sormiĂšres, Joseph Kosma Montage Marguerite Renoir Production Nouvelle Édition Française George Cukor The Philadelphia Story Philadelphie, une vaste maison dans un parc. Tracy et Dexter rompent brutalement. Deux ans plus tard, on prĂ©pare au mĂȘme endroit la rĂ©ception pour le mariage de Tracy Lord et de George Kittredge, hommes d’affaires en vue, ce qui intĂ©resse au plus haut point le magazine Spy, pour lequel travaille Dexter et ses deux reporters, le journaliste Macaulay Connor et la photographe Liz Imbrie, que la famille Lord est contrainte de recevoir en feignant un immense plaisir
 Comme souvent chez Cukor, la femme se cache derriĂšre une force rĂ©elle qui l’a sĂ©parĂ©e du reste du monde elle est en gĂ©nĂ©ral le mouton noir de la famille ou la femme de tĂȘte. La figure de Tracy dans IndiscrĂ©tions est plus complexe statut de marbre blanche, elle tient la maison, mais elle ne lutte pas contre l’ordre Ă©tabli, elle le reprĂ©sente d’abord. Les hommes de plaisir lui reprochent cruellement cette posture de froideur, d’intolĂ©rance des faiblesses humaines. Les hommes de morale ne comprennent pas que Tracy se cache derriĂšre sa posture de chef de famille pour ne pas tomber. Plus dure sera la chute ? Justement non. C’est l’acceptation du plaisir, de la fantaisie, le pied-de-nez au sens commun et 1940 / États-Unis / 112’ / Noir et blanc InterprĂ©tation Cary Grant Dexter Haven, Katharine Hepburn Tracy Lord, James Stewart Macaulay Connor, Ruth Hussey Elizabeth Imbrie, John Howard George Kittredge, Roland Young Oncle Willie, John Halliday Seth Lord, Mary Nash Margaret Lord, Virginia Weidler Dinah Lord Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? IndiscrĂ©tions Autour d’Ernst Lubitsch ScĂ©nario Donald Ogden Stewart, Waldo Salt, d’aprĂšs la piĂšce de Philip Barry Direction artistique, dĂ©cors Cedric Gibbons, Wade B. Rubottom, Edwin B. Willis Image Joseph Ruttenberg Son Douglas Shearer Musique originale Franz Waxman Montage Frank Sullivan Production Metro-Goldwyn-Mayer Joseph L. Mankiewicz, Loew’s Incorporated aux habitudes de sa classe qui feront d’elle une humaine parmi les humains, et non une vestale parmi les faibles. C’est la dĂ©faite qui la magnifie. Ariane Beauvillard 28 octobre 2008 99 Autour d’Ernst Lubitsch The Palm Beach Story Preston Sturges Tom et Gerry Jeffers sont mariĂ©s mais Tom ne parvient pas Ă  percer dans sa profession d’architecte. Leur situation financiĂšre n’est pas satisfaisante aux yeux de Gerry. Elle estime que ce serait mieux pour eux de se sĂ©parer. Ayant reçu de l’argent d’un vieil homme qui a l’intention de louer leur appartment, elle prend le train pour la Floride oĂč elle espĂšre, aprĂšs avoir obtenu le divorce, rencontrer un riche prĂ©tendant qui pourrait aussi aider Tom
 Le style de Sturges n’hĂ©site pas Ă  emprunter ses matĂ©riaux Ă  des catĂ©gories totalement hĂ©tĂ©rogĂšnes — ne se reconnaissait-il pas comme maĂźtres des cinĂ©astes aussi diffĂ©rents que Clair ou Lubitsch ? 
 Les grands thĂšmes le succĂšs, la richesse, la dignitĂ©, l’innocence, la duplicité  et les situations classiques du cinĂ©ma amĂ©ricain, et particuliĂšrement de la comĂ©die amĂ©ricaine, se partagent son Ɠuvre, se tĂ©lescopent, se bousculent, se contredisent sans qu’il soit possible d’en tirer une philosophie. 
 Vante-t-il, comme Lubitsch, le plaisir et la sensualitĂ© de l’instant ? Sans doute, mais pas Ă  n’importe quel prix. C’est cette incohĂ©rence qui fait le charme des films de Preston Sturges et, en fin de compte sa cohĂ©rence profonde, insoupçonnable. Des films Ă  la fois toniques et profondĂ©ment pessimistes qui dynamitent par un rire Ă©norme, sans souci de dĂ©cence ou de respectabilitĂ©, 100 1942 / États-Unis / 88’ / noir et blanc / InterprĂ©tation Claudette Colbert Gerry Jeffers, Joel McCrea Tom Jeffers, Mary Astor la princesse Centimilia, Rudy Vallee Hackensacker III, Sig Arno Toto, Robert Warwick Mr. Hinch, Arthur Stuart Hull Torben Meyer le docteur Kluck, Jimmy Conlin Mr. Asweld, Victor Potel Mr. McKeewie ScĂ©nario Preston Sturges Direction artistique, dĂ©cors Hans Dreier, Ernst FegtĂ© Image Victor Milner Son Harry Lindgren, Walter Oberst Musique originale Victor Young Montage Stuart Gilmore Production Paramount Pictures sans crainte de fausse note ou de mauvais goĂ»t, les conventions sociales et cinĂ©matographiques, les certitudes philosophiques ou morales, dans un anarchisme Ă©thique et esthĂ©tique tonitruant. JoĂ«l Magny Cahiers du cinĂ©ma, dĂ©cembre 1989 Alfred Hitchcock Notorious Le 24 avril 1946, Huberman, un espion nazi, est condamnĂ© par un tribunal amĂ©ricain. Sa fille, Alicia, qui n’a jamais Ă©tĂ© nazie, mĂšne une vie dissolue. Un agent du gouvernement, Devlin, lui propose une mission, qu’elle accepte Alicia est chargĂ©e de prendre contact avec un ancien ami de son pĂšre, Sebastian, dont la vaste demeure sert de repaire aux Nazis rĂ©fugiĂ©s au BrĂ©sil. Devlin et Alicia partent pour Rio et tombent amoureux l’un de l’autre
 [Alicia] est une femme perdue, pour qui l’amour n’est qu’un jeu, qui tient une liste de ses amis », qui ne peut s’empĂȘcher de faire des conquĂȘtes ». 
 Quand elle tombe amoureuse de Devlin, son visage, qu’Hitchcock nous a montrĂ© triste et vide, s’illumine, cette femme retrouve une Ăąme qui la transfigure. Et c’est alors que commence le jeu cruel. Devlin 
 a des principes Un ivrogne ne change pas, une fille perdue ne change pas. » Tout repose donc sur un malentendu. Mais il y a lĂ  bien plus que le classique dĂ©pit amoureux ». Le malheur des deux hĂ©ros vient de ce que, victimes de leur mutuelle prĂ©vention, ils refusent de prononcer la parole » salvatrice. Ils mĂ©connaissent la vertu de cet aveu, clef de tous les films d’Hitchcock 
. Il rĂšgne dans Notorious un climat d’extrĂȘme sensualitĂ© que ne brime en rien l’abstraction du style. 
 Dans 1946 / États-Unis / 101’ / noir et blanc / vost InterprĂ©tation Cary Grant Devlin, Ingrid Bergman Alicia Huberman, Claude Rains Alexander Sebastian, Louis Calhern Paul Prescott, Leopoldine Konstantin Mme Sebastian, Reinhold SchĂŒnzel Dr. Anderson, Moroni Olsen Walter Beardsley, Ivan Triesault Eric Mathis, Alex Minotis Joseph, Wally Brown Monsieur Hopkins Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Les EnchaĂźnĂ©s Autour d’Ernst Lubitsch ScĂ©nario Ben Hecht, Alfred Hitchcock d’aprĂšs l’histoire The Song of the Dragon de John Tainter Foote Direction artistique, dĂ©cors Carroll Clark, Albert S. D’Agostino, Claude E. Carpenter, Darrell Silvera Image Ted Tetzlaff Son Terry Kellum, John E. Tribby Musique originale Roy Webb Montage Theron Warth Production RKO Radio Pictures cette intrigue tissĂ©e de rĂ©ticences et de mensonges, seuls comptent les gestes, mais en mĂȘme temps, ceux-ci ne sont qu’une façade. Claude Chabrol, Éric Rohmer Hitchcock, Ramsay / Éditions universitaires, 1957 101 Autour d’Ernst Lubitsch Avanti ! Billy Wilder Wendell Armbruster junior, de trente-sept sociĂ©tĂ©s, doit interrompre sa partie de golf pour sauter dans un avion pour l’Italie il vient d’apprendre la mort de son pĂšre dans un accident de voiture. Wendell Armbruster senior venait tous les ans Ă  Ischia, sous le prĂ©texte d’y suivre une cure de bains de boue, mais en fait, et son fils l’apprend avec horreur, pour retrouver une dame anglaise trĂšs discrĂšte, Mrs. Piggott, qui Ă©tait le grand amour de sa vie. Wendell junior fait la connaissance de Pamela Piggott, la fille de la maĂźtresse de son pĂšre
 ScĂ©nariste pour Lubitsch, puis rĂ©alisateur, Billy Wilder fut l’un des plus habiles Ă  dĂ©monter les rouages de la sociĂ©tĂ© et Ă  mettre ainsi en Ă©vidence ses insuffisances. 
 Dans Avanti !, les pĂ©ripĂ©ties, les gags, les quiproquos deviennent pour une fois secondaires, alors que sont exaltĂ©es la nonchalance et la sensualitĂ© la douceur de vivre, la dolce vita. 
 On s’agite beaucoup sous le soleil de l’Italie mais le cinĂ©aste en fait un hymne Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ©. Dans cette comĂ©die merveilleuse, on finit par retrouver les amants incongrus, sur un rocher, nus comme Adam et Eve. Philippe Piazzo Le Monde-Aden, 25 juin 2003 102 1972 / États-Unis, Italie / 140’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Jack Lemmon Wendell Armbruster Jr, Juliet Mills Pamela Piggott, Clive Revill Carlo Carlucci, Edward Andrews Blodgett, Gianfranco Barra Bruno, Franco Angrisano Arnold Trotta, Pippo Franco Mattarazzo, Franco Acampora Armando Trotta, Giselda Castrini Anna ScĂ©nario Diamond, Billy Wilder, d’aprĂšs la piĂšce de Samuel Taylor Direction artistique, dĂ©cors Ferdinando Scarfiotti Image Luigi Kuveiller Son Basil Fenton-Smith Montage Ralph E. Winters Production Jalem Productions, The Mirisch Corporation, Phalanx Productions, Produzioni Europee Associati Autour d’Ernst Lubitsch Le Dernier MĂ©tro Alors que les Allemands occupent la moitiĂ© de la France, Marion Steiner ne pense qu’aux rĂ©pĂ©titions de la piĂšce qu’elle doit monter au théùtre Montmartre dont elle assure la direction depuis que son mari, Lucas, juif allemand, s’est enfui de Paris. En rĂ©alitĂ©, Lucas s’est rĂ©fugiĂ© dans les sous-sols du bĂątiment. Chaque soir, Marion vient lui rendre visite et commente avec lui le travail des comĂ©diens et notamment celui du nouveau jeune premier de la troupe, Bernard Granger
 S’il a pensĂ© Ă  To Be or Not To Be, Truffaut songe aussi Ă  La RĂšgle du jeu, pour construire un film aux personnages multiples, mĂȘlant scĂšnes et coulisses, personnages prestigieux et techniciens de l’ombre. 
 Le travail du scĂ©nario du Dernier MĂ©tro est aussi un tissage de plus en plus serrĂ© de l’ensemble des strates du rĂ©cit — Histoire, secret, dĂ©sir, sexe, travail des rĂ©pĂ©titions, vie du théùtre, vie de la troupe — ainsi que des diffĂ©rents genres qui s’y entremĂȘlent film d’époque avec l’exactitude du fait documentaire, thriller traversĂ© par l’omniprĂ©sence d’une menace, et par certains cĂŽtĂ©s comĂ©die amĂ©ricaine avec ses rĂ©pĂ©titions et ses gags Ă  la Lubitsch. 1980 / France / 133’ / couleur InterprĂ©tation Catherine Deneuve Marion Steiner, GĂ©rard Depardieu Bernard Granger, Heinz Bennent Lucas Steiner, Jean Poiret Jean-Loup Cottins, AndrĂ©a FerrĂ©ol Arlette Guillaume, Paulette Dubost Germaine Fabre, Jean-Louis Richard Daxiat, Maurice Risch Raymond Boursier, Sabine Haudepin Nadine Marsac, Christian Baltauss le remplaçant de Bernard Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? François Truffaut ScĂ©nario François Truffaut, Suzanne Schiffman, Jean-Claude Grumberg DĂ©cors Jean-Pierre Kohut-Svelko Image Nestor Almendros Son Michel Laurent, Michel Mellier, Jacques Maumont Musique originale Georges Delerue Montage Martine BarraquĂ© Production Les Films du Carrosse, SĂ©dif Productions Carole Le Berre François Truffaut au travail, Éditions Cahiers du cinĂ©ma, 2004 103 L'argent guide le monde... L'argent guide le monde mais n'a pas beaucoup de valeur en fait. 104 L’argent L a crise, depuis des mois, fait la une des journaux comme si ce n’était plus qu’un mot, une liste de chiffres, une collection de mesures, plus ou moins justes et justifiĂ©es. Pourtant, malgrĂ© le non-dit de la bourse, du commerce, du marchĂ©, de la finance et du capital, la crise n’est finalement au quotidien qu’une sombre, fĂ©roce et trĂšs concrĂšte histoire d’argent. L’argent, cette chose ordinaire tellement triviale qu’on ose Ă  peine l’évoquer, rĂ©git nos vies bien au-delĂ  du raisonnable, dĂ©termine nos existences, et pas seulement matĂ©rielles. Constat presque simpliste que celui de Manuel de Oliveira, interrogĂ© Ă  propos de son dernier film Gebo et l’ombre l’argent guide le monde mais n’a pas beaucoup de valeur en fait ». Le cinĂ©ma, comme un miroir de la vĂ©ritĂ©, nous le dit sans dĂ©tour l’argent est cruel, l’argent rend cruel, l’argent est fĂ©roce, l’argent est vulgaire. Alors, ne laissant aucune chance de rachat Ă  quiconque, nous avons choisi des Ɠuvres autour de la violence que peut provoquer l’argent, qu’il manque ou qu’on en soit avide, la folie qu’il engendre, les catastrophes qu’il entraĂźne
 bref, Ă  chaque fois, de sombres histoires d’argent ! Toutes ces histoires oĂč se mĂȘlent le calcul et la pulsion, le fantasme et la vie intime, ont en commun de rĂ©vĂ©ler, avec une certaine jubilation, la face noire du monde, le cĂŽtĂ© obscur de la force ». L’argent c’est aussi le point nodal du capitalisme. Et puisque nous Ă©tions partis de la crise, les Rencontres CinĂ©ma et histoire sont l’occasion de nous interroger sur la maniĂšre dont les crises jalonnent l’histoire du capitalisme depuis ses origines, et sans vouloir polĂ©miquer Ă  ce sujet, se demander si les crises ne sont un moteur mĂȘme du capitalisme. Les historiens invitĂ©s Ă©voqueront avec nous successivement la naissance du capitalisme amĂ©ricain avec La RiviĂšre d’argent de Raoul Walch, l’emblĂ©matique crise de 29 avec Les Raisins de la colĂšre de John Huston et la violence de la crise des subprimes en 2007 avec le film de Jean-Stephane Bron, Cleveland contre Wall Street. À cĂŽtĂ© de ces films qui racontent l’ascension, l’hĂ©gĂ©monie et les dĂ©rĂšglements du monde de la finance, deux films nous font faire un pas de cĂŽtĂ©. Dans Les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks, Lev Koulechov s’amuse en 1924 des croyances amĂ©ricaines se reprĂ©sentant le Bolchevik comme un voleur sanguinaire, mais dĂ©nonce aussi la prĂ©sence en Russie de brigands avides d’argent, comme l’ùre post-soviĂ©tique et ses excĂšs nous le confirmeront. Avec Nos amis de la banque, c’est aux organisme financiers internationaux que nous nous intĂ©resserons, Banque Mondiale et FMI, et leur emprise sur les pays en voie de dĂ©veloppement. Si cette programmation fait la part belle au modĂšle » amĂ©ricain, nous n’oublions ni la vieille Europe ni le village global qu’est le monde aujourd’hui. Une sĂ©ance spĂ©ciale nous permettra d’y revenir avec Film Socialisme de Jean-Luc Godard que nous projetterons avec le dernier film de AndrĂ© No comment, Ă©galement programmĂ© dans le cadre de l’anniversaire de la revue art press. 105 L'argent guide le monde... REVES ENROBES, SOMMES DEROBEES par Charles Tesson Lors de la commĂ©moration du centenaire de la naissance du cinĂ©ma, en 1995, Jean-Luc Godard, non sans malice, avait cru bon de rappeler que tout le monde s’était mis d’accord sur une date, celle de la premiĂšre projection publique payante. Histoire de souligner que le fait cinĂ©matographique impliquait une Ă©conomie, des recettes en fin de chaĂźne le cinĂ©ma, une sortie pour le spectateur, des entrĂ©es pour l’exploitant et un investissement en amont. Un producteur, de l’argent. Le gĂ©nĂ©rique de Tout va bien Jean-Luc Godard, 1972 avec le dĂ©filĂ© de chĂšques filmĂ©s en insert pour payer ceux et celles qui font le film, acteurs compris Yves Montand, Jane Fonda, rappelait avec un humour caustique la condition de l’existence des films, cĂŽtĂ© Ă©metteur de chĂšques, dont le compte est dĂ©bitĂ©. Pour dĂ©signer le contenu d’un gĂ©nĂ©rique, on emploie le mot de crĂ©dits. Ici, les personnes mentionnĂ©es sont effectivement crĂ©ditĂ©es, ainsi que leur compte en banque. Le cinĂ©ma, depuis ses origines, a aimĂ© filmer l’argent, dans sa rĂ©alitĂ© matĂ©rielle et visible, Ă  savoir les piĂšces de monnaie et les billets de banque. Aujourd’hui, alors qu’on est toujours confrontĂ© Ă  cet usage quotidien, plus sensible encore quand l’argent vient Ă  manquer, le centre de gravitĂ© s’est dĂ©placĂ©, puisqu’on vit et on voit l’argent autrement. On a tendance Ă  parler de son immatĂ©rialitĂ©, comme s’il s’agissait d’une rĂ©alitĂ© impalpable, d’une donnĂ©e abstraite une carte bancaire, un relevĂ© de comptes, des chiffres sur un Ă©cran d’ordinateur, une salle oĂč officient des traders, quelque chose qui circule mais qu’on ne peut plus localiser ni identifier, au sens de faire image. À l’argent immobile, stockĂ© dans un coffre-fort, symbole de la richesse et du capital associĂ© au dĂ©pĂŽt, en quantitĂ© et en valeur, a succĂ©dĂ© une surmobilitĂ© de l’argent dont le cours, au sens propre comme au sens figurĂ©, le rend insaisissable. Le vocabulaire de l’argent se dĂ©place aussi, via le pouvoir croissant des bourses et la rĂ©alitĂ© de la mondialisation, dans un contexte de crise spĂ©culation, dettes, emprunts, dĂ©ficits, faillites. L’argent en soi, comme bien possĂ©dĂ© de façon palpable, cĂšde la place Ă  un discours sur l’économie gĂ©nĂ©rale, qui devient l’élĂ©ment central, chacun se familiarisant avec son vocabulaire, devenu quasiment un fait de sociĂ©tĂ© l’Europe en crise, des pays au bord de la faillite. Rudolf Thome, dans La Main dans l’ombre System ohne schatten, 1983, avec Bruno Ganz et Dominique Laffin, a filmĂ© le premier hold-up informatique, bien peu spectaculaire, car effectuĂ© assis devant un Ă©cran d’ordinateur entrer dans un systĂšme, modifier les chiffres, faire un virement sur son compte tout en Les Rapaces Erich Von Stroheim, 1923 106 soustractions, multiplications, sa capacitĂ© Ă  faire image et ĂȘtre objet d’images sur un plan cinĂ©matographique disparaĂźt au profit de ces nouvelles opĂ©rations. Les grands naturalistes, comme Stroheim, Chaplin ou Mizoguchi ont aimĂ© observer et restituer les transformations des rapports humains sous la pression de l’argent, aussi bien en raison de la nĂ©cessitĂ© d’en avoir pour vivre la nourriture qu’on vole, faute de pouvoir l’acheter, chez Charlot que de son pouvoir de destruction sur le groupe face Ă  la promesse d’en avoir haine, jalousie, rivalitĂ©, aussi bien dans Les Rapaces de Stroheim, 1923, que dans Le TrĂ©sor de la Sierra Madre de John Huston, 1948. L’argent veau d’or, objet de convoitise, est idolĂątrĂ©, fĂ©tichisĂ©, tout en restant Ă  Ă©chelle humaine. On le rĂȘve, on le fantasme, on l’hallucine, on le touche, on le palpe, on le caresse, jusqu’à donner au geste Pickpocket, Robert Bresson, 1962 une dimension Ă©rotique, voire d’effraction sexuelle. L’argent est localisĂ© banque et transportĂ© dans un sac ou une valise, en diligence ou en train. Sa traçabilitĂ©, comme on dit aujourd’hui, appartient au monde tangible, toujours Ă  portĂ©e d’Ɠil et de main. L’argent, d’ĂȘtre transportĂ© par des convoyeurs de fonds, est aussi un convoyeur de formes. L’échange de la main Ă  la main peut se faire sous forme d’insert, d’image tĂ©moin et agent de l’échange. L’insert cheville la rhĂ©torique de la scĂšne tout en chevillant les rapports humains, dĂ©pendants de cette transaction financiĂšre le systĂšme de la dette des prostituĂ©es dans La Rue de la honte de Mizoguchi. On parle dĂ©sormais de montage financier quand le cinĂ©ma, pour ce qui est de l’argent, a longtemps associĂ© sa prĂ©sence Ă  l’écran Ă  la valeur du plan, entitĂ© visible et repĂ©rable dans la chaĂźne du film, qui circule lui aussi et fait l’objet de montage et d’échanges, ne seraitce que dans le champ-contrechamp. L’argent passe d’une main Ă  l’autre, d’un plan Ă  l’autre, pris dans une construction qui dĂ©termine les rapports humains le monde du dĂ©sir, de l’envie, du besoin, de la convoitise et de la possession, au mĂȘme titre que les regards et les paroles Ă©changĂ©es. Si le cinĂ©ma de Bresson aime la main, il a Ă©tĂ© le premier Ă  filmer, pour ce qui est de l’argent concret, la relation entre l’homme et une machine. Dans L’Argent 1982, son rĂ©alisme magique transforme un banal distributeur de billets en dieu Moloch, qui avale la carte et recrache de l’argent, grĂące Ă  tout un systĂšme de sas, de clapets qui s’ouvrent et se referment. Soit une construction entre la main de l’homme et la bouche de la machine, sous l’Ɠil de la camĂ©ra qui observe cette transaction, tel un pacte malĂ©fique. Si, selon l’adage, tout travail mĂ©rite salaire, le cinĂ©ma a surtout retenu cette forme extrĂȘme oĂč l’amour devient un travail et est monnayable. Mizoguchi bien sĂ»r, dĂšs L’ÉlĂ©gie de Naniwa 1936 et les SƓurs de Gion 1936 jusqu’à la Rue de la honte 1956. Dans ce film, la prostituĂ©e qui s’en sort le mieux Yasumi, interprĂ©tĂ©e par L’argent reprenant les codes du film de genre, dans lequel les prĂ©paratifs importent tout autant que l’exĂ©cution du vol lui-mĂȘme. Ces films centrĂ©s sur un hold-up Ă  effectuer, Ă  l’image de Quand la ville dort The Asphalt Jungle, John Huston, 1950 et Du rififi chez les hommes Jules Dassin, 1954 sont des mĂ©taphores de la rĂ©alisation d’un film. D’abord le temps de la prĂ©paration, avec la distribution des rĂŽles, les repĂ©rages du dĂ©cor photos, croquis et un scĂ©nario soigneusement Ă©laborĂ©, objet de plusieurs rĂ©pĂ©titions, avant l’exĂ©cution proprement dite l’équivalent du moment du tournage, moment oĂč on n’a plus droit Ă  une seconde prise. L’effacement progressif de l’argent sous forme d’objet prĂ©hensible et visible piĂšces, billets au profit d’une simple rĂ©alitĂ© chiffrĂ©e, plus abstraite crĂ©dit, dĂ©bit, virement, prĂ©lĂšvement recoupe l’histoire du cinĂ©ma, avec le passage de la pellicule Ă  l’image numĂ©rique. Le mot de numĂ©rique dĂ©signant littĂ©ralement ce qui est reprĂ©sentĂ© par des nombres arithmĂ©tiques, des chiffres. Depuis l’existence de la cassette vidĂ©o, du DVD, de projection numĂ©rique, l’image intermĂ©diaire, empreinte photographique de la rĂ©alitĂ© projetĂ©e par le truchement de la lumiĂšre le projecteur, le photogramme, au rythme de 24 images par seconde, a disparu pour n’exister que sur le support de diffusion Ă©cran de tĂ©lĂ©vision, d’ordinateur, de tĂ©lĂ©phone portable, de salle de cinĂ©ma Ă  la façon dont l’utilisation de l’argent, sous forme de piĂšces et de billets, est de plus en plus remplacĂ©es par de simples opĂ©rations chiffrĂ©es, au grĂ© des cartes bancaires et autres cartes Ă  puce. Il existe un Ăąge d’or du filmage de l’argent au cinĂ©ma, qui correspond Ă  l’industrialisation et au capitalisme de la fin du XIXe, au monde ouvrier et au salariat, Ă  l’exploitation et au profit, que la littĂ©rature a observĂ© Zola, Dickens, le cinĂ©ma naissant lui emboĂźtant le pas. Autrefois, l’argent avait une valeur en soi piĂšces en or, avant de devenir la reprĂ©sentation d’une valeur rĂ©elle restĂ©e Ă  l’abri la rĂ©serve en or d’un pays, et l’émission de billets correspondant Ă  ces rĂ©serves, l’État Ă©tant garant de leur valeur. Toute l’histoire de la monnaie et des billets tĂ©moigne d’un goĂ»t pour la reprĂ©sentation, l’effigie tĂȘtes couronnĂ©es, chefs d’état, personnalitĂ©s, dont le Pascal de l’Argent de Bresson, voire pour l’inscription de devises In God we trust », tant l’argent en circulation, outre sa valeur intrinsĂšque, a besoin de faire symboliquement image la numismatique, ou science des mĂ©dailles et monnaies anciennes. Cet argent fait image et objet d’images correspond Ă  la rĂ©alitĂ© cinĂ©matographique, au temps de la pellicule l’argentique et du photogramme, indice visible et garant du processus ce qui a eu lieu au tournage sera projetĂ© sur l’écran, Ă  la façon dont un billet de banque, sans valeur en soi juste un bout de papier a une valeur garantie justifiant son Ă©mission sous cette forme. Aujourd’hui, avec le 2K et le numĂ©rique, plus de garantie visible. En raison d’une nouvelle utilisation de l’argent, rĂ©duite Ă  de simples calculs additions, 107 L'argent guide le monde... Du rififi chez les hommes Jules Dassin, 1954 Ayako Wakao est celle qui emprunte aux clients sans les rembourser pour fonder son entreprise de blanchisserie qui ensuite fait affaire avec la maison close qu’elle a rĂ©ussi Ă  quitter, contrairement Ă  ses collĂšgues. Pour ce qui est de filmer l’argent qui vient Ă  manquer, le cinĂ©ma, compte tenu de la rĂ©alitĂ© de notre monde, n’a pas fini d’en parler, et ce, depuis les poches trouĂ©es de Charlot, les piĂšces comptĂ©es dans la main, insuffisantes pour acheter la nourriture nĂ©cessaire. Cette rĂ©alitĂ© du manque d’argent et ses consĂ©quences pour la survie payer pour manger, le cinĂ©ma continue d’en faire le tour sous toutes ses formes, que ce soit dans Pather Panchali de Satyajit Ray 1955, ou dans Le Signe du lion d’Eric Rohmer 1959. Central aussi le superbe film de SembĂšne Ousmane, Le Mandat 1967, oĂč l’argent envoyĂ© de France par le neveu Ă  son oncle au SĂ©nĂ©gal est dĂ©jĂ  dĂ©bitĂ© et dĂ©pensĂ© avoir mĂȘme d’avoir Ă©tĂ© encaissĂ©, si bien que la promesse d’avoir de l’argent, aussitĂŽt convoitĂ© par l’entourage, appauvrit le personnage, l’endette et le ruine, au lieu de l’aider. Si du cĂŽtĂ© du manque d’argent, rien n’a changĂ©, aussi bien dans la rĂ©alitĂ© que pour le cinĂ©ma, du cĂŽtĂ© du trop, de l’excĂšs, depuis l’image de Picsou se baignant dans une piscine remplie d’argent, tout a changĂ© dans sa figuration. À l’argent qui fait vivre et dont on a besoin pour vivre, s’est ajoutĂ© l’argent qui vit en soi, en tant que tel. Il n’est plus identifiable sous forme d’objet un billet, un plan, il devient une source de spĂ©culation placements, dividendes et une pure fiction. La quĂȘte 108 de l’argent ne motive plus une expĂ©dition aventureuse L’Île au trĂ©sor, La RuĂ©e vers l’or, elle devient une aventure en soi, intrinsĂšque au monde de l’argent. De la bourse filmĂ©e par Marcel L’Herbier L’Argent, 1929, d’aprĂšs Zola Ă  celle vue par Oliver Stone Wall Street, 1987, les chiffres et cotations sont passĂ©es de tableaux accrochĂ©s aux murs Ă  des Ă©crans d’ordinateur. Reste Ă  faire comprendre l’enjeu de tout cela, comme si l’argent, lointaine figure du Mal dans la tradition catholique et non protestante la trahison de Judas, rĂ©munĂ©rĂ© pour ses services, les marchands du temple, Ă©tait devenu un monstre tentaculaire et protĂ©iforme tout en demeurant invisible. Soit un nouveau dĂ©fi pour le cinĂ©ma, afin de saisir et de restituer de l’argent ses flux et leurs consĂ©quences dramatiquement subies par ceux qui n’y prennent pas part, aussi bien pour les pays riches Cleveland contre Wall Street, Jean-StĂ©phane Bron, 2010 que dans les pays pauvres, le temps d’instruire le procĂšs des banques et du Fonds MonĂ©taire International Bamako, d’Abderrahmane Sissako, 2006. Charles Tesson est critique et historien du cinĂ©ma. Il a Ă©tĂ© rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma et est dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de la Semaine de la critique depuis 2011. De l’aube Ă  minuit Von morgens bis Mitternacht Karl Heinz Martin Un pauvre caissier envoĂ»tĂ© par l’apparition d’une riche italienne Ă  son guichet rĂ©alise brusquement la mĂ©diocritĂ© de son existence. Il vole l’argent de sa caisse, abandonne sa famille et son travail pour tenter de vivre le temps d’une journĂ©e ses passions, ses dĂ©sirs et ses rĂȘves. 1920 / Allemagne / 74’ / noir et blanc / muet Dans un style surchargĂ©, Ă©touffant, saturĂ©, hantĂ© par une dĂ©prĂ©ciation des valeurs, Ă  l’heure de l’expressionnisme allemand, Von Morgen bis Mitternachts donne une impression de dramaturgie du figé», cette phobie dĂ©cadente de la façade alors que tout s’écroule. ... Fausses perspectives, reliefs escamotĂ©s, De l’aube Ă  minuit est le symptĂŽme d’un monde qui sonne creux, Ă  la veille de la montĂ©e du nazisme. ScĂ©nario Herbert Juttke, Karl Heinz Martin, d’aprĂšs la piĂšce de Georg Kaiser DĂ©cors Robert Neppach Image Carl Hoffman Musique originale Yati Durant Production Ilag Film L’argent InterprĂ©tation Ernst Deutsch le caissier, Erna Morena la dame, Roma Bahn la fille, Adolf Edgar Licho le gros homme, Hans Heinrich von Twardowski le fils de la dame, Frida Richard la grand-mĂšre, Eberhard Wrede le directeur de la banque Thierry Cazals Cahiers du cinĂ©ma, septembre 1986 109 L'argent guide le monde... Les Rapaces Greed Erich Von Stroheim La Californie, au dĂ©but du siĂšcle. Un employĂ© d’une mine d’or, McTeague, un colosse Ă  cheveux bouclĂ©s, sujet Ă  de terribles crises de colĂšre, quitte un jour la mine pour suivre, selon les conseils de sa mĂšre, un dentiste itinĂ©rant. Il ouvre bientĂŽt un cabinet Ă  San Francisco et a pour clients Marcus et sa petite amie Trina Ă  qui Maria, la femme de mĂ©nage de l’immeuble, vend un billet de loterie
 Ainsi que l’indique son titre original choisi par Stroheim, la peinture de la cupiditĂ© greed » est le sujet du film. Poursuivant sa maniĂšre habituelle, Stroheim ne fait pas ici un film moralisateur, manichĂ©en ou rassurant. L’ascension de McTeague devient vite chute, la success story, mĂ©lodrame. L’amitiĂ©, l’amour ne rĂ©sistent pas Ă  l’or et ses corollaires qui corrompent tout et qui rĂ©vĂšlent chez tous les personnages des monstres qui s’ignorent. Si les Rapaces mettait en scĂšne la plus sordide cupiditĂ©, la rĂ©alitĂ© ne fut pas en reste. Sur ordre de Louis B. Mayer, tyran de la nouvelle MGM, le film, aprĂšs de multiples avatars, passa de 9 heures Ă  2 heures un quart. Les rajouts de Stroheim Ă  l’Ɠuvre originelle disparurent, l’intrigue 110 1923 / États-Unis / 108’ / Muet InterprĂ©tation Zasu Pitts Trina, Gibson Gowland McTeague, Jean Hersholt Marcus, Dale Fuller Maria, Tempe Pigott la mĂšre de McTeague, Sylvia Ashton Maman Sieppe, Chester Conklin Papa Sieppe, Joan Standing Selina, Austen Jewell Auguste Sieppe ScĂ©nario Erich Von Stroheim, June Mathis, d’aprĂšs le roman de Frank Norris, McTeague Direction artistique, dĂ©cors Erich Von Stroheim, Richard Day, Cedric Gibbons Image William H. Daniels, Ben F. Reynolds Montage Joseph Farnham, Erich Von Stroheim, June Mathis Production Metro-Goldwyn-Mayer fut dĂ©barrassĂ©e des personnages secondaires et des pans de rĂ©cit tombĂšrent. Le nĂ©gatif restant fut recyclĂ©, pour en extraire le sel d’argent qu’il contenait. Pierre d’Amerval catalogue EntreVues 1996, une histoire de la CinĂ©mathĂšque française L’Or des mers © La CinĂ©mathĂšque française Jean Epstein Le thĂšme du film est l’hallucinante pensĂ©e, chez les Ăźliens, de l’or enfoui dans la mer. 
 Parmi ces pĂȘcheurs, un vieux, Quouarrec, est mis Ă  l’écart par les Ăźliens pour sa mĂ©chancetĂ© et son ingratitude. Un soir, en rĂŽdant sur la grĂšve, il trouve une cassette brillante abandonnĂ©e sur le sable par la marĂ©e et la cache. Un gosse qui l’a vu de loin rĂ©pand la nouvelle. AussitĂŽt l’imagination des habitants pare cette dĂ©couverte de leurs propres rĂȘves. Il est certain que le vieux possĂšde une caisse pleine d’or et, lui qui Ă©tait repoussĂ© par tous, devient l’objet de rĂ©galades, de noces, de flatteries, qui ont pour but de lui arracher son secret. 1931 / France / 74’ / noir et blanc ScĂ©nario Jean Epstein Image Christian Matras, Albert BrĂšs Musique originale Thomas Kross-Hartmann, Marcel Devaux Production Synchro-CinĂ© Mes interprĂštes sont des Ăźliens que j’ai pris Ă  HƓdik. Je n’ai pas voulu demander Ă  des acteurs de copier des gestes, des attitudes des personnages alors que des hommes pouvaient les vivre. Il est bien Ă©vident que cette mĂ©thode de travail a ses difficultĂ©s. On ne peut pas diriger une scĂšne Ă  HƓdik comme on le ferait au studio, en chapeau et en gants blancs. Il faut amener ces gens Ă  une confiance totale, vivre avec eux. L’argent On imagine mal l’isolement et la misĂšre auxquels une Ăźle comme HƓdik, oĂč j’ai tournĂ© L’Or des mers, peut ĂȘtre rĂ©duite. Par beau temps, on traverse les quinze milles qui la sĂ©parent de la presqu’üle de Quiberon en cinq ou six heures de bateau. 
 En tout, trois cent quatre-vingts habitants, dont cinquante hommes dans la force de l’ñge, qui vivent d’une pĂȘche toujours alĂ©atoire. Tous les pĂȘcheurs sont pauvres et mĂȘme misĂ©rables au-delĂ  de toute imagination. Les femmes, vieillards, enfants, vĂȘtus de loques et de guenilles, croupissent ou errent, cherchant dans les criques et sur les rochers quelque vestige apportĂ© par les flots. Il faut connaĂźtre la situation de ces gens-lĂ  pour comprendre leur dĂ©sir. Ils vivent avec l’hallucination des trĂ©sors engloutis sous la mer. J’aurais voulu ne laisser Ă  la parole que la place de l’ancien sous-titre, ne faire entendre que ce qui Ă©tait strictement indispensable, mais j’ai Ă©tĂ© amenĂ© Ă  Ă©tendre le dialogue un peu plus que je ne le pensais tout d’abord. Toutefois, L’Or des mers comprendra une importante partie musicale qui sera composĂ©e par Devaux et KrossHartmann. Extraits de propos de Jean Epstein recueillis par Pierre Loprohon dans CinĂ©monde n° 184, 1932 et Pierre Oguzdans dans Amis du Peuple, avril 1933 111 L'argent guide le monde... Le TrĂ©sor de la Sierra Madre The Treasure of the Sierra Madre John Huston Fred est amĂ©ricain et vit Ă  Tampico au Mexique oĂč il essaie de survivre en mendiant quelques piĂšces. Il rencontre Curtin avec qui il se lie pour gagner un peu d’argent. Les deux hommes trouvent un travail sur un chantier pour lequel ils ne sont pas payĂ©s. Ils font alors la connaissance d’un vieux chercheur d’or, prĂ©nommĂ© Howard, qui va leur donner des idĂ©es d’aventures
 John Huston dĂ©mystifiait l’épopĂ©e de la ruĂ©e vers l’or » que Chaplin avait su, vingt ans plus tĂŽt, rendre tragicomique. Les hĂ©ros de John Huston tentent de revivre une aventure idĂ©alisĂ©e par les rĂ©cits anciens, mais ils apprennent Ă  leurs dĂ©pens, que la vraie richesse ne rĂ©side pas dans quelques sacs de poussiĂšre blonde. Leur courage est inutile et leurs efforts sont vains. MoralitĂ© un peu naĂŻve sans doute. Mais John Huston va plus loin. Il dĂ©molit sans complaisance les thĂšmes favoris du cinĂ©ma amĂ©ricain et ses fausses valeurs. L’homme reprend toute sa place, avec ses sentiments, sa fragilitĂ© et sa grandeur. Samuel Lachize L’HumanitĂ©, 4 septembre 1965 112 1948 / États-Unis / 126’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Humphrey Bogart Dobbs, Walter Huston Howard, Tim Holt Curtin, Bruce Bennett Cody, Barton MacLane McCormick, Alfonso Bedoya Gold Hat, Arturo Soto Angel Presidente, Manuel DondĂ© El Jefe, JosĂ© Torvay Pablo, Margarito Luna Pancho ScĂ©nario John Huston, d’aprĂšs le roman de B. Traven Direction artistique, dĂ©cors John Hugues, Fred M. McLean Image Ted McCord Son Robert B. Lee Musique originale Max Steiner Montage Owen Marks Production Warner Bros-First National Umberto D. Vittorio de Sica Que voyons nous dans Umberto D. sinon l’anĂ©antissement Ă©conomique d’un ĂȘtre humain ? Les ouvriers, sur les ordres de la logeuse qui veut expulser Umberto, commencent Ă  dĂ©truire son appartement, le contraignant Ă  dormir au milieu des gravats, dans le froid. Peu Ă  peu le monde devient littĂ©ralement inhabitable pour le vieil homme. Si le personnage d’Umberto, pauvre enseignant retraitĂ©, est parfaitement typĂ©, il demeure aussi et avant tout une figure mĂ©taphorique, comme l’indiquerait l’initiale qui le dĂ©signe. La sociĂ©tĂ© italienne qui rĂ©vĂšle ici sa cruautĂ©, ce pourrait ĂȘtre la France contemporaine, et 1951 / Italie / 89’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Carlo Battisti Umberto Domenico Ferrari, Maria Pia Casilio Maria, Lisa Gennari Antonia, Ileana Simova la dame du parc, Elena Rea la religieuse Ă  l’hĂŽpital, Memmo Carotenuto le malade, Alberto Barbieri Paolo ScĂ©nario Cesare Zavattini DĂ©cors Virgilio Marchi Image Aldo Son Ennio Sensi Musique originale Alessandro Cicognini Montage Eraldo Da Roma Production Vittorio De Sica, Rizzoli Film, Amato Film L’argent Dans les annĂ©es 1950 en Italie, un professeur Ă  la retraite, Umberto Domenico Ferrari, souffre d’une pension insuffisante pour vivre. Habitant, avec son chien Flyke, chez une logeuse intransigeante, il essaie de trouver les fonds nĂ©cessaires au paiement de son loyer. Pour cela, il doit se dĂ©munir petit Ă  petit de tout ce qui lui tient Ă  cƓur. MalgrĂ© ses efforts, il ne parvient toujours pas Ă  rembourser ses dettes. Il se prĂ©tend alors malade, et parvient Ă  dormir gratuitement Ă  l’hĂŽpital
 Umberto D. quiconque mis en position de survie. Sans doute, la force du cinĂ©ma nĂ©orĂ©aliste est d’avoir placĂ© le peuple et la question sociale au cƓur du cinĂ©ma. Qu’un tel cinĂ©ma soit encore, et plus que jamais, nĂ©cessaire, est une Ă©vidence. StĂ©phane Du Mesnildot 2006 113 L'argent guide le monde... Du rififi chez les hommes Jules Dassin Ancien caĂŻd de la pĂšgre parisienne rĂ©cemment libĂ©rĂ© de prison, Tony le StĂ©phanois, malade, n’est plus que l’ombre de luimĂȘme. Sentant sa fin prochaine, Tony veut tenter un dernier coup avec deux de ses amis, Jo et Mario le cambriolage d’une bijouterie de la place VendĂŽme. Mario fait venir l’un de ses compatriotes, CĂ©sar le Milanais, spĂ©cialiste de l’ouverture des coffres-forts. L’opĂ©ration a lieu une nuit aprĂšs une minutieuse prĂ©paration
 Un terrible jeu de massacre dont les protagonistes nous inspirent une atroce pitiĂ©. Dassin est parvenu Ă  susciter en nous l’horreur du destin de ses hĂ©ros, sans pour autant nous les rendre antipathiques. Sans en faire non plus pour autant des demi-dieux. Il serait absurde de prĂ©tendre que ses personnages sont vrais objectivement et qu’ils ont leur rĂ©plique du cĂŽtĂ© de Pigalle. Mais ils sont beaucoup mieux que vrais vraisemblables. 
 Nous participons Ă  leur lutte, leurs souffrances et leurs morts nous apparaIssent bien davantage comme la rançon d’un choix absurde que comme un chĂątiment. AndrĂ© Bazin Radio cinĂ©ma tĂ©lĂ©vision, 24 avril 1955 114 1954 / France / 122’ / noir et blanc InterprĂ©tation Jean Servais Tony le StĂ©phanois, Carl Möhner Jo le SuĂ©dois, Robert Manuel Mario Ferrati, Janine Darcey Louise, Pierre Grasset Louis Grutter dit le TatouĂ©, Robert Hossein RĂ©mi Grutter, Marcel Lupovici Pierre Grutter, Dominique Maurin Tonio, Magali NoĂ«l Viviane, Marie Sabouret Mado ScĂ©nario Jules Dassin, RenĂ© Wheeler, Auguste Le Breton, d’aprĂšs son roman DĂ©cors Alexandre Trauner Image Philippe Agostini Son Charles Akerman, Jacques Lebreton Musique originale Georges Auric Montage Roger Dwyre Production SociĂ©tĂ© Nouvelle PathĂ© CinĂ©ma, Indusfilms, Primafilm La Rue de la honte Akasen chitai Kenji Mizoguchi Si plaisir il y a pour Mikki, il ne peut ĂȘtre que dans une vĂ©ritable dĂ©bauche de la consommation, acte de revanche sur son exploitation, mais acte sacrilĂšge puisqu’il gaspille la seule valeur de l’existence la possession. Ses patrons s’étaient appropriĂ© une valeur Ă©rotique de tout premier ordre mais dont le capital se trouve sans cesse gĂąchĂ© par ses pratiques d’endettement. Elle leur fait payer ce qu’ils lui volent. Quant Ă  l’argent, elle en dĂ©nonce la valeur dĂ©risoire eu Ă©gard au seul bien qui puisse donner son sens Ă  l’existence l’amour. 1956 / Japon / 87’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Machiko KyĂŽ Mikki, Aiko Mimasu Yumeko, Ayako Wakao Yasumi, Michiyo Kogure Hanae, Kumeko Urabe Otane, Yasuko Kawakami Shizuko, Hiroko Machida Yoriye, EitarĂŽ ShindĂŽ KurazĂŽ Taya, Sadako Sawamura Tatsuko Taya, Toranosuke Ogawa le pĂšre de Mickey ScĂ©nario Masashige Narusawa, d’aprĂšs le roman de Yoshiko Shibaki, Women of Susaki Direction artistique, dĂ©cors Hiroshi Mizutani, Kiichi Ishizaki, Shigeharu Onda Image Kazuo Miyagawa Son Mitsuo Hasagawa Musique originale ToshirĂŽ Mayusumi Montage Kanji Sugawara Production Daiei Studios L’argent Un projet de loi, tendant Ă  la suppression des maisons closes, est prĂ©sentĂ© Ă  la DiĂšte japonaise. Gros Ă©moi dans le quartier rĂ©servĂ© et en particulier au RĂȘve », Ă©tablissement tenu par le respectable KurazĂŽ Taya et dont font partie Yumeko, une jeune veuve dont le seul espoir est de vivre avec son jeune fils ; Yasumi, venue au RĂȘve » pour se procurer la somme nĂ©cessaires Ă  la libertĂ© de son pĂšre, fonctionnaire emprisonnĂ© ; Mikki, une fille insouciante et dĂ©pensiĂšre ; Hanaye, une jeune mariĂ©e dont le mari sans travail est tuberculeux, et Yoriye, une paysanne qui fait des Ă©conomies afin de se marier avec son amant
 Daniel Serceau Mizoguchi de la rĂ©volte aux songes, Éditions du Cerf, 1983 115 L'argent guide le monde... On achĂšve bien les chevaux They Shoot Horses, Don’t They ? Sidney Pollack En 1932, les États-Unis sont en pleine crise Ă©conomique. Des marathons de danse sont organisĂ©s de pauvres bougres, appĂątĂ©s par la gratuitĂ© des repas et la prime offerte au couple gagnant, vont danser jusqu’à total Ă©puisement, sous le regard de spectateurs avides de sensations. Rocky, le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies, choisit les couples qui vont participer Ă  l’épreuve Gloria, une jeune femme dont l’agressivitĂ© cache la solitude et l’amertume, Sailor, un marin qui se rajeunit pour pouvoir concourir, Ruby, une jeune femme enceinte et son mari, Alice, une actrice en chĂŽmage. Le marathon de danse peut ĂȘtre vu comme une allĂ©gorie pessimiste de la condition humaine ou bien comme une caricature monstrueuse du struggle for life » et de toutes les valeurs, inversĂ©es, du rĂȘve amĂ©ricain. 
 Pour les danseurs du marathon, acculĂ©s par la misĂšre Ă  ce supplice, la seule valeur » qui subsiste est leur Ă©nergie, mĂȘme si elle les entraĂźne vers l’enfer et la destruction Pollack lui rend un hommage ambigu, Ă  la mesure du monde pourri oĂč elle apparaĂźt. Jacques Lourcelles Dictionnaire du cinĂ©ma, Robert Laffont, 1992 116 1969 / États-Unis / 120’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Jane Fonda Gloria, Michael Sarrazin Robert, Susannah York Alice, Gig Young Rocky, Red Buttons Sailor, Bonnie Bedelia Ruby, Michael Conrad Rollo, Bruce Dern James, Al Lewis Turkey ScĂ©nario James Poe, Robert E. Thompson, d’aprĂšs le roman de Horace McCoy Direction artistique, dĂ©cors Harry Horner, Frank McKelvey Image Philip H. Lathrop Son Tom Overton Musique originale Johnny Green Montage Fredric Steinkamp Production Palomar Pictures, American Broadcasting Company Histoire du Japon racontĂ©e par une hĂŽtesse de bar Nippon sengoshi Madamu Onboro no seikatsu Madame Onboro a quelque chose de rĂ©voltant. Cupide, vulgaire, rĂ©actionnaire, plutĂŽt inculte et assez salope, Madame Onboro est nĂ©anmoins quelqu’un sa prĂ©sence, son aplomb, la soliditĂ© mĂ©canique de ses raisonnements et son immense courage, la rendent souvent attachante. 
 Elle a dĂ» naĂźtre au tout dĂ©but des annĂ©es trente, dans la plus pouilleuse des banlieues de Tokyo. Depuis sa maturitĂ©, sa vie s’est rĂ©sumĂ© Ă  ceci hĂŽtesse de bar, entraĂźneuse, femme des rues. 
 Oui, c’est vrai, elle n’a aimĂ© que l’argent. Oui, c’est juste, avec une application bĂ©ate elle a loupĂ© tous les grands Ă©vĂ©nements politiques, Ă©vitĂ© tous les mouvements sociaux, fui toutes les luttes de son pays
 Pour elle, tout cela n’a aucune importance, elle s’en fout mais sans malveillance, sans scrupule, ni soupçon. Ce qu’elle a toujours voulu, ce qu’elle veut encore, c’est vivre ». Entendez par lĂ  avoir des sous. Dans ce but, elle a passĂ© son temps au bras des matelots amĂ©ricains, les a pressĂ©s comme des citrons, s’est mariĂ©e trois fois et a eu deux filles. L’argent ShĂŽhei Imamura 1970 / Japon / 105’ / noir et blanc / vostf Image Masao Tochisawa Son Yoshio Hasegawa Musique originale Harumi Ibe Montage ShĂŽhei Imamura Production Nihon Eiga Shinsha Imamura enfonce le clou tĂȘtu qui reste l’une de ses raisons de vivre, sinon de filmer plus il s’obstine Ă  poser Ă  Madame Onboro la question Qui ĂȘtes-vous ? » 
, plus il s’approche d’un inĂ©vitable Qui suis-je ? », auquel son cinĂ©ma apporte avec une superbe humilitĂ© de prĂ©cieux lambeaux de rĂ©ponse. Olivier SĂ©guret LibĂ©ration, 22 avril 1987 117 L'argent guide le monde... Welfare Frederick Wiseman Welfare dĂ©peint la vie quotidienne d’un centre d’aide sociale Ă  New York en 1975. À cette date, le chĂŽmage atteint des sommets et le nombre des assistĂ©s ne cesse d’augmenter. Mais Wiseman ne s’intĂ©resse pas aux chiffres ; son film montre l’écart qui sĂ©pare l’idĂ©ologie des faits. L’idĂ©ologie le consensus libĂ©ral qui a traversĂ© les dĂ©cennies le progrĂšs social n’a pas de limites et les ÉtatsUnis disposent des moyens de supprimer la pauvretĂ©, l’analphabĂ©tisme, la discrimination raciale, etc.. Les faits la pesanteur bureaucratique, la paupĂ©risation, la dĂ©tresse, le dĂ©sespoir d’une population Ă  la dĂ©rive Ă©chouĂ©e dans ce centre d’aide sociale. 
 Je n’ai pas d’argent pour le loyer et la nourriture, je n’ai pas mangĂ© depuis trois jours. Vous ne pouvez rien pour moi. Je demande l’égalitĂ©. Qu’est-ce que l’égalitĂ© dans le grand systĂšme dĂ©mocratique de ce pays ?... L’égalitĂ© c’est les riches d’un cĂŽtĂ©, tous les pauvres de l’autre ; moi je suis dans le camp des pauvres, et vous vous ĂȘtes la loi. Si rien ne change, il n’y aura plus d’ÉtatsUnis d’AmĂ©rique. Seigneur, je ne sais plus quoi faire, sinon souffrir
 OK, OK, c’est ce que vous voulez. Si c’est ce que vous voulez, c’est votre job, je ne peux qu’attendre jusqu’à la fin. » Sarah SĂ©kaly Bienvenue au pays de Wiseman ! », In Communications n°71, 2001 118 1975 / États-Unis / 167’ / noir et blanc / vostf Image William Brayne Montage Frederick Wiseman Production Zipporah Films Je veux seulement que vous m’aimiez Ich will doch nur, daß ihr mich liebt Rainer Werner Fassbinder ObsĂ©dĂ© par la performance professionnelle et la reconnaissance que lui refusĂšrent ses gĂ©niteurs il leur construit une maison au dĂ©but du film, Peter s’engouffre dans une spirale d’endettement, de frustration, d’épuisement et d’humiliation, entraĂźnĂ© dans sa chute par l’arrogance d’une sociĂ©tĂ© capitaliste triomphante, sous le regard impuissant de sa jeune Ă©pouse Erika. 
 Fassbinder ausculte un cas particulier de pathologie et de nĂ©vrose, l’aliĂ©nation d’un personnage de fiction incapable de trouver le bonheur pour mieux dĂ©noncer le pouvoir corrupteur de l’argent, le fardeau de la famille et le mirage de la rĂ©ussite sociale. L’argent contamine les dialogues et les images du film, qui ne parle que de cela. 1976 / / 104’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Vitus Zeplichal Peter Trepper, Elke Aberle Erika, Alexander Allerson le pĂšre, Erni Mangold la mĂšre, Johanna Hofer la grand mĂšre, Wolfgang Hess le chef de chantier, Armin Meier le contremaĂźtre, Erika Runge la psychologue, Ulrich Radke le pĂšre d’Erika, Annemarie Wendl la mĂšre d’Erika ScĂ©nario Rainer Werner Fassbinder, d’aprĂšs une histoire figurant dans LebenslĂ€nglich-Protokolle aus der Haft PerpĂ©tuitĂ© - Les protocoles de la dĂ©tention de Klaus Antes et Christiane Ehrhardt DĂ©cors Kurt Raab Image Michael Ballhaus Son Karsten Ullrich Musique originale Peer Raben Montage Liesgret Schmitt-Klink Production Bavaria Atelier, Westdeutscher Rundfunk L’argent Jeune ouvrier, Peter passe l’essentiel de son temps libre Ă  construire une maison pour ses parents, des patrons de bistrot qui ne lui ont jamais donnĂ© beaucoup d’affection. Depuis son enfance, le garçon souffre de la froideur et de l’incomprĂ©hension de ceux envers qui il manifeste des signes d’amour. Afin de ne pas ĂȘtre un poids pour ses parents dans leur nouvelle maison, Peter dĂ©mĂ©nage Ă  Munich avec Erika, la jeune fille qu’il vient d’épouser... Olivier PĂšre Blog personnel, 28 fĂ©vrier 2011 119 L'argent guide le monde... L’Argent Robert Bresson Norbert a des dettes. Un camarade de lycĂ©e lui donne un faux billet de 500 Francs, vite utilisĂ© chez un photographe. Mais le patron a l’Ɠil. Il se dĂ©barrasse du billet en rĂ©glant Yvon, le livreur de mazout. En toute innocence, celui-ci utilise cet argent. Mais il est refusĂ©. Yvon est licencié  Ici, l’argent qui s’interpose entre les hommes, la fausse monnaie du mensonge et des faux tĂ©moignages, qui divise les hommes en possĂ©dants et en perdants, appelle le chĂątiment, la folie sanguinaire, la mort. Nul n’a dit avec plus de force et de vĂ©ritĂ© la haine de cet argent, la rĂ©volte contre un monde vĂ©nal et meurtrier. Mais cet idĂ©alisme n’est pas innocent. Pour dĂ©noncer ce monde de violence et de meurtre, le film de Bresson est fait de colĂšre et de rĂ©volte, il est un Ă©clat qui effraie et laisse meurtri, qui change profondĂ©ment celui qui le reçoit. Dans ce monde oĂč dominent la violence et le crime, dans ce monde oĂč plus que jamais l’argent semble le symbole des plus grands dĂ©sirs et de la recherche vaine du bonheur, la violence et la puretĂ© de Bresson ont quelque chose de farouche et d’implacable qui fait penser Ă  un message prophĂ©tique. 
 Il y a dans L’Argent cette idĂ©e, qui est sans doute le lieu oĂč s’achĂšvent tous les voyages, toutes les pensĂ©es l’espoir d’un monde oĂč l’Ɠuvre d’art n’aurait plus de raison d’ĂȘtre. OĂč rĂšgnerait la justice, le contraire de l’argent. Le ClĂ©zio Le Monde, 7 juillet 1983 120 1982 / France / 85’ / couleur InterprĂ©tation Christian Patey Yvon Targe, Vincent Risterucci Lucien, Caroline Lang Elise, Sylvie Van den Elsen la femme aux cheveux gris, Michel Briguet le pĂšre de la femme au cheveux gris, BĂ©atrice Tabourin la photographe, Didier Baussy le photographe, Marc-Ernest Fourneau Norbert, Bruno Lapeyre Martial ScĂ©nario Robert Bresson, d’aprĂšs la nouvelle de LĂ©on TolstoĂŻ, Le Faux Coupon DĂ©cors Pierre Guffroy Image Pasqualino de Santis, Emmanuel Machuel Son Jean-Louis Ughetto, Yves Yersin, Jacques Maumont Montage Jean-François Naudon Production EĂŽs Films, Marion’s Films Daniel Toscan du Plantier Grandeur et dĂ©cadence d’un petit commerce de cinĂ©ma Jean-Luc Godard Mocky figurait dĂ©jĂ  dans PrĂ©nom Carmen et reste un complice de prĂšs de trente ans, que Godard dĂ©finit ainsi Nous avons un peu la mĂȘme histoire nous avons vĂ©cu et nous vivons la grandeur et la dĂ©cadence du cinĂ©ma Ă  l’époque de la tĂ©lĂ©. » Dans TĂ©lĂ©rama, Mocky Ă©crit Ă  propos de cette relation Godard pense que nous sommes les premiers des Mohicans, les premiers d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de cinĂ©astes qui allons faire du cinĂ©ma comme le Chaplin des dĂ©buts. Moi, je me dis que les gars comme nous, quand on sera morts, ça n’existera plus. Les jeunes qui arrivent, Beineix, Besson, ils travaillent avec un maximum d’argent, ils ne nous ressemblent pas. Godard et moi nous sommes vivaces, nous rĂ©sistons. 1985 / France, Suisse / 91’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Jean Almereyda, Marie Valera Eurydice, Jean-Pierre LĂ©aud Gaspard Bazin, JeanLuc Godard lui-mĂȘme, les chĂŽmeurs de l’ANPE ScĂ©nario Jean-Luc Godard, librement inspirĂ© du roman de James Hadley Chase, Chantons en chƓur Image Caroline Champetier Son François Musy Montage Jean-Luc Godard Production TF1, Hamster productions, TĂ©lĂ©vision SuisseRomande, JLG Films, RTL L’argent Le rĂ©alisateur Gaspard Bazin travaille sur une adaptation de Chantons en chƓur, un polar de James Hadley Chase. Lors des sĂ©ances de casting, des acteurs dĂ©filent sans qu’aucun ne convienne. Il y a pourtant Eurydice, la femme de Jean Almereyda, le producteur fauchĂ© de Bazin. Eurydice aimerait jouer, mais Jean Almereyda, qui connait les relations trop intimes de Gaspard Bazin avec ses actrices, ne veut pas prendre ce risque
 Nous sommes forts comme des Mohicans
 Mais il y a plein d’Indiens qui ont Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©s, parce qu’ils Ă©taient plus faibles. » Antoine de Baecque Godard, Grasset, 2010 121 L'argent guide le monde... I Love Dollars Johan Van Der Keuken New York, GenĂšve, Hong Kong, Amsterdam sont des plaques tournantes de l’économie mondiale. L’argent y circule et tandis que la pauvretĂ© est omniprĂ©sente dans les rues de New York, la richesse est bien protĂ©gĂ©e derriĂšre les façades propres de GenĂšve. Personne n’échappe au mythe du Roi-Dollar les plus dĂ©munis luttent pour survivre, racontent leurs rĂȘves inatteignables, cĂŽtoyant les hommes d’affaires, qui, dans leurs bureaux, exposent leurs philosophies financiĂšres. On comprend, en le voyant, en l’écoutant, oĂč se nouent les fils du drame, dans quels recoins obscurs
 de la planĂšte ? non, de certains hommes pris individuellement et collectivement d’une passion tenace. Les affaires, disent-ils, c’est du sport, pas une drogue, non du sport, de la compĂ©tition de haut vol ! On ne peut plus s’en passer. Keuken fait parler les acteurs du monde financier et tous rĂ©pĂštent le mĂȘme innocent aveu I, je
 , dĂ©sire
 possĂšde
 joue
 gagne
 perds
 jouis
 $ dollars, sigle d’un mot universellement compris, sans traduction, dans toutes les langues. 122 1986 / Pays-Bas / 140’ / couleur / vostf Image, son Johan Van Der Keuken Musique originale Willem Breuker Montage Jan Dop Credo libĂ©raliste auquel le cinĂ©aste oppose inlassablement la libertĂ© bafouĂ©e des pays pauvres. En 1984, le TiersMonde a confiĂ© au systĂšme bancaire international deux fois plus de fonds qu’il n’en a obtenus ». Merci Johan. Jean-Paul Fargier J’%, In Images documentaires, n°29/30, 1997 Raining Stones Ken Loach Bob et son copain Tommy sont prĂ©sentĂ©s comme les deux survivants d’une sociĂ©tĂ© anglaise laminĂ©e par le pouvoir politique conservateur le discours travailliste est inconsistant, les syndicats inexistants ; les usuriers occupent la ville et rançonnent les quartiers les plus dĂ©munis. 
 Loach introduit une peur physique, trĂšs dĂ©rangeante, qui semble indissociable du destin d’une grande partie de la classe ouvriĂšre britannique. Cette Ă©quation chĂŽmage-violence, si elle est explicitĂ©e verbalement dans le film par un des personnages, le beau-frĂšre de Bob, est aussi exprimĂ©e par la mise en scĂšne qui Ă©vite au film de basculer dans le simple discours rhĂ©torique. 1992 / Royaume-Uni / 90’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Bruce Jones Bob, Julie Brown Anne, Gemma Phoenix Coleen, Ricky Tomlinson Tommy, Tom Hickey le pĂšre Barry, Mike Fallon Jimmy, Ronnie Ravey le boucher, Lee Brennan l’Irlandais, Karen Henthorn la jeune mĂšre, Christine Abbott May ScĂ©nario Jim Allen Direction artistique, dĂ©cors Fergus Clegg, Martin Johnson Image Barry Ackroyd Son Ray Beckett Musique originale Stewart Copeland Montage Jonathan Morris Production Channel Four Films, Parallax Pictures L’argent Bob vit avec sa femme Ann et sa fille Coleen dans une banlieue misĂ©rable de Manchester. Lui et son ami Tommy se dĂ©brouillent du mieux qu’ils peuvent pour vivre dans la Grande-Bretagne des annĂ©es Thatcher. Les activitĂ©s de Bob vont de la revente de viande au marchĂ© noir jusqu’à vigile dans une discothĂšque. En dĂ©pit de sa situation pour le moins prĂ©caire, il tient par-dessus tout Ă  acheter une robe de communion neuve pour sa fille, afin de ne pas perdre la face devant le voisinage
 Nicolas Saada Les Cahiers du cinĂ©ma, octobre 1993 123 L'argent guide le monde... La Cassette A Caixa Manoel de Oliveira Dans une ruelle de Lisbonne, la mĂ©saventure d’un vieil aveugle Ă  qui, une fois de plus, on a volĂ© sa cassette, symbole de son gagne-pain officiel. Sa fille, accablĂ©e par les travaux mĂ©nagers, s’épuise en repassant du linge pour des clients. L’ami de cette derniĂšre, un marginal sans travail, comme tous ses copains, vit Ă  ses crochets et Ă  ceux de l’aveugle. Amis et voisins, tout le monde envie la cassette de l’aveugle
 La ruelle d’Oliveira s’avĂšre trĂšs rapidement glissante. Le caractĂšre canonique du Lisbonne pittoresque va bientĂŽt ĂȘtre dynamitĂ© de l’intĂ©rieur, via deux dindes amĂ©ricaines Ă©garĂ©es dont les bouches se gargarisent justement de commentaires touristiques sur le spectacle de la rue qu’elles arpentent. Plus gĂ©nĂ©ralement, chacun de ces personnages un peu trop bien dĂ©finis prend progressivement des libertĂ©s avec son rĂŽle, l’entraĂźne en tout cas aux extrĂ©mitĂ©s de son caractĂšre. 
 Tout ça pour cette cassette misĂ©rable, qui dĂ©clenche une convoitise inversement proportionnelle Ă  sa valeur. 
 La Cassette, pardelĂ  son histoire explicite et ses messages officieux, s’annonce comme un jeu trĂšs poussĂ© avec les formes et, quoiqu’il emprunte Ă  dessein le ton de la fable cruelle, c’est bien plutĂŽt une sorte de conte musical macabre qu’Oliveira a entrepris de composer. Olivier SĂ©guret LibĂ©ration, 1er fĂ©vrier 1995 124 1994 / Portugal-France / 93’ / couleur / vostf InterprĂ©tation LuĂ­s Miguel Cintra l’homme aveugle, GlicĂ­nia Quartin la vieille femme, Ruy de Carvalho Taverner, Beatriz Batarda la fille, Diogo DĂłria l’ami, Isabel Ruth la vendeuse, Filipe Cochofel le beau-fils, Sofia Alves la prostituĂ©e, Mestre Duarte Cosa le joueur de guitare, Paula Seabra la femme enceinte ScĂ©nario Manoel de Oliveira, d’aprĂšs la piĂšce de Prista Monteiro DĂ©cors Isabel Branco Image MĂĄrio Barroso Son Jean-Paul Mugel, Jean-François Auger Montage Manoel de Oliveira, ValĂ©rie Loiseleux Production Madragoa Filmes, Gemini Films Une poste Ă  la Courneuve Dominique Cabrera Le bureau de poste 
 est un lieu de conflits clients/guichetiers, citoyen/Etat..., de transaction financiĂšre, humaine, qui fournit une matiĂšre presque systĂ©matiquement intĂ©ressante 
. Des salariĂ©s Ă  statut», fragiles mais payĂ©s correctement, se heurtent, cĂŽtoient, rabrouent, sympathisent avec des chĂŽmeurs, des rmistes, des gens modestes; ces derniers sont confrontĂ©s quotidiennement Ă  la machine rĂ©glementaire qu’est la Poste. L’intention est claire montrer ce bureau de La Courneuve comme un poste avancĂ© dans une sociĂ©tĂ© socialement malade. 1994 / France / 54’ / couleur ScĂ©nario Dominique Cabrera, Suzanne Rosenberg Image HĂ©lĂšne Louvart Son Xavier Griette Montage Christiane Lack Production Iskra, PĂ©riphĂ©rie L’argent À la poste, les habitants des 4000 Ă  La Courneuve attendent leurs allocations. L’argent circule, l’argent manque. Les jeunes postiers, salariĂ©s ordinaires, reçoivent de plein fouet le choc de la pauvretĂ© de l’autre. Eux aussi subissent le poids de la situation Ă©conomique dont ils observent, impuissants, les effets. Ils assument tant bien que mal leur rĂŽle de reprĂ©sentants de l’Etat. Emmanuel Poncet LibĂ©ration, 8 fĂ©vrier 1997 125 L'argent guide le monde... CoĂ»te que coĂ»te Claire Simon Produire coĂ»te que coĂ»te ! Sauver la boĂźte coĂ»te que coĂ»te ! MĂȘme si on n’est pas payĂ©s tout de suite, continuer coĂ»te que coĂ»te ! Trouver de nouveaux clients coĂ»te que coĂ»te! De nouveaux fournisseurs coĂ»te que coĂ»te ! L’histoire d’une petite entreprise, toute jeune, oĂč l’on fabrique des plats cuisinĂ©s pour les grandes surfaces. Le patron et les employĂ©s mĂšnent la guerre Ă©conomique avec les moyens du bord
 Pour faire ce film j’ai choisi de filmer les fins de mois ». Pendant six mois je suis allĂ©e Ă  Navigation SystĂšmes » filmer cette Ă©preuve qui se rĂ©pĂšte chaque mois, oĂč chacun se demande secrĂštement est-ce qu’on va continuer le mois prochain? ». Si les fournisseurs, les employĂ©s, peuvent attendre d’ĂȘtre payĂ©s, il finit toujours par arriver un moment oĂč le scĂ©nario de l’argent ne pardonne pas. On attend la fin du mois comme l’épreuve du feu. Une fois devant la vĂ©ritĂ©, peut-on la voir, la dire? Le sol se dĂ©robe, cette Ă©preuve que l’on a redoutĂ©e et espĂ©rĂ©e, que dit-elle exactement ? On sera payĂ©s la semaine prochaine... On a trouvĂ© de nouveaux clients, de nouveaux fournisseurs, ça ira mieux le mois prochain... ». Chacun s’arrange, trouve les mots, les phrases qui tracent un pont audessus de l’abĂźme, on ferme les yeux pour ne pas avoir le 126 1995 / France / 100’ / couleur Image JĂ©rĂŽme Peyrebrune, David Ungaro, Jacques Gayard Son Dominique Lancelot, Jean-Pierre Laforce Musique originale Arthur H. Montage Catherine Quesemand Production Les Films d’Ici, La Sept-Arte vertige et on s’accroche aux sentiments Sauver la boĂźte c’est se sauver soi-mĂȘme ». La vĂ©ritĂ©, celle qu’on attendait Ă  la fin du mois, on ne l’a pas vue passer... Tant mieux ! Le mois prochain peut-ĂȘtre, on saura si on a gagnĂ© ou perdu la guerre... Certains font la guerre, d’autres travaillent... J’ai filmĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment cette entreprise comme un camp retranchĂ© ; car aujourd’hui travailler c’est faire la guerre. Je n’ai jamais eu le dĂ©sir de faire un film sur ceux qui gagnent systĂ©matiquement la guerre du travail, car ç’aurait Ă©tĂ© faire un film Ă  la gloire du capitalisme. Je voulais montrer ce que le capitalisme suppose comme vie. Surtout pour ceux la majoritĂ© qui ne sont pas au dĂ©part des capitalistes et qui s’essaient malgrĂ© tout Ă  sa cause. Claire Simon Hou Hsiao-hsien Kao, Bian dit TĂȘte d’obus » et Patachou, petits mafiosi » Ă  la solde de leur protecteur, Hsi, arrivent par le train dans une maison dĂ©labrĂ©e. Ils aident leur patron Ă  organiser une soirĂ©e de jeux clandestins en s’occupant des mises et des boissons. Plus tard, Patachou tente de se suicider. Kao apprend qu’elle a dilapidĂ© sans en avoir les moyens un million de yens dans des bars Ă  gigolos
 Les personnages se dĂ©mĂšnent mais Ă  vide, dans une succession de tentatives d’accomplissement monter un tripot Ă  la campagne, dĂ©mĂ©nager, acquĂ©rir un restaurant Ă  ShangaĂŻ, rĂ©cupĂ©rer une part d’hĂ©ritage
, tiraillĂ©s entre l’inutile et l’échec. Face Ă  eux, Hou Hsiao-Hsien adopte une position de documentariste, parfois ironique, toujours attentif. Captant les attentes, les trajets, les dĂ©perditions d’énergie de ces hommes d’action mais qui ne vont nulle part. 
 Le Sud » auquel il est dit adieu serait Taiwan mĂȘme. Le cinĂ©aste ne suggĂšre pas que les habitants de l’üle auraient trouvĂ© le nord » mais seulement qu’ils auraient, dans cette phase incertaine oĂč le monde se recompose, perdu leurs repĂšres, le sens de leur vie jusqu’aux points cardinaux. Nan guo zai jian, nan guo 1996 / Taiwan / 112’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Jack Kao Kao, Hsiang Hsi Hsi, Annie Shizuka Inoh Patachou, Lim Giong Bian dit TĂȘte d’obus », Kuei-Ying Hsu Ying, Pi-Tung Lien Tung, Vicky Wei Hui, Ming Kao Ming le serpent, Ming Lei le pĂšre de Kao, Tien-lu Lee le grand-pĂšre ScĂ©nario Tien-wen Chu, Jack Kao, Jieh-Wen King DĂ©cors Wen-Ying Huang Image Huai-en Chen, Ping-Bin Lee Son Du-Che Tu Musique originale Giong Lim Montage Ching-Song Liao Production 3H Films, Shochiku Films L’argent Goodbye South, Goodbye Jean-Michel Frodon Le Monde, 15 mai 1996 127 L'argent guide le monde... Un plan simple A Simple Plan Sam Raimi Hank Mitchell est un homme heureux. Il a un bon boulot, le respect de ses concitoyens dans la petite ville du Middlewest oĂč il rĂ©side et enfin Sarah, une femme qui l’aime et qui attend leur premier enfant. Par une froide aprĂšs-midi du jour de l’an, en compagnie de son frĂšre aĂźnĂ© Jacob, une Ăąme simple sur laquelle il a un grand ascendant et du copain de Jacob, Lou, il dĂ©couvre dans l’épave d’un avion de tourisme le cadavre d’un pilote et un sac contenant quatre millions de dollars
 La trouvaille met au jour non seulement l’égoĂŻsme et la cupiditĂ© enfouis de chacun des protagonistes, mais ravive de vieilles rancƓurs, jalousies fraternelles, prĂ©jugĂ©s de classe. 
 Les sentiments inavouables demeurent ici terriblement ordinaires, la violence demeure un lapsus, aussi accidentel que la richesse. Chacun a ses raisons et l’opacitĂ© des mobiles et des actes masque moins un quelconque machiavĂ©lisme qu’elle ne trahit la paranoĂŻa du regard. 
 La violence ne fait rire que par rĂ©flexe de dĂ©fense, comme chez Hitchcock 
. Et la jouissance perverse Ă  voir les anti-hĂ©ros se dĂ©battre dans l’engrenage se mĂȘle d’une immense tristesse. Serge Chauvin Les Inrockuptibles, 24 mars 1999 128 1998 / États-Unis / 121’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Bill Paxton Hank, Bridget Fonda Sarah, Billy Bob Thornton Jacob, Brent Briscoe Lou, Jack Walsh Tom Butler, Chelcie Ross Carl, Becky Ann Baker Nancy Chambers, Gary Cole Baxter, Bob Davis l’agent du FBI Renkins, Peter Syvertsen l’agent du FBI Freemont ScĂ©nario Scott B. Smith, d’aprĂšs son roman Direction artistique, dĂ©cors Patrizia von Brandenstein, James F. Truesdale, Hilton Rosemarin Image Alar Kivilo Son Ed Novick Musique originale Danny Elfman Montage Eric L. Beason, Arthur Coburn Production Paramount Pictures, Mutual Film Company Michael Mann The Insider Journaliste endurci, homme de terrain et d’investigations, Lowell Bergman est le super-producteur du cĂ©lĂšbre magazine d’informations 60 minutes ». Un matin, il dĂ©couvre sur le pas de sa porte un ensemble de documents confidentiels, envoyĂ© par un employĂ© anonyme de Philip Morris. Pour les dĂ©chiffrer, il fait appel Ă  un spĂ©cialiste, Jeff Wigand, ancien directeur de la recherche d’un grand fabricant de cigarettes amĂ©ricain. La mĂ©fiance de Wigand, son refus de parler, rĂ©vĂšlent un homme Ă©crasĂ© par le secret
 RĂ©vĂ©lations n’est pas rĂ©ductible Ă  une dĂ©nonciation des mĂ©faits des fabricants de cigarettes, pas plus qu’il ne se contente de l’examen lucide des grandeurs et bassesses du journalisme-spectacle. Ce qui intĂ©resse Mann, c’est la rencontre fatalement conflictuelle entre deux univers qui obĂ©issent Ă  des rĂšgles intangibles, reprĂ©sentĂ©s par des individus qui vacillent sur leurs bases et se retrouvent au bord de la rupture affective et sociale. Que devient un homme quand il quitte le systĂšme qui l’a fondĂ© ? Comment a-t-il encore prise sur le monde ? Faut-il s’y dissoudre dans un soupir lassĂ© ou continuer de croire qu’on peut agir sur lui ? 
 Pour raconter toutes les Ă©tapes d’un double processus de libĂ©ration sans sombrer dans le laborieux, la mĂ©thode de Mann consiste Ă  ne rien passer sous silence, Ă  multiplier les occurrences et les personnages pour crĂ©er un flux scĂ©naristique qui enveloppe le spectateur dans un manteau de faits le plus large possible. 1999 / États-Unis / 157’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Al Pacino Lowell Bergman, Russell Crowe Jeffrey Wigand, Christopher Plummer Mike Wallace, Diane Venora Liane Wigand, Philip Baker Hall Don Hewitt, Lindsay Crouse Sharon, Debi Mazar Debbie, Stephen Tobolowsky Eric Kluster, Colm Feore Richard Scruggs, Bruce McGill Ron Motley, Gina Gershon Helen Caperelli, Michael Gambon Thomas Sandefur ScĂ©nario Eric Roth, Michael Mann, d’aprĂšs l’article de Marie Brenner dans Vanity Fair DĂ©cors Brian Morris Image Dante Spinotti Son Robert Renga, Lee Orloff Musique originale Pieter Bourke, Lisa Gerrard Montage William Goldenberg, David Rosenbloom, Paul Rubell Production Touchstone Pictures, Mann/Roth Productions, Spyglass Entertainment L’argent RĂ©vĂ©lations FrĂ©dĂ©ric Bonnaud Les Inrockuptibles, 30 novembre 1999 129 L'argent guide le monde... L’Enfant Jean-Pierre et Luc Dardenne Sonia, dix-huit ans, vient de donner naissance Ă  un petit Jimmy. Sortie de la maternitĂ©, le bĂ©bĂ© sous le bras, elle part Ă  la recherche du pĂšre, Bruno, vingt ans. Elle le retrouve dans la rue, mendiant Ă  un carrefour. Bruno vit de petits trafics, de petits larcins, de petites magouilles. Tout Ă  leurs retrouvailles, le jeune couple passe la nuit dans un foyer. Le lendemain, Bruno loue un cabriolet ils passent tous les trois la journĂ©e au bord de la mer. La vie et les trafics reprennent leur cours
 Qu’on n’attende pas des Dardenne qu’ils nous livrent un vibrant rĂ©quisitoire contre la marchandisation de l’ĂȘtre humain. Les cinĂ©astes fuient toute logorrhĂ©e pour privilĂ©gier l’étude approfondie des modes d’échange contemporains. Le film prend corps dans le concret de la vie de tous les jours, et le trafic d’objets a valeur de fonction phatique. Un blouson, un feutre ou une mobylette en disent plus long qu’une phrase ou un dialogue. Idem pour le portable dont on explore enfin la symbolique au-delĂ  du simple gadget scĂ©naristique. Le portable, dont Bruno doit sans cesse rĂ©alimenter la carte, est un sĂ©same rĂ©calcitrant de la sociĂ©tĂ© de consommation, 130 2005 / Belgique-France / 100’ / couleur InterprĂ©tation JĂ©rĂ©mie Renier Bruno, DĂ©borah François Sonia, JĂ©rĂ©mie Segard Steve, Fabrizio Rongione le jeune bandit, Olivier Gourmet le policier en civil, Anne GĂ©rard la commerçante, Bernard Marbaix le commerçant, Jean-Claude Boniverd le policier en civil ScĂ©nario Jean-Pierre et Luc Dardenne DĂ©cors Igor Gabriel Image Alain Marcoen Son Jean-Pierre Duret, Thomas Gauder Montage Marie-HĂ©lĂšne Dozo Production Jean-Pierre et Luc Dardenne Les Films du Fleuve, Denis Freyd Archipel 33 toujours assoiffĂ© d’argent. En avoir ou pas, c’est se voir inclus ou exclu du monde qui nous est donnĂ© Ă  voir, celui de la publicitĂ© et du spectacle. Vincent Thabourey Positif, octobre 2005 Yella Christian Petzold On pĂ©nĂštre alors avec Yella dans un monde Ă©trangement vide, hantĂ© par des entreprises fantĂŽmes, oĂč elle devient par hasard l’assistante d’un consultant, un homme plutĂŽt rassurant au dĂ©part. Les couloirs d’hĂŽtel, la Sonate au clair de lune de Beethoven 
, la chemise rouge de Yella, son regard tendu, les corbeaux, deviennent les leitmotives de ce thriller spectral fascinant qui ne tombe jamais dans un formalisme bornĂ©. Ce qui impressionne le plus chez Petzold, c’est son talent Ă  faire rĂ©sonner discrĂštement des mĂ©canismes intimes culpabilitĂ©, dĂ©sir, argent avec la rĂ©alitĂ© du monde contemporain – entreprises en faillite et spĂ©culation – dont il fait ressortir la nature fantastique et fantasmatique. 2007 / Allemagne / 89’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Nina Hoss Yella Fichte, Devid Striesow Philipp, Hinnerk Schönemann Ben, Burghart Klaußner Docteur Gunthen, Christian Redl le pĂšre de Yella, Selin Barbara Petzold la fille du docteur Gunthen, Wanja Mues Sprenger, Michael Wittenborn Docteur Schmidt-Ott, Martin Brambach Docteur Fritz ScĂ©nario Christian Petzold DĂ©cors Kade Gruber Image Hans Fromm Son Andreas MĂŒcke-Niesytka Musique originale Stefan Will Montage Bettina Böhler Production Schramm Film Koerner & Weber L’argent Yella dĂ©sire fuir un mariage ratĂ© avec un Ă©poux violent et ruinĂ©. Elle quitte son pĂšre et son village natal en Allemagne de l’Est, pour travailler comme secrĂ©taire de direction dans une grande entreprise Ă  l’Ouest. Son ex-mari lui propose de l’accompagner Ă  la gare. Pris de folie, il percute le garde-fou d’un pont et plonge la voiture dans un fleuve
 AmĂ©lie Dubois Les Inrockuptibles, 17 avril 2009 131 L'argent guide le monde... 7h58 ce samedi-lĂ  Sidney Lumet Before the Devil Knows You’re Dead Ce samedi matin-lĂ , dans la banlieue de New York, tout semble normal dans la vie des Hanson. Alors que Charles, le pĂšre, passe un test de conduite, sa femme Nanette ouvre la bijouterie familiale. Leur fils aĂźnĂ©, Andy, s’inquiĂšte pour le contrĂŽle fiscal qui dĂ©bute lundi. Et comme d’habitude, Hank, son frĂšre cadet, se noie dans ses problĂšmes d’argent. À 7h58, la bijouterie est braquĂ©e. Nanette tue son agresseur mais est mortellement blessĂ©e
 Andy est un garçon qui, en apparence, a rĂ©ussi, un aĂźnĂ© qui domine son frĂšre de toute son arrogante prospĂ©ritĂ©. Sous la coupe de CaĂŻn, il n’y a pas d’Abel innocent, mais un ĂȘtre veule, en faillite financiĂšre et familiale. 
 Au fil de la narration fragmentĂ©e, tous les commandements du DĂ©calogue vont ĂȘtre piĂ©tinĂ©s par Andy et Hank. Cette rĂ©fĂ©rence biblique semble nourrir une espĂšce d’indignation prophĂ©tique qui fait de 7h58 ce samedilĂ  une fresque apocalyptique, la peinture flamboyante d’un monde sans dieu ni loi, dans lequel les humains s’agitent de maniĂšre dĂ©risoire. Et le cinĂ©ma de Lumet, qui peut prendre tant de formes, prend une urgence et une violence qu’il n’avait atteintes que rarement, sans qu’aucune lueur d’espoir, aucune pause ne vienne soulager la tension permanente. Thomas Sotinel Le Monde, 25 septembre 2007 132 2007 / États-Unis / 117’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Philip Seymour Hoffman Andy, Ethan Hawke Hank, Albert Finney Charles, Marisa Tomei Gina, Aleksa Paladino Chris, Michael Shannon Dex, Amy Ryan Martha, Sarah Livingston Danielle, Brian F. O’Byrne Bobby, Rosemary Harris Nanette ScĂ©nario Kelly Masterson Direction artistique, dĂ©cors Christopher Nowak, Wing Lee, Diane Lederman Image Ron Fortunato Son Dave Paterson, Chris Newman Musique originale Carter Burwell Montage Tom Swartwout Production Capitol Films, Funky Buddha Group, Unity Productions, Linsefilm Johnnie To Dyut meng gam Teresa, une jeune employĂ©e de banque, tente de remplir son quota de ventes en essayant de proposer des produits financiers Ă  ses clients qui vont perdre, en peu de temps, l’argent investi aprĂšs une chute brutale des cours. FrĂšre Panther, un gangster cabochard et pathĂ©tique, essaie de faire sortir un truand de prison en trouvant de quoi payer la caution. Il se met Ă  spĂ©culer et Ă  parier sur les cours de la Bourse. Cheung, un policier intĂšgre, doit, de son cĂŽtĂ©, trouver de quoi payer l’acompte de l’appartement que sa femme convoite. 
 L’éclatement des points de vue et des situations est sans doute ici une maniĂšre de s’attaquer Ă  l’impossible, la reprĂ©sentation d’une abstraction, une Ă©nergie d’autant plus folle qu’elle est invisible, celle d’un mouvement opaque de l’économie. L’argent n’est plus le dieu visible de Bresson mais il est devenu un principe invisible, un carburant immatĂ©riel. À chaque fois qu’il prend la consistance concrĂšte de billets de banque, il apparaĂźt comme un Ă©lĂ©ment dĂ©suet et folklorique les enveloppes donnĂ©es Ă  un chef mafieux lors de sa fĂȘte ou un dĂ©chet immonde la valise de l’usurier, dĂ©clenchant pourtant d’inavouables appĂ©tits. Car ce que l’on devine trĂšs vite, c’est que le cinĂ©aste tente de retourner aux sources humaines de l’économie, Ă  2011 / Hong Kong / 107’ / couleur InterprĂ©tation Denise Ho Teresa, Lau-Ching Wan Panther, Richie Ren Cheung Jin Fong, Hoi Pang-Lo Chung Yuen, Hang-shuen So Kun, Philip Keung Lung, Myolie Wu Connie, Terence Yin M. Sung, Felix Wong Sam ScĂ©nario Kin-Yee Au, Ka-kit Cheung, Ben Wong, Nai-Hoi Yau, Tin-Shing Yip DĂ©cors Sukie Yip Image Siu-keung Cheng Son Benny Chu, James Wallace Musique originale Wei Yue Montage David M. Richardson Production Milky Way Image Company, Media Asia Fillms L’argent La Vie sans principe une pulsion de possession et de dĂ©pense dont on sent qu’elle trouve justement, dans le monde moderne, des accommodements divers avec les prescriptions Ă©thiques. C’est ainsi que La Vie sans principe devient une fable morale dont ni la classe, ni la sĂ©duction, ni l’élĂ©gance ne masquent la cruautĂ© profonde. Jean-François Rauger Le Monde, 17 juillet 2012 133 Films restaurĂ©s Se battre Ă  camĂ©ra nue 1 Une proposition de la CinĂ©mathĂšque française Que le cinĂ©ma devienne enfin une convergence, une rencontre sublime d’hommes en mouvement. Marcel Hanoun, Ă©ditorial de CinĂ©thique, janvier 1969. La photographie pour lui n’était ni un document ni de l’art, mais une sorte de roman, un moyen de crĂ©er un littĂ©rature en images, les faits Ă©tant la matiĂšre premiĂšre d’une fiction qui rĂ©vĂ©lait les vĂ©ritĂ©s. Lewis Baltz, Ă  propos de Walker Evans. Deux films rares. Deux films introuvables. Deux films de fiction avec de grandes vĂ©ritĂ©s. Deux rĂ©alisateurs aussi malmenĂ©s, que ce soit par la censure politique ou par la censure plus silencieuse de la salle publique. Depuis la rĂ©trospective Jeune, Dure et Pure » en 2000, Marcel Hanoun et RenĂ© Vautier se rencontrent frĂ©quemment sur les Ă©crans de la CinĂ©mathĂšque française, par l’entremise de Nicole Brenez. Ils se croisent une nouvelle fois au cƓur des propositions de retirage et de sauvegarde dans les cahiers de la CinĂ©mathĂšque en 2007. En effet, leurs filmographies ne sont pas protĂ©gĂ©es, trop souvent perdues, mal en point, inaccessibles. Depuis, deux fonds ont Ă©tĂ© constituĂ©s et offrent la possibilitĂ© de dĂ©couvrir et de programmer ce patrimoine inattendu de TrĂ©sors nationaux 2 » cachĂ©s. Le tirage des Trois cousins a Ă©tĂ© ainsi rĂ©alisĂ© en octobre 2007 avec l’aide du chef opĂ©rateur du film, Bruno Muel, qui a supervisĂ© l’étalonnage. TournĂ© en 1969 Ă  Nanterre avec une camĂ©ra portable lĂ©gĂšre Ariflex, en pleine destruction des bidonvilles, le film est inspirĂ© d’un faitdivers, l’histoire dramatique de trois cousins algĂ©riens venus travailler en France. Pour reprendre les mots de Bruno Muel, Les Trois cousins est la face cachĂ©e de l’immigration. Un conte beau et triste ». Ă  mi-parcours entre documentaire et fiction pour mieux crĂ©er l’image d’aprĂšs ? on pense Ă  Cartier Bresson, il faut noter la prĂ©sence de Mohamed Zinet parmi les acteurs, ainsi que le jeu des acteurs amateurs, trĂšs convaincant. RenĂ© Vautier poursuit toute sa vie une carriĂšre de cinĂ©aste militant. 134 Films restaurĂ©s Une simple histoire est le premier film de Marcel Hanoun, c’est l’histoire d’une femme condamnĂ©e Ă  vie », dit Jean-Luc Godard dans la revue Arts. Coproduit par la tĂ©lĂ©vision française, le film reçoit le grand prix Eurovision au festival de Cannes en 1967. TirĂ© d’un triste fait-divers et tournĂ© en 16mm dans le Paris de la Nouvelle Vague, Une simple histoire raconte l’errance d’une mĂšre et de sa petite fille de six ans. Le son tĂ©moin est recouvert par une voix off, la mĂšre retrace les tristes Ă©vĂ©nements en commentaire synchrone. Cette premiĂšre expĂ©rimentation sonore est la trace d’un parti pris du rĂ©alisateur, la marque d’un effet effort de distanciation poĂ©tique et la volontĂ© de crĂ©ation d’une forme d’attention, d’écoute et de temporalitĂ© diffĂ©rentes. CinĂ©aste rare et prĂ©cieux, Marcel Hanoun a Ă©tĂ© photographe et journaliste avant de se tourner vers le cinĂ©ma, dos au grand spectacle mais bien debout dans les marges de la recherche et de l’expĂ©rimentation. Sa rĂ©flexion par l’écriture n’a jamais cessĂ© d’accompagner et d’alimenter sa crĂ©ation elle dĂ©place et enrichit son propos, en Ă©pouse la trajectoire Ă  la fois complexe et ascĂ©tique, exigeante et originale ». Marcel Hanoun est parti cette annĂ©e, nous laissant des Ă©crits, des notes et bien entendu des films qui ne cessent de nous prĂ©occuper par ce que filmer veut dire ». Une simple histoire a Ă©tĂ© numĂ©risĂ© en 2009, Ă  l’occasion de la rĂ©trospective consacrĂ©e Ă  Marcel Hanoun Ă  la CinĂ©mathĂšque française. Emilie Cauquy Remerciements Ă  HervĂ© Pichard et Bernard Benoliel, forces documentaires. Une simple histoire Marcel Hanoun 1959 / France / 66’ / noir et blanc InterprĂ©tation Micheline Bezançon la femme, Elizabeth Huart la petite fille, Raymond Jourdan, Gilette Barbier, Madeleine Marion, Maria Meriko, Max Delon. ScĂ©nario, image, montage, production Marcel Hanoun Son Paul Bonnefond Une femme vient Ă  Paris avec sa fille pour chercher du travail, mais elle n’y rencontre que la misĂšre. Le film, qui s’enroule autour d’un flash back, est le rĂ©cit par cette femme de sa galĂšre et de son errance, et c’est sans arrĂȘt, Ă  l’image comme au son, les mĂȘmes figures et les mĂȘmes motifs qui reviennent la faim, l’argent, la marche, trouver un travail, trouver un toit
 Le film se situe en aval des errances de Charlot, en aval des grandes figures dĂ©boussolĂ©es, Ă  la recherche de leur orientation, du cinĂ©ma nĂ©o-rĂ©aliste comme chez Rossellini, et puis aussi en aval du film de Robert Bresson, Un condamnĂ© Ă  mort s’est Ă©chappĂ©. Godard disait d’ailleurs du film c’est l’histoire d’une femme condamnĂ©e Ă  vivre ». Mais il se situe en amont du Paris vu par la Nouvelle Vague Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, les films de Truffaut, À bout de souffle de Godard, ou Le Signe du lion de Rohmer, qui est lui aussi un film sur la galĂšre, sur l’errance et la faim. Bernard Benoliel prĂ©sentation du film sur le site de la CinĂ©mathĂšque française lors de la rĂ©trospective Marcel Hanoun, mai 2010 Les trois cousins RenĂ© Vautier 1970 / France, AlgĂ©rie / 10’ / couleur InterprĂ©tation Mohamed Zinet, Farouk Derdour, Hamid Djellouli Image Bruno Muel, Robert LĂ©zian Son Michel Desrois, Antoine Bonfanti Musique originale Michel Portal, Françoise Starckenberg Montage Nedjma Scialom, Eric Faucherri, Anne Papillaut Production Union de production du cinĂ©ma Bretagne L’argent Il s’engage contre le capitalisme et le patronat Un homme est mort, le racisme en France Les Ajoncs, Les Trois cousins, poursuit sa dĂ©nonciation du colonialisme d’Afrique 50 Ă  Avoir vingt ans dans les AurĂšs, donne la parole aux femmes Quand les femmes ont pris la colĂšre, corĂ©alisĂ© avec Soazig Chappedelaine. Il fait tourner Claudia Cardinale pour la premiĂšre fois en 1956 Anneaux d’or, participe aux groupes Medvedkine et publie ses mĂ©moires en 1998, CamĂ©ra citoyenne, livre aujourd’hui Ă©puisĂ©. Le nouveau tirage des Trois Cousins a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© Ă  partir du nĂ©gatif original 35mm, les dĂ©fauts apparents d’origine rayures et dĂ©fauts sonores ont Ă©tĂ© conservĂ©s, stigmates de la diffusion difficile du film. Avec Les Trois cousins, RenĂ© Vautier devient l’un des pionniers d’un cinĂ©ma qui commence Ă  peine Ă  aborder la question de l’immigration des anciennes colonies françaises. Inaugurant une lignĂ©e de films commanditĂ©s par le Parti Communiste, Vautier s’attache Ă  dĂ©crire dans une forme courte, les conditions de vie misĂ©rables de travailleurs immigrĂ©s qui s’asphyxient dans une cabane Ă  cause d’une chaudiĂšre mal raccordĂ©e. d’aprĂšs Marguerite Vappereau, Des AurĂšs Ă  Chatila, Ă©thiques minoritaires », 1- Marcel Hanoun, CinĂ©ma cinĂ©aste, Notes sur l’image Ă©crite, Yellow Now, 2001. 2- Nicole Brenez, in Marcel Hanoun, CinĂ©ma cinĂ©aste, Notes sur l’image Ă©crite, prĂ©face, Yellow Now, 2001. 135 SĂ©ance expĂ©rimentale La couleur de l’argent Une sĂ©ance proposĂ©e par SĂ©bastien Ronceray, programmateur Ă  l’association Braquage À tous les numismates dressant des mancolistes, quelques perles cinĂ©matographiques autour de l’argent, de sa couleur, de sa folie, de sa matiĂšre, en trois temps ‱ DĂ©tournement d’argent des cinĂ©astes ont su prendre l’argent oĂč il Ă©tait pour dĂ©tourner l’usage classique du cinĂ©ma Norman McLaren, Len Lye, CĂ©cile Fontaine. ‱ Montage financier des films oĂč le rythme frappe comme sur des piĂšces de monnaie Hans Richter, Ben Russell. ‱ DĂ©pense aprĂšs avoir luttĂ© pour en gagner, chercher Ă  le dĂ©penser Satyajit Ray, Ronald Nameth Dollar Dance Norman McLaren États-Unis/1943/6’/couleur/sonore/vidĂ©o Distribution CinĂ©doc Paris Films Coop Film publicitaire sur l’inflation et le contrĂŽle des prix en animation tracĂ©e directement Ă  la plume sur pellicule de 35 mm. Rainbow Dance Len Lye Grande-Bretagne/1936/5’/couleur/sonore Avec l’aimable autorisation de la Len Lye Foundation et du British Postal Museum and Archive. ExpĂ©rimentation sur la couleur avec la pellicule GasparColor par le maĂźtre de l’intervention sur pellicule, pour le service d’épargne de la banque postale anglaise. Silver Rush CĂ©cile Fontaine France/1998/8’/couleur/sonore/16mm Chasses en tous genres, dans les dĂ©cors mythiques du Western amĂ©ricain. Des ruĂ©es vers l’or, mais aussi vers l’argent Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de la pellicule. Inflation Hans Richter Allemagne/1928/3’/noir & blanc/silencieux/16mm Montage rapide et rythmĂ© sur le thĂšme de l’inflation que connut l’Allemagne dans les annĂ©es 1920. Contrepoint entre le dĂ©clin des personnes et l’augmentation des zĂ©ros. Trypps 5 Dubai Ben Russell Etats-Unis/2008/3’/couleur/silencieux/16mm Une sĂ©miotique du capital, du bonheur, et la phĂ©nomĂ©nologie sous les nĂ©ons clignotants du capitalisme. Delivrance Sadgati Satyajit Ray Inde/1981/45’/couleur/sonore/ 35mm Inflation MalgrĂ© sa fiĂšvre, un intouchable exĂ©cute des travaux pour un brahman qu’il sollicite pour le mariage de sa fille. Le cours de l’expĂ©rience a baissĂ© » disait Walter Benjamin. Andy Warhol Exploding Plastic Inevitable Etats-Unis/1967/12’/couleur/sonore/BĂ©ta Ronald Nameth Captation d’un light show orchestrĂ© par Andy Warhol mettant en scĂšne les Velvet et les Superstars warholiennes. Ainsi une partie de l’humanitĂ© relativement riche, travailleuse, crĂ©atrice de surplus importants sait Ă©changer des choses considĂ©rables sous d’autres formes et pour d’autres raisons que celles que nous connaissons. » Marcel Mauss. 136 Art numĂ©rique Depuis plusieurs annĂ©es le festival et l’espace multimedia Gantner collaborent pour, autour des thĂ©matiques du festival, donner Ă  voir des Ɠuvres numĂ©riques au public et aux Ă©lĂ©ves qui viennent Ă  EntreVues. La crise, ces derniĂšres annĂ©es, a beaucoup inspirĂ© les artistes numĂ©riques. L’Ɠuvre Grenze de Patrick Fontana, qui s’appuie sur le capital de Marx, sera exposĂ©e au public dans le hall du cinĂ©ma. Mais beaucoup d’autres Ɠuvres sont aussi Ă  dĂ©couvrir sur internet. Grenze de Patrick Fontana avec Pierre-Yves Fave et Emeric Aelters En partenariat avec L’Espace multimĂ©dia gantner, service du Conseil GĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort Grenze » est une vision des mĂ©tamorphoses du systĂšme capitaliste d’aprĂšs Le Capital de Karl Marx. Il s’articule autour de lui. Il en donne une traduction visuelle. Il met progressivement en place une chaĂźne de mouvements mĂ©tamorphiques. À la construction d’un mĂ©canisme infernal qui emporte tout, rĂ©pondent notre regard, notre attente, le temps. Patrick Fontana Avec Pierre-Yves Fave, nous avons ouvert un dialogue entre l’outil informatique et le geste dessinĂ© et animĂ© dans Grenze nous avons cherchĂ© Ă  ĂȘtre cohĂ©rent graphiquement avec la teneur de ce qu’est le capital un ensemble de rapport de forces agissant sur notre environnement et sur nous. Emeric Aelters compose l’ensemble des corps sonores et une musique Ă©lectronique originale en direct pendant toute la durĂ©e de la vidĂ©o performance. » Art numĂ©rique A VOIR SUR INTERNET ‱ Rybn et leur robot qui spĂ©cule ‱ ‱ Une reflexion sur la circulation de ‱ l’argent, du dollar ‱ ‱ ‱ Le post capitalisme vu par le ‱ performeur Martin Schick ‱ Not My Piece – Postcapitalism for ‱ beginners on Vimeo ‱ Le Confessionnal Homme vĂ©nale, femme vĂ©nale, confessez-vous ! » AprĂšs Lacan, l’extimitĂ©, par opposition Ă  l’intimitĂ©, est, tel qu’elle a Ă©tĂ© dĂ©finie par le psychiatre Serge Tisseron, le dĂ©sir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-lĂ  considĂ©rĂ©s comme relevant de l’intimitĂ©. C’est sur cette base rĂ©flexive que s’appuient les deux artistes Sandrine DĂ©cembre et SĂ©bastien Augier. Notre source d’inspiration est l’artiste Andy Warhol et particuliĂšrement ses films rĂ©alisĂ©s entre 1963 et 1968 », prĂ©cise Sandrine DĂ©cembre. Il s’agit ici d’enregistrer les personnes comme elles sont. » Warhol a introduit le principe d’une gĂ©nĂ©ralisation de l’extimitĂ©. Selon lui Tous les gens disent des choses fantastiques
 On considĂšre cela toujours nĂ©gativement, comme une invasion de leur vie privĂ©e, mais je crois plutĂŽt que chacun devrait ĂȘtre constamment enregistrĂ© Ă  son insu [bugged], enregistrĂ© et photographiĂ©. » L’argent Du samedi 24 novembre au dimanche 2 dĂ©cembre, testez Le Confessionnal », un espace de rĂ©flexion privilĂ©giĂ© sur l’ extimitĂ© ». Le confessionnal s’inscrit dans l’esthĂ©tique de la quotidiennetĂ©, dans l’esthĂ©tique de la dĂ©mocratie de masse, dans l’accĂšs pour tous Ă  une reprĂ©sentation artistique lĂ©gitime » prĂ©cise SĂ©bastien Augier. Le Confessionnal invite le public d’EntreVues Ă  se confesser sur le sujet de l’argent Que pensez-vous de l'argent ? Aimez-vous l'argent ? Vous imaginez-vous parfois allongĂ©s dans un champ de blĂ© ? Cuisinez-vous vos carottes Ă  l'oseille ? » 137 SĂ©ances SĂ©ance jeune public jeune public Les mercredi, samedi et dimanche, hors temps scolaire, six sĂ©ances pour que les enfants profitent du festival avec leurs parents, autour d'un choix de films oĂč il est aussi question d'argent. Ces sĂ©ances sont ouvertes Ă  tous et gratuites jusqu'Ă  12 ans. Les Temps modernes Modern Times Charles Chaplin 1935 / États-Unis / 87’ / noir et blanc / muet Ă  partir de 7 ans Avec Charles Chaplin, Paulette Goddard CinĂ©-goĂ»ters Les Goonies The Goonies Richard Donner La vie d’un ouvrier, employĂ© sur une chaĂźne de production, soumis Ă  divers mauvais traitements, gavĂ© par une machine ou contraint Ă  visser des Ă©crous Ă  un rythme effrĂ©nĂ© sur une chaĂźne de montage accĂ©lĂ©rĂ©e. Rendu malade par les machines et l’automatisme, il abandonne son poste
 Dimanche 25 novembre, 14h La RiviĂšre d’argent Silver River Raoul Walsh 1947 / États-Unis / 110’ / noir et blanc / vf Ă  partir de 8 ans Avec Errol Flynn, Ann Sheridan Durant la Guerre de SĂ©cession, alors que la bataille de Gettysburg fait rage, de peur que le million de dollars en billets de banque dont il a la charge tombe aux mains des Sudistes qui le poursuivent, le capitaine Mike McComb prend la dĂ©cision de mettre le feu au chariot qui le contient. Pensant avoir accompli un acte hĂ©roĂŻque, cette action lui vaut au contraire d’ĂȘtre renvoyĂ© de l’armĂ©e. Samedi 1er dĂ©cembre, 14h Une vie de chat Jean-Loup Felicioli, Alain Gagnol 2010 / France, Belgique / 70’ / couleur Ă  partir de 5 ans Avec les voix de Dominique Blanc, Bruno Salomone, Jean Benguigui, Bernadette Lafont Depuis la mort de son pĂšre, policier abattu en service par le terrible gangster Victor Costa, ZoĂ©, 7 ans, est muette. Son meilleur ami, son chat Dino, est devenu, au cours de ses virĂ©es nocturnes sur les toits, familier d’un habile et charmant monte-en-l’air Nico. Dimanche 2 dĂ©cembre, 11h 138 1985 / États-Unis / 114’ / couleur / vostf Ă  partir de 8 ans Avec Sean Astin, Josh Brolin, Jeff Cohen Astoria, une modeste et paisible citĂ© portuaire de la CĂŽte Ouest des États-Unis. Alors que les terribles Fratelli s’évadent de prison, une bande de gamins trouvent dans un grenier une vieille carte au trĂ©sor menant au pirate Willy Le Borgne. Mercredi 28 novembre, 14h Les Aventures de Robin des Bois The Adventures of Robin Hood Michael Curtiz, William Keighley 1938 / États-Unis / 102’ / noir et blanc / vf Ă  partir de 7 ans Avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone En l’an 1191, le roi Richard CƓur-de-Lion, parti pour les Croisades, a Ă©tĂ© fait prisonnier par LĂ©opold d’Autriche. Mais Ă  la Cour de Nottingham, son frĂšre, le prince Jean, tient Ă  garder le pouvoir. Robin de Loxsley, archer de grande valeur, se refuse Ă  reconnaĂźtre l’autoritĂ© de l’usurpateur... Dimanche 2 dĂ©cembre, 14h Une autre projection aura lieu le samedi 24 novembre Ă  14h CinĂ©ma et histoire CAPITALISME 139 CinĂ©ma et histoire Capitalisme, temps de crises L a crise » sujet dramatiquement d’actualitĂ© depuis quelques annĂ©es
 Stricto sensu, la crise », qu’elle soit politique ou Ă©conomique, dĂ©signe uniquement le moment du retournement de la conjoncture, selon une ancienne analogie empruntĂ©e Ă  l’univers mĂ©dical. La crise n’est alors qu’un phĂ©nomĂšne trĂšs ponctuel, qui fait dĂ©jĂ  partie du passĂ© aussitĂŽt qu’elle est advenue. Lecture partielle et lĂ©nifiante de l’histoire qui nĂ©glige les mĂ©canismes de propagation de la crise du secteur financier Ă  la sphĂšre Ă©conomique et sociale, au monde rĂ©el ». Alors dĂ©pression », qui implique l’idĂ©e d’un malaise Ă©conomique durable ? LĂ  encore, rĂ©duire la crise » Ă  une dĂ©pression manque de pertinence. La crise » ne se traduit pas toujours ou seulement par une rĂ©cession Ă©conomique, une diminution de l’ensemble des richesses produites par un pays. À mesure que l’histoire du capitalisme se dĂ©roule, les formes de la crise se renouvellent ou se rĂ©pĂštent temps des crises plutĂŽt que temps de la crise ? Le passage du singulier au pluriel pose l’épineuse question de la normalitĂ© supposĂ©e du capitalisme. La croissance est-elle l’état normal de ce dernier ? L’histoire est-elle condamnĂ©e Ă  se rĂ©pĂ©ter ou a-telle une fin ? Les travailleurs pauvres rĂ©apparaissent, les Ă©carts entre les plus riches et les plus pauvres se re creusent, le nombre de chĂŽmeurs augmente, la prĂ©caritĂ© s’étend. La crise est financiĂšre, Ă©conomique, sociale, mais aussi morale. Pour mieux comprendre ces temps des crises, nous commençons par le temps des cerises, le temps du capitalisme sauvage des self-made-men amĂ©ricains qui spĂ©culent comme ils jouent au poker, crĂ©ent puis tarissent La RiviĂšre d’argent. Le rĂȘve amĂ©ricain est parfois mis Ă  mal mais il est toujours prĂ©sent dans les diffĂ©rentes visions hollywoodiennes. Nouveaux dĂ©parts, errances bibliques ou modernes Ă©voquent la Manifest Destiny » Ă©tatsunienne. Toute autre est la vision soviĂ©tique du rĂȘve amĂ©ricain et surtout des peurs que suscite l’apparition de l’URSS. À la naĂŻvetĂ© de Mr West au pays des bolchĂ©viks rĂ©pond la luciditĂ© des jurĂ©s du procĂšs de Cleveland contre Wall Street. Si les pauvres sont les premiĂšres victimes de la crise alors que les riches s’en sortent mieux, c’est bien une question de crĂ©dulitĂ© exploitĂ©e, d’ignorance entretenue, parce ce que nous ne sommes pas du mĂȘme monde », bref de capital culturel inĂ©gal. Pour autant, les visions de la crise ne sont pas manichĂ©ennes. Certes, des responsables – supposĂ©s ou rĂ©els – sont dĂ©signĂ©s travailleurs immigrĂ©s, banquiers, sociĂ©tĂ©s anonymes, experts des jeux complexes des mĂ©canos financiers, instances internationales sont convoquĂ©s Ă  la barre. Certes, les victimes sont identifiĂ©es vieille dame expulsĂ©e de sa maison, mĂ©tayers, mineurs ou populations des pays du Sud. Mais les deux figures se confondent parfois de maniĂšre troublante et la rĂ©demption n’est pas toujours au rendez-vous. Cela ne facilite pas la tĂąche de ceux qui sont dĂ©signĂ©s pour juger des responsabilitĂ©s de chacun. Morale et argent deux constructions historiques et cinĂ©matographiques qui cohabitent mal. Au final, la vĂ©ritĂ© est comme souvent Ă©noncĂ©e par le fou, pasteur ou avocat, Pangloss lucide qui dĂ©nonce l’aviditĂ© et l’égoĂŻsme et rappelle le sens du vivre ensemble et la force de l’action collective. Laurent Heyberger MaĂźtre de confĂ©rences en histoire contemporaine RÉCITS-DĂ©partement HumanitĂ©s UniversitĂ© de Technologie de Belfort-MontbĂ©liard intervenants au colloque ‱ JĂ©rĂŽme Bloch ‱ Michel Etcheverry ‱ Laurent Heyberger ‱ Samuel LeliĂšvre ‱ Anne-Lise Marin-Lamellet ‱ Irina Tcherneva 140 CinĂ©ma et histoire Les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks Lev Koulechov Mister West Ă©tait une cinĂ©-caricature, une parodie de films de cow-boys et de films comiques. Son cĂŽtĂ© burlesque, ironique, parodique, rĂ©vĂ©lait une forte influence de l’époque. La jeune Ă©poque de la rĂ©volution, l’époque dĂ©bordante de joie de vivre, riait Ă  gorge dĂ©ployĂ©e de tout ce qui Ă©tait risible, retournait sens dessus-dessous les formes habituelles de l’art et les adaptait joyeusement aux thĂšmes du jour. Luda Schnitzer, NeĂŻa ZorkaĂŻa Cahiers du cinĂ©ma, mai-juin 1970 1924 / / 94’ / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Porfiri Podobed Mr. West, Boris Barnet Jeddy, Alexandra Khokhlova la comtesse, Vsevolod Poudovkine Shban, Sergei Komarov le borgne, Vladimir Fogel un collĂšgue d’Elly, Vera Lopatina Elly, Leonid Obolenski le gandin ScĂ©nario NikolaĂŻ Aseyev, Vsevolod Poudovkine DĂ©cors Vsevolod Poudovkine Image Alexander Levitsky Montage Alexander Levitsky Production Goskino L’argent Mister West, un bourgeois amĂ©ricain, dĂ©cide d’entreprendre un voyage en URSS. Sa famille essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de l’en dissuader, tout imprĂ©gnĂ©e qu’elle est par la presse amĂ©ricaine oĂč l’image du bolchevik reste celle d’un brigand, le couteau entre les dents. Par prudence, Mister West engage un cow-boy qui veillera Ă  sa sĂ©curitĂ© pendant le voyage. Mises en abĂźme le capitalisme vu d’URSS par Irina Tcherneva Irina Tcherneva achĂšve sa thĂšse de doctorat, consacrĂ© au cinĂ©ma non-jouĂ© en URSS aprĂšs la mort de Staline, Ă  l’EHESS Centre d’études du monde russe, caucasien et centre-europĂ©en. Elle participe actuellement Ă  une recherche collective sur le cinĂ©ma soviĂ©tique en guerre. Elle a contribuĂ© Ă  faire connaĂźtre le documentaire soviĂ©tique en France via des interventions et l’organisation de projections, aussi bien dans le cadre scientifique qu’associatif. 141 CinĂ©ma et histoire Les Raisins de la colĂšre John Ford The Grapes of Wrath Tom Joad sort de prison aprĂšs y avoir purgĂ© une peine de quatre ans. ArrivĂ© Ă  la maison de ses parents, il dĂ©couvre que celle-ci est vide Ă  l’exception d’un malheureux nommĂ© Muley qui lui explique que tous les fermiers de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© chassĂ©s par des entrepreneurs. Tom rejoint alors ses parents qui se sont rĂ©fugiĂ©s chez leurs propres parents. Toute la famille dĂ©cide de quitter l’Oklahoma pour gagner la Californie oĂč, parait-il, on peut encore trouver du travail
 Les Raisins de la colĂšre est l’ancĂȘtre et le plus sublime des road movies du cinĂ©ma amĂ©ricain. Il contient en tout cas l’une des plus poignantes et plus violentes dĂ©nonciations de la misĂšre qu’on ait vues dans un film. À cet Ă©gard, il souligne bien le caractĂšre politiquement inclassable de l’Ɠuvre de Ford, considĂ©rĂ© par les uns comme un radical » une sorte de gauchiste et par les autres comme un ultra-conservateur. Ces notions de radicalisme et de conservatisme sont en vĂ©ritĂ© Ă©trangĂšres Ă  Ford qui s’attache ici, comme il l’a fait souvent, Ă  traiter un sujet se dĂ©roulant dans une Ă©poque de transition, c’est Ă  dire de rupture, de cassure entre deux mondes. Un monde disparaĂźt celui de la famille unie et des traditions sĂ©culaires. Un autre monde, peut-ĂȘtre, va naĂźtre, enfantĂ© dans le dĂ©sarroi, le doute, la souffrance. Jacques Lourcelles Dictionnaire du cinĂ©ma, Robert Laffont, 1992 142 1939 / États-Unis / 129’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Henry Fonda Tom Joad, Jane Darwell Ma Joad, John Carradine Casy, Charley Grapewin Grandpa Joad, Dorris Bowdon Rosasharn, Russell Simpson Pa Joad, Whitehead Al, John Qualen Muley, Eddie Quillan Connie Rivers, Zeffie Tilbury Grandma Joad ScĂ©nario Nunnally Johnson, d’aprĂšs le roman de John Steinbeck Direction artistique, dĂ©cors Richard Day, Mark-Lee Kirk, Thomas Little Image Gregg Toland Son Roger Heman, George Leverett Musique originale Alfred Newman Montage Robert Simpson Production Twentieth Century Fox La crise de 29 aux États-Unis par Michel Etcheverry Michel Etcheverry est agrĂ©gĂ© d’anglais et enseigne Ă  l’UniversitĂ© de Paris-IV Sorbonne. SpĂ©cialiste du cinĂ©ma amĂ©ricain, il est l’auteur de nombreux articles et a fait partie du comitĂ© de rĂ©daction de la revue Split Screen. Il a co-dirigĂ© avec Francis Bordat l’ouvrage Cent ans d’aller au cinĂ©ma le spectacle cinĂ©matographique aux États-Unis Presses Universitaires de Rennes et prĂ©pare actuellement un livre sur le cinĂ©ma policier, Ă  paraĂźtre en 2013 aux Ă©ditions Rouge Profond. La RiviĂšre d’argent Silver River CinĂ©ma et histoire Raoul Walsh La RiviĂšre d’argent est moins un western au sens strict qu’un conte moral sur le capitalisme sauvage. Le film aborde les effets pervers et les limites de l’individualisme et du carriĂ©risme encouragĂ©s par le systĂšme amĂ©ricain. En effet, chez Walsh, tous les coups ne sont pas permis, et l’action s’accompagne toujours de la rĂ©flexion. Le personnage principal expĂ©rimente les limites de sa misanthropie et de sa cupiditĂ© pour finalement transcender son mĂ©pris pour la sociĂ©tĂ© et comprendre l’importance de ses responsabilitĂ©s morales devant la communautĂ©. La dimension politique du film n’occulte pas le lyrisme et l’énergie habituels de Walsh. Quant Ă  l’exceptionnel pouvoir de sĂ©duction de Flynn, malgrĂ© un vieillissement prĂ©maturĂ© du Ă  ses excĂšs de boisson, il accentue la complexitĂ© de son personnage. Olivier PĂšre Blog personnel, 13 janvier 2012 1947 / États-Unis / 110’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Errol Flynn Mike McComb, Ann Sheridan Georgia Moore, Thomas Mitchell John Plato Beck, Bruce Bennett Stanley Moore, Tom d’Andrea Pistol » Porter, Barton McLane Banjo » Sweeney, Monte Blue Buck Chevigee, Jonathan Hale Spencer, Al Bridge Slade, Arthur Space Major Ross ScĂ©nario Harriet Frank Jr, Stephen Longstreet, d’aprĂšs son roman DĂ©cors Ted Smith, William Wallace Image Sidney Hickox Son Francis J. Scheid Musique originale Max Steiner Montage Alan Crosland Jr. Production Warner Bros Pictures L’argent Durant la Guerre de SĂ©cession, alors que la bataille de Gettysburg fait rage, de peur que le million de dollars en billets de banque dont il a la charge tombe aux mains des Sudistes qui le poursuivent, le capitaine Mike McComb prend la dĂ©cision de mettre le feu au chariot qui le contient. Pensant avoir accompli un acte hĂ©roĂŻque, cette action lui vaut au contraire d’ĂȘtre renvoyĂ© de l’armĂ©e. Il dĂ©cide dĂ©sormais de n’obĂ©ir qu’à ses propres lois et de ne plus se laisser marcher sur les pieds, portĂ© par ses ambitions dĂ©mesurĂ©es
 La fiĂšvre du capitalisme sauvage par JĂ©rĂŽme Bloch Doctorant en Études CinĂ©matographiques Ă  l’UniversitĂ© Paris III Sorbonne-Nouvelle, JĂ©rĂŽme Bloch rĂ©dige une thĂšse intitulĂ©e RĂ©cits bibliques et cinĂ©ma amĂ©ricain adaptations, emprunts, lectures et relectures » sous la direction de Jean-Loup Bourget. Auteur d’articles scientifiques publiĂ©s en 2012 dans les ouvrages collectifs Michel de M’Uzan ou le saisissement crĂ©ateur Éditions Champ-Vallon et Avanca Cinema 2012 Éditions CinĂ©-Club de Avanca, il enseigne l’écriture de scĂ©nario dans plusieurs Ă©tablissements. 143 CinĂ©ma et histoire Nos amis de la banque Peter Chappell L’avenir des pays en voie de dĂ©veloppement dĂ©pend pour une bonne part d’une institution vieille de 50 ans la Banque mondiale. CritiquĂ©e et remise en cause, confrontĂ©e Ă  de nombreux Ă©checs, la Banque traverse une pĂ©riode de perplexitĂ© quant aux nouvelles stratĂ©gies Ă  adopter, principalement en Afrique. Pendant 14 mois, Peter Chappell a suivi les nĂ©gociations entre la Banque mondiale et l’Ouganda, pour dĂ©crire et comprendre les mĂ©canismes obscurs et abstraits qui façonnent la rĂ©alitĂ© des relations nord-sud, et l’avenir de millions d’hommes. Comment rendre compte de rapports entre institutions, entre un Ă©tat, l’Ouganda, et une organisation internationale, la banque mondiale, comment rendre compte de rapports qui les dĂ©passent mĂȘme, ceux entre le Sud et le Nord, entre celui qui croit pouvoir dĂ©cider et celui qui dĂ©cide de fait. Comment rendre compte de ce qui reste secret, abstrait, complexe et qui pourtant rĂ©git le monde et aura des rĂ©percussions concrĂštes et immĂ©diates sur la politique d’un pays mais aussi sur la vie de milliers de personnes. Le pouvoir, l’argent, le trafic d’influence, les nĂ©gociations, de cela Nos amis de la banque nous donnera une idĂ©e plus qu’il ne le montrera vraiment, au dĂ©tour d’un couloir, Ă  la faveur d’un sourire ou d’une parole dans un plan ou de la mise en scĂšne trĂšs officielle d’une poignĂ©e de main. Pourtant le suspense 144 1997 / France, Grande Bretagne / 84’ / couleur / vostf ScĂ©nario Peter Chappell, Greg Lanning Image Peter Chappell Son Tim Hughes, Anthony Cooper Montage Catherine Zins Production JBA Productions, IBT Production, Arte France, Channel Four fonctionne totalement l’ambiguĂŻtĂ© des personnages ou l’empathie que nous pouvons nous dĂ©couvrir pour les uns et les autres, fait de ce film documentaire un vĂ©ritable polar financier ! Catherine Bizern La crise vue du Sud Nos amis de la banque P. Chapell, 1986 par Samuel LeliĂšvre Chercheur associĂ© au Laboratoire Communication et Politique LCP/CNRS, Samuel LeliĂšvre conduit des recherches en philosophie, histoire, et cinĂ©ma. Ses centres d’intĂ©rĂȘt concernent principalement les relations entre image, Ă©thique, et esthĂ©tique. Il travaille aussi sur l’articulation entre culture, cinĂ©ma et politique et a notamment publiĂ© des recherches sur les cinĂ©mas et audiovisuels africains. It’s a Free World CinĂ©ma et histoire Ken Loach C’est un film sur l’idĂ©e que notre sociĂ©tĂ© est en proie Ă  un conflit permanent. J’utilise la mĂ©taphore de la guerre, avec cette ligne de front qui oppose deux camps, les exploiteurs et les exploitĂ©s. Mais j’en reste Ă  l’analogie, je ne me risquerais pas Ă  confondre les deux. Angie, mon hĂ©roĂŻne, se situe Ă  la frontiĂšre des deux mondes. Elle est d’abord envoyĂ©e au front par ceux qui l’exploitent et finit par exploiter Ă  son tour. Elle ne devient pas au cours du film une personne diffĂ©rente. C’est la mĂȘme personne dans un contexte qui a changĂ©. J’ai pensĂ© qu’il Ă©tait plus intĂ©ressant d’explorer les mĂ©canismes de l’exploitation du point de vue de ceux qui exploitent, plutĂŽt que dans celui, exclusif, des victimes. » Ken Loach entretien avec Jean-Baptiste Thoret et StĂ©phane Bou, Charlie Hebdo, 2 janvier 2008 2007 / Grande Bretagne, Italie, Allemagne, Espagne, Pologne / 96’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Kierston Wareing Angela, Juliet Ellis Rose, Leslaw Zurek Karol, Joe Siffleet Jamie, Colin Coughlin Geoff, Maggie Hussey Cathy, Raymond Hearns Andy, Davoud Rastgou Mahmoud, Mahin Aminnia la femme de Mahmoud ScĂ©nario Paul Laverty DĂ©cors Fergus Clegg, Peter James Image Nigel Willoughby Son Ray Beckett Musique originale George Fenton Montage Jonathan Morris Production Sixteen films, Bim Distribuzione, EMC Produktion, Tornasol Films, SPI International L’argent Angie travaille pour une agence de recrutement. Elle sillonne l’Europe de l’Est, Ă  la recherche d’une main-d’oeuvre bon marchĂ©. Au cours d’une mission en Ukraine, elle rencontre Karol. Elle l’embauche sur le champ et, aprĂšs une altercation avec son supĂ©rieur, passe la nuit avec lui. De retour en Angleterre, Angie apprend qu’elle est virĂ©e. Elle ne se laisse pas abattre pour autant avec sa colocataire, Rose, elle transforme son appartement de l’East London en agence d’intĂ©rim
 La crise du travail par Anne-Lise Marin-Lamellet Anne-Lise Marin-Lamellet est maĂźtre de confĂ©rences Ă  l’UFR d’Arts, Lettres et Langues de l’UniversitĂ© Jean Monnet - Saint Etienne. Au sein du CIEREC, elle travaille sur la civilisation et le cinĂ©ma britanniques contemporains. Elle est l’auteur d’une thĂšse intitulĂ©e Le Working Class Hero ou la figure ouvriĂšre Ă  travers le cinĂ©ma britannique de 1956 Ă  nos jours » 145 CinĂ©ma et histoire Cleveland contre Wall Street Jean-StĂ©phane Bron Et si le procĂšs intentĂ© en janvier 2008 par la ville de Cleveland Ă  vingt et une banques amĂ©ricaines, qui ont rĂ©ussi Ă  le repousser aux calendes grecques, avait bel et bien eu lieu, Ă  quoi aurait-on assistĂ© ? qu’auraiton compris enfin ? quelle eĂ»t Ă©tĂ© la ligne de dĂ©fense des banques ? La crise financiĂšre, avec ses histoires de subprimes et de titrisations, a fait beaucoup de victimes dans la rĂ©gion de Cleveland prĂšs de 20 000 familles, soit 100 000 personnes, ont Ă©tĂ© expulsĂ©es de leur domicile. Quand Jean-StĂ©phane Bron dĂ©couvre dans un article qu’une ville a portĂ© plainte contre des banques, il dĂ©barque dans l’Ohio. Puis, quand tout le monde comprend que le procĂšs n’aura pas lieu, a cette idĂ©e admirable de le jouer pour de faux. Il trouve un tribunal, un juge Ă  la retraite, rĂ©unit un jury populaire et de vrais tĂ©moins, et convainc deux vĂ©ritables avocats concernĂ©s par l’affaire dont celui de la ville, Josh Cohen de participer Ă  cette mise en scĂšne. 
 En expliquant clairement au spectateur ce qu’est le scandale des subprimes, en lui montrant un procĂšs qui n’aura sans doute jamais lieu, Bron fait du cinĂ©ma un usage pĂ©dagogique, mais qui pourrait ĂȘtre contestable. A-t-on le droit de vouloir remplacer la rĂ©alitĂ© par son spectacle ? Ne peut-on expliquer les choses sans avoir recours au pathos ? La rĂ©ponse est de la responsabilitĂ© de chaque spectateur. Mais quoi qu’il en soit, Cleveland contre Wall Street montre 146 2010 / France, Suisse / 98’ / couleur ScĂ©nario Jean-StĂ©phane Bron Image Julien Hirsch Son Jean-Paul Mugel Montage Simon Jacquet Production Les Films PellĂ©as, Saga Productions, Jouror Productions que le cinĂ©ma n’a rien perdu de l’une de ses plus grandes forces s’il n’a pas le pouvoir de se substituer au rĂ©el, il lui reste celui, toujours bien vivace, de consoler ceux qui ont perdu. Jean-Baptiste Morain Les Inrockuptibles, 18 aoĂ»t 2010 La crise financiĂšre contemporaine par Laurent Heyberger Laurent Heyberger est maĂźtre de confĂ©rences en histoire contemporaine Ă  l’UniversitĂ© de technologie de Belfort-MontbĂ©liard. SpĂ©cialiste d’histoire Ă©conomique et sociale et de dĂ©mographie historique, il s’intĂ©resse notamment Ă  l’industrialisation de la France et Ă  la colonisation française en Afrique. SĂ©ance spĂ©ciale Indispensable Ă  la programmation Capitalisme temps de crises, oĂč nombre de ses films auraient pu trouver leur place, Jean-Luc Godard est aussi une personnalitĂ© du cinĂ©ma centrale pour la revue art press qui lui a consacrĂ© intĂ©gralement plusieurs numĂ©ros. La programmation de son dernier film en date, Film socialisme, s’imposait ainsi Ă  plusieurs titres. AndrĂ© Labarthe, Ă©galement, compagnon de route du festival, de la revue art press mais aussi personnage indispensable Ă  la filmographie de JeanLuc Godard, ne pouvait ĂȘtre absent de cette Ă©dition du festival. D’autant plus qu’il nous offre avec No comment l’occasion de ne pas en finir avec Film Socialisme. SĂ©ance spĂ©ciale en compagnie de AndrĂ© Labarthe Film socialisme Jean-Luc Godard 2010 / France / 102’ / couleur InterprĂ©tation Agatha Couture Alissa, Jean-Marc StehlĂ© Otto Goldberg, Catherine Tanvier la mĂšre, Christian Sinniger le pĂšre, Florine Battaggia la fille NadĂšge Beausson-Diagne Constance, Quentin Grosset Lucien, Olga Riazanova l’agent secret russe, Élisabeth Vitali une journaliste France 3, Patti Smith elle-mĂȘme, Alain Badiou lui-mĂȘme, Lenny Kaye lui-mĂȘme ScĂ©nario, montage Jean-Luc Godard Image Jean-Luc Godard, Fabrice Aragno, Paul Grivas Son Gabriel Hafner, François Musy Production Alain Sarde Un bateau croise sur la MĂ©diterranĂ©e. C’est une vaste structure flottante oĂč l’on mange, dort, danse, prie. À bord, au grĂ© des escales, un petit garçon, une jeune fille, Alissa et un vieil homme, Goldberg montagne d’or », un photographe et un historien
 La famille Martin est en crise politique. Les parents sont contestĂ©s par les enfants qui souhaiteraient vivre une expĂ©rience socialiste et donc se prĂ©sentent contre eux Ă  des Ă©lections
 L’argent No Comment AndrĂ© S. Labarthe Un appartement. Jean Douchet, Jean Narboni, Cyril Neyrat, et Yannick Haenel discutent. Quatre personnes, quatre cinĂ©philes, quatre amis ou passionnĂ©s de JLG, quatre points de vue s’affrontent, se rĂ©pondent autour d’une question qu’est-ce que Film Socialisme ? 2011 / France / 52’ / couleur Intervenants Jean Douchet, Yannick Haenel, Jean Narboni, Cyril Neyrat, Marc’O, Eugenio Renzi, Philippe-Emmanuel Sorlin, Arthur Mas, Martial Pisani. Image François Ede, Tom Harari Son Erwan Kerzanet Montage Thierry Demay Production Independencia Valentina Novati 147 art press 40 ans de regard Créée en 1972, art press se dĂ©finit elle-mĂȘme comme une revue d’information et de rĂ©flexion sur la crĂ©ation contemporaine, comme un acteur et un tĂ©moin engagĂ© de la crĂ©ation d’aujourd’hui, qui a pour vocation de couvrir l’ensemble de la scĂšne artistique mondiale. DĂšs ses premiers numĂ©ros, la revue se prĂ©occupe de photographie, de cinĂ©ma, de danse, de littĂ©rature, de théùtre, portant sur ces diffĂ©rentes disciplines un regard propre Ă  celui d’une revue d’art. Les amitiĂ©s que la revue et le festival partagent avec AndrĂ© S. Labarthe ou Dominique PaĂŻni, justifiaient dĂ©jĂ  un rapprochement entre nous. Mais proposer Ă  art press, Ă  l’occasion de son quarantiĂšme anniversaire, de porter son regard sur le cinĂ©ma contemporain, est surtout une façon de rendre hommage Ă  cette vision plurielle et dĂ©cloisonnĂ©e sur le monde de l’art Ă  laquelle les dĂ©veloppements des pratiques des artistes ont donnĂ© raison. Aujourd’hui, notamment avec l’art vidĂ©o – films et installations –, la frontiĂšre entre les arts plastiques et le cinĂ©ma est devenue de plus en plus poreuse. La compĂ©tition du festival en porte elle-aussi la marque en s’intĂ©ressant aux travaux de ClĂ©ment Cogitore, Clarisse Hahn, Gabriel Abrantes ou encore Ben Russell, pour ne citer que les artistes que nous retrouvons rĂ©guliĂšrement dans les galeries et musĂ©es d’art contemporain. AInsi dans son numĂ©ro sur le cinĂ©ma contemporain en juillet 2011, art press rendait compte des arts de faire des films » en mettant l’accent sur les relations du film Ă  l’experimentation » ; de ces relations naissent des Ɠuvres qui portent en elles de nouvelles mise en rĂ©cit et en image », celles-lĂ  mĂȘme que nous tentons de rassembler dans la compĂ©tition internationale d’EntreVues. 148 Le choix d'art press est un regard singulier sur le cinĂ©ma depuis les annĂ©es soixante, regard partagĂ© avec Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, mais qui appartient d'abord Ă  Catherine Millet. Nous retrouvons ici le goĂ»t de l'Ă©crivain et de la directrice de la rĂ©daction de la revue pour une reprĂ©sentation sexuelle du corps et ritualisĂ©e du monde. Essentiellement europĂ©enne, et mĂȘme française, cette programmation nous touche par l’évidence des cinĂ©astes choisis, d’art sur les images animĂ©es » d’autres oeuvres qui marquent le lieu d’échange entre cinĂ©ma et arts plastiques, les liens tissĂ©es entre les images en mouvement et les pratiques expĂ©rimentales, entre le film et lexpĂ©rimentation. Art press 40 ans de regard mais aussi la cohĂ©sion des univers, qui, sans ĂȘtre semblables, se rĂ©pondent et s’additionnent pour construire un territoire imaginaire, qui nous est dĂ©licieusement familier. A cĂŽtĂ© de cette programmation de films qui appartiennent pleinement au champ cinĂ©matographique, nous avons voulu Ă©galement rendre compte, dans le cadre de la table ronde De l’art vidĂ©o aux Ɠuvres contemporaines le regard d’une revue Les citations entre guillemets sont de Christophe Kihm Ă©ditorial - artpress 2 cinemas contemporains mai-juin-juillet 2011 149 art Un cinĂ©ma frottĂ© d’art I l fut une Ă©poque oĂč l’envie d’écriture pour un jeune cinĂ©phile oscillait entre deux revues historiques, Les Cahiers du cinĂ©ma et Positif. Deux revues dont les goĂ»ts s’opposaient idĂ©ologiquement et esthĂ©tiquement. Cette opposition n’a pas cessĂ© sans doute malgrĂ© des cinĂ©astes qui abolissent aujourd’hui, par leur gĂ©nie, les antagonismes critiques. Dans les annĂ©es 50 et 60, peu de revues mensuelles s’ouvraient Ă  une chronique cinĂ©matographique. La revue Esprit, Les Temps modernes ou parfois Critique en accueillirent. Elle s’intĂ©grait dans le cadre de vastes questions morales et politiques ou au coeur de dĂ©bats sur les stratĂ©gies du rĂ©cit, lors de la dĂ©couverte aprĂšs guerre du grand roman amĂ©ricain et de l’avĂšnement du Nouveau Roman ». Paradoxalement les revues d’art ou plus gĂ©nĂ©ralement celles consacrĂ©es aux arts visuels accordĂšrent finalement peu de place Ă  l’actualitĂ© cinĂ©matographique. Ou alors, il fallait la singularitĂ© de certains artistes de LĂ©ger Ă  Cornell, de Man Ray Ă  Monory, chez lesquels l’exception d’un film prolongeait l’activitĂ© plasticienne ou encore des dossiers ordinaires qui associaient peinture et cinĂ©ma comme soucis de contemporanĂ©itĂ©. Écrire sur le cinĂ©ma dans la revue art press dans les annĂ©es 70 ne relevait pas de la seule ambition de rapprocher le cinĂ©ma des autres arts visuels avec l’enjeu thĂ©orique de faire le compte des dettes et crĂ©ances ». L’histoire de l’art avait pourtant l’obligation lĂ©gitime d’approfondir ces relations plus complexes que ne l’ont fait apparaĂźtre les emprunts cinĂ©matographiques des artistes du Pop Art amĂ©ricain et de la nouvelle figuration française. L’ambition Ă©tait plus prĂ©cise et plus large. Les Cahiers du cinĂ©ma — et Positif d’une toute autre maniĂšre du fait de son engagement idĂ©ologique, plus marquĂ© Ă  gauche, et de son hĂ©ritage surrĂ©aliste — refusĂšrent longtemps les sciences humaines. Ils se mĂ©fiĂšrent de la dĂ©rive susceptible d’instrumentaliser le cinĂ©ma pour rĂ©flĂ©chir sur des thĂ©matiques dans l’air du temps. Art press, au dĂ©but des annĂ©es 1970, au cƓur des ces annĂ©es encore fortement idĂ©ologisĂ©es, tenta au contraire, par ses choix de cinĂ©astes, de tramer le cinĂ©ma au sein des idĂ©es gĂ©nĂ©rales qui orientaient les arts plastiques, la littĂ©rature et les 150 par Dominique PaĂŻni sciences humaines. Ainsi Pier Paolo Pasolini, Michael Snow et le cinĂ©ma expĂ©rimental en Europe furent prĂ©cocement commentĂ©s dans art press. Quand le premier numĂ©ro parut en dĂ©cembre-janvier 1973, avec l’exceptionnelle maquette de Roger Talon aux grains noirs et blancs dilatĂ©s reprĂ©sentant le peintre Barnett Newman, beaucoup d’entre nous furent stupĂ©faits par ces grandes surfaces en noir et blanc effaçant toute nuance des peintures monochromes commentĂ©es. Nous fĂ»mes encore plus stupĂ©faits par Michael Snow, interviewĂ© dĂšs le n° 2 par la musicienne performeuse Laurie Anderson ou la reconsidĂ©ration du cinĂ©ma intellectuel » par Annette Michelson dans le numĂ©ro 8 dĂ©cembre-janvier 1988. Lors de ces annĂ©es 70, le parti pris de la revue Ă©tait celui d’un cinĂ©ma d’ultra exigence Straub, interviewĂ© en mai-juin 1975, n°18, et Jean Eustache dans le n°19
 Ce qui me frappa Ă©galement Ă  cette Ă©poque ce fut la proximitĂ©, dans le cas prĂ©cĂ©dent, de Jean Eustache et d’Andy Warhol choc des cultures et des Ă©poques, des genres
 Et pourtant, ne peut-on considĂ©rer qu’Eustache fut d’une certaine maniĂšre le cinĂ©aste français Ă  l’incontestable dandysme, rimant rĂ©trospectivement avec celui de Warhol ? Dans le n° 21, de novembre-dĂ©cembre 1975, NumĂ©ro deux de JeanLuc Godard Ă©tait analysĂ© et inscrivait le cinĂ©aste le plus cinĂ©phile dans une histoire Ă  venir que Warhol avait dĂ©jĂ  entamĂ©e Ă  New York cinĂ©ma, tĂ©lĂ©vision, hĂ©morragie sans limites de la diffusion des images. Pendant l’étĂ© 1976, le cinĂ©ma prit une plus grande importance encore avec Jonas Mekas par exemple, Ă  proximitĂ© d’un commentaire Ă©rudit d’une traduction de textes d’Eisenstein. C’est aussi l’amorce du goĂ»t d’art press pour un cinĂ©ma qui interroge le corps Ă©rotisĂ© et de nouvelles frontiĂšres du dĂ©sir chez un Paul Vecchiali et une Liliana Cavani. Avec un Ă©clectisme revendiquĂ©, de Bruno Dumont Ă  la hardeuse » Ovidie, art press continua son particulier intĂ©rĂȘt pour ce qu’il ne faut pas craindre de nommer l’expĂ©rimentation pornographique. Dans ces mĂȘmes annĂ©es 70, on note la prĂ©sence frĂ©quente de BenoĂźt Jacquot, l’un des cinĂ©astes les plus Art press 40 ans de regard cultivĂ©s de la post-Nouvelle Vague, lacanien passionnĂ© qui emprunte Ă  Robert Bresson des traits stylistiques de sa mise en scĂšne. Robert Bresson prĂ©cisĂ©ment, fut interviewĂ© dĂšs le n° 17 mars-avril 1975, placĂ© dans le sommaire entre un texte de Jean-Louis Schefer consacrĂ© Ă  Saint-Augustin et le compte-rendu d’une expĂ©rimentation musicale de Luc Ferrari. De Robert Bresson il Ă©tait notĂ© sa puissance d’écriture qui excĂ©dait le seul fait que Gallimard venait de publier ses Notes sur le cinĂ©matographe Notes, fragments, pensĂ©es Ă©clatĂ©es, saccadĂ©es, monologues, soliloque, bouffĂ©es de pensĂ©e comme des bouffĂ©es de dĂ©sir saisies au moment du tournage, du montage, lors de certaines lectures. RĂ©flexions tendues visant Ă  dĂ©gager la spĂ©cificitĂ© du cinĂ©matographe, avec retour de thĂšme travaillant des diffĂ©rences non pas l’acteur, mais le modĂšle, non pas l’extĂ©rioritĂ© du jeu dramatique mais l’inconscient du personnage, non pas la reprĂ©sentation mais les rapports d’images, non pas le cinĂ©ma mais le cinĂ©matographe. Graphe ce qui aussi s’écrit. » Francis Gars Le sommaire comme Ă©criture montage
 Il me semble que ce fut souvent une attention de Catherine Millet et de ses collaborateurs. En effet la passion de l’écriture fusionne la totalitĂ© des textes publiĂ©s et leur assemblage. Le cinĂ©ma s’installe comme un art parmi les arts. L’apparition d’art press fut un choc du point de vue de ce geste original qui consistait Ă  intĂ©grer une actualitĂ© cinĂ©matographique sĂ©lectionnĂ©e au nom de son exigence formelle au sein de l’actualitĂ© culturelle gĂ©nĂ©rale. En 1980, le numĂ©ro 43 consacrait au cinĂ©ma un dossier consĂ©quent au sein duquel Jean-Luc Godard fut interviewĂ© par Corine Mc Mullin, Pasolini Ă©tudiĂ© par Jacques Henric, Marguerite Duras saluĂ© par Viviane Forrester, le cinĂ©ma indĂ©pendant amĂ©ricain analysĂ© par Annette Michelson, Wim Wenders interviewĂ© par le critique d’arts plastiques Michel Nuridsamy et commentĂ© par le peintre Bernard Dufour. Ce sommaire dĂ©finit assez clairement un regard-cinĂ©ma qui persista dans la revue un choix de cinĂ©astes au style radical et dont la mise en scĂšne est revendiquĂ©e comme une Ă©criture productrice de pensĂ©e. Les films privilĂ©giĂ©s sont ceux qui tournent le dos Ă  une instrumentalisation du cinĂ©ma au service d’une idĂ©e prĂ©alable. DĂ©jĂ  dans le n° 4 de fĂ©vrier 1977, un article de Jacques RanciĂšre prenait prĂ©texte de Novecento de Bernardo Bertolucci et de L’Affiche rouge de Franck Cassenti pour Ă©mettre des attendus thĂ©oriques qui prĂ©sideront souvent sous des formes variĂ©es aux engagements critiques ultĂ©rieurs de la revue Deux morales — qui n’en font qu’une — Ă  cette histoire. EsthĂ©tique pour ceux qui veulent saluer quand mĂȘme le souffle des images de Bertolucci et la poĂ©sie de celles de Cassenti, que la beautĂ© et la laideur bougent vite et qu’il faut peut-ĂȘtre, dans cet art paresseux qui fait travailler le peuple Ă  son image ou commente mollement le texte des fusillĂ©s et la musique du Quaterto Cedron, reconnaĂźtre la nouvelle laideur. Politique que pour haĂŻr le fascisme il faut d’abord apprendre Ă  haĂŻr la rhĂ©torique des images du peuple. » Deux cinĂ©astes Ă  l’esthĂ©tique contradictoire furent souvent soutenus. Mais cette distance entre eux est probablement le symptĂŽme des orientations en cinĂ©ma d’art press Jean-Luc Godard et Peter Greenaway. On pourrait sourire en supposant que je veux ainsi faire d’art press une sorte de synthĂšse qui abolirait les antagonismes critiques historiquement incarnĂ©s par les deux principales revues de cinĂ©ma de l’aprĂšs-guerre, les Cahiers et Positif. Godard et Greenaway pourraient, Ă  divers titres, ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme personnalisant assez idĂ©alement les Ă©carts de goĂ»ts en matiĂšre de dramaturgie et de plasticitĂ© de la cinĂ©philie. 151 art Jean-Luc Godard fut non seulement frĂ©quemment citĂ© et louĂ© par la revue mais il fut Ă©galement le hĂ©ros de numĂ©ros hors sĂ©rie. À deux reprises, art press me confia la direction de numĂ©ros entiĂšrement consacrĂ©s Ă  Jean-Luc Godard. À feuilleter rĂ©trospectivement ces volumes, je mesure combien l’enjeu d’art press fut primordialement de rĂ©flĂ©chir — questions de reflet et de pensĂ©e — le cinĂ©ma et les autres arts. En 1998, dans Le siĂšcle de Jean-Luc Godard, Guide pour Histoires du cinĂ©ma », au cĂŽtĂ© de AndrĂ© S. Labarthe, Jean Douchet, lĂ©gitimes compagnons cinĂ©philes et commentateurs de l’Ɠuvre de Godard depuis longtemps, se tenaient des jeunes critiques tels que Kent Jones et Cyril Beghin. Les historiens de l’art et philosophes de toutes origines cohabitaient au mĂȘme sommaire — Hans Belting, Gilles Tiberghien, Alain Badiou, MarieJosĂ© Mondzain — ou encore l’anthropologue Marc AugĂ©. Les artistes Gary Hill et Pascal Convert et Eric Rondepierre, l’architecte Bernard Tschumi, l’écrivain Philippe Forest complĂ©taient le gĂ©nĂ©rique. Quel gĂ©nĂ©rique ! Hormis la fiertĂ© que j’eus Ă  participer Ă  la composition de ce sommaire, je demeure aujourd’hui admiratif de l’audace d’une revue qui tenta cette exceptionnelle concentration de projections critiques provenant de tous les arts sur une mĂȘme cible. DĂ©jĂ , plus d’une dizaine d’annĂ©es auparavant, dans un numĂ©ro intitulĂ© simplement SpĂ©cial Godard », les Ă©crivains-thĂ©oriciens Paul Virilio, Jacques Henric, Hal Foster, Britt Nini et Julia Kristeva coexistaient avec les plasticiens Robert Longo, Bernard Dufour ! C’est Ă  cette occasion que mon activitĂ© critique Ă  art press se conjugua Ă  l’époque avec mes activitĂ©s de producteur je contribuais Ă  l’entretien de Jean-Luc Godard avec Philippe Sollers devant la camĂ©ra de Jean-Paul Fargier et art press diffusa et diffuse encore cette trĂšs brillante rencontre historique de 75 minutes sans interruption. 152 À ma connaissance, aucune autre revue dont l’orientation principale est la crĂ©ation visuelle contemporaine n’a eu, Ă  ce jour, cette puissante volontĂ© d’inscrire un cinĂ©aste — probablement en effet celui qui en avait l’ambition aussi dĂ©libĂ©rĂ©e — dans l’ensemble de l’art. Je trouvai dans ces aventures Ă©ditoriales la rĂ©alisation d’une utopie culturelle qui, pour moi, vengeait les seventies souvent Ă©troitement militantes et tout Ă  la fois certains cloisonnements artistiques de l’aprĂšs-guerre. La dominante plastique d’art press peinture, performance, art conceptuel issue de l’entreprise initiale de Catherine Millet perdura ces quarante annĂ©es comme marque de fabrique » et constitua une sorte de balcon Ă©pistĂ©mologique depuis lequel l’ensemble des arts fut approchĂ©. Cela explique sans doute le fort intĂ©rĂȘt d’art press pour l’oeuvre de Peter Greenaway. La formation picturale de ce cinĂ©aste prenant sa source dans l’admiration pour la peinture italienne VĂ©ronĂšse, trouve deux des principaux fondateurs de la modernitĂ© cinĂ©matographique, Antonioni et Resnais, un composto cinĂ©matographique singulier dans l’art contemporain accueillant en outre les rĂȘves architecturaux et la poĂ©sie des utopies urbaines. Le parti pris conceptuel et sĂ©riel du cinĂ©aste anglais rencontra ainsi Ă  plusieurs titres une des parts les plus audacieuses du projet d’art press qui depuis son origine aspire Ă  ne pas trancher en art entre la voluptĂ© rĂ©tinienne et le vertige conceptuel. C’est le bon vieux couple toujours menacĂ© du corps et de l’ñme avec lequel la revue en dĂ©coud depuis toujours et qui trouva des dĂ©clinaisons multiples, au bord de la provocation, qui en rĂ©jouirent certains et en choquĂšrent IndĂ©niablement art press a accompagnĂ© cette histoire et a sans doute contribuĂ© Ă©galement Ă  la stimuler et l’a prĂ©cocement commentĂ©e. En 2000, le n° 255 proposait un dossier intitulĂ© Accrocher du cinĂ©ma », avec les interviews de William Kentridge, Douglas Gordon ; j’y Ă©crivis un texte, Le retour du flĂąneur, qui dĂ©clencha un peu de polĂ©mique tout en annonçant une perspective qui donne lieu, aujourd’hui encore, Ă  des interrogations sur l’art cinĂ©matographique hors de son site d’exposition naturel », la salle et non la cimaise. Cette rĂ©flexion porteuse d’avenir connut une continuitĂ© dans un dossier intitulĂ© Le cinĂ©ma aprĂšs les films » Stan Douglas, Eija-Lisja Ahtila et des textes de Jean-Christophe Royoux, Yann Beauvais et Raymond Bellour. Il est probable qu’art press fut le terreau fertile de questions inĂ©dites concernant un art dont la reproduction est au coeur de son ontologie et dont la stimulation fut vive sur les artistes au XXe siĂšcle. Écrire sur le cinĂ©ma Ă  art press fut pour moi — mais Ă©galement pour Marie-Claude de Rouilhan, Jean-Paul Fargier, Guy Scarpetta et ces derniĂšres annĂ©es, Patrice Blouin parmi d’autres — un choix de rapprocher, de frotter le cinĂ©ma aux autres arts, dont son incestueux enfant, l’art vidĂ©o, puis les dĂ©clinaisons numĂ©riques contemporaines. PrĂ©cocement, un numĂ©ro spĂ©cial tel que le numĂ©ro horssĂ©rie de juin-juillet-aoĂ»t 1982 intitulĂ© Audiovisuel » mĂȘlait indistinctement des textes consacrĂ©s Ă  Federico Fellini, Jean-Luc Godard, Andy Warhol, Philippe Garrel, Bob Wilson, Don Foresta, Fred Forest, Edward Kienholz
 Par beaucoup d’aspects, l’ambition d’art press fut au fond pleinement contemporaine du projet du Centre Pompidou dont l’utopie de son dĂ©cideur, Georges Pompidou luimĂȘme, Ă©tait de ne pas hiĂ©rarchiser les diffĂ©rentes composantes. D’oĂč le fait que le MusĂ©e national d’Art moderne ne fut pas intitulĂ© comme tel mais fut dĂ©signĂ© initialement comme DĂ©partement des arts plastiques. D’une maniĂšre comparable, le cinĂ©ma ne fit pas l’objet dans art press d’une chronique relĂ©guĂ©e dans les derniĂšres pages de la revue mais s’intĂ©gra au sein d’un sommaire ne privilĂ©giant pas les disciplines par rapport aux autres, mĂȘme s’il Ă©tait Ă©vident qu’art press Ă©tait une revue prioritairement consacrĂ©e aux arts plastiques. Mais le lecteur devait percevoir ces derniers, indĂ©pendamment de leur spĂ©cifique actualitĂ©, comme un balcon thĂ©orique depuis lequel les autres disciplines Ă©taient analysĂ©es et critiquĂ©es. À bien des titres, il serait lĂ©gitime de reprendre pour le compte d’art press la cĂ©lĂšbre remarque de Louis Jouvet en la dĂ©tournant comme la thĂ©orie du théùtre fut probablement favorisĂ©e par le cinĂ©ma, les enjeux de ce dernier furent pour une part redistribuĂ©s et rĂ©activĂ©s par les arts plastiques au sortir d’annĂ©es de plomb militant », annĂ©es qui doutĂšrent tant de l’autonomie des formes. Art press 40 ans de regard d’autres — par exemple la rĂ©flexion sur la pornographie voisinant avec des interrogations de nature thĂ©ologique. Ce n’est pas la moindre des perversitĂ©s stimulantes qui me ravit dans art press. Dans cette ligne, art press affirme un goĂ»t de cinĂ©ma refusant un certain rĂ©alisme psychologique mĂȘme quand il relĂšve de l’entreprise du cinĂ©ma d’auteur. RĂ©cemment Catherine Millet me confia l’éditorial d’art press qu’elle voulut consacrĂ© au film de LĂ©os Carax, Holy Motors se complaire dans la plainte, s’émouvoir de la trop Ă©vidente cruautĂ© du destin existentiel, resservir les recettes de l’émerveillement attendri devant les clichĂ©s de l’humanitĂ© abstraite entraĂźnent le goĂ»t contemporain vers le passĂ©, mouvement arriĂšre bien Ă©tranger Ă  l’inactualitĂ©, l’intempestivitĂ© et la critique orphique ». ParallĂšlement, dans le dĂ©but des annĂ©es 80, la rĂ©flexion comparatiste cinĂ©ma/peinture fit un retour dans les Ă©tudes universitaires, au sortir des impasses de la sĂ©miologie. Une sensibilitĂ© plastique dans le regard historique et critique alimenta une volontĂ© de revenir avant » la sĂ©miologie, mais en Ă©vitant de retomber dans la critique impressionniste des annĂ©es 50. En 1977, le Centre Pompidou ouvrait et crĂ©ait en son sein un dĂ©partement consacrĂ© aux cinĂ©mas d’avantgarde, dont les films rĂ©alisĂ©s par des plasticiens. L’ébauche de la collection fut orientĂ©e par les choix du cinĂ©aste-plasticien Peter Kubelka. La CinĂ©mathĂšque française montrait rarement des programmations consacrĂ©es Ă  cette part du cinĂ©ma et plus encore rarement depuis la mort d’Henri Langlois, son fondateur, l’annĂ©e mĂȘme de l’ouverture du Centre Pompidou. Pour la premiĂšre fois, une programmation expĂ©rimentale devenait relativement rĂ©guliĂšre en plus des projections pionniĂšres de certains cinĂ©-clubs et des premiĂšres coopĂ©ratives de cinĂ©ma indĂ©pendant animĂ©es par de courageux programmateurs, Claudine Eizykman, Guy Fihman, Yann Beauvais, Christian Lebras
 Et art press, Ă  la diffĂ©rence des revues spĂ©cialisĂ©es de cinĂ©ma, considĂ©ra le cinĂ©ma expĂ©rimental comme une composante essentielle du cinĂ©ma en son entier. Un incontestable Ă©cho s’établit alors entre la revue et des lieux nouveaux de dĂ©couverte cinĂ©matographique. On observe une Ă©volution de ce qui constituait jusqu’alors une sorte de contre-culture cinĂ©matographique vers une programmation Ă©largie dans les institutions musĂ©ales et exigeant dĂ©sormais des compĂ©tences nouvelles chez les programmateurs, devenant des conservateurs en cinĂ©ma », Ă©quivalents des conservateurs des musĂ©es. Plus tard, cette Ă©volution sera prolongĂ©e par le cinĂ©ma exposĂ© grĂące Ă  la reproductibilitĂ© numĂ©rique, donnant lieu Ă  de grandes expositions consacrĂ©es Ă  des auteurs du cinĂ©ma classique Hitchcock, Cocteau, Almodovar, Tati, Chaplin, etc. et aux pratiques installationnistes » des cinĂ©astes contemporains Godard, Ruiz, Akerman, Syberberg, Kiarostami etc
. Dominique PaĂŻni a Ă©tĂ© directeur de la CinĂ©mathĂšque française de 1993 Ă  2000, et du DĂ©partement du dĂ©veloppement culturel au centre Georges Pompidou de 2000 Ă  2005. Il est depuis toujours un proche collaborateur d'art press. 153 art L’Évangile selon Saint Matthieu Il vangelo secondo Matteo Pier Paolo Pasolini Les diffĂ©rents Ă©pisodes de la vie de JĂ©sus contĂ©s suivant le texte de l’évangĂ©liste de l’Annonciation et la naissance Ă  BethlĂ©em Ă  la mort et la rĂ©surrection. Le plus beau film de Pasolini, le plus inspirĂ©, formellement le plus achevĂ©. Jamais JĂ©sus n’a Ă©tĂ© imaginĂ© ainsi, prĂȘchant Ă  la vitesse d’une marche qui n’a d’égale que la rapiditĂ© avec laquelle lui parviennent les paroles de son PĂšre. Puissance, rĂ©alisme et vĂ©ritĂ© des visages. Grandeur des paysages. Admirable bandeson. La vieille mĂšre de Pasolini prĂȘte son corps Ă  celui de la mĂšre de JĂ©sus. PrĂ©monition de la mort de son fils sur une plage d’Ostie ? Jacques Henric 154 1964 / Italie, France / 137’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Enrique Irazoqui Le Christ, Margherita Caruso Marie jeune, Susanna Pasolini Marie adulte, Marcello Morante Joseph, Mario Socrate Jean le Baptiste, Settimo Di Porto Pierre, Alfonso Gatto AndrĂ©, Luigi Barbini Jacques, Giacomo Morante Jean, Giorgio Agamben Philippe ScĂ©nario Pier Paolo Pasolini, d’aprĂšs L’Évangile selon Saint Matthieu DĂ©cors Luigi Scaccianoce, Andrea Fantacci Image Tonino Delli Colli Son Mario Del Pozzo, Fausto Ancillai Musique originale Luis Bacalov Montage Nino Baragli Production Arco Film, Lux Une sale histoire Jean Eustache 1977 / France / 50’ / noir et blanc InterprĂ©tation Michael Lonsdale, Douchka, Laura Fanning, JosĂ©e Yanne, Jacques Burloux, Jean Douchet, Elisabeth Lanchener, Françoise Lebrun, Virginie ThĂ©venet, Annette Wademant, Jean-NoĂ«l Picq. D’aprĂšs l’histoire de Jean-NoĂ«l Picq Image Pierre Lhomme, Jacques Renard Son Roger Letellier, Bernard Ortion Montage Chantal Colomer, Jean Eustache Production Les Films du Losange restauration urgente de ce chef d’oeuvre, essentiel Ă  tant d’entre nous, j’ai choisi de montrer Ă  Catherine Millet et Ă  Jacques Henric un autre film de Jean Eustache qu’ils ne connaissent pas, Une sale histoire. Étonnement devant ce film, qui est avant tout un film Ă  dispositif » comme on dit aujourd’hui; il pourrait ĂȘtre dit la mĂȘme chose de La Maman et la Putain rĂ©cit autobiographique », longs monologues », film littĂ©raire », et la mĂȘme question pourrait ĂȘtre posĂ©e l’amour, le sexe de quoi parler d’autre ? » À l’issue de la projection, Catherine Millet et Jacques Henric partageront leurs impressions face Ă  la dĂ©couverte de ce qui pour moi est aussi un film central de l’Ɠuvre de Jean Eustache. Art press 40 ans de regard Une sale histoire est un diptyque composĂ© d’un volet document et d’un volet fiction. Dans le volet document, Jean-NoĂ«l Picq raconte Ă  quatre femmes comment il est devenu voyeur en regardant par un trou dans les toilettes des dames. Dans l’autre volet, Michael Lonsdale joue et raconte la mĂȘme histoire devant trois femmes et un homme. Catherine Millet et Jacques Henric avaient choisi La Maman et la Putain de Jean Eustache. Jaques Henric Ă©crivait Ă  ce sujet Film “culte”, comme on dit. D’un artiste qu’on classe, son suicide aidant, dans la catĂ©gorie des “maudits”. RĂ©putation mĂ©ritĂ©e. Rappelons que dĂšs la premiĂšre annĂ©e d’art press nous avons publiĂ© une interview avec Eustache. La Maman et la Putain est l’exemple formidablement rĂ©ussi d’un rĂ©cit autobiographique le premier peut-ĂȘtre – l’autofiction n’est pas nĂ©e d’aujourd’hui. Film audacieux, d’une longueur inhabituelle, constituĂ© de trĂšs longs monologues. Film littĂ©raire, au sens fort du terme. L’amour, le sexe, de quoi parler d’autre, que filmer d’autre ? Jean Eustache se risque, en poĂšte, dans le centre radioactif de la machinerie humaine. » La Maman et la Putain est aujourd’hui un film invisible. Toutes les copies 35mm qui existent dans les cinĂ©mathĂšques ou chez le distributeur sont dans un Ă©tat qui ne permet plus leur projection et aucune version numĂ©rique n’a encore Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. En attendant la 155 art Une vraie jeune fille Catherine Breillat Dans les annĂ©es 60, Alice, dix-sept ans, rentre de son pensionnat pour passer les grandes vacances chez ses parents dans les Landes. Elle retrouve une mĂšre frustrĂ©e et agressive, et un pĂšre vulgaire avec qui elle ne partage rien. Alice confie Ă  son journal intime ses Ă©tats d’ñme et surtout de corps. Quand son pĂšre, directeur d’une scierie, embauche le jeune et troublant Jim, Alice dĂ©cide qu’elle l’aura »  C’est le film que je prĂ©fĂšre de Catherine Breillat, pas seulement pour la justesse de son personnage mais aussi pour sa facture extrĂȘmement sĂ©duisante. Je crois que cela est dĂ» Ă  la fois Ă  la grande naĂŻvetĂ© qui Ă©mane de la mise en scĂšne mais aussi Ă  la frontalitĂ© des images, un certain aspect brut qui en font une Ɠuvre qui n’est absolument pas sophistiquĂ©e. Catherine Millet 156 1976 / France / 93’ / couleur InterprĂ©tation Charlotte Alexandra Alice Bonnard, Hiram Keller Pierre-Évariste Renard, dit Jim, Rita Maiden la mĂšre d’Alice, Bruno Balp le pĂšre d’Alice, Georges GuĂ©ret Martial, Shirley Stoler l’épiciĂšre, Alexandra Gouveia Martine ScĂ©nario Catherine Breillat, d’aprĂšs son roman Le Soupirail Image Pierre Fattori Son Bernard MangiĂšre Musique originale Mort Shuman Montage Annie Charrier Production ArtĂ©dis, CB Films, Les Films la BoĂ©tie Roberte Pierre Zucca Tout d’abord il faut dire que Klossowski fait partie de la famille » art press depuis sa crĂ©ation. Nous avons constamment publiĂ© des articles, des interviews et nous avons mĂȘme publiĂ© un entretien avec Denise, sa femme et son modĂšle. Le film de Zucca est plus qu’une adaptation de l’Ɠuvre littĂ©raire de Klossowski, c’est une transcription parfaite. On y retrouve la mĂȘme rigueur, la mĂȘme solennitĂ© que dans l’écriture du peintre. On ne sait pas Ă  quelle histoire le film appartient, il est le rĂ©sultat de la fusion de deux univers, celui de Klossowski et celui de Zucca. C’est un objet inclassable. Et je me souviens de spectateurs qui, le voyant pour la premiĂšre fois, sortaient trĂšs secouĂ©s de la projection. 1978 / France / 104’ / couleur InterprĂ©tation Denise Morin-Sinclaire Roberte, Pierre Klossowski Octave, Martin Loeb Antoine, Barbet Schroeder Vittorio, Michel Berto Justin, Juliet Berto Petit F., JeanFrançois StĂ©venin Von A., FrĂ©dĂ©ric Mitterrand l’employĂ© de banque, FaĂŻsa Toumi Petit X. ScĂ©nario Pierre Zucca, Pierre Klossowski, d’aprĂšs son roman, La RĂ©vocation de l’Édit de Nantes DĂ©cors Max Berto Image Paul Bonis Son Michel Vionnet, Maurice Gilbert, Alex Pront Musique originale Éric Demarsan Montage Nicole Lubtchansky Production Filmoblic Art press 40 ans de regard Mars 1958. Roberte, ancienne rĂ©sistante, est Ă©lue dĂ©putĂ©e sous la IVe RĂ©publique. Elle est l’épouse d’Octave, professeur de droit canon dans une universitĂ© catholique, qui la fait participer Ă  de torrides tableaux vivants Ă©rotiques. Objet des fantasmes d’Octave, Roberte assouvit le plaisir de son mari en devenant la maĂźtresse de Vittorio qui s’installe dans la maison pour ĂȘtre le prĂ©cepteur d’Antoine, le neveu du couple
 Catherine Millet 157 art Meurtre dans un jardin anglais The Draughtman’s Contract Peter Greenaway En cet Ă©tĂ© anglais de 1694, Mr. Neville, jeune dessinateur plein d’avenir, se voit priĂ© par Mrs. Herbert de rĂ©aliser douze dessins, douze reprĂ©sentations fidĂšles du superbe jardin de Mr. Herbert. MarchĂ© conclu, moyennant finances, et les faveurs de la dame. Pendant douze jours, Mr Neville va s’exĂ©cuter. Sans s’apercevoir tout d’abord que ce paysage trop ordonnĂ© recĂšle d’étranges objets
 C’est le film idĂ©al pour un critique d’art, et pour moi c’est un concentrĂ© de tout ce qui m’a occupĂ© dans un moment de ma vie. Il y a la beautĂ© picturale des images, l’intrigue extrĂȘmement complexe qui renvoie Ă  l’art conceptuel, dont certains dispositifs en sont vraiment trĂšs proches. Et puis il y a une analyse du rapport sexuel sans illusion, dĂ©pouillĂ© de tout romantisme. Le film expose tous les mĂ©canismes pervers qui interviennent dans le rapport sexuel. Enfin, il y a un jeu avec le langage qui est aussi trĂšs important dans le film, mĂȘme s’il est difficile de le mesurer lorsqu’on n’est pas totalement anglophone. J’adore les Ɠuvres labyrinthiques comme celle-lĂ , c’est un film qu’il est possible de voir des dizaines de fois comme un tableau qu’on n’arrive pas Ă  Ă©puiser. Catherine Millet 158 1982 / Royaume Uni / 108’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Anthony Higgins Mr. Neville, Janet Suzman Mrs. Herbert, Anne-Louise Lambert Mrs. Talmann, Hugh Fraser Mr. Talmann, Neil Cunningham Mr. Noyes, Dave Hill Mr. Herbert, David Gant Mr. Seymour, David Meyer un Poulenc, Tony Meyer un Poulenc, Nicholas Amer Mr. Parkes ScĂ©nario Peter Greenaway DĂ©cors Bob Ringwood Image Curtis Clark Son Godfrey Kirby Musique originale Michael Nyman Montage John Wilson Production British Film Institute, Channel Four L’annonce faite Ă  Marie Alain Cuny Nous avions entendu parlĂ© de ce film par Alain Cuny pendant de nombreuses annĂ©es et nous Ă©tions trĂšs heureux qu’il voie enfin le jour, d’autant plus que, de mon cĂŽtĂ©, jai toujours aimĂ© Claudel qui a Ă©tĂ© une grande lecture de jeunesse. Ce que je retiens du film avant tout c’est la maniĂšre extrĂȘmement picturale dont il est mis en scĂšne et dont il est filmĂ©. Le choix des couleurs, entre les costumes de Tal Coat et le dĂ©cor, est extrĂȘmement minutieux et chaque plan peut, et peut-ĂȘtre doit, se regarder comme un tableau. La vraie vocation d’Alain Cuny Ă©tait la peinture, il a Ă©tĂ© happĂ© par le cinĂ©ma et c’est donc au cinĂ©ma qu’il a fait sa grande Ɠuvre de peintre. 1991 / France, Canada / 91’ / couleur InterprĂ©tation Roberto Benavente Pierre de Craon, Christelle Challab Mara Vercors, Alain Cuny Anne Vercors, Ulrika Jonsson Violaine Vercors, Jean Des Ligneris Jacques Hury, CĂ©cile Potot Elisabeth Vercors, Ken MacKenzie le maire, Samuel Tetreault l’apprenti ScĂ©nario Alain Cuny, d’aprĂšs la piĂšce de Paul Claudel DĂ©cors HervĂ© Baley, Bernard Lavoie, Jacques Mizrahi Image Caroline Champetier, Denys Clerval, Serge Dalmas, Julien Hirsch, Paul Hurteau Musique originale François-Bernard MĂąche Montage Françoise Garnault Production Les Productions Desmichelle, Pax Film International Art press 40 ans de regard Pierre de Craon, l’architecte, s’apprĂȘte Ă  quitter le village de Combernon pour aller bĂątir des cathĂ©drales. NaguĂšre, il tenta d’abuser de la pure Violaine. À celleci, il rĂ©vĂšle qu’il a contractĂ© la lĂšpre elle lui donne un anneau offert par Jacques Hury et le baiser de charitĂ©. Mara, sa soeur, a vu la scĂšne. Leur pĂšre, Anne Vercors, s’apprĂȘte Ă  quitter les siens pour aller en Terre Sainte et annonce qu’il destine Violaine Ă  Jacques Hury, qu’aime aussi Mara
 Catherine Millet 159 art La ComĂ©die de Dieu A comedia de Deus JoĂŁo CĂ©sar Monteiro GĂ©rant du Paradis de la Glace », Jean de Dieu a inventĂ© des parfums dĂ©licieux qui ont fait le succĂšs de sa boutique. Il attache beaucoup d’importance Ă  l’hygiĂšne par souci de la santĂ© publique et forme avec soin ses nouvelles employĂ©es. Sa prĂ©fĂ©rĂ©e est Rosarinho, Ă  laquelle il prodigue une attention toute paternelle mais qu’il finit cependant par initier sexuellement d’une maniĂšre inattendue et brutale
 Ce qui m’a sĂ©duite d’emblĂ©e dans La ComĂ©die de Dieu c’est la maniĂšre dont le cinĂ©aste habite son film. J’admire les gens qui se mettent en scĂšne d’un maniĂšre qui n’est pas obligatoirement valorisante, et mĂȘme avec dĂ©rision et moquerie. L’auteur, dans ce film, s’expose, se met en danger. Et j’ai un souvenir trĂšs fort de cette scĂšne oĂč une jeune fille est allongĂ©e sur une table comme sur un autel et oĂč Jean de Dieu est Ă  la fois un prĂȘtre qui officie et un chef d’orchestre qui fait monter » la musique. C’est pour moi une scĂšne d’anthologie cinĂ©matographique, musicalement et graphiquement. Catherine Millet 160 1995 / Portugal, France, Italie, Danemark / 163’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Claudia Teixeira Joaninha, JoĂŁo CĂ©sar Monteiro alias Max Monteiro JoĂŁo de Deus, Manuela de Freitas Judite, Raquel Ascensao Rosarinho, Gracinda Nave Felicia, Patricia Abreu Alexandra, Saraiva Serrano Senior TomĂ©, Maria JoĂŁo Ribeiro Carmen, Bruno Sousa Bruno, Ana Reis Menina da Janela ScĂ©nario JoĂŁo CĂ©sar Monteiro DĂ©cors Emmanuel de Chauvigny Image MĂĄrio Barroso Son Rolly Belhassen, Jean-François Auger Montage Carla Bogalheiro Production Grupo de Estudos & RealizaçÔes, Pierre Grise Productions, Mikado Film, Zentropa Productions. La Vie de JĂ©sus Bruno Dumont Le cinĂ©ma de Bruno Dumont c’est l’exemple absolu d’un cinĂ©ma dans lequel on entre en empathie immĂ©diate avec les personnages. La lenteur, l’économie de parole, le travail avec des acteurs non professionnels, le traitement de l’espace comme un espace ouvert. Tout cela y contribue. Cette empathie avec les personnages, je la ressens mĂȘme dans le son que font les bottes dans la boue, comme si elles Ă©taient Ă  mes propres pieds. Les rues filmĂ©es dans le Nord avec toutes ces petites maisons d’ouvriers repliĂ©es les unes sur les autres ouvrent, en fait, sur un grand espace de solitude et c’est la mĂȘme sensation que devant un tableau de l’abstraction amĂ©ricaine. C’est un cinĂ©ma qui fait appel au sentiment de compassion au sens le plus noble du terme. 1996 / France / 96’ / couleur InterprĂ©tation David Douche Freddy, Marjorie Cottreel Marie, Kader Chaatouf Kader, SĂ©bastien Delbaere GĂ©gĂ©, Samuel Boidin Michou, Steve Smagghe Robert, SĂ©bastien Bailleul Quinquin, GeneviĂšve Cottreel la mĂšre de Freddy ScĂ©nario Bruno Dumont DĂ©cors FrĂ©dĂ©rique Suchet Image Philippe Van Leeuw Son Mathieu Imbert, Eric Rophe, Olivier de Nesles Musique originale Richard Cuvillier Montage Yves Deschamps, Guy Lecorne Production 3B Productions, Norfilm, CRRAV Art press 40 ans de regard Jeune chĂŽmeur sujet Ă  des crises d’épilepsie, Freddy vit chez sa mĂšre Yvette qui tient un estaminet Ă  Bailleul, dans le Nord. Il passe l’essentiel de son temps Ă  traĂźner avec ses copains, des ruraux peu scolarisĂ©s, Ă  faire des virĂ©es dans les environs sur leurs mobylettes trafiquĂ©es. Freddy aime Marie, la jolie caissiĂšre blonde de l’hypermarchĂ©, qui habite de l’autre cĂŽtĂ© de la rue
 Catherine Millet 161 art Quelque chose d’organique Bertrand Bonello À MontrĂ©al, un couple, Paul et Marguerite, s’aime depuis cinq ans. Paul s’occupe Ă  la fois de son pĂšre, vieil immigrĂ© grec, et de son fils, nĂ© d’une autre couche, et qui meurt Ă  petit feu dans une chambre d’hĂŽpital. Paul travaille la nuit dans un zoo, il garde le sommeil des animaux. Marguerite, quand il rentre, sort Ă  son tour et erre dans la ville sans but
 Je n’ai pas vu Quelque chose d’organique, le premier long mĂ©trage de Bertrand Bonello, mais je suis curieuse de le dĂ©couvrir, non seulement parce que j’ai vu tous ses autres films mais aussi parce qu’il se trouve que j’ai connu Bertrand quand il Ă©tait un enfant souvent embarquĂ© dans ses rĂȘves. Quand j’ai dĂ©couvert qu’il Ă©tait devenu cinĂ©aste, cela ne m’a pas Ă©tonnĂ©e et je retrouve dans ses films cette utopie que l’on a, enfant, de construire un monde autour de soi, afin de se protĂ©ger du monde rĂ©el. Il y a cela dans De la guerre et aussi dans L’Apollonide. Je partage complĂštement ce sentiment et je crois que ma vie d’adulte garde la nostalgie de ce monde protĂ©gĂ©. Catherine Millet 162 1997 / France, Canada / 90’ / couleur InterprĂ©tation Romane Bohringer Marguerite, Laurent Lucas Paul, Charlotte Laurier Sarah, David Di Salvio Georges, Stephen J. Smith le pĂšre de Paul, Simon Hetu LĂ©o, Richard Notkin le gardien du zoo, Robert Warren le prĂȘtre, Mourad Mimouni Ahmed ScĂ©nario Bertrand Bonello DĂ©cors FrĂ©dĂ©ric Page Image JosĂ©e Deshaies Son Alain Tremblay Musique originale Laurie Markovitch Montage Dominique Auvray Production Haut et Court, CitĂ©-AmĂ©rique Un monde agitĂ© Alain Fleischer Un vaste film de montage Ă  partir des bandes conservĂ©es par la CinĂ©mathĂšque française, dans lequel plusieurs rĂ©cits, menĂ©s de front, empruntent successivement des extraits d’origines diverses, circulant d’une histoire Ă  une autre, quittant des personnages pour les retrouver plus tard et ainsi de suite en multipliant les chassĂ©s-croisĂ©s, tissant un panorama du monde du cinĂ©ma Ă  partir de nombreux films, images simultanĂ©es qui, faute d’ĂȘtre synchrones avec une bande sonore, sont toutes synchrones entre elles
 Alain Fleischer fait lui aussi parti de la famille » art press et il a d’ailleurs fait un film sur Klossowski. Un monde agitĂ© lui a Ă©tĂ© commandĂ© par Dominique PaĂŻni quand celuici dirigeait la CinĂ©mathĂšque française. Dans le mĂȘme temps, il avait Ă©crit un texte publiĂ© dans art press, plaidoyer pour l’accĂ©lĂ©ration des Ă©vĂ©nements en rĂ©action au ralentissement et Ă  la lenteur que l’on retrouvait de plus en plus, notamment dans le travail de Douglas Gordon, et qui Ă©tait devenu un stĂ©rĂ©otype. Au-delĂ  de cette portĂ©e polĂ©mique, il y a aussi la façon dont la vitesse mĂ©canise le corps et le rend burlesque. Toute psychologie et ce qu’elle draine de narration en est Ă©vacuĂ©e. C’est le montage qui recompose un enchaĂźnement logique, mais en faisant exploser toute trame narrative. Ce film est une vĂ©ritable prouesse. Catherine Millet Musique originale Bernard Cavanna, Philippe Miller Montage Alain Fleischer, Claudine Kaufman Production Les Films d’Ici, la CinĂ©mathĂšque française Art press 40 ans de regard 1998 / France / 88’ / noir et blanc 163 art C’est Dominique PaĂŻni qui est le lien entre art press et les Straub, et je me souviens trĂšs bien de la premiĂšre interview qui Ă©tait parue dans art press en 1975, due Ă  Marie Claude de Rouilhan. Leurs films sont des abstractions pures. Ce qui me frappe le plus dans leur travail c’est la maniĂšre de mettre en place l’espace qui permet au spectateur de l’intĂ©rioriser. Dans les films des Straub, ce n’est pas moi qui suis projetĂ©e dans l’espace, c’est l’espace qui vient me remplir, qui m’envahit. Catherine Millet Sicilia ! Jean-Marie Straub et DaniĂšle Huillet 1999 / France, Italie, Suisse / 66’ / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Gianni Buscarino le fils, Angela Nugara la mĂšre, Vittorio Vigneri le rĂ©mouleur, Carmelo Maddio le vendeur d’oranges, Ignazio Trombello un policier, Simone Nucatola un policier, Giovanni Interlandi le voyageur ScĂ©nario Jean-Marie Straub, DaniĂšle Huillet, d’aprĂšs Conversations en Sicile de Elio Vittorini Image William Lubtchansky Son Jean-Pierre Duret, Louis Hochet Montage Jean-Marie Straub, DaniĂšle Huillet Production Straub-Huillet Films, Pierre Grise Productions, Istituto Luce, Alia Film Le retour dans son village natal d’un Sicilien exilĂ© Ă  New York. Au cours de son voyage, il rencontre un galerie de personnages siciliens un vendeur d’orange rĂȘvant d’AmĂ©rique, un fossoyeur employĂ© du cadastre », un rĂ©mouleur poĂšte
, avant de dĂ©battre avec sa mĂšre de la sĂ©paration de ses parents. ItinĂ©raire de Jean Bricard L’histoire d’un riverain, dont la vie et l’imaginaire concernaient une Ăźle sur la Loire l’üle Coton prĂšs d’Ancenis. 164 2009 / France / 40’ / noir et blanc ScĂ©nario Straub et Huillet, d’aprĂšs le travail de Jean-Yves Petiteau Image William Lubtchansky, Irina Lubtchansky Son Jean-Pierre Duret, Jean-Pierre Laforce Montage Nicole Lubtchansky Production Pierre Grise Productions, Le Fresnoy L’inconsolable 2011 / France, Suisse / 15’ / couleur Jean-Marie Straub InterprĂ©tation Andrea Bacci, Giovanna Daddi OrphĂ©e, de retour des enfers, raconte Ă  Bacca la bacchante la perte d’Eurydice, ce qu’il a vu du monde des morts. Texte tirĂ© des Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese Image Renato Berta, Christophe Clavert Son Dimitri Haulet, Julien Gonzales, Jean-Pierre Laforce Montage Catherine Quesemand Production Les FĂ©es Productions, Belva Gmbh La Chatte Ă  deux tĂȘtes Jacques Nolot Cette maniĂšre d’aborder la sexualitĂ© et un milieu social rĂ©gi par la sexualitĂ© n’est pas si Ă©loignĂ©e de ce que j’ai essayĂ© de faire avec mon livre La Vie sexuelle de Catherine M., mĂȘme si cela dĂ©crit un milieu homosexuel. En voyant ce film, j’avais l’impression d’ĂȘtre chez moi dans ce cinĂ©ma. D’une maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale je suis vraiment admirative de la maniĂšre dont Jacques Nolot se met en scĂšne et s’expose physiquement. Lorsqu’on prend le risque de s’exposer ainsi soi-mĂȘme en tant qu’auteur, alors il est possible de dire et de montrer sur l’ĂȘtre humain des choses trĂšs profondes qu’on ne dirait pas autrement. Parler de soi ainsi, c’est pouvoir exprimer des choses qui n’ont jamais Ă©tĂ© dites, jamais Ă©tĂ© montrĂ©es sur les individus. 2002 / France / 87’ / couleur InterprĂ©tation Jacques Nolot l’homme de cinquante ans, Vittoria Scognamillo la caissiĂšre, SĂ©bastien Viala le projectionniste, Olivier Torres l’homme Ă  la robe jaune, Lionel Goldstein l’homme Ă  l’imper noir, FrĂ©dĂ©ric Longbois l’homme Ă  l’éventail, Fouad Zeraoui l’homme qui a eu sa dose, JeanLouis Coquery l’homme nu ScĂ©nario Jacques Nolot DĂ©cors Patrick Durand Image Germain Desmoulins Son Jean-Louis Ughetto, Jean-Pierre Laforce Montage Sophie Reine Production Elia Films Et puis il y a un personnage de travesti, un peu monstrueux, qui tout en Ă©tant un gĂ©ant fait penser Ă  un nain, et qui m’a tellement marquĂ©e que je l’ai Ă©voquĂ© dans mon livre Riquet Ă  la houppe, Millet Ă  la loupe. Art press 40 ans de regard Un cinĂ©ma pornographique du cĂŽtĂ© de la place Clichy Ă  Paris. Dans la salle, les hommes regardent l’écran, et surtout ils s’observent les uns les autres, guettant la possibilitĂ© d’un contact. À l’extĂ©rieur, la caissiĂšre, une Espagnole gouailleuse, raconte sa vie mouvementĂ©e au projectionniste, un jeune provincial un peu naĂŻf qui est amoureux d’elle. Un homme de cinquante ans, un habituĂ©, prend place sans attendre grand chose. Souvent il remonte pour discuter avec la caissiĂšre
 Catherine Millet 165 art Le Pont des Arts EugĂšne Green Paris, Ă  la fin des annĂ©es 70. Christine reproche Ă  son petit ami Pascal de ne pas se mettre sĂ©rieusement Ă  son mĂ©moire de maĂźtrise en philosophie. Sarah, jeune chanteuse dans un ensemble baroque, vit avec son compagnon, Manuel, qui est informaticien. Sensible Ă  la fragilitĂ© de Sarah, Manuel la soutient alors qu’elle souffre des remontrances de son chef de chant, qu’on appelle l’Innommable
 S’il y a une grandeur du cinĂ©ma français, elle n’est sĂ»rement pas due Ă  The Artist ni Ă  Intouchables, mais Ă  ces discrets chefs-d’Ɠuvre que sont les films d’EugĂšne Green, metteur en scĂšne de théùtre et cinĂ©aste venu de Barbarie ainsi appelle-t-il les États-Unis, son pays d’origine pour rappeler aux Français qu’il y eut un long moment de leur histoire, oubliĂ© par eux, la pĂ©riode baroque, qui fut un des hauts moments de langue, de musique, d’art, de pensĂ©e. Le Pont des arts est un film profond, grave et drĂŽle sur l’amour, la haine, la bassesse humaine, les ridicules de notre Ă©poque et la beautĂ© transcendante de la musique de Monteverdi. On y pleure et y rit aux Ă©clats. Épatant numĂ©ro d’acteur de PodalydĂšs. Jacques Henric 166 2003 / France / 126’ / couleur InterprĂ©tation Adrien Michaux Pascal, Natacha RĂ©gnier Sarah Dacruon, Alexis Loret Manuel, Denis PodalydĂšs Guigui, alias l’Innommable, Olivier Gourmet Jean-Astolphe MĂ©rĂ©ville, Camille Carraz Christine, JĂ©rĂ©mie Renier CĂ©dric, Christelle Prot la femme kurde, Benjamin Lazar Michel, Manuel Weber Juju ScĂ©nario EugĂšne Green DĂ©cors Pierre Bouillon Image RaphaĂ«l O’Byrne Son FrĂ©dĂ©ric de Ravignan, Hugues Deschaux Montage Jean-François Elie Production MACT Productions Charly Isild Le Besco Isild Le Besco est une jeune femme dont j’aime le personnage, j’aime l’actrice et aussi l’auteur qu’elle est d’un petit livre Ă©tonnant, Sang d’encre, qu’elle avait Ă©crit trĂšs jeune. Charly est un film que je range au cĂŽtĂ© du film de Catherine Breillat, Une vraie jeune fille. C’est l’éducation sentimentale d’un trĂšs jeune garçon et lĂ  aussi c’est un personnage sans fioriture. C’est aussi un film brut et on y sent dĂ©jĂ  quelque chose qui est trĂšs prĂ©sent dans son film suivant, Bas fonds, son dĂ©sir de vouloir filmer quelque chose d’extrĂȘme. Il y a aussi une grande justesse dans la tension créée entre la pulsion de ce jeune garçon qui le pousse Ă  fuir, Ă  fuguer, et les deux espaces confinĂ©s dans lesquels il vit celui dont il s’éclipse, la maison des grands parents, et celui oĂč il se refugie, la caravane de la prostituĂ©e. 2006 / France / 95’ / couleur InterprĂ©tation Julie-Marie Parmentier Charly, Kolia Litscher Nicolas, Jeanne Mauborgne la vieille dame, Kadour Belkhodja le vieil homme, Philippe Chevassu le prof, JeanMax Causse l’automobiliste, Camille Grynko le motard ScĂ©nario, montage Isild Le Besco DĂ©cors Jayne Chu Image Jowan Le Besco Son Dana Farzanehpour, Gildas Mercier Production Sangsho Films Art press 40 ans de regard Orphelin, Nicolas, 14 ans, vit dans une famille d’accueil un couple ĂągĂ© qui l’accable de ses continuelles remontrances. Un jour, il sĂšche le lycĂ©e, suit au cafĂ© l’un de ses professeurs, et l’aborde. L’enseignant lui conseille de faire des efforts et, en partant, oublie un livre et une carte postale reprĂ©sentant Belle-Île-en-Mer. La nuit suivante, Nicolas prend la route et fait de l’auto-stop. Il se retrouve prĂšs de Nantes, oĂč il est recueilli par une jeune fille, Charly
 Catherine Millet 167 art L’Enfant cheval Asbe du-pa Samira Makhmalbaf Dans un bourg d’Afghanistan, un vieil homme propose Ă  des enfants Ă  l’abandon un job pour un dollar par jour il s’agit de porter sur son dos un jeune garçon riche et mutilĂ©, durant l’absence de son pĂšre. Guiah est choisi par le jeune maĂźtre. Grand et fort mais arriĂ©rĂ©, il devient ainsi le cheval » d’un garçon autoritaire, qui le soumet Ă  tous ses caprices
 On retrouve dans ce film une relation sadique, qui n’est pas trĂšs Ă©loignĂ©e de celle dĂ©crite dans le film d’Isild Le Besco, Bas Fonds, un jeune garçon en soumet un second et l’instrumentalise. LĂ  encore je suis bluffĂ©e par la maĂźtrise d’une rĂ©alisatrice trĂšs jeune qui raconte la cruautĂ© de l’enfance. J’ignore si l’histoire part d’un fait rĂ©el mais l’idĂ©e mĂȘme d’un enfant qui se sert d’un autre enfant pour se faire transporter est une idĂ©e trĂšs troublante. Ce qui est remarquable, c’est la relation ambiguĂ« qui existe entre les deux garçons. Ce ne sont pas seulement un maĂźtre et son esclave, et l’hostilitĂ© qui en ressort entre eux ; ce sont aussi deux enfants dans une situation de jeu. L’histoire, ainsi, n’est pas aussi manichĂ©enne que si elle mettait en scĂšne deux adultes. Catherine Millet 168 2008 / Iran / 101’ / couleur InterprĂ©tation Ziya Mirza Mohamad Guiah, Haron Ahad le maĂźtre, Gol Gotai Karimi la jeune mendiante, Khojeh Nader l’oncle, Yasin Tavildar le pĂšre ScĂ©nario, montage Mohsen Makhmalbaf DĂ©cors Akbar Meshkini Image Farzad Jadat Son Farrokh Fadaei, Hussein Madavi Musique originale Tolibhon Shakhidi Production Makhmalbaf Film House, Wild Bunch Table ronde samedi 1er dĂ©cembre 2012 - 14h-18h De l’art vidĂ©o aux Ɠuvres contemporaines, le regard d’une revue d’art sur les images animĂ©es Ă  partir d’un choix d’Ɠuvres proposĂ©es par Catherine Millet, Dominique PaĂŻni et Dork Zabunyan, une discussion en prĂ©sence des artistes et cinĂ©astes Clarisse Hahn, ClĂ©ment Cogitore et Alain Fleischer, Ă©galement directeur du Fresnoy – studio national des arts contemporains, de Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, Nicolas Surlapierre, conservateur des musĂ©es de Belfort, Jacky Evrard, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du festival CĂŽtĂ© Court ainsi que StĂ©phane Delorme, rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma. Table ronde animĂ©e par Matthieu OrlĂ©an, chargĂ© des expositions temporaires Ă  la CinĂ©mathĂšque française depuis 2003. Le choix de Catherine Millet Extraits de ‱ Ulla Von Brandenburg Singspiel – 15 mn – 2009 ‱ Pierre Huyghe Les Incivils – 40 mn – 1996 ‱ Laura Waddington Border – 27 mn – 2004 Le choix de Dominique PaĂŻni Extraits de ‱ Brancusi Florence Meyer – 6 mn – entre 1923 et 1939. ‱ Stephen Dwoskin Dirty – 12 mn – 1965 ‱ James Benning Easy Rider extraits – 2011 ‱ Augustin Gimel Fig 4 – 5 mn – 2004 Art press 40 ans de regard Ɠuvres projetĂ©es Le choix de Dork Zabunyan Extraits de ‱ Harun Farocki A Sun with no Shadow. Serious Games 4 – 5 mn – 2010 – ‱ Tania Mouraud Façade 2006 – 4 mn ‱ Bertrand Dezoteux Histoire de France en 3D extraits – 2012 ‱ Chris Marker Tempo risoluto - 5mn – 2011 169 171 24e FESTIVAL INTERNATIONAL DE CINÉMA — MARSEILLE 03 — 08 JUILLET 2013 L’APPEL À FILMS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET → DU 3 DÉCEMBRE 2012 AU 15 MARS 2013 PLATEFORME DE COPRODUCTION INTERNATIONALE 5e ÉDITION 04 — 05 JUILLET 2013 L’APPEL À PROJETS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET → DU 15 OCTOBRE 2012 AU 8 FÉVRIER 2013 Marseille 01-30, Alexander Schellow Turbulents danseurs En partenariat avec le Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ© Ă  Belfort. SĂ©ance prĂ©sentĂ©e par NoĂ«l Claude. Le Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ© Ă  Belfort / direction Joanne Leighton, rĂ©pond Ă  la proposition faite par Catherine Bizern d’une soirĂ©e danse et performance autour de la thĂ©matique de L’artiste turbulent » par un programme d’images qui s’ouvre sur une Ɠuvre emblĂ©matique Hexentanz dont la courte durĂ©e n’enlĂšve rien Ă  la force revendiquĂ©e par Mary Wigman elle-mĂȘme, qui se prĂ©sente lĂ  femme et bĂȘte en mĂȘme temps ». Vont suivre des extraits de F et Stein de Dominique Bagouet interprĂ©tĂ©s par lui-mĂȘme et rĂ©interprĂ©tĂ©s plus tard par Christian Bourrigault. La turbulence de Dominique Bagouet, c’est sa maniĂšre raffinĂ©e de bouleverser les codes. Notre choix est Ă©galement un Ă©cho au Clin d’Ɠil Ă  Dominique Bagouet » proposĂ© cette annĂ©e par les Carnets Bagouet, pour les 20 ans de sa disparition. Suivront un extrait d’une piĂšce emblĂ©matique de Lloyd Newson, Dead Dreams of Monochrome Men, d’une intense physicalitĂ©, frĂŽlant parfois la violence, un extrait de Duchesses, un hula hoop trĂšs particulier qui assĂšne l’ondulation enflammĂ©e du bassin » GĂ©rard Mayen, interprĂ©tĂ© par Marie Caroline Hominal et François Chaignaud, artistes qui furent accueillis en rĂ©sidence par le centre chorĂ©graphique Ă  plusieurs reprises. ‱ Hexentanz La Danse de la SorciĂšre 1926 ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Mary Wigman. ‱ F et Stein 1983 extrait ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Dominique Bagouet RĂ©alisation Charles Picq Production Les Carnets Bagouet ‱ F et Stein 2000 extrait ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Christian Bourigault RĂ©alisation Charles Picq Production Les Carnets Bagouet ‱ Dead Dreams of Monochrome Men 1989 extrait ChorĂ©graphie Lloyd Newson InterprĂ©tation DV8 Physical Theater ‱ Duchesses 2009 extrait Conception et performance Marie Caroline Hominal et François Chaignand Marie-Caroline Hominal a suivi une formation de danseuse Ă  la Schweizerische Ballettberufschule Ă  ZĂŒrich, puis Ă  la Rambert School of Ballet and Contemporary Dance Ă  Londres, oĂč elle intĂšgre la National Youth Dance Company. Parmi ses chorĂ©graphies et performances, principalement des formes solo ou duo le tryptique Fly Girl 2008, Yaksu Exit Number 9 2010 et Voice Over 2011 ; BAT 2012 ; Patricia poses by the pop machine & Cindy punch pop acid 2011. Elle co-signe Duchesses 2009 avec François Chaignaud, et dĂ©veloppe des collaborations artistiques avec Clive Jenkin, Cristian Vogel, Kim Boninsegni. Au festival de la BĂątie 2012 elle co-rĂ©alise avec son frĂšre David Hominal la performance Two birds at swim, at birds two swim, at two birds swim. Sous le nom de MCH, elle rĂ©alise plusieurs courtes vidĂ©os prĂ©sentĂ©es Ă  Lille, Lausanne et Washington en 2008. Elle a Ă©tĂ© interprĂšte pour plusieurs compagnies et chorĂ©graphes dont le Tanztheater Basel, IrĂšne Tassembedo, GisĂšle Vienne, Gilles Jobin, La Ribot et elle travaille actuellement avec Marco Berretini. Elle a participĂ© au projet Humain Writes de William Forsyth et de Dick Wong. SĂ©ances spĂ©ciales Pour clore le programme, une performance de Marie Caroline Hominal. 173 L’ACID A 20 ANS Henri Langlois avait fondĂ© sa morale sur l’idĂ©e que tous les films sont Ă©gaux ». Il n’en est pas d’autre qui vaille. Il s’agit donc pour les cinĂ©astes de rĂ©sister. RĂ©sister en donnant une vraie chance Ă  tous les films d’ĂȘtre vus. C’est ainsi que se terminait le manifeste qui prĂ©sidait il y a vingt ans Ă  la crĂ©ation de l’ACID, l’Association du CinĂ©ma IndĂ©pendant pour sa Diffusion, association de cinĂ©astes prĂšs Ă  dĂ©fendre leurs films, c’est Ă  dire les films de leurs pairs. Depuis 2006, le festival EntreVues accueille l’ACID pour un coup de cƓur – un premier film qui fait figure de off » Ă  notre compĂ©tition internationale et complĂšte ainsi, par un film singulier, le regard portĂ© sur le jeune cinĂ©ma indĂ©pendant. Depuis 2006, c’est aussi ensemble que nous concevons un atelier de rĂ©flexion qui permet de rĂ©unir toute la chaine du cinĂ©ma, depuis les rĂ©alisateurs jusqu’aux exploitants, et de s’arrĂȘter un temps pour rĂ©flĂ©chir Ă  nos pratiques. Pour l’anniversaire de l’ACID, CinĂ©mas d’aujourd’hui propose depuis le mois de septembre une double programmation dans le cadre de ses sĂ©ances art et essai, un film d’il y a 20 ans, un film de cette annĂ©e. C’est cette mĂȘme proposition que nous faisons pour cette soirĂ©e RĂ©crĂ©ations de Claire Simon, un film culte pour les uns, un grand classique pour les autres, et Casa Nostra, premier film de Nathan Nicholovitch, dĂ©fendu Ă  Cannes par l’ACID cette annĂ©e. RĂ©crĂ©ations Claire Simon 1993 / France / 54’ / couleur Image Claire Simon Son Dominique Lancelot Musique originale Pierre-Louis Garcia Montage Suzanne Koch Production Les Films d’Ici, Arte Il existe une sorte de pays, trĂšs petit, si petit qu’il ressemble un peu Ă  une scĂšne de théùtre. Il est habitĂ© deux ou trois fois par jour par son peuple. Les habitants sont petits de taille. S’ils vivent selon des lois, en tout cas, ils n’arrĂȘtent pas de les remettre en cause, et de se battre violemment Ă  ce propos. Ce pays s’appelle La Cour » et son peuple Les Enfants ». Lorsque Les Enfants » vont dans La Cour » ils dĂ©couvrent, Ă©prouvent la force des sentiments ou la servitude humaine » ; on appelle cela la rĂ©crĂ©ation. Je me souviens de la premiĂšre fois oĂč j’ai vu un film de Claire Simon personne n’avait Ă©crit ni les dialogues, ni la moindre scĂšne du film Ă  l’avance. Et moi, je les trouvais formidables, si justes et drĂŽles. Ça avait l’air si simple, comme ici la cinĂ©aste 174 filme, les enfants deviennent des hĂ©ros et la cour de rĂ©crĂ©ation la scĂšne de leurs exploits. J’aime ce film. Parce qu’il y a des acteurs et qu’ils jouent. Ils interprĂštent, ils expĂ©rimentent pour la premiĂšre fois ce qui leur arrive, inventant mĂȘme ce qui va les transformer, les dominer. Le spectateur reste assis, les enfants ne jouent pas pour de la fausse ». Nous y sommes, avec les marronniers, la cloche et les bĂątons tombĂ©s des arbres. Quelque chose nous apparaĂźt, aussi vrai que nous l’avions imaginĂ©, aussi juste que nos souvenirs les plus cachĂ©s. LĂ , au pied des grands arbres, contre un mur, le dialogue entre les enfants arrive sans prĂ©venir, les coups Ă©galement. Les gestes parlent pour eux, Ă  cĂŽtĂ© des mots. Il y a du suspense, des silences, des hĂ©sitations, des pleurs. Deux ou trois fois par jour, les enfants tout entiers partent Ă  l’assaut de leurs semblables, de tout et d’eux-mĂȘmes. Les acteurs s’essayent Ă  tous les drames de tous les genres les indiens et les cow-boys, les bandits et les flics, les femmes et les maris, les soumis et les caĂŻds. C’est ça la rĂ©crĂ©ation, filmĂ©e par Claire Simon. Luc Leclerc du Sablon, cinĂ©aste Avant-premiĂšre L’Acid a 20 ans Casa Nostra Nathan Nicholovitch Casa Nostra notre maison », on comprend aussi bien sĂ»r cosa » nostra, ce qui est Ă  nous », pose cette antique question qu’est-ce qui constitue une famille, qu’est-ce qu’une lignĂ©e ? Pour penser ce thĂšme en cinĂ©ma », Nathan Nicholovitch, le jeune rĂ©alisateur de ce beau film, le prend en son sens littĂ©ral quel est justement ce lien » qui unit des individus au sein d’une mĂȘme fratrie ? Deux sƓurs et un frĂšre – des trentenaires – se retrouvent pour faire la route, ensemble, jusqu’à la maison familiale, alors que leur pĂšre est mourant. Le noir et blanc, le format du film qui reprend celui des photos de familles, certains anachronismes des dĂ©cors et des accessoires rendent intemporel ce voyage et ainsi plus Ă©vidente la quĂȘte du film filmer les subtiles et infinies variations des relations passĂ©es et prĂ©sentes, rĂ©elles et imaginaires, fantasmĂ©es ou pesantes qu’entretiennent les membres d’une famille entre eux et avec le monde. Nathan Nicholovitch fait preuve d’un art de l’agencement – qui est ici l’autre nom de la mise en scĂšne, fluide et rythmĂ©e –, d’un sens Ă©vident du dĂ©coupage qui rappelle 2012 / France / 90’ / noir et blanc InterprĂ©tation CĂ©line Farmachi, Gilles Kazazian, Clo Mercier, Alicia Fleury, Pierre Durand, Francine Diehl, Fernando Scaerese, David d’IngĂ©o, Julien Roux, Erwan Naour, Corinne Gautheron, Jacqueline Bernard, Candice Carmassi ScĂ©nario Nathan Nicholovitch DĂ©cors Guillaume Zacharie Image Florent Astolfi Son Lionel Akchouch, Thomas Buet, BenoĂźt Thuault Montage Yann Dedet, Gilles Volta Production Les Films aux dos tournĂ©s CĂ©line Farmachi, Casanostra Production Nathan Nicholovitch les premiers films de Truffaut. Sa camĂ©ra est en effet Ă  chaque fois placĂ©e Ă  juste distance des personnages, tous incarnĂ©s par des acteurs au jeu prĂ©cis et subtil. La force de Casa Nostra, son Ă©motion, sa poĂ©tique, est de montrer qu’il n’y a pas de liens naturels » dans une famille mais qu’au contraire elle est constituĂ©e par la capacitĂ© et la volontĂ© de ses membres Ă  s’inventer une histoire commune le lien familial, c’est une fiction, c’est la fiction. Christophe Cognet, cinĂ©aste L’ACID est une asso­cia­tion de cinĂ©as­tes qui depuis 18 ans sou­tient la dif­fu­sion en salles de films indé­ pen­dants et Ɠuvre Ă  la ren­contre entre ces films, leurs auteurs et le public. La force du tra­vail de l’ACID repose sur son idĂ©e fon­da­trice le sou­tien par des cinĂ©as­tes de films d’autres cinĂ©as­tes, fran­çais ou Ă©trangers. SĂ©ances spĂ©ciales HĂ©lĂšne, Mathilde et Ben Scappini sont en route pour la banlieue parisienne oĂč leur pĂšre est mourant. Durant le trajet qui doit les mener jusqu’au pavillon familial, frĂšre et sƓurs se redĂ©couvrent. 175 Le Conseil gĂ©nĂ©ral partenaire du cinĂ©ma Film grand public ou d’auteur, en plein air, dans les communes rurales, dans les collĂšges
 Soutenu par le Conseil gĂ©nĂ©ral, le 7e Art tisse sa toile dans le dĂ©partement. Chaque annĂ©e en novembre > Festival Entrevues SoirĂ©e en avant-premiĂšre du Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort No de Pablo Larrain drame – 115’ – Chili 2013 En avant-premiĂšre nationale le 27 novembre Direction de la communication - 1012 - photos DR > Mois du film documentaire organisĂ© par la mĂ©diathĂšque dĂ©partementale sur tout le Territoire de Belfort SoirĂ©e du Conseil gĂ©nĂ©ral Avant - premiĂšre No Pablo LarraĂ­n No raconte la façon dont le non », qui permit de destituer Pinochet lors du rĂ©fĂ©rendum de 1988, a gagnĂ© grĂące au concours d’un jeune publicitaire qui osa la radicalitĂ© et prit le contrepied de la rhĂ©torique de l’opposition Ă  la dictature
 C’est un film qui finit bien, c’est aussi un film exaltant, drĂŽle, au casting impeccable Gael Bernal Garcia et surtout Alfredo Castro l’acteur fĂ©tiche de Pablo Larrain. C’est un film historique, et c’est surtout un film d’époque, en costumes » de la fin des annĂ©es 80
 C’est aussi un film sur le fil, dans sa mise en scĂšne comme dans le jeu des acteurs et surtout dans la maniĂšre dont il rĂ©vĂšle, aussi, la logique nihiliste et purement prĂ©datrice de la publicitĂ©, comme le notait Isabelle Regnier, dans sa critique cannoise du Monde. Alors, au-delĂ  de la spĂ©cificitĂ© historique du Chili, le sujet qu’il aborde nous renvoie explicitement, et mĂȘme trĂšs crĂ»ment, Ă  la façon dont la politique et les campagnes Ă©lectorales se jouent au niveau mĂ©diatique ici, en France. 2012 / Chili, Etats-Unis, Mexique / 110’ / couleur / vostf InterprĂ©tation Gael GarcĂ­a Bernal RenĂ© Saavedra, Alfredo Castro Lucho GuzmĂĄn, Alejandro Goic Ricardo, NĂ©stor Cantillana Fernando, Luis Gnecco Urrutia, Antonia Zegers VerĂłnica ScĂ©nario Pedro Peirano d’aprĂšs la piĂšce Referendum d’Antonio SkĂĄrmeta DĂ©cors Estefania LarraĂ­n Image Sergio Armstrong Son Miguel HormazĂĄbal Musique originale Montage Andrea Chignoli Production Fabula, Participant Media, Canana Films Pour Ă©voquer tout cela, la sĂ©ance sera suivie d’un dĂ©bat Communication en politique » en compagnie de François Jost, professeur Ă  la Sorbonne Nouvelle Paris III, oĂč il dirige le Centre d’Études sur l’Image et le Son MĂ©diatiques CEISME et de Georges Couffignal, directeur de l’Institut des Hautes Études de l’AmĂ©rique Latine IHEAL, Sorbonne Nouvelle Paris III, oĂč il est responsable de l’option Sciences Politiques. DĂ©bat animĂ© par Gilles Rousseau, coordinateur des programmes au Forum des images. SĂ©ances spĂ©ciales Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face Ă  la pression internationale consent Ă  un rĂ©fĂ©rendum sur sa prĂ©sidence en 1988, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, RenĂ© Saavedra, d’ĂȘtre le fer de lance de leur campagne. Avec peu de moyens et sous la surveillance constante des hommes de Pinochet, Saavedra et son Ă©quipe conçoivent un plan audacieux pour remporter le rĂ©fĂ©rendum et libĂ©rer leur pays de l’oppression. 177 20 ans de soutien au cinĂ©ma en Franche-ComtĂ© La SoirĂ©e du Conseil rĂ©gional permet de mettre en valeur un film soutenu par le fonds rĂ©gional d’aide Ă  la production. Cette annĂ©e, il est proposĂ© de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir le premier long mĂ©trage du rĂ©alisateur franccomtois Jacques Maillot, Nos vies heureuses, soutenu par la RĂ©gion en 1997 et sĂ©lectionnĂ© en compĂ©tition officielle du festival de Cannes en 1999. Nos vies heureuses Jacques Maillot Quand j’écris, j’ai le sentiment que les problĂ©matiques s’éclairent les unes les autres. Comme les personnages nouveaux jettent un nouvel Ă©clairage sur ceux que l’on connaĂźt dĂ©jĂ . Chacun enrichit l’autre de sa diffĂ©rence. C’est pourquoi il y a dans Nos vies heureuses pas moins de six histoires. 
 Certains ont trouvĂ© que cela ressemblait Ă  un catalogue. Moi, j’ai toujours pensĂ© avoir fait un film trĂšs intime. Tout simplement parce qu’il parle de moi et de mes amis. C’est assez autobiographique. Peut-ĂȘtre sommes-nous des gens assez banals. En tout cas il n’y avait pas le dĂ©sir de faire le portrait d’une gĂ©nĂ©ration, et encore moins l’envie d’ĂȘtre exhaustif. Il ne s’agissait pas de surfer sur une actualitĂ©, mais de tĂ©moigner de choses profondes. » Jacques Maillot entretien avec Philippe Piazzo, Le Monde-Aden, 1er dĂ©cembre 1999 1999 / France / 147’ / couleur InterprĂ©tation Marie Payen Julie, CĂ©cile Richard CĂ©cile, Camille Japy Émilie, Sami Bouajila Ali, Éric Bonicatto Jean-Paul, Jean-Michel Portal Lucas, Sarah Grappin Sylvie, Olivier Py François, Alain Beigel Antoine, Fanny Cottençon la mĂšre de CĂ©cile, Marc Chapiteau le pĂšre de Sylvie ScĂ©nario Jacques Maillot, Éric Veniard DĂ©cors ValĂ©rie Berman Image Luc PagĂšs Son FrĂ©dĂ©ric de Ravignan Musique originale Allie Delfau Montage Andrea SedlĂĄckovĂĄ Production Magouric Productions, IdĂ©a Productions, TSF SĂ©ances spĂ©ciales Destin croisĂ© de six amis. Julie sort de l’hĂŽpital aprĂšs une tentative de suicide. Ali a quittĂ© le Maroc pour venir Ă©tudier en France. Emilie vit une rupture amoureuse. Lucas ne sais plus trĂšs bien oĂč il en est. CĂ©cile tue l’ennui en prenant des photos et Jean-Paul est un catholique militant. Chacun devra quitter son identitĂ© pour s’inventer un chemin fragile et personnel. Cela n’ira pas sans dĂ©chirement, sans combat ni souffrance. 179 4e Ă©dition FILMS EN COURS Aide Ă  la postproduction Mardi 27 et mercredi 28 novembre Cosmodigital, GomĂ©dia, Mikros Image et PolySon s’engagent aux cĂŽtĂ©s du festival pour soutenir la jeune crĂ©ation cinĂ©matographique. Suite Ă  un appel Ă  candidature ouvert aux 1ers, 2e et 3e longs mĂ©trages internationaux en fin de montage image, 5 films ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s par la direction artistique du festival. Ils seront projetĂ©s les mardi 27 et mercredi 28 novembre en matinĂ©e au PathĂ© Belfort. Le jury rencontrera ensuite chaque rĂ©alisateur et producteur candidats pour une discussion. Le jury dĂ©cernera au film laurĂ©at l’ensemble des prestations suivantes ‱ Ă©talonnage numĂ©rique, offert par Mikros Image ‱ finalisation du mix en auditorium cinĂ©ma, offert par PolySon ‱ post-synchronisation ou sous-titrage, offert par Gomedia ‱ mastering DCP, offert par Cosmodigital Un directeur de post-production, participant au jury, sera chargĂ© du suivi des travaux de post-production, en lien avec la production du film. Le jury de Films en cours est composĂ© cette annĂ©e de ‱ Vincent Alexandre, directeur de post-production ‱ Mathieu Amalric, cinĂ©aste et acteur ‱ Claire Beaudoin, directrice artistique Ă  Gomedia ‱ Sophie Denize, directrice d’affaires de Mikros Image ‱ Olivier Goinard, mixeur, reprĂ©sentant de PolySon ‱ Birgit Kohler, comitĂ© de sĂ©lection Forum de la Berlinale, co directrice de l’Arsenal Institut fĂŒr Film und Videokunst - Ă  Berlin ‱ Philippe Perrot, gĂ©rant de Cosmodigital 180 Les films sĂ©lectionnĂ©s A Spell to Ward Off The Darkness de Ben Rivers et Ben Russell Documentaire, 120 minutes, France-Estonie, Rouge International, Black Hand En trois chapitres, le portrait d’un jeune homme de trente ans successivement ermite sur le cercle polaire, membre dubitatif d’une communautĂ© d’aujourd’hui en Estonie, et musicien d’un groupe de Black Metal neo-paĂŻen... Une enquĂȘte sur ce que signifie mener une vie spirituelle dans le monde matĂ©riel. Jia d’Anthony Chen Fiction, 99 minutes, Singapour, Fisheye Pictures Chronique familiale Ă  Singapour. Tandis que la mĂšre, enceinte, s’occupe du licenciement des ouvriers de son entreprise, le pĂšre perd son emploi et passe ses journĂ©es de petit boulot en petit boulot. Jia le fils, apprend Ă  vivre avec Terry qui arrive de ThaĂŻlande pour s’occuper de la maison. Tierra en la Lengua de Ruben Mendoza Fiction, 94, Colombie-France, Diafragma, CinĂ© Sud Promotion Un vieil homme entraĂźne deux de ces petits enfants adultes dans un voyage sur ses terres, sous prĂ©texte d’y rĂ©pandre les cendres de sa femme. Mais il attend surtout de ses petits enfants qu’ils mettent fin Ă  sa vie, d’un coup de fusil. Who’s afraid of Vagina Wolf d’Anna Margarita Albelo Fiction, 81’, États-Unis - France, Burning Bra productions, Local Films Anna vit dans le garage d’une camarade dans la banlieue de Los Angeles. A la fois pour sĂ©duire la belle Katia et relancer sa jeune carriĂšre de cinĂ©aste au point mort, elle dĂ©cide de rĂ©aliser avec ses amies un remake underground de Qui a peur de Virginia Woolf ? Monsieur Morimoto de Nicola Sornaga Fiction, 93’, France, Tricycle production, Ecce Films Monsieur Morimoto a perdu son tableau, il a aussi perdu son appartement... Il tente de retrouver l’un et l’autre et dĂ©rive au grĂ© de ses rencontres. Tous les ĂȘtres qu’il croise semblent eux-mĂȘmes dĂ©ambuler dans un monde de fantasme et de rĂȘverie. partenaire de la 4e Ă©dition de Films en Cours Festival Scope, la nouvelle plateforme Internet destinĂ©e exclusivement aux professionnels du cinĂ©ma du monde entier prĂ©sentera les films en cours Ă  des vendeurs internationaux et une sĂ©lection de distributeurs membres de Festival Scope. Les films en cours seront disponibles sur SĂ©ances spĂ©ciales Le laurĂ©at FILMS EN COURS 2012 sera annoncĂ© Ă  tous dĂšs le mercredi 28 novembre Ă  20h30 Ă  la fin du festival aprĂšs accord des ayants droit 181 Les Rencontres professionnelles Les rencontres professionnelles ont Ă©tĂ© créées dĂšs 2006, afin de faire du festival un lieu utile pour les professionnels impliquĂ©s dans le jeune cinĂ©ma de recherche, un lieu pertinent de rĂ©flexion autour de questions primordiales pour penser la crĂ©ation contemporaine dans ses dimensions Ă  la fois esthĂ©tiques, politiques et concrĂštes. Ces rencontres se dĂ©clinent dĂ©sormais autour de plusieurs moments forts. La JournĂ©e des exploitants du Grand Est Jeudi 29 novembre Cette journĂ©e de travail rassemble les exploitants du Grand Est et leurs voisins pour dĂ©couvrir des Ɠuvres de jeunes cinĂ©astes, et susciter Ă  la fois une rĂ©flexion et des projets de programmation communs autour de ces films. Des courts mĂ©trages en avant-programme En partenariat avec L’Agence du Court MĂ©trage Un programme de courts mĂ©trages nouvellement acquis par le RADi RĂ©seau Alternatif de diffusion sera proposĂ© par l’Agence du court mĂ©trage, accompagnĂ© d’une discussion autour des thĂšmes Comment programmer un avant programme de courts mĂ©trages ? » et Quelles nouvelles pratiques grĂące au numĂ©rique ? » ‱ En pleine forme de Pierre Etaix 1971, Capac, 12’ ‱ TĂŽt ou tard de Jadwiga Kowalska 2008, Folimage Valence Production, 5’ ‱ I’m Your Man de Keren Ben Rafeal 2011, Les Films du Worso, 15’ ‱ Les Chroniques de la poisse pas de peau pour l’ours de Osman Cerfon 2010, Je Suis Bien Content Production, 6’ ‱ Long Distance Information de Douglas Hart 2011, HIS London, 7’ ‱ Vivre avec mĂȘme si c’est dur de Marion Puech , Pauline Pinson , Magali Le Huche 2004, production Marion Puech / ‱ École SupĂ©rieure des Arts DĂ©coratifs de Strasbourg, 7’ Avec les interventions de Philippe Germain, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de L’Agence du court mĂ©trage ; Olivier Payage, programmateur du RADi, en charge de la relation avec les salles ; Christophe Duthoit, programmateur de plusieurs cinĂ©mas. La promotion des films sans promotion En partenariat avec L’ACID La projection de deux longs-mĂ©trages de jeunes cinĂ©astes en avant-premiĂšre, dont la sortie est prĂ©vue dans les mois Ă  venir, sera l’occasion de s’interroger sur la maniĂšre pour les salles d’assurer la promotion d’Ɠuvres qui sortent sans soutien mĂ©diatique. ‱ Casa Nostra de Nathan Nicholovitch Film soutenu par l’ACID et prĂ©sentĂ© par son rĂ©alisateur Nathan Nicholovitch et son distributeur, Aramis Films. Sortie le 6 mars 2013 voir page 173. ‱ Los Salvajes d’Alejandro Fadel Film en compĂ©tition Ă  EntreVues voir page 28, prĂ©sentĂ© par son rĂ©alisateur Alejandro Fadel et son distributeur, Independencia. Sortie le 20 fĂ©vrier 2013. Le film a reçu le Soutien ACID/CCAS Ă  la distribution Ă  la Semaine de la critique – Cannes 2012. Avec les interventions de Fabienne Hanclot, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ACID, et Sarah Derny, responsable de la programmation salles en rĂ©gion Ă  l’ACID, et Boris Spire, prĂ©sident du GNCR et directeur du cinĂ©ma l’Ecran Saint-Denis. 182 Les Ateliers de rĂ©flexion Vendredi 30 novembre Les ateliers de rĂ©flexion proposent aux professionnels du cinĂ©ma, en synergie avec d’autres disciplines, de mettre en commun leurs expĂ©riences, d’échanger sur leurs pratiques et d’explorer ensemble de nouvelles pistes de travail. Atelier Grand Est Cet atelier regroupe chaque annĂ©e les professionnels et les responsables institutionnels des cinq rĂ©gions du Grand Est Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche ComtĂ© et Lorraine pour faire le point sur leurs projets communs en cours. Cette annĂ©e sera entamĂ©e par ailleurs une rĂ©flexion autour de la question Quels lieux de diffusion pour quelles Ɠuvres ? » Il s’agira de s’interroger sur la pertinence pour les rĂ©gions de mettre en place des initiatives pour aider les lieux de diffusion, ou la diffusion des Ɠuvres elles-mĂȘmes. En prĂ©sence d’un responsable du CNC, de reprĂ©sentants du GNCR et de l’ACID. Atelier animĂ© par Georges Heck, directeur du dĂ©partement audiovisuel et cinĂ©ma de la CommunautĂ© Urbaine de Strasbourg. La marge est-elle un contre-pouvoir ? Nous avions tentĂ© l’an dernier sous le titre comment font les autres ? » de mettre en commun les maniĂšres de faire des plus petits face Ă  la grande distribution, aux majors, aux circuits, dans le domaine du cinĂ©ma mais aussi de la musique de l’édition ou de l’agriculture. Dans le cas du cinĂ©ma, qui est une profession fortement rĂ©glementĂ©e, deux positions coexistent pour tenter de faire face aux problĂšmes qui se posent au cinĂ©ma indĂ©pendant exiger de l’intĂ©rieur de faire Ă©voluer la rĂ©glementation, ou bien dĂ©tourner les rĂšgles et inventer Ă  cĂŽtĂ© de nouvelles maniĂšres de faire. La vigueur de la dĂ©mocratie tient Ă  sa capacitĂ© Ă  tenir un Ă©cart harmonieux entre le symbolique et le rĂ©el » explique le politologue Stephane RozĂšs. Or s’il est facile d’imaginer symboliquement la marge comme un lieu de contre-pouvoir, l’est-elle vraiment dans la rĂ©alitĂ© ? Que signifie et implique pratiquement et matĂ©riellement d’ĂȘtre en marge ? Est-ce rĂ©ellement un lieu d’action? Être en marge signifie-t-il avoir la capacitĂ© de dĂ©tourner les rĂšgles pour inventer, pour exister ? Mais est-ce suffisant pour ĂȘtre force de proposition et force de changement ? Économistes, politologues, philosophes viendront apporter leur point de vue au cĂŽtĂ© des professionnels du cinĂ©ma mais aussi de personnes impliquĂ©es dans le spectacle vivant et la musique. La crĂ©ation documentaire Mardi 27 novembre E 10h/12h Rencontre avec Jean Louis Comolli rĂ©alisateur et Ă©crivain. La gĂ©nĂ©ralisation du spectacle menace ce que le cinĂ©ma a amenĂ© dans le monde une sĂ©paration, qui est aussi une articulation, entre visible et non-visible, entre champ et horschamp. Je me propose d’interroger ce que l’histoire du cinĂ©ma a fait de cette condition impĂ©rative de tout cadrage qu’il relie ce qu’il dĂ©coupe dans le visible et ce qu’il en cache ». Comolli E 13h45 Rencontre avec Christophe Loizillon rĂ©alisateur. Nous ne filmons pas la vie. Nous mettons en scĂšne la vie». C. Loizillon. E 15h30 Rencontre avec Denis Gheerbrant rĂ©alisateur. De ce monde dans lequel je suis lĂ , prĂ©sent - mĂȘme temps, mĂȘme espace que ceux que je filme -, je constitue un objet filmique pour d’autres c’est cela d’abord le geste documentaire. C’est ce bricolage auquel chaque cinĂ©aste se livre avec la rĂ©alitĂ©, bricolage en ce sens que le projet du film se construit dans une constante renĂ©gociation avec ce qui se passe. Le geste, c’est ce qui est propre Ă  chacun d’entre nous cinĂ©astes. Pour moi, il est indissociable de la relation Ă  ceux que je filme, de ce qui se rĂ©vĂšle dans l’acte du filmage Ă  eux, Ă  moi, au spectateur, de leur mystĂšre. Indissociable des images qui viendront rĂ©sonner sur cette parole, c’est ce mystĂšre qui tend le film ». Denis Gheerbrant, Paris le 21 octobre 2012 E 18h Forum public, "Filmer expĂ©rience de vie, expĂ©rience de cinĂ©aste". ModĂ©rĂ© par Christophe Pornic, Directeur artistique des Etats gĂ©nĂ©raux du documentaire de Lussas. Avec Christophe Loizillon, Denis Gheerbrant, Marion Lary rĂ©alisatrice et Jean Charles Hue rĂ©alisateur. SĂ©ances spĂ©ciales Rencontres rĂ©gionales de l’éducation artistique au cinĂ©ma PĂŽle Image de Franche-ComtĂ© AnimĂ©es par la MJC Centre Image du Pays de MontbĂ©liard 20h30 SĂ©ance de compĂ©tition d'EntreVues 183 Les forums publics Les forums publics permettent aux professionnels d’aborder avec le public diverses questions que soulĂšve la programmation du festival. Un temps de pause entre les projections, dĂ©diĂ© Ă  la diffusion des savoirs, des expĂ©riences et des pratiques, chaque soir de 18h30 Ă  20h. Lundi 26 novembre - partie 1 - Jeudi 29 novembre - partie 2 Faire avec Comme en musique, comme en peinture, le cinĂ©ma est affaire de composition. Il s’agit de composer quelque chose, un rĂ©cit, Ă  partir d’un matĂ©riau brut – des situations, des visages, des personnages, des paysages, des images et des sons -. Et si ces matiĂšres premiĂšres contiennent en elles-mĂȘmes une promesse de rĂ©cit, une promesse de composition, il s’agit aussi pour le cinĂ©aste de composer avec ce matĂ©riel Ă  disposition. Il s’agit de faire avec. Ce dĂ©bat en deux parties rĂ©unira les rĂ©alisateurs de la compĂ©tition et s’appuiera sur les films de ces derniers pour explorer les maniĂšres de faire, de faire avec» des uns et des autres, en compagnie de critiques de cinĂ©ma. Il sera animĂ© par les critiques JĂ©rĂŽme Momcilovic et AmĂ©lie Dubois, membres du comitĂ© de sĂ©lection de la compĂ©tition. Mardi 27 novembre Filmer expĂ©rience de vie/expĂ©rience de cinĂ©ma En clĂŽture des Rencontres rĂ©gionales de l’Education Ă  l’image Il semble qu’en documentaire, mais cela peut aussi ĂȘtre la mĂȘme chose en fiction, le choix de faire un film est parfois aussi celui de partager la vie d’autres ou synonyme d’immersion dans un milieu particulier. Pour un temps le cinĂ©aste choisit de faire une autre expĂ©rience de vie que la sienne propre, jusqu’à peut-ĂȘtre mĂȘme se mettre dans la peau d’un autre. DĂ©bat animĂ© par Christophe Postic, directeur artistique des Etats gĂ©nĂ©raux du Documentaire de Lussas, en compagnie des cinĂ©astes Denis Gheerbrant, Jean-Charles Hue, Marion Lary et Christophe Loizillon. Mercredi 28 novembre AprĂšs l’ñge d’or des annĂ©es 70, que peut encore le cinĂ©ma d’horreur ? Carpenter, Romero, Hooper, Friedkin, ces noms Ă©voquent les grandes heures du film d’horreur amĂ©ricain. L’arrivĂ©e de Rob Zombie au dĂ©but des annĂ©es 2000 laisse penser que le film d’horreur peut encore avoir de belles heures devant lui. Mais de quelles façons ? En jouant sur la redite, de la citation au remake, ou bien en s’affranchissant des maĂźtres et en osant une imagerie nouvelle, sinon venue d’ailleurs ? Ce forum, dans le cadre de la rĂ©trospective Rob Zombie, sera animĂ© par StĂ©phane du Mesnildot Cahiers du cinĂ©ma. Il rĂ©unira les critiques Jean-Baptiste Thoret, JĂ©rĂŽme Momcilovic, Gilles Esposito et Bastian Meiresonne. Vendredi 30 novembre La marge est-elle un contre pouvoir ? Pour rendre compte des travaux des professionnels du vendredi 30 novembre sur la question La marge estelle un contre pouvoir ?», une derniĂšre session de travail sera ouverte au public. Ce dĂ©bat s’interrogera sur les diffĂ©rentes façons d’exister lorsque l’on appartient Ă  la marge Que signifie et implique pratiquement et matĂ©riellement d’ĂȘtre en marge ? Est-ce rĂ©ellement un lieu d’action? Samedi 1er dĂ©cembre de 14h Ă  18h Dans le cadre de la programmation art press 40 ans de regard» nous invitons Catherine Millet, Dominique PaĂŻni et Dork Zabunyan Ă  nous prĂ©senter et Ă  commenter un choix d’Ɠuvres filmiques. Seront dans la salle pour rĂ©agir avec le public les artistes et cinĂ©astes Clarisse Hahn, ClĂ©ment Cogitore et Alain Fleischer, Ă©galement fondateur et directeur du Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, Nicolas Surlapierre, conservateur des musĂ©es de Belfort, Jacky Evrard, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du festival CĂŽtĂ© Court ainsi que StĂ©phane Delorme, rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma. Cette sĂ©ance sera animĂ©e par Matthieu OrlĂ©an, chargĂ© des expositions temporaires de la CinĂ©mathĂšque française depuis 2003 L’intĂ©gralitĂ© des forums publics sera retransmise sur le site de Mediapart. SĂ©ances spĂ©ciales De l’art vidĂ©o aux oeuvres contemporaines, le regard d’une revue d’art sur les images animĂ©es 185 l’info part de lĂ  Abonnez-vous 9 € par mois DĂ©couvrez le journal pendant 15 jours pour 1 € seulement Connectez-vous sur Une question ? [email protected] SĂ©ance de clĂŽture Avant-premiĂšre La Fille de nulle part Jean-Claude Brisseau Le nouveau long mĂ©trage de Jean-Claude Brisseau, La Fille de nulle part, est un Ă©mouvant retour aux sources. Le film est autoproduit, interprĂ©tĂ© par Brisseau, et essentiellement tournĂ© dans son propre appartement, un peu Ă  la maniĂšre des films amateurs de ses dĂ©buts, et le numĂ©rique employĂ© pour la premiĂšre fois par Brisseau remplace le super 8. Le film fait penser Ă  ces Ɠuvres de cinĂ©astes qui n’ont plus rien Ă  prouver mais ont toujours soif d’expĂ©rimentations, comme le rĂ©cent Twixt de Francis Ford Coppola. Le confinement du sujet la relation platonique entre un vieux professeur et une jeune fille sauvage et la modestie des moyens apparaissent, davantage qu’un aveu de rĂ©signation, comme une authentique dĂ©monstration de rĂ©sistance politique et Ă©conomique, un vĂ©ritable manifeste de cinĂ©ma guĂ©rilla. Car tournage lĂ©ger et micro budget ne signifient pas amateurisme sous la direction d’un cinĂ©aste obsĂ©dĂ© par le style et la forme. Chez Brisseau tout est question de mise en scĂšne, et La Fille de nulle part est une vĂ©ritable leçon de cinĂ©ma, symptomatique de la fidĂ©litĂ© de Brisseau Ă  certains prĂ©ceptes esthĂ©tiques de la Nouvelle Vague mais aussi du cinĂ©ma amĂ©ricain classique surtout Hitchcock. Si l’on retrouve les prĂ©occupations mystiques et morales du cinĂ©aste, avec 2012 / France / 91’ / couleur InterprĂ©tation Jean-Claude Brisseau Michel, Virginie Legeay Dora, Claude Morel ScĂ©nario Jean-Claude Brisseau DĂ©cors, montage Maria-Luisa Garcia Image David Chambille Production La SorciĂšre rouge Jean-Claude Brisseau de nouveau des incursions du cĂŽtĂ© du paranormal et du spiritisme, La Fille de nulle part s’enrichit d’une surprenante dimension Ă©motionnelle qui le fait Ă©chapper Ă  un simple exposĂ© thĂ©orique. Avec le portrait de cet homme vieillissant, misanthrope et idĂ©aliste, Brisseau se livre Ă  une Ă©trange confession intime, sacrifiant pour la premiĂšre fois Ă  l’autobiographie, sans renoncer Ă  sa passion pour le romanesque. Olivier PĂšre DĂ©lĂ©guĂ© GĂ©nĂ©ral du Festival de Locarno, oĂč le film a obtenu cette annĂ©e la rĂ©compense suprĂȘme, le LĂ©opard d’or SĂ©ances spĂ©ciales Professeur de maths Ă  la retraite, Michel vit seul depuis le dĂ©cĂšs de sa femme. Il travaille sur un livre qui dĂ©nonce le monde d’illusions» dans lequel on vit. Un jour, une fille se fait tabasser dans les escaliers. Il lui ouvre sa porte, la soigne, l’hĂ©berge. À peine s’est-elle installĂ©e que le vieil appartement devient le lieu d’évĂ©nements Ă©tranges
 Sortie en salle 6 fĂ©vrier 2013 187 Offre DĂ©COUverte pOUr 24,90 eUrOs seUlement 6 mOIs -30%! numĂ©ro disponible en achat Ă  l’unitĂ© sur OUI, je m’abonne aux Cahiers du cinĂ©ma  6 mois 6 numĂ©ros pour 24,90 € au lieu de 35,40 € mes coordonnĂ©es  M.  Mme nom adresse code postale tĂ©lĂ©phone e-mail CDCBELF2012 prĂ©nom ville Je joins mon rĂšglement par Date et signature obligatoires  chĂšque bancaire ou postal Ă  l’ordre des Cahiers du cinĂ©ma  carte bancaire n°    expire le Les trois derniers chiffres du numĂ©ro inscrit au dos de votre carte prĂšs de la signature Prix de vente du no 5,90 €. Offre rĂ©servĂ©e aux nouveaux abonnĂ©s, valable en France mĂ©tropolitaine, jusqu’au 31/12/2012. Dom-Tom et Ă©tranger, nous contacter au +33 03 44 31 80 48 de 8 h 30 Ă  18 h 00, heure française. Vous vous abonnez aux Cahiers du cinĂ©ma vos nom, prĂ©nom et adresse sont communiquĂ©s Ă  nos services internes et, le cas Ă©chĂ©ant, plus tard, Ă  quelques publications partenaires, sauf avis contraire de votre part. Si vous ne souhaitez pas recevoir de propositions de ces publications, merci de nous le signaler en cochant la case ci-contre.  Le Festival c’est aussi
 Chaque matin, les salles s’ouvrent aux publics scolaires. Les collĂšges, lycĂ©es, Ă©tablissements du supĂ©rieur et Ă©coles primaires de l’Aire urbaine ont accĂšs Ă  des sĂ©ances de projection Ă  la carte, Ă  partir d’une liste de films issus de la programmation. Les SĂ©ance maternelles Une sĂ©ance de court mĂ©trage pour les tout-petits, autour du cirque, Ă©laborĂ©e avec le service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française. ‱ Notes On The Circus Jonas Mekas, 1966, extrait de 3 minutes ‱ Le Cirque joyeux Jiri Trnka, 1951, 14’ ‱ Le Cirque de Calder Carlos VilardebĂł,1961, 17’ ‱ Le Cirque sous les Ă©toiles Wlodzimierz Haupe, 1954, 14’ Les ateliers du service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française Pour les classes de primaire, autour du film Une vie de chat voir page 136, sur le thĂšme Un chat de cinĂ©ma ». Le service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française accompagne enfants, adolescents et adultes dans leur dĂ©couverte du cinĂ©ma, sur le temps libre comme sur le temps scolaire ; des ateliers sont imaginĂ©s pour favoriser la formation du regard ou initier Ă  la pratique cinĂ©matographique. Ainsi, l’atelier du chat au cinĂ©ma en Ă©cho au livre qui lui est consacrĂ© dans la collection Atelier cinĂ©ma » permet-il de dĂ©couvrir toutes sortes de chats en mouvement, en prise de vues rĂ©elles ou dessinĂ©es. Depuis les premiers films des opĂ©rateurs LumiĂšre jusqu’à Une vie de chat, qu’il soit filmĂ© dans sa vie quotidienne ou qu’il devienne le hĂ©ros d’une histoire d’espionnage, le chat n’en fait qu’à sa tĂȘte. MĂȘme si ce n’est pas toujours facile, les rĂ©alisateurs ne se lassent pas de le filmer en train de jouer, de faire des acrobaties, ou encore de dormir, tout simplement. Animal mythique et mystĂ©rieux, le chat sait trĂšs bien jouer les stars ! C’est ce que les enfants dĂ©couvrent au fil des films de l’atelier, en dialoguant avec un confĂ©rencier du service pĂ©dagogique. Pour les lycĂ©ens des classes cinĂ©ma-audiovisuel terminale Deux confĂ©rences complĂštent la programmation autour de To Be or Not to Be d’Ernst Lubitsch, animĂ©es par Jean Narboni et Emmanuel Burdeau, critiques et historiens du cinĂ©ma. Dimanche 25 novembre DJ Set C kan kon kouch ?» Ă  la salle des fĂȘtes. La piste de danse, le dance floor », lieu de circulation des Ă©nergies, de croisement des regards, de frĂŽlement des peaux, sera le point de rencontre idĂ©al pour les danseurs qui sauront donner le meilleur d’eux-mĂȘmes. Sur des musiques oĂč le rythme et les mots se devront d’ĂȘtre sensuels, les corps opĂ©reront, peut-ĂȘtre, un rapprochement tout lubitschien ». SĂ©ances spĂ©ciales Les afters » Le jeudi 1er dĂ©cembre Show case d’Alex Beaupain, parrain du Prix One+One, Ă  La PoudriĂšre 189 L’affiche 2012 L'affiche 2012 Nine Antico est illustratrice et auteur de bande dessinĂ©es. Elle a collaborĂ© ou collabore avec les magazines Discobabel, Minimum Rock’n’Roll, Nova Magazine, Trax, Rendez-Vous Magazine, Jhon Magazine, NeverEnding, Double et Muteen. Parmi ses bandes dessinĂ©es Le GoĂ»t du paradis 2008, Coney Island Baby 2010, Girls Don’t Cry 2010, Tonight 2012 191 Bande annonce 2012 Bande annonce 2012 We are legion ClĂ©ment Cogitore AprĂšs des Ă©tudes Ă  l’Ecole supĂ©rieure des arts dĂ©coratifs de Strasbourg, et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, ClĂ©ment Cogitore dĂ©veloppe une pratique Ă  mi-chemin entre cinĂ©ma et art contemporain. MĂȘlant films, vidĂ©os, installations et photographies, son travail questionne les modalitĂ©s de cohabitation des hommes avec leurs images. Il y est le plus souvent question de rituels, de mĂ©moire collective, de figuration du sacrĂ© ainsi que d’une certaine idĂ©e de la permĂ©abilitĂ© des mondes. Ses films ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s dans de nombreux festivals internationaux Quinzaine des rĂ©alisateurs Cannes, festivals de Locarno, Lisbonne, MontrĂ©al... et ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s Ă  plusieurs reprises. Son travail a Ă©galement Ă©tĂ© projetĂ© et exposĂ© dans de nombreux musĂ©es et centre d’arts Palais de Tokyo, Centre Georges Pompidou Paris, Haus der Kultur der Welt - Berlin, Museum of fine arts - Boston.... NĂ© en 1983 Ă  Colmar, ClĂ©ment Cogitore est actuellement pensionnaire de l’AcadĂ©mie de France Ă  Rome-Villa MĂ©dicis. CrĂ©dits Bande-annonce 2012 We are Legion Image AĂŻdan Olbrist Musique Martin Wheeler Collaboration artistique Gauthier Sibillat Remerciements GrĂ©gory JĂ©rĂŽme, Armin Zoghi Filmographie ‱ Un archipel - 2012 - 11 min Prod GREC/France 2 65e International Locarno Film festival ‱ Bielutine - Dans le jardin du temps - 2011 - 35 min - Prod Seppia - Arte Quinzaine des rĂ©alisateurs, Cannes 2011 EntreVues 2012 Prix du FIDLAB, Marseille 2010 ‱ Parmi Nous - 2011 - 30 min - Prod Kazak avec la participation de France 2 Grand prix europĂ©en des premiers films, Fondation Vevey 2010 Best film award - Belo Horizonte international film festival Best cinematography award - Lucania international film festival ‱ VisitĂ©s- 2007 - 18 min - Prod Le Fresnoy - Le DeuxiĂšme souffle 60e Locarno International film festival Prix du Jury - Festival international du film de VendĂŽme Best Cinematography award - Belgrade international film festival ‱ Chroniques - 2006 - 30 min- Prod GREC Grand prix mention spĂ©ciale EntreVues Belfort Prix du centre des Ă©critures cinĂ©matographiques, Festival des Ă©crans documentaires, Arcueil Prix de la fondation Beaumarchais, SACD 193 INDEX 7h58 ce samedi-lĂ  130 A A Story For the Modlins 36 Agent Trouble 62 Albatros L’ 58 Andy Warhol Exploding Plastic Inevitable 134 Annonce faite Ă  Marie L’ 157 Ape 21 Argent L’ 118 As Ondas 37 Aux bains de la reine 37 Avanti ! 100 Aventures de Robin des Bois Les 136 Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks Les 139 B Bonsoir 64 Broken Specs 38 C Casa Nostra 173 Cassette La 122 Charly 165 Chatte Ă  deux tĂȘtes La 163 Chatte des montagnes La 87 CitĂ© de l’indicible peur La 55 Cleveland contre Wall Street 144 ComĂ©die de Dieu La 158 Coquillettes Les 45 CoĂ»te que coĂ»te 124 D De l’aube Ă  minuit 107 DĂ©livrance 134 Dernier MĂ©tro Le 101 Destruccion del orden vigente La 25 Dipso 22 Dollar Dance 134 Du rififi chez les hommes 112 E East Hastings Pharmacy 38 EnchaĂźnĂ©s Les 99 Enfant L’ 128 Enfant cheval L’ 166 Évangile selon Saint Matthieu L’ 152 Éventail de Lady Windermere L’ 88 Everybody In Our Family 23 194 F Farceur Le 68 Fille de nulle part La 185 Film socialisme 145 FlorariĂ  y Edecanes 39 Folle IngĂ©nue La 93 G Goodbye South, Goodbye 125 Goonies Les 136 Grande Lessive La 56 Grandeur et dĂ©cadence d’un petit commerce de cinĂ©ma 119 H Halloween John Carpenter 80 Halloween Rob Zombie 81 Halloween 2 81 Haute pĂšgre 89 Histoire du Japon racontĂ©e par une hĂŽtesse de bar 115 I I Love Dollars 120 Île nue L’ 69 In April The Following Year, There Was a Fire 24 Inconsolable L’ 162 IndiscrĂ©tions 97 Inflation 134 Insomniaques Les 66 It’s a Free World
 143 ItinĂ©raire de Jean Bricard 162 J Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi 25 Je veux seulement que vous m’aimiez 117 Jubilada La 44 K Keep a Tidy Soul 39 L Leviathan 27 Lighthouse 40 Litan 60 M Ma belle gosse 29 Maison des mille morts La 76 Marseille la nuit 41 Martha in memoriam 68 Memories Look At Me 30 Mentor Le 67 Meurtre dans un jardin anglais 156 MiraculĂ© Le 61 N Night Replay 31 No 175 No Comment 145 Noir comme le souvenir 65 Nos amis de la banque 141 Nos vies heureuses 177 Nuit remue La 40 O O Dom das lagrimas 41 O som ao redor 32 On achĂšve bien les chevaux 114 Opinion publique L’ 95 Or des mers L’ 109 OrlĂ©ans 33 Ovos de dinossauro na sala de estar 42 P Paradis dĂ©fendu 94 Pont des Arts Le 164 Q Quelque chose d’organique 160 R Rainbow Dance 134 Raining Stones 121 Raisins de la colĂšre Les 140 Rapaces Les 108 RĂ©crĂ©ations 172 RĂšgle du jeu La 96 RĂ©vĂ©lations 127 RiviĂšre d’argent La 136, 142 Roberte 155 Rue de la honte La 113 S Salvajes Los 28 Sauvetage 68 SĂ©rĂ©nade Ă  trois 90 Sicilia ! 162 Silver Rush 134 Solo 57 Stalingrad Lovers 34 T Temps modernes Les 136 The Devil’s Rejects 77 The Haunted World of El Superbeasto 75 The Meaning of Style 42 The Palm Beach Story 98 To Be or Not To Be 92 Tower 35 TrĂ©sor de la Sierra Madre Le 110 Trois Cousins Les 133 Trypps 5 Dubai 134 U Umberto D. 111 Un couple 53 Un drĂŽle de paroissien 54 Un linceul n’a pas de poche 59 Un mito antropologico televisivo 43 Un monde agitĂ© 161 Un plan simple 126 Une poste Ă  la Courneuve 123 Une sale histoire 153 Une simple histoire 133 Une vie de chat 136 Une vraie jeune fille 154 V Veuve joyeuse La 91 Vie de JĂ©sus La 159 Vie sans principe La 131 Vilaine fille mauvais garçon 43 Ville Ă  vendre 63 Voisin de cellule 68 W Welfare 116 Y Yella 129 CrĂ©dits photos Collections particuliĂšres / 1, 5, 9, 11, 13, 16, 17, 21 Ă  28, 29a, 30 Ă  44, 45a, 49, 53 Ă  57, 59 Ă  61, 63 Ă  65, 68, 69, 70 Ă  93, 94b, 95 Ă  101, 106 Ă  108, 110 Ă  117, 119 Ă  132, 134, 136, 137, 139 Ă  144, 145a, 146-147, 152 Ă  154, 158, 159, 161-162, 164 Ă  167, 172, 173, 175, 177, 185 Collection BIFI / 46-47, 48, 58, 62, 102-103, 104, 118, 157, 160, 163 Collection Jean-Pierre Mocky 50, 51, 66, 67 CinĂ©mathĂšque française 109 ClĂ©ment Cogitore 191 Vincent Courtois 29b, 45b Jean-Patrick Di Silvestro 171 Films du Losange 155 Independencia 145b MCC/Didier Plowy 7 National Film Archive London 94a Dominique PaĂŻni 149, 150 FrĂ©dĂ©ric Stucin 18 b e l f O r t – 2 7 e f e s t i Va l D u f i l m 2 4 N O V e m b r e 2 D É c e m b r e 2 012 Le festival EntreVues est organisĂ© par la Ville de Belfort, CinĂ©mas d’aujourdhui / Direction de l’Action culturelle Maire adjoint Ă  la culture Robert Belot PrĂ©sident Ă©tienne Butzbach DĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale et directrice artistique Catherine Bizern SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale MichĂšle Demange Le festival reçoit le soutien de Sous les auspices de l'Union Latine LOGO PARTENARIAT Le festival remercie tous ses partenaires contribuant au dĂ©veloppement de la manifestation Accueil > news tv NEWS TV samedi 20 aoĂ»t 2022 1625 Un si grand soleil spoiler Myriam assassinĂ©e, Manu plongĂ© en plein trafic de drogue... les rĂ©sumĂ©s en avance des Ă©pisodes du 22 au 26 aoĂ»t 2022 sur France 2 France 2 propose son feuilleton quotidien Un si grand soleil du lundi au vendredi aux alentours de 20h45. Le soap dĂ©roule ses intrigues et ... 1546 Philippe CaveriviĂšre Fort Boyard monte en puissance son arrivĂ©e sur M6 Ă  la rentrĂ©e, son maintien avec LĂ©a SalamĂ© sur France 2 Ce samedi 20 aoĂ»t 2022, France 2 proposera en prime un nouveau numĂ©ro de Fort Boyard . Parmi les participants de cette Ă©dition Messmer, ... 1508 Top Models / Amour Gloire et BeautĂ© Finn apprend qui est son vrai pĂšre biologique, un nouveau scandale, les moments forts des Ă©pisodes du 22 au 26 aoĂ»t 2022 sur RTL9 Du lundi au vendredi Ă  18h50, RTL9 met Ă  l’antenne un Ă©pisode inĂ©dit de Top Models en parallĂšle Ă  la diffusion sur France 2. Le soap amĂ©ricain met en ... 1429 Fort Boyard, les candidats du 20 aoĂ»t 2022 Moussa Koh-Lanta, Vaimalama Chaves, Messmer, Caroline Margeridon
 un choix cornĂ©lien pour Le PĂšre Fouras sur France 2 Ce samedi 20 aoĂ»t 2022, Olivier Minne prendra les commandes d’une nouvelle Ă©dition de Fort Boyard en prime sur France 2. Dans ce huitiĂšme numĂ©ro ... 1351 Plus belle la vie spoiler Justine suspectĂ©e par Baptiste, Mirta trahie... semaine Ă  scandales sur France 3 Les idylles planent sur la place du Mistral dans Plus belle la vie . En effet, Romain et Vanessa tentent de couler des jours heureux alors que ... 1312 Les MystĂšres de l’amour Mallaury Nataf dans la rue ? L’inquiĂ©tude de Jean-Luc Azoulay Dans les annĂ©es 90, Mallaury Nataf a Ă©tĂ© l’hĂ©roĂŻne du Miel et les abeilles sur TF1. En plein succĂšs, la comĂ©dienne a fait le choix de quitter les ... 1234 Les feux de l’amour les moments forts des Ă©pisodes du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022 sur TF1 Du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022, les inconditionnels tĂ©lĂ©spectateurs des Feux de l’amour ont rendez-vous avec les familles Newman et Abbott Ă  ... 1155 BFMTV Bourdin et Polony supprimĂ©s, Apolline de Malherbe en face Ă  face, Yves Calvi rallongĂ©, AurĂ©lie Casse en prime... tout ce qui va changer Ă  la rentrĂ©e Au cours de la saison 2021/2022, BFMTV a assis son statut de premiĂšre chaĂźne info de France au dĂ©triment de CNews, LCI et franceinfo. Le canal 15 de ... 1125 OPJ France 3 dĂ©cĂšs de Marion Campan, interprĂšte de la mĂ©decin lĂ©giste JosĂ©phine Fleury La famille d’ OPJ , sĂ©rie diffusĂ©e par France 3 et RĂ©union PremiĂšre, en deuil. La comĂ©dienne Marion Campan, qui interprĂ©tait JosĂ©phine Fleury, la ... 1117 Ici tout commence spoiler CharlĂšne sous le choc, Clotilde accable Laetitia, Annabelle Cardone de retour Ă  l’Institut
 semaine explosive sur TF1 Sur la semaine du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022 dans Ici tout commence sur TF1, CharlĂšne Pola Petrenko va finir par pardonner Ă  Louis ... 1045 Des chiffres et des lettres le jeu culte en pleine tempĂȘte, une fin dĂ©jĂ  programmĂ©e par France 3 ? Depuis 2006, France 3 se charge de diffuser Des chiffres et des lettres . Le jeu culte, emmenĂ© par Laurent Romejko, n’y sera plus programmĂ© Ă  un ... 1015 Les 12 coups de midi la premiĂšre Ă©toile mystĂ©rieuse de Jade dĂ©voilĂ©e ce samedi 20 aoĂ»t 2022 sur TF1 ? AprĂšs avoir fait ses belles heures avec Attention Ă  la marche, Jean-Luc Reichmann a pris les commandes des 12 coups de midi en 2010 sur TF1. Une ... 0950 Demain nous appartient spoiler une famille de personnages va disparaĂźtre sur TF1 À l’aube de la saison 2021/2022, Demain nous appartient a fĂȘtĂ© son Ă©pisode. TF1 en a profitĂ© pour renouveler sa bande de personnages. ... 0925 LCI Darius Rochebin explose, il propulse la chaĂźne de TF1 leader devant BFMTV et CNews Lors de la saison 2020/2021, CNews a signĂ© une percĂ©e historique d’audience. À coups de records, le canal 16 de la TNT est parvenu Ă  ravir Ă  LCI la ... 0911 Audiences TV prime vendredi 19 aoĂ»t 2022 Capitaine Marleau France 2 Ă©crase Good singers TF1, Babysitting déçoit M6 Capitaine Marleau , dont France 2 a revu la programmation en urgence, s’est hissĂ©e large leader des audiences de premiĂšre partie de soirĂ©e le ... 0800 Programme TV de ce soir samedi 20 aoĂ»t 2022 The Voice Kids TF1, la suite de The Lost symbol M6, Le masque de fer le secret enfin rĂ©vĂ©lĂ© RMC Story... Tour d’horizon des programmes proposĂ©s par les diffĂ©rentes chaines de la TNT ce soir en prime time. L’occasion de prĂ©parer son plateau TV. SoirĂ©e TV ... vendredi 19 aoĂ»t 2022 1947 Capitaine Marleau dĂ©programmĂ©e France 2 supprime en urgence un Ă©pisode de la sĂ©rie avec Corinne Masiero En ce mois d’aoĂ»t 2022, France 2 mise sur des Ă©pisodes en rediffusion de Capitaine Marleau pour occuper ses tĂ©lĂ©spectateurs le vendredi en premiĂšre ... 1937 Plus belle la vie spoiler les rĂ©sumĂ©s des Ă©pisodes jusqu’au 9 septembre 2022 sur France 3 avec Lola en grand danger L’idylle de Romain Simon Ehrlacher prend une autre tournure dans Plus belle la vie . En effet, le voyage prend des allures de sĂ©questration. Le ... 1923 Un si grand soleil en avance Alex fou de rage, Marc s’effondre Ă  la mort de Myriam Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur France 2 La santĂ© de Jacques Mourre a mis Louis dans un Ă©tat second dans Un si grand soleil . L’adolescent a voulu se venger de la compagne de son pĂšre. ... 1906 Vendredi tout est permis du 19 aoĂ»t 2022 Bruno Guillon, Camille Cerf, LĂ©a Djadja
 en mode “Vintage”, un Ă©chec inĂ©vitable pour Arthur sur TF1 ? Ce vendredi 19 aoĂ»t 2022, Ă  23h40, juste aprĂšs le second numĂ©ro de Good Singers avec Chris Marques en prime, TF1 proposera une Ă©dition inĂ©dite de ... 1839 Demain nous appartient spoiler le choc Tristan / Gaspard, Sophie balance... rĂ©sumĂ© en avance de l’épisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1 Dans Demain nous appartient le lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1, Tristan suspecte Gaspard d’ĂȘtre le braqueur au masque de clown. Aurore apprend le ... 1812 L’Heure des pros retour imminent pour Pascal Praud sur CNews, Eliot Deval se rĂ©volte Depuis le 11 juillet 2022, Eliot Deval est aux manettes de L’Heure des Pros sur CNews. Le journaliste remplace Pascal Praud, parti en vacances. ... 1745 Un si grand soleil spoiler Virgile dĂ©laisse Alix, Akim en plein rĂšglement de comptes sur France 2 De nouvelles affaires attendent les policiers dans Un si grand soleil . En effet, la mort de Myriam ouvre une enquĂȘte autour d’un cambriolage qui ... 1718 N’oubliez pas les paroles dĂ©part pour Nagui, fin actĂ©e pour la maestro Natasha sur France 2 Ce jeudi 18 aoĂ»t 2022, dans le premier numĂ©ro de N’oubliez pas les paroles , Natasha affrontait Simon. Ce candidat Ă©tait dĂ©jĂ  venu dans l’émission oĂč ... 1651 Plus belle la vie en avance Simon entre la vie et la mort, Émilie gĂąche le plan de Romain Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur France 3 Les incendies mettent les pompiers sous pression dans Plus belle la vie . Ariane s’est mĂȘme inquiĂ©tĂ©e pour Éric, avec la ferme de Simon. Le pire ... 1624 Le ChĂąteau de mes rĂȘves la fin pour Nina et Mahdi, les adieux de Christelle et Marty sur M6 Si la plupart de ses concurrentes ont optĂ© pour des rediffusions, M6 a jouĂ© la carte de la nouveautĂ© en cet Ă©tĂ© 2022. La chaĂźne privĂ©e a dĂ©gainĂ© une ... 1557 Un si grand soleil spoiler Louis dĂ©vastĂ©, la proposition inattendue de Christophe sur France 2 La mort de Myriam Pauline Paolini bouleverse l’ensemble de ses proches dans Un si grand soleil . En effet, le directrice de L CosmĂ©tiques est ... 1532 Ici tout commence spoiler pourquoi Teyssier Benjamin Baroche a disparu sur TF1 ? Prochainement dans Ici tout commence sur TF1, Louis Fabian Wolfrom et CharlĂšne Pola Petrenko vont se fiancer, au grand dam de Teyssier. ... 1455 JT 20H le dĂ©part de Julien Benedetto, Karine Baste jubile sur France 2 Ce jeudi 18 aoĂ»t 2022, Karine Baste a ouvert le JT de 20H de France 2 sur les six morts et vingt blessĂ©s en Corse aprĂšs les violents orages. Suite ... 1421 Ici tout commence spoiler Deva humiliĂ©e, Lisandro explose aprĂšs une menace Ă  l’Institut sur TF1 Prochainement dans Ici tout commence sur TF1, Louis Fabian Wolfrom et Jasmine Zoi Severin ont eu un moment d’égarement et se sont embrassĂ©s. ... 1345 France 2 changement inattendu pour Faustine Bollaert, Sophie Davant prend sa place Depuis le lundi 15 aoĂ»t 2022, Ça commence aujourd’hui a Ă©tĂ© privĂ© de diffusion sur France 2. Le programme animĂ© par Faustine Bollaert a Ă©tĂ© remplacĂ© ... 1315 Ici tout commence spoiler CharlĂšne pardonne Ă  Louis, Laetitia perturbĂ©e
 rĂ©sumĂ© en avance de l’épisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1 Dans l’épisode d’ Ici tout commence , programmĂ© le lundi 22 aoĂ»t 2022 Ă  18h30 sur TF1, CharlĂšne Pola Petrenko est toujours en colĂšre contre Louis et ... 1244 Camping Paradis Laurent Ournac poussĂ© au dĂ©part, un remplacement annoncĂ© sur TF1 TF1 a profitĂ© de la pĂ©riode estivale pour renforcer la prĂ©sence de Camping Paradis sur son antenne. La sĂ©rie de Laurent Ournac a Ă©tĂ© choisie pour ... 1215 Les MystĂšres de l’amour spoiler accident tragique pour Olga et Jimmy, une fin inĂ©vitable sur TMC ? En cette pĂ©riode estivale, TMC a suspendu les inĂ©dits des MystĂšres de l’amour . La sĂ©rie d’HĂ©lĂšne RollĂšs a Ă©tĂ© cantonnĂ©e Ă  des rediffusions, programmĂ©es ... 1145 JT 13H Jean-Baptiste Marteau s’en va, la surprenante dĂ©cision de France 2 En cette pĂ©riode estivale, les stars de l’information ont pris leurs distances avec le petit Ă©cran. C’est le cas de Marie-Sophie Lacarrau et Julian ... 1117 Demain nous appartient spoiler Tristan tuĂ© par le braqueur au masque de clown sur TF1 ? De nouveaux drames ont secouĂ© Demain nous appartient en cette mi-aoĂ»t 2022 sur TF1. Un mystĂ©rieux individu, arborant un masque de clown, a braquĂ© ... 1045 TĂ©lĂ©matin Axel de TarlĂ© dĂ©chaĂźnĂ© avant son dĂ©part, France 2 en alerte DĂ©but juillet 2021, Laurent Bignolas a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par France 2 de la prĂ©sentation de TĂ©lĂ©matin. La chaĂźne publique en a profitĂ© pour lancer, quelques ... 1029 Les feux de l’amour en avance Chelsea dĂ©boussolĂ©e, Sharon intervient Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 Les tĂ©lĂ©spectateurs ont rendez-vous avec un nouvel Ă©pisode des Feux de l’amour ce lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1. Les aventures des habitants de Genoa ... 1015 Les 12 coups de midi Jade en Ă©chec, TF1 s’affole, l’étoile mystĂ©rieuse dĂ©voilĂ©e ce vendredi 19 aoĂ»t 2022 ? TF1 misait sur une nouvelle Ă©dition des 12 coups de midi le jeudi 18 aoĂ»t 2022. Le jeu, produit par Endemol et orchestrĂ© par Jean-Luc Reichmann ... 0949 Demain nous appartient spoiler Gaspard est-il le braqueur au masque de clown sur TF1 ? Ce vendredi 19 aoĂ»t 2022, TF1 clĂŽturera la semaine de Demain nous appartient en access prime time. L’enquĂȘte sur le braqueur au masque de clown ... 1 2 3 4 5 6 7 8 9 
 250 Nans et Mouts voyagent en partant de zĂ©ro en pleine nature, sans vĂȘtement et sans argent. Munis de leurs deux camĂ©ras paluches fixĂ©es Ă  un baluchon qu’ils portent Ă  l’épaule, Nans et Mouts filment spontanĂ©ment leurs voyages. suivez ce programme Nus & culottĂ©s Objectif La RĂ©union diffusĂ© le 25/07 52 min Nus & culottĂ©s S6 E1 - Objectif MontrĂ©al publiĂ© le 04/07 52 min Nus & culottĂ©s S4 E3 - Objectif Irlande publiĂ© le 04/07 52 min Nus & culottĂ©s Objectif Italie publiĂ© le 04/07 51 min Carnets de voyage EchappĂ©es bellesDes trains pas comme les autresRendez-vous en terre inconnueLes 100 lieux qu'il faut voirLes routes de l'impossibleDes Racines et Des AilesThalassaFaut pas rĂȘverEst-il possible de repartir de zĂ©ro en pleine nature, sans vĂȘtement et sans argent, pour ensuite rĂ©aliser un rĂȘve d’enfant grĂące Ă  l'Ă©change, au troc et Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© des personnes rencontrĂ©es sur le chemin ? Munis de leurs deux camĂ©ras paluches fixĂ©es Ă  un baluchon qu’ils portent Ă  l’épaule, Nans et Mouts filment spontanĂ©ment leurs voyages et laissent libre cours Ă  la rencontre, Ă  l’inattendu et Ă  l’ les vidĂ©osnous contacter aide et contact contactez-nous par tĂ©lĂ©phone, courrier, email ou facebook. du lundi au vendredi de 09h00 Ă  18h00. TĂ©lĂ©charger l'application France tv ï»żSortie originale 16 October 2013 Épisode prĂ©cĂ©dent S03E06 - Le Blue Bar Chilly-Mazarin NumĂ©ro S03E07 Pays France Genres Cuisine, TĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Le CarrĂ© du Port Marseille 636 membres Cette semaine, Philippe Etchebest se dĂ©place dans la citĂ© phocĂ©enne, Ă  Marseille. Kevin et Nico sont deux jeunes hommes issus de la nuit marseillaise. Sans expĂ©rience de la restauration, ils ont acquis un petit restaurant qui donne sur le port de la ville. Totalement novices dans ce mĂ©tier, ils accumulent les erreurs de gestion et sont incapables de faire fonctionner leur Ă©tablissement. MalgrĂ© un trĂšs bel emplacement, leur terrasse reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide. Philippe va halluciner en observant les deux jeunes travailler Kevin partant faire des courses en plein service pour acheter des produits manquants ; Nico, le cuisinier, commençant sa mise en place Ă  13h et travaillant les pieds dans l'eau Ă  cause d'une fuite
 ScandalisĂ© par tant de nĂ©gligences, le Chef va poser un ultimatum aux deux garçons. Une semaine pour tout changer ou fermer l'Ă©tablissement ! Prochain Ă©pisode S03E08 - Le Bistrot du PĂ©lican Lille Contenu rĂ©servĂ© aux membres Si vous ĂȘtes un amateur de sĂ©ries, vous savez Ă  quel point il est difficile de rester Ă  jour simplement dans ses Ă©pisodes. Entre les semaines de vacances et les sĂ©ries qui reprennent sans prĂ©venir, c'est parfois un enfer. GrĂące Ă  BetaSeries, vous pouvez enfin gĂ©rer vos sĂ©ries de A Ă  Z De la gestion de votre planning et de vos films, en passant par la dĂ©couverte de nouvelles sĂ©ries... Tout cela entourĂ© de la communautĂ© BetaSeries ainsi que de vos amis, directement sur le site !

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