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Regarderen exclusivité tous les replay de Cauchemar en cuisine - Proposé en streaming sur Téva et diffusé le 18 mars 2022 . Direct TV; Programmes TV; Replay TV; Voir plus . Voir moins . Replay TV Cauchemar en cuisine Marseille Diffusé le 18 mars, 2022 à 00:40 Durée 110 min. Documentaire
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Site De Rencontre 100 Gratuit Femme. Un livre de Wikilivres. La bibliothĂšque contient 18 658 pages rĂ©parties en 548 livres, dont 86 tĂ©lĂ©chargeables en PDF. Information Il existe, pour le moment, deux systĂšmes d'indexation internes pour trouver du contenu Raccourci [+] WLCDU Recherche thĂ©matique des livres selon la Classification DĂ©cimale Universelle CDU Principes La recherche thĂ©matique des livres repose sur la Classification DĂ©cimale Universelle. Cette classification repose sur quelques principes de base tout classer il n'y a aucune rubrique divers », classer en partant du contenu des documents Ă traiter c'est donc une classification idĂ©ologique, au vrai sens du terme, classer en allant du gĂ©nĂ©ral au particulier. L'ensemble des connaissances humaines, considĂ©rĂ© comme l'unitĂ©, est subdivisĂ© en dixiĂšmes, puis en centiĂšmes, et ainsi de suite. Les indices de la CDU sont donc des nombres dĂ©cimaux privĂ©s du zĂ©ro et de la virgule. De ce fait, 126 est classĂ© avant 59, puisque 0,126 est un nombre plus petit que 0,59. Le classement numĂ©rique est arbitraire mais on peut l'utiliser dans tous les pays du monde, ce qui n'est pas le cas, par exemple, pour le classement alphabĂ©tique. L'utilisation des indices comporte d'innombrables possibilitĂ©s, au point de constituer un vĂ©ritable langage documentaire qui exprime, sous une forme codifiĂ©e, des notions trĂšs complexes. Nous n'en ferons pas Ă©tat ici. MĂ©thode En suivant les liens donnĂ©s dans les tables, le lecteur aboutira normalement Ă une courte liste contenant l'ensemble des livres relatifs au sujet qui l'intĂ©resse. Toute page contenant trop de rĂ©fĂ©rences peut ĂȘtre facilement subdivisĂ©e comme les prĂ©cĂ©dentes. Un mĂȘme livre traitant de divers sujets pourra bien sĂ»r ĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ© Ă plusieurs endroits. Le 0 zĂ©ro terminant un indice signale toujours qu'il s'agit de gĂ©nĂ©ralitĂ©s sur ce qui prĂ©cĂšde l'indice 30, par exemple, regroupe les notions gĂ©nĂ©rales sur les sciences sociales. Attention ! En raison de diverses mises Ă jour dictĂ©es par l'Ă©volution des connaissances et des techniques, la numĂ©rotation prĂ©sente quelques irrĂ©gularitĂ©s qui ne sont pas forcĂ©ment des erreurs ! Sur les pages de garde des livres classĂ©s, vous pouvez apposer le modĂšle {{CDU}}. En cas de doute, voyez Jean-Jacques MILAN Divisions principales 0 - GĂ©nĂ©ralitĂ©s fondements de la connaissance et de la culture, bibliographies, bibliothĂ©conomie, encyclopĂ©dies, ouvrages de rĂ©fĂ©rence, dictionnaires, pĂ©riodiques, collectivitĂ©s, sociĂ©tĂ©s, acadĂ©mies, instituts de recherche, musĂ©es, journaux, journalisme, polygraphies, manuscrits, bibliophilie. 1 - Philosophie, psychologie mĂ©taphysique, philosophie, sciences occultes, psychologie, logique, Ă©pistĂ©mologie, thĂ©orie de la connaissance, morale, Ă©thique. 2 - Religion, thĂ©ologie philosophie des religions, ouvrages de rĂ©fĂ©rence, thĂ©ologie dogmatique, thĂ©ologie morale, thĂ©ologie pastorale, Ă©glises, histoire des religions et des cultes. 3 - Sciences sociales thĂ©ories et mĂ©thodes gĂ©nĂ©rales des sciences sociales, statistiques, dĂ©mographie, sociologie, politique, Ă©conomie, droit, jurisprudence, lĂ©gislation, administration publique, gouvernements, affaires militaires, questions relatives Ă la consommation et aux consommateurs, Ă©ducation, enseignement, administration des poids et mesures, ethnologie, coutumes, folklore. 4 - division actuellement inoccupĂ©e 5 - Sciences exactes et naturelles gĂ©nĂ©ralitĂ©s sur les sciences et la protection de la nature, mathĂ©matiques, astronomie, gĂ©odĂ©sie, physique, chimie thĂ©orique, minĂ©ralogie, cristallographie, gĂ©ologie physique, ocĂ©anographie, mĂ©tĂ©orologie, climatologie, hydrologie, palĂ©ontologie, biologie, Ă©cologie gĂ©nĂ©rale, gĂ©nĂ©tique, botanique, zoologie. 6 - Sciences appliquĂ©es, technologie mĂ©decine et pharmacie, art de l'ingĂ©nieur, agriculture, Ă©levage, Ă©conomie domestique, cuisine, industries chimiques et apparentĂ©es, industries et mĂ©tiers divers, informatique, industries de la construction des bĂątiments et ouvrages, matĂ©riaux de construction 7 - Arts, divertissements, sports amĂ©nagement du territoire, urbanisme, architecture, arts plastiques, musique, jeux, sports, arts du spectacle 8 - Linguistique, philologie, littĂ©rature langages, formes et genres littĂ©raires, littĂ©ratures particuliĂšres, 9 - ArchĂ©ologie, gĂ©ographie, biographie, histoire classement des Ă©tudes selon les territoires, les Ă©poques, les types de documents, etc.
TĂ©lĂ©charger rĂ©trospective Universal 100 ans - 100 films Ă La CinĂ©mathĂšque française 5 DĂCEMBRE 2012 â 4 MARS 2013 Retrouvez les plus grands ïŹlms de lâhistoire du cinĂ©ma amĂ©ricain. SAMEDI 8 DĂCEMBRE - 14H30 UNIVERSAL, 100 ANS DE CINĂMA RĂ©trospective rĂ©alisĂ©e en partenariat avec HORAIRES + PROGRAMME SUR La CinĂ©mathĂšque française - musĂ©e du cinĂ©ma 51, rue de Bercy Paris 12Ăš Grands mĂ©cĂšnes de La CinĂ©mathĂšque française CrĂ©dit Les Oiseaux dâAlfred Hitchcock 1963 © Universal Studios. DR Table ronde animĂ©e par Jean-François Rauger, avec JoĂ«l Augros et Pierre Berthomieu PrĂ©cĂ©dĂ©e de la projection dâUne balle signĂ©e X de Jack Arnold. KĆji Wakamatsu 1936-2012 Lorsque dans les annĂ©es 2000, les films de KĆji Wakamatsu se remirent Ă circuler, nous dĂ©couvrĂźmes des images dâune puretĂ© bouleversante une femme nue crucifiĂ©e devant le mont Fuji et un homme en pleurs Ă ses pieds, une vierge Ă©clatant de rire sous le soleil, des amants rĂ©volutionnaires dont lâorgasme embrasait Tokyo ; et des jaillissements Ă©carlates de jouissance et de violence et des monochromes bleus, fragiles souvenirs du paradis perdu. KĆji Wakamatsu donnait une voix aux Ă©tudiants japonais, mais plus encore Ă tous les proscrits et les discriminĂ©s les sans-abri de Tokyo, les combattants palestiniens, les adolescents assassins, rendus fous par une sociĂ©tĂ© aliĂ©nante, et les femmes quâil dĂ©signait, de façon dĂ©finitive, comme les prolĂ©taires dâune classe masculine fĂ©odale et cruelle. MĂȘme dans les copies sans sous-titres des Anges violĂ©s et Shojo Geba Geba, nous comprenions tout lâamour fou et la rĂ©volution, la haine du pouvoir et lâapologie du plaisir et surtout le romantisme dâune jeunesse prĂȘte Ă tout sacrifier pour son idĂ©al. Cette jeunesse qui peuplait encore la salle de sa derniĂšre apparition au Festival de Busan, demeure le lĂ©gataire Ă©ternel du cinĂ©ma de Wakamatsu. Il y aura toujours dans le monde un jeune homme ou une jeune fille qui, dĂ©couvrant LâExtase des anges ou Va vierge pour la seconde fois, sâĂ©criera Ce film mâĂ©tait destinĂ© ! Qui est ce cinĂ©aste qui a si bien compris mes dĂ©sirs et mes rĂ©voltes ? » StĂ©phane du Mesnildot 3 Remerciements L'Ă©quipe du festival PrĂ©sident du Festival Ătienne Butzbach DĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale, directrice artistique Catherine Bizern SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale MichĂšle Demange Adjoint Ă la direction artistique, catalogue, site internet Christian Borghino SĂ©lection de la compĂ©tition officielle Catherine Bizern, AmĂ©lie Dubois, JĂ©rĂŽme Momcilovic, Pierre Menahem Coordination de la compĂ©tition et de films en cours CĂ©cile Cadoux Coordination des journĂ©es professionnelles Laure Vernay Recherche des copies Caroline Maleville Relations presse Audrey Grimaud Administration Nathalie Javelet, AĂŻcha Bellil Communication et relations publiques Marie Holweck ChargĂ©es des publics scolaires Martine Fendeleur, Megi Krajlevic Accueil invitĂ©s Maeva Schamberger Anne-Carole Thalgott, Nathalie Pascal, Claire Liborio, FrĂ©dĂ©ric Machin, Lucien Pion Accueil public Marie Jelsch, Cendrine Aldaberon, Antoine Weberž et les bĂ©nĂ©voles du festival Publications Martine Fendeleur, Megi Krajlevic Traductions catalogue Christian Borghino RĂ©gie gĂ©nĂ©rale Delphine Puddu, RĂ©gie des copies Duc Tran Projectionnistes Thierry Monthiel, AurĂ©lie Amiel, Joachim Huber, Christophe Wybrecht Projectionnistes vidĂ©o Joannes PoĂšte, Vincent Jeannerot, Laurent Juan, Vincent Florin , Michel De Heus, Alex Picardeau Prise de son / images AmĂ©lia Sarmento, Didier Philibert, Boutique du Festival Lucy Escoriguel, Nathalie Martin Colloque CinĂ©ma et histoire » Laurent Heyberger Conception et rĂ©alisation de la bande annonce ClĂ©ment Cogitore Graphiste StĂ©phanie Renaud Graphiste catalogue Christophe Patrix Conception de lâaffiche Nine Antico Photographe Vincent Courtois Journal et blog du festival Roxane Ajerage, AurĂ©lie Amblard, Josiane Bataillard, François ChaguĂ©, Nicole Cordier, Sylvie Courroy, Marie Holweck, Nicole Labonne, Laura Pertuy, Lionel Royer, Frank Schmitt, Marie-Antoinette Vacelet, Fabien Velasquez, Laura Zormitta Direction de la rĂ©daction Christian Borghino Le Festival EntreVues est organisĂ© par la Ville de Belfort et lâassociation CinĂ©mas d'aujourd'hui. Maire adjoint, dĂ©lĂ©guĂ© Ă la culture Robert Belot Directrice de lâAction culturelle Fabienne Desroches PrĂ©sident de CinĂ©mas d'aujourd'hui Gilles LĂ©vy Remerciements Le festival remercie ses partenaires La RĂ©gion Franche-ComtĂ©, le Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort, le ministĂšre de la Culture et de la communication, la Direction rĂ©gionale des Affaires culturelles de Franche-ComtĂ©, le Centre national du cinĂ©ma et de lâimage animĂ©e, la CinĂ©mathĂšque française, la Sempat, la Fondation Groupama-Gan pour le cinĂ©ma, le cinĂ©ma PathĂ© Belfort, la Sacem, lâAcsĂ©, Cosmodigital, Mikros image, PolySon, Gomedia, Festival Scope, Optymo, la Fnac, le Consulat GĂ©nĂ©ral des Ătats-Unis Ă Strasbourg, lâInstitut CamĂ”es, Deya, Dune, Delta live, le Groupement national des cinĂ©mas de recherche, LâAgence du court mĂ©trage, lâACID, Documentaire sur grand Ă©cran, le Centre Image du Pays de MontbĂ©liard, lâIrimm, la CMCAS, La PoudriĂšre, lâEspace Gantner, le Centre chorĂ©graphique national de Franche-ComtĂ© Ă Belfort, le musĂ©e de Belfort, La Chambre de commerce et dâindustrie, 4 la Ville dâAudincourt, lâIUT Belfort-MontbĂ©liard, lâUTBM, SRC UHA, Seven art, le Nouveau Latina, Onfaikoi, Novotel Atria Belfort, la Maison du tourisme du Territoire de Belfort, IdĂ©e, Cezam, CIE 3 chĂȘnes, CE Peugeot. Les Cahiers du cinĂ©ma, Les Inrockuptibles, lâHumanitĂ©, MĂ©diapart, France Bleu Belfort-MontbĂ©liard, LâEst rĂ©publicain, Le Pays, France 3 Bourgogne Franche-ComtĂ©, Novo, Flux 4 ; Atria Novotel, BorĂ©al, Les Capucins, Kyriad, Saint-Christophe, Au relais dâAlsace, All Seasons, Formule 1 Belfort, Balladins, Premiere Classe, Tonneau dâor, Le Bistroquet, Courtepaille, La Pampa, Les Abeilles, Voyages Carlsonwagonlit. Les ayants-droits, distributeurs et cinĂ©mathĂšques Aramis films, Arkeion, Belva, Carlotta, Cinedoc, Deutsches Filminstitut, Diaphana, Disney, Doc & Film International, Documentaire sur Grand Ecran, Dogma Films, Films des Acacias, Films dâici, Films du Losange, Films du Paradoxe, Films sans frontiĂšres, Forum des Images, Gaumont, Haut et Court Distribution, Independencia, Jba Productions, Jour 2 FĂȘte, Les Films de lâAtalante, Les Grands Films Classiques, Light Cone, Mact Distribution, Metropolitan Film Export, MK2, Photoplay, Pierre Grise, Rendez vous Pictures, Rezo Films, Splendor Films, Starz, Tadrart Films, Tamasa, TheĂątre du Temple, Wild Side, Wildbunch. Le Festival remercie particuliĂšrement Jean-Pierre ChevĂšnement, Jean Pierre Mocky, Catherine Millet et Dominique PaĂŻni Nine Antico, JĂ©rĂŽme Baptizet, Gilles BarthĂ©lĂ©my, Claire Beaudoin, Bernard Benoliel, Tiina Bieber, Vincent-Paul Boncour, Jean-Claude Brisseau, Yann Brolli, Martial Bourquin, Nathalie Bourgeois, Loic Bugnon, Ămilie Cauquy, AmĂ©lie Chatellier, Sophie Cheviron, JeanMichel Cretin, Clement Cogitore, Jean-Damien Collin, FrĂ©dĂ©ric Corvez, Sophie Denize, Sarah Derny, Ălisabeth Ducos, StĂ©phane Du Mesnildot, Sandrine Dupuis, Gilles Duval, Laurence Garret, Wafa Ghermani, Philippe Germain, Ălise Girard, FrĂ©dĂ©ric Goldbronn, Olivier Guillaume, Elodie Imbeau, Yves HĂ€nggi, Fabienne Hanclot, Georges Heck, Jacques Henric, Dominique Hoff, Henri Hoyon, Guillaume Jehannin, François Jouffroy, Fernanda Jumah, Joana Leighton, AurĂ©lie Lequeulx, Sophie Letourneur, ChloĂ© Lorenzi, Anne-Catherine Louvet, Christine Lyet, Vincent Malausa, Sacha Marjanovic, Christine Martin, Patricia Mazuy, Rania Meziani, Philippe Monnier, Isabelle Morax, ValĂ©rie Mouroux, Nicolas Naegelen, Jean Narboni, Matthieu OrlĂ©an, Damien Palomba, Philippe Perrot, Bernard Poly, Christophe Postic, Olivier PrĂ©vĂŽt, Christian Proust, Alessandro Raja, David Ranoux, Jean-François Rauger, SĂ©bastien Ronceray, Gilles Rousseau, François Sanchez, Philippe Schweyer, Claire Simon, Boris Spire, Nicolas Surlapierre, Charles Tesson, Amandine ThĂ©venin, Olivier ThĂ©venin, Isabelle Truchot, Marie-Antoinette Vacelet, Gerard Vaugeois, Laurent Vinauger, Martin Wheeler, Carsten Wilhelm, JoĂ«l Willy et lâĂ©quipe du cinĂ©ma PathĂ©, Michel Wolfer, Dork Zabunyan, Les services de la Ville de Belfort et de la CommunautĂ© dâagglomĂ©ration belfortaine, Les Ă©tudiants de CarriĂšres sociales et de Mosel, de lâIUT BelfortMontbĂ©liard, et les Ă©tudiants en gestion de projet multimĂ©dia de lâuniversitĂ© de Haute-Alsace, et bien sĂ»r Ă tous les bĂ©nĂ©voles, plus particuliĂšrement Audrey Delattre, Jonas Moenne, JoĂ«l MâBajoumbe, HĂ©lĂšne Monin, Blaise PĂ©trequin et Damien Vandewalle. S 2 5 ommaire Organisation et remerciements Ăditos 16 Les jurys de la 27e compĂ©tition internationale 19 PrĂ©sentation de la compĂ©tition 20 CompĂ©tition les longs mĂ©trages 36 CompĂ©tition les courts mĂ©trages 44 SĂ©ances spĂ©ciales hors compĂ©tition 46 Hommage Ă Jean-Pierre Mocky 70 IntĂ©grale Rob Zombie 82 Ernst Lubitsch c kan kon kouch ? 102 L'argent guide le monde... 137 CinĂ©ma et histoire capitalisme, temps de crises 146 Programmation exceptionnelle art press, 40 ans de regard 169 SĂ©ances spĂ©ciales hors compĂ©tition 178 Films en cours 180 Les rencontres professionnelles 183 Les Forums publics 185 SĂ©ance de clĂŽture 187 Le festival câest aussi⊠189 Lâaffiche 2012 191 La bande annonce 2012 192 Index des films 193 Partenaires du festival 5 Ă©ditos E ntreVues, câest le cinĂ©ma tel que nous lâaimons Ă la fois variĂ©, exigeant et populaire, ouvert Ă tous les genres et Ă tous les publics. Câest aussi un moment de partage entre toutes les gĂ©nĂ©rations, des sĂ©ances maternelles aux sĂ©ances intergĂ©nĂ©rationnelles oĂč les Ă©tudiants accueilleront les ainĂ©s. En effet, cette 27e Ă©dition dâEntreVues fait se cĂŽtoyer la comĂ©die classique amĂ©ricaine de Lubitsch, qui a ravi tant de cinĂ©philes Ă travers le temps, et lâĆuvre turbulente dâun des cinĂ©astes français les plus populaires des annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, Jean-Pierre Mocky, tandis que tous les soirs Ă 22h30 nous aurons rendez-vous avec lâun des auteurs de films dâhorreur le plus prisĂ© Ă la fois des adolescents dâaujourdâhui et de la critique, Rob Zombie. Gageons que toutes ces gĂ©nĂ©rations sauront dialoguer ensemble et se mĂȘler pour, entrainĂ©s les uns par les autres, dĂ©couvrir des films et des auteurs quâils ne connaissent pas ! Ă cĂŽtĂ© de ces rĂ©trospectives mettant Ă lâhonneur trois cinĂ©astes trĂšs diffĂ©rents mais qui ont en commun de bousculer les bonnes maniĂšres et les codes du genre cinĂ©matographique, un choix de films du monde entier nous invite Ă porter un regard critique sur le monde dâaujourdâhui, et Ă sâinterroger sur la valeur de lâargent. Les Rencontres CinĂ©ma et Histoire, qui prennent cette annĂ©e pour thĂšme les crises du capitalisme nous permettrons de nous interroger sur cette crise qui fait notre douloureuse actualitĂ©. Car câest cela, EntreVues, un temps de parole autour des idĂ©es et du monde Ă travers des films. Câest aussi un temps de rĂ©flexion sur le regard et les images, comme nous y invitent les Forums publics, tous les soirs Ă 18h30, ou comme nous le ferons avec Catherine Millet et ses compagnons dâart press avec lesquels nous sommes heureux de fĂȘter le 40e anniversaire de la revue. Nous sommes Ă©galement trĂšs heureux de voir combien EntreVues est devenu en quelques annĂ©es un lieu de rencontre privilĂ©giĂ© pour les professionnels de lâimage et du cinĂ©ma des cinq rĂ©gions du Grand Est. Ils sont rĂ©unis dans le cadre du stage des mĂ©diathĂ©caires proposĂ© en collaboration avec lâassociation nationale Image en BibliothĂšque, pour les Rencontres rĂ©gionales de lâĂ©ducation Ă lâimage organisĂ© par le PĂŽle Image de Franche ComtĂ©. Câest le cas Ă©galement lors de la journĂ©e des exploitants mise en place, voilĂ deux ans, par le festival et de lâatelier de rĂ©flexion Grand-Est qui rĂ©unit lâensemble des responsables institutionnels dâAlsace, de Bourgogne, de ChampagneArdennes, de Franche-ComtĂ© et de Lorraine pour lâĂ©laboration de projets communs. Mais plus que tout, lâĂ©vĂšnement dâEntreVues, sa raison dâĂȘtre et ce qui fait que le festival est reconnu par les professionnels du monde entier, câest sa compĂ©tition internationale. Cette annĂ©e y participent trente jeunes cinĂ©astes qui prĂ©sentent quinze courts-mĂ©trages et quinze longs-mĂ©trages venant de seize pays diffĂ©rents. La plupart dâentre eux nâont jamais Ă©tĂ© montrĂ©s en France, et certains sont prĂ©sentĂ©s pour la toute premiĂšre fois Ă un public. Câest une belle opportunitĂ© pour ces jeunes gens que de montrer leur film Ă Belfort. Certains y rencontreront mĂȘme leurs partenaires pour leurs prochains films ou un distributeur pour une prochaine sortie en salle en France. Mais câest aussi une belle opportunitĂ© pour le public belfortain de dĂ©couvrir ainsi certains des jeunes rĂ©alisateurs qui feront le cinĂ©ma de demain, certains des films qui feront lâactualitĂ© du cinĂ©ma de lâannĂ©e Ă venir ! Je souhaite de belles dĂ©couvertes cinĂ©matographiques Ă tous et un bon festival ! Etienne Butzbach Maire de Belfort, PrĂ©sident d'EntreVues 7 Ă©ditos C ette annĂ©e encore, EntreVues, le Festival international du film de Belfort, fait le pari de lâaudace et de lâinnovation en misant sur la jeune crĂ©ation. Pour mieux mettre en lumiĂšre les cinĂ©astes de demain, le festival dĂ©cloisonne le 7e art et ouvre grand les portes de la compĂ©tition internationale aux Ćuvres de fiction et aux documentaires. Ă lâimage de ce pont jetĂ© entre rĂ©el et fiction, le festival invite le spectateur Ă explorer le cinĂ©ma dans tous ses Ă©tats et cultiver ainsi une cinĂ©philie curieuse au grĂ© des rĂ©trospectives et des parcours thĂ©matiques qui rythment les festivitĂ©s belfortaines. Cette 27e Ă©dition, mĂ©lange des genres dĂ©tonnant et jubilatoire, rend hommage aux farces mordantes de Jean-Pierre Mocky, Ă lâunivers de Rob Zombie oĂč lâhorreur fait son cinĂ©ma et aux comĂ©dies de Ernst Lubitsch, variations sur le dĂ©sir dont lâĂ©cho rĂ©sonne dans les Ćuvres de Jean Renoir, Alfred Hitchcock ou François Truffaut, comme pour mieux donner Ă voir la virtuositĂ© dâun art Ă©minemment populaire. Parce que le cinĂ©ma dâauteur est aussi un cinĂ©ma populaire », selon la formule que le festival a toujours eu Ă cĆur dâincarner, Belfort devient, le temps du festival, un lieu privilĂ©giĂ© de rencontres et dâĂ©changes, la halte incontournable dâun public toujours plus large et variĂ©, dont je salue chaleureusement la fidĂ©litĂ©. Entre documentaire et fiction, passĂ© et prĂ©sent, le festival offre un regard unique sur notre actualitĂ© avec un cycle consacrĂ© cette annĂ©e au capitalisme et Ă ses crises. Dans le contexte Ă©conomique europĂ©en actuel difficile, je souhaite rĂ©affirmer lâimportance de la crĂ©ation artistique, soutenir la jeune crĂ©ation, favoriser lâĂ©mergence de jeunes talents et Ćuvrer Ă la diffusion de nos Ćuvres audiovisuelles et cinĂ©matographiques. Je tiens donc Ă remercier les organisateurs du festival, ainsi que tous les artisans de son succĂšs, et souhaite la plus belle des rĂ©ussites Ă cette nouvelle Ă©dition. Ă tous, un excellent festival ! AurĂ©lie Filipetti Ministre de la Culture et de la Communication 9 VERTIGO revue de c i n Ă© m a revue de cinĂ©ma Des fictions actuelles de cinĂ©astes confirmĂ©s aux films-essais les plus expĂ©rimentaux, des grands classiques hollywoodiens aux premiers films de jeunes auteurs mĂ©connus, Vertigo poursuit un chantier de rĂ©flexion qui conçoit le cinĂ©ma comme lieu privilĂ©giĂ© dâinscription et dâinterprĂ©tation du monde contemporain. Les annĂ©es 80 44 automne 2012 Le Pont du Nord VHS Une chambre en ville RenĂ© Bonnell Wenders Godard Super 8 Ginger et Fred Pialat Garrel Spielberg Carax Virginie ThĂ©venet Friedkin LâArgent + Sion Sono & VERTIGO 44 Les annĂ©es 80 » + dossier Sion Sono, en librairie le 15 novembre 128 pages, 19 e PrĂ©sentation complĂšte et abonnement Chaque numĂ©ro se conçoit autour dâune question, dâun motif qui condense les enjeux du cinĂ©ma contemporain et permet dâen dĂ©ployer les implications esthĂ©tiques et politiques. Par ailleurs, un ensemble est dĂ©diĂ© Ă un cinĂ©aste ou un film dont la valeur mĂ©rite un espace de visibilitĂ© qui ne leur a pas toujours Ă©tĂ© accordĂ©. Ă©ditos E ntreVues, le plus petit des grands festivals » comme aimait Ă le qualifier sa crĂ©atrice, Janine Bazin, contribue depuis 27 ans Ă dĂ©nicher des nouveaux talents Ă travers une programmation audacieuse du cinĂ©ma dâaujourdâhui, grĂące Ă lâorganisation dâune compĂ©tition de premiers films longs et courts, fictions ou documentaires. On se souvient que des personnalitĂ©s aussi brillantes quâOlivier Assayas, Leos Carax, ou Lars Van trier, y ont fait leurs premiers pas. Les Entrevues de Belfort sont aussi des programmations de rĂ©trospectives qui offrent un parcours vaste et Ă©tendu au cĆur de la cinĂ©philie. Ce sont enfin, et le CNC y est particuliĂšrement attachĂ©, des programmes spĂ©cifiques dĂ©diĂ©s aux publics scolaires, des journĂ©es professionnelles, des ateliers de rĂ©flexion... Autant de moments Ă partager. Je souhaite que cette nouvelle Ă©dition soit conviviale, crĂ©ative et couronnĂ©e de succĂšs et fĂ©licite Catherine Bizern pour lâorganisation de cette manifestation qui offre une belle perspective Ă tous les festivaliers. Eric Garandeau PrĂ©sident du CNC 11 Belfort 2007 31/10/12 1142 Page 1 groupement national des cinĂ©mas de recherche Le GNCR participe aux journĂ©es professionnelles organisĂ©es par le Festival EntreVues, continuant de sâinscrire dans une rĂ©flexion collective avec lâensemble des acteurs du cinĂ©ma indĂ©pendant. Depuis 2005, le GNCR est partenaire du Festival EntreVues, avec la prĂ©sence de lâun de ses adhĂ©rents dans le Jury de la compĂ©tition internationale. En parrainant le Grand Prix du long mĂ©trage de fiction, le GNCR soutient la diffusion du film en salles, en favorisant sa programmation et son accompagnement par la venue du rĂ©alisateur ou dâun critique lors de soirĂ©es-dĂ©bats, par lâĂ©dition dâun document sur le film Ă lâattention des spectateurs ou par la rĂ©alisation dâun entretien filmĂ© avec le cinĂ©aste Rencontres. Comme le Festival EntreVues, le GNCR apporte son soutien Ă des Ćuvres issues de cinĂ©matographies novatrices et singuliĂšres. Ainsi les salles Art et Essai labellisĂ©es Recherche et DĂ©couverte affirment chaque jour leur engagement pour dĂ©couvrir, soutenir, et promouvoir ces films et ces auteurs. Le GNCR est un rĂ©seau de salles de cinĂ©ma en France qui sâengage depuis 1991 dans une action au service dâun cinĂ©ma dâauteur exigeant et crĂ©atif, en collaboration avec les cinĂ©astes, producteurs, distributeurs et institutions culturelles partageant les mĂȘmes enjeux. Depuis sa fondation, le GNCR a soutenu plus de 500 films, longs mĂ©trages, moyens mĂ©trages et documentaires, français ou Ă©trangers. groupement national des cinĂ©mas de recherche 19, rue frĂ©dĂ©rick lemaĂźtre 75020 paris tel 01 42 82 94 06 ⊠fax 09 56 98 50 03 ⊠[email protected] Ă©ditos M oment fort de la vie cinĂ©matographique rĂ©gionale, le Festival EntreVues poursuit son objectif de donner toutes leurs chances aux talents de demain. 15 longs mĂ©trages et 15 courts mĂ©trages seront ainsi soumis Ă un jury international et au public pendant toute la durĂ©e du festival. Câest donc une chance pour les jeunes crĂ©ateurs de faire connaĂźtre leur travail, et un formidable outil au service de lâavenir de la crĂ©ation cinĂ©matographique ! La programmation hors compĂ©tition nâest pas en reste, avec des moments de rĂ©trospectives, consacrĂ©s Ă Ernst Lubitsch et Jean-Pierre Mocky en particulier. Le festival continue Ă©galement Ă sâinscrire dans lâactualitĂ©, avec un focus sur les thĂ©matiques de lâargent et de la crise au cinĂ©ma. Le Conseil RĂ©gional est donc fier de sâassocier une nouvelle fois au festival EntreVues. Une sĂ©ance spĂ©ciale sera en particulier consacrĂ©e Ă un retour sur un des films emblĂ©matique soutenu par la RĂ©gion en prĂ©sence du rĂ©alisateur Nos vies heureuses, premier long mĂ©trage de Jacques Maillot qui a Ă©tĂ© soutenu par la commission du film en 1998 et prĂ©sentĂ© au Festival de Cannes en 1999. Je souhaite un beau festival Ă tous les spectateurs et de nombreux moments de dĂ©couvertes Marie-Guite Dufay PrĂ©sidente de la RĂ©gion Franche-ComtĂ© 13 Ă©ditos C âest, comme tous les ans, avec grand plaisir, que le Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort accompagne et soutient le festival international du film EntreVues, Ă lâinstar de tous les autres partenaires du plus petit des grands festivals ». Convivial, Ă taille humaine et privilĂ©giant les Ă©changes et les rencontres entre professionnels et public, EntreVues est un festival qui offre chaque annĂ©e aux habitants du Territoire de Belfort une programmation cinĂ©matographique internationale de grande qualitĂ©. Mieux, il donne leur chance Ă des premiĂšres Ćuvres et participe Ă la promotion de talents prĂ©sents ou futurs. Il ne dĂ©laisse pas pour autant sa vocation pĂ©dagogique et historique en proposant, avec lâaide prĂ©cieuse de la CinĂ©mathĂšque française, des rĂ©trospectives de rĂ©alisateurs plus anciens. Par lĂ , il brasse tous les styles et tous les cinĂ©mas, mettant en lumiĂšre le caractĂšre universaliste du 7e art. FidĂšles Ă leur vocation et toujours autant en prise avec la rĂ©alitĂ© du monde dâaujourdâhui, les organisateurs dâEntreVues ont, fort Ă propos, choisi comme thĂšme central de cette 27e Ă©dition lâargent et les crises du capitalisme. Trop souvent en effet, nous constatons que le systĂšme actuel peut engendrer inĂ©galitĂ©s, dĂ©sespoir ou malĂȘtre chez bon nombre de nos concitoyens. Or, je suis convaincu que la culture en gĂ©nĂ©ral, et le cinĂ©ma en particulier, permettent de sâĂ©chapper temporairement dâun quotidien parfois difficile et de sâouvrir Ă dâautres rĂ©alitĂ©s pour mieux rĂȘver Ă plusieurs. Dans la pĂ©riode actuelle, câest un bien prĂ©cieux, une richesse, Ă la portĂ©e de toutes et tous. En ma double qualitĂ© de PrĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral et de prĂ©sident de la Commission culture, sports et monde associatif de lâAssemblĂ©e des dĂ©partements de France, je mâefforce donc, chaque fois que lâoccasion mâen est donnĂ©e, de dĂ©fendre la culture partout et pour tous et de promouvoir des Ă©vĂ©nements tels quâEntreVues. Plus particuliĂšrement encore cette annĂ©e, la derniĂšre avant la gĂ©nĂ©ralisation du numĂ©rique dans lâensemble des salles de cinĂ©ma de France. Ce basculement, effectif au 1er janvier prochain, prĂ©sente Ă la fois avantage et inconvĂ©nient. Il doit impulser le mouvement de numĂ©risation du patrimoine cinĂ©matographique français et mondial et assurer sa sauvegarde. En mĂȘme temps, il fait courir le risque dâune uniformisation de lâoffre culturelle. Mais je sais quâEntreVues continuera de proposer encore longtemps des films en celluloĂŻd et quâil a un rĂŽle Ă jouer pour faire vivre le cinĂ©ma dans toute sa diversitĂ© et la culture dans toute sa force. Enfin, je veux attirer lâattention des spectateurs sur la traditionnelle soirĂ©e du Conseil gĂ©nĂ©ral du mardi 27 novembre autour de la projection du film No, qui Ă©voque la campagne rĂ©fĂ©rendaire organisĂ©e au Chili en 1988 pour dĂ©cider de prolonger, ou non, le mandat du gĂ©nĂ©ral Pinochet. Chacun sait que lâannĂ©e 2012 a Ă©tĂ© riche de campagnes Ă©lectorales, tant en France quâĂ lâĂ©tranger. Nous plonger, grĂące Ă ce film, dans la complexitĂ© du dĂ©bat politique, de lâaffrontement entre logiques de court ou de long terme et du rĂŽle que peut jouer la communication et la publicitĂ© en politique, nous permettra dâouvrir un dĂ©bat que jâimagine dĂ©jĂ passionnant. Pour toutes ces raisons, je sais que le festival EntreVues Ă©gayera encore une fois, pendant une grosse semaine Ă lâorĂ©e de lâhiver, la ville de Belfort et le dĂ©partement et rĂ©chauffera le cĆur de ses habitants. Yves Ackermann, PrĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort 15 Ă©ditos Q ui paie dĂ©cide » disait Orson Welles au sujet du cinĂ©ma⊠cette affirmation rĂ©sume hĂ©las en grande partie la rĂ©alitĂ© actuelle de la condition humaine. Et en pĂ©riode de crise, cette Ă©vidence saute au yeux lâargent est le triste primat de notre Ă©poque. Il sera donc au centre dâune double programmation, un programme transversal autour de ce constat, lâargent guide le monde mais nâa aucune valeur », et les rencontres CinĂ©ma et Histoire consacrĂ©es aux temps de crises du capitalisme. EntreVues, comme un Ă©cho Ă lâair du temps, se veut, Ă chaque Ă©dition, lâoccasion de porter un regard tout Ă la fois dĂ©calĂ© et rĂ©flexif sur nos prĂ©occupations prĂ©sentes. En temps de crise, le rĂŽle de lâartiste est dâĂȘtre un grand turbulent*. Quâestce que la turbulence sinon un processus par lequel lâĂ©nergie dâun seul peut, par effet cinĂ©tique, ĂȘtre transfĂ©rĂ©e au tout ? Effervescence, accĂ©lĂ©ration, dĂ©sordre ordonnĂ© pour crĂ©er un champ dynamique et fĂ©cond, voilĂ ce quâont en commun les Ćuvres des trois artistes que nous avons choisi de mettre Ă lâhonneur cette annĂ©e, Ernst Lubitsch, Jean-Pierre Mocky et Rob Zombie. Lâexigence du plaisir, lâurgence du dĂ©sir et lâinjonction de la libertĂ© prĂ©valent dans lâĆuvre de Lubitsch, tandis que le cinĂ©ma de Jean-Pierre Mocky mĂȘle lâironie et la satire en rĂ©action Ă la stupiditĂ© du monde avec une cruditĂ© burlesque et une irrĂ©cupĂ©rable dĂ©sespĂ©rance. Aimer Mocky câet aimer le diable » dit Mocky de lui-mĂȘme avec une certaine fiertĂ©. Diabolique est justement lâadjectif qui convient pour qualifier les hĂ©ros de Rob Zombie, cinĂ©aste de la pulsion, de ses excĂšs, de ses ravages. Lieu de bouillonnement intellectuel voire dâagitation, la revue art press, Ă lâoccasion de son quarantiĂšme anniversaire, a toute sa place dans cette 27e Ă©dition du festival. La revue, dĂšs son premier numĂ©ro, a portĂ© un regard sur le cinĂ©ma, le liant dâemblĂ©e aux mouvements artistiques et Ă leur Ă©volution. Art press, 40 ans de regard » est une belle occasion de regarder cette annĂ©e le cinĂ©ma dâauteur et notre compĂ©tition dans un mĂȘme enchaĂźnement avec lâhistoire de lâArt contemporain. Car, si nous concevons les rĂ©trospectives comme des chemins de traverse pour parcourir les vastes Ă©tendues de la cinĂ©philie, elles relient aussi les jeunes cinĂ©astes et leurs premiĂšres Ćuvres avec lâhistoire du cinĂ©ma et ses auteurs. Ensemble, compĂ©tition et programmations diverses questionnent le devenir de lâart cinĂ©matographique, convoquent lâengagement des cinĂ©astes et interpellent le spectateur, en interrogent les goĂ»ts, et remettent en question son regard. Câest ainsi quâEntreVues peut aussi se dĂ©clarer zone de turbulences et aspirer au chahut. La maniĂšre dont â dune façon peut-ĂȘtre plus consciente quâĂ notre habitude cette annĂ©e â nous avons envisagĂ© la sĂ©lection des 30 films â 15 longs mĂ©trages et 15 courts mĂ©trages â qui constituent la compĂ©tition internationale, reflĂštent aussi ce dĂ©sir de turbulence et de chahut. Le choix de lâambition au risque de la maladresse, de lâinvention au risque de lâincongruitĂ© et de la frontalitĂ© au risque de lâinconfort⊠le choix dâĆuvres affirmĂ©es et dĂ©routantes qui abordent le cinĂ©ma Ă partir de la matiĂšre plutĂŽt que du scĂ©nario, des situations plutĂŽt que du rĂ©cit, et qui tentent de renouveler le champ et le chant de la narration. Des films ancrĂ©s dans le futur ! Catherine Bizern * Jean de Loisy in Mouvement n°63 17 Le jury de la compĂ©tition internationale Jacky Evrard TrĂšs jeune, Jacky Evrard frĂ©quente avec une rare obstination, du cĂŽtĂ© de Charenton-lepont, des salles obscures portant le nom de Pacific, Eden, Triomphe ou bien encore Capitol ou Celtic... Ce penchant le mĂšne tout naturellement en 1984 au Palace Ă Brunoy puis en 1987 au CinĂ© 104 de Pantin. Câest dans cette salle quâil recevra en 1989 Jean-Luc Godard Ă lâoccasion dâune rĂ©trospective intĂ©grale de ses films. En 1992, il crĂ©e le festival CĂŽtĂ© court, un festival de cinĂ©ma diffĂ©rent, rĂ©solument indĂ©pendant oĂč il prĂ©sente notamment les rĂ©trospectives Yervant Gianikian et Angela Ricci-Lucchi, Artavazd Pelechian, Jonas Mekas, Stephen Dwoskin et bien sĂ»r AndrĂ© S. Labarthe. Il est lâauteur avec Jacques Kermabon dâune encyclopĂ©die du court-mĂ©trage français parue aux Ă©ditions Yellow Now. Sophie FilliĂšres AprĂšs Des filles et des chiens, son court mĂ©trage de fin dâĂ©tudes de la Femis qui obtient le prix Jean Vigo, Sophie FilliĂšres rĂ©alise Grande Petite avec Judith GodrĂšche, AĂŻe avec sa sĆur HĂ©lĂšne FilliĂšres et AndrĂ© Dussollier, Gentille avec Emmanuelle Devos et Lambert Wilson, et Un chat un chat avec sa fille Agathe Bonitzer et Chiara Mastroianni. Elle prĂ©pare actuellement son cinquiĂšme long-mĂ©trage ArrĂȘte ou je continue avec Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric. Andrea Picard Andrea Picard est programmatrice et Ă©crivain. Elle a fait partie pendant douze ans de lâĂ©quipe de programmation de la TIFF Cinematheque CinĂ©mathĂšque de lâOntario. Elle est depuis 2006 la programmatrice de Wavelengths », la cĂ©lĂšbre section dâavant-garde du Festival International du Film de Toronto. Elle publie Ă©galement des ouvrages sur lâart, lâarchitecture et le cinĂ©ma et est lâauteur dâune rubrique trimestrielle art et cinĂ©ma pour le magazine Cinema Scope. Ben Russell Ben Russell est artiste multimedia et commissaire dâexpositions. Ses films dont certains ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s en compĂ©tition Ă EntreVues, ses installations et ses performances entretiennent une relation Ă©troite avec lâhistoire de lâimage animĂ©e et avec ses significations. Son travail a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© au Museum of Contemporary Art de Chicago, au Festival du Film de Rotterdam, au Wexner Center for the Arts et au Museum of Modern Art de New York. Il a reçu le Prix Guggenheim en 2008 et le Prix Fipresci en 2010. Il joue dans le trio de double-drum Beast. Il vit actuellement Ă Paris. Jean-Baptiste Thoret Critique et historien de cinĂ©ma, Jean-Baptiste Thoret est lâauteur dâune dizaine dâouvrages sur le cinĂ©ma parmi lesquels Dario Argento, magicien de la peur 2002, Sergio Leone 2008, 26 secondes lâAmĂ©rique Ă©claboussĂ©e 2003 et Le CinĂ©ma amĂ©ricain des annĂ©es 70, paru en 2006 aux Cahiers du CinĂ©ma. Parus en 2011 Road-Movie, USA co-Ă©crit avec Bernard BĂ©noliel et CinĂ©ma contemporain mode dâemploi chez Flammarion. Il termine actuellement un livre sur les rapport entre Jean Baudrillard et le cinĂ©ma amĂ©ricain et un autre, sur et avec Michael Cimino. Le jury âDocumentaire sur grand Ă©cranâ Créée en 1992, lâassociation Documentaire sur grand Ă©cran Ćuvre depuis prĂšs de 20 ans pour la promotion et la diffusion du cinema documentaire en France et dans les pays francophones. Le jury Documentaire sur grand Ă©cran choisira parmi tous les films documentaires de la compĂ©tition une oeuvre qui bĂ©nĂ©ficiera dâun soutien Ă sa diffusion. âą Sabine Costa, chargĂ©e de projets multimĂ©dia, Documentaire sur grand Ă©cran âą Nora Dekhli, directrice du CinĂ©ma Le Rio Clermont-Ferrand âą Daniela Lanzuisi, Coordinatrice, Festival Ajaccio 19 Les prix dĂ©cernĂ©s Prix dĂ©cernĂ©s par le jury de la competition internationale âą Le Grand Prix du long mĂ©trage Prix dotĂ© par la ville de Belfort et soutenu par le GNCR / Groupement National des CinĂ©mas de Recherche â 8000 euros âą Le Prix du film français â 5000 euros âą Le Grand Prix du court mĂ©trage â 3500 euros âą Le Prix Janine Bazin rĂ©compensant une jeune comĂ©dienne dotĂ© par le site Prix dĂ©cernĂ©s par le jury One+One âą Prix One+One â 2000 euros dote par la Sacem Prix dĂ©cernĂ©s par le public âą Prix du long-mĂ©trage â 3000 euros âą Prix du court-mĂ©trage â 1700 euros ONE + ONE Le jury One+One Six jeunes de 18 Ă 25 ans, Lokman Arslan, Ikrame El garras, Clara Lorach, Nina Hugonnot, Maxime Mathey et Marion Rouillard, accompagnĂ©s par Alex Beaupain, auteur, compositeur et interprĂšte, rĂ©compenseront le film de la compĂ©tition internationale dont lâesprit musical est le plus remarquable, novateur, libre prix dotĂ© par la Sacem. Alex Beaupain. Depuis que Les Chansons dâamour, de Christophe HonorĂ©, est devenu le film dâune gĂ©nĂ©ration, Alex Beaupain occupe une place Ă part dans la chanson française. Câest son premier album, Garçon dâhonneur 2005, qui avait inspirĂ© le scĂ©nario du film. La chanson dâamour, genre menacĂ© par lâanecdote ou le sentimentalisme, avait retrouvĂ©, avec lui, une intensitĂ©, un lyrisme et une vitalitĂ© qui semblaient perdus. Alex a signĂ© les musiques de tous les films de Christophe HonorĂ©, de 17 fois CĂ©cile Cassard 2002 aux Bien-aimĂ©s 2011. Il a composĂ© et interprĂ©tĂ© deux autres albums, 33 tours 2008 et Pourquoi battait mon cĆur 2011. Il a Ă©galement Ă©crit pour Julien Clerc et crĂ©era une opĂ©rette aux Amandiers Ă Nanterre en 2013. 20 CompĂ©tition internationale Mythes, quotidien, jeux prĂ©sentation de la compĂ©tition 2012 Depuis vingt-sept ans dĂ©jĂ , EntreVues met un point dâhonneur Ă accompagner les jeunes cinĂ©astes sur les chemins de traverse oĂč ils ont dĂ©cidĂ© de trouver le cinĂ©ma. Sentiers non balisĂ©s, terrains hybrides oĂč se mĂȘlent les genres, les formes, et oĂč sâĂ©vanouit sans regret une antique frontiĂšre entre fiction et documentaire. Lâan dernier, le jury de la vingt-sixiĂšme Ă©dition distinguait un film, LâĂtĂ© de Giacomo sorti en salles depuis, qui plongeait dans une eau documentaire pour en tirer un limon de pure mythologie â le portrait sans Ăąge de lâadolescence, dans un Ă©den anonyme de la campagne italienne. Beaucoup de films, cette annĂ©e, feront rĂ©sonner Ă leur tour la vibration du mythe. On lâentendra, archaĂŻque et sublime, dans la musique marocaine ancestrale de Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi, comme dans le grondement des enfers bibliques retrouvĂ©s sur le bateau de pĂȘche industrielle de Leviathan. Ă OrlĂ©ans se continue la hantise, Ă©ternelle au cinĂ©ma, de Jeanne dâArc, tandis que sur la plage de As Ondas rugit, sous les yeux de surfeuses lasses, une plainte Ă©lĂ©mentaire venue du fond des ocĂ©ans. Et dans la jungle opaque oĂč Los Salvajes plonge une poignĂ©e dâadolescents, câest une sauvagerie venue elle aussi de trĂšs loin qui fait retour, comme une rĂ©ponse dĂ©solĂ©e au bucolique apprentissage de Giacomo. De son cĂŽtĂ©, Un mito antropologico televisivo interroge, lui, un mythe moderne â mais alors câest le mythe au sens du mensonge â celui de lâ information » tĂ©lĂ©visĂ©e, cet envers dĂ©lĂ©tĂšre du cinĂ©ma documentaire. Dâautres films, parmi cette sĂ©lection, visent plus prĂšs mais touchent aussi profond. Comment est-il encore possible, en contournant clichĂ©s, lieux communs, ronronnement, de reprĂ©senter le quotidien ? La famille ? LâĂ©quilibre Ă la fois hĂ©roĂŻque et prĂ©caire qui fait tenir lâun et lâautre des vacances classe moyenne de Ma belle gosse Ă lâAmĂ©rique dĂ©classĂ©e de Dipso, ou aux familles marginales de Vilaine fille, mauvais garçon ? Lâeffroi ordinaire du couple Everybody In Our Family ou des solitudes invisibles Tower ? Le potentiel de terreur enfoui sous le tableau avantageux du bon voisinage » O som ao redor ? Ou encore la sĂ©dimentation lente qui forme avec les annĂ©es lâhistoire dâun groupe, dâune famille, dâun couple ou dâune amitiĂ© â leur mythe, en somme les fictions In April the Following Year, There Was a Fire, Marseille la nuit, Lighthouse, ou les documentaires Memories Look At Me, A Story for the Modlins et Ovos de dinossauro na sala de estar ? Retranscrire le quotidien, ce peut aussi ĂȘtre simple comme bonjour. Simple, et subtil Ă la fois, comme le sont deux trĂšs courts mĂ©trages, Broken Specs et Keep a Tidy Soul, dont la ligne claire et percutante retrouve les trĂ©sors de comique lymphatique de la bande dessinĂ©e amĂ©ricaine contemporaine. Mais retranscrire le quotidien, câest aussi, bien sĂ»r, lâaffaire du documentaire. Lequel ne le saisit jamais mieux que quand il a compris quâil ne suffisait pas dâessayer de lâattraper, comme un papillon, dans son filet Ă quotidien. Les paysages vides de FlorariĂ y Edecanes parlent pour le reste, dans leur nuditĂ© de tableaux â le quotidien y est un fantĂŽme, prĂ©sent partout, visible nulle part. Les junkies de East Hastings Pharmacy, les rĂ©fugiĂ©s afghans de La nuit remue, comme les wetbacks mexicains de Night Replay ou les skinheads malais de The Meaning of Style, sâoffrent comme les acteurs de leur propre rĂ©alitĂ©, renouant pour la camĂ©ra le maillage de rituels qui fonde leur quotidien. Stalingrad Lovers, qui se prĂ©sente comme une fiction, a retenu la mĂȘme leçon. Leçon qui dit au fond que le rĂ©el au cinĂ©ma, et le cinĂ©ma tout court, ne connaĂźt pas de meilleur chemin que le jeu. Leçon bien comprise, Ă leur maniĂšre excentrique, par les films libres et audacieux, joueurs et inventifs, que sont O dom das lagrimas, Aux bains de la reine, Ape, ou le trĂšs rivettien La destruccion del orgen vigente. La sĂ©lection de la compĂ©tition internationale est rĂ©alisĂ©e par Catherine Bizern, AmĂ©lie Dubois, Pierre Menahem et JĂ©rĂŽme Momcilovic. Une reprise des films primĂ©s aura lieu Ă Paris au cinĂ©ma le Nouveau Latina le 10 dĂ©cembre. 21 22 Ape Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages Joel Potrykus Trevor Newandyke sociopathe, apathique, comique ratĂ© et pyromane. Ses efforts pour tirer un sourire du public lors de ses spectacles de stand-up sont vouĂ©s Ă lâĂ©chec. Quand il ne teste pas ses nouvelles blagues face au miroir de sa salle de bain, Trevor aime bien mettre le feu Ă des poubelles et prend son pied en jetant des cocktails Molotov dans les jardins de ses voisins. Here we find the listless Trevor Newandyke, a sociopath, comic failure and arsonist. His efforts to wrestle a smile from his audience with his stand-up comedy lead to one flop after another. When heâs not trying to come up with new jokes in front of his bathroom mirror, Trevor likes to set fire to rubbish bins and gets off on the sound of throwing Molotov cocktails at his neighboursâ homes. Fiction / 2012 / Ătats-Unis USA / 86â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Joshua Burge, Gary Bosek, Teri Nelson, Daniel Falicki, Kevin Clancy RĂ©alisation, scĂ©nario, dĂ©cors, image, son, montage / Filmmaking, script, photography, sound, editing Joel Potrykus Production Sob Noisse Movies Contact Joel Potrykus, [email protected] Filmographie / Filmography Coyote, 2010 Court mĂ©trage fiction Fiction short film 23 Dipso Ce film concourt pour le prix Theodore Collatos Tommy, un drĂŽle de bonhomme malchanceux, sort dâun sĂ©jour en prison. Ayant peu dâopportunitĂ©s dâavenir, il retourne dans la maison de son pĂšre, dans une ville post industrielle du Massachusetts. LĂ , il sâessaie au stand-up », tout en essayant de reconquĂ©rir son ex et de renouer le lien distendu avec ses deux frĂšres. Tommy, a funny man down on his luck, after a stint in jail. With little opportunity on the horizon Tommy moves back to his popsâ house in a post industrial Massachusetts town. There he tries his hand at stand up comedy while attempting to get back with his ex and reuniting with his two distant brothers. Fiction / 2012 / Ătats-Unis USA / 75â / couleur color / Bluray InterprĂ©tation / Cast Matt Shaw, Rich Roucoulet, Tony Shaw, Rebekah Frenkel, Arthur Collins, William Victor, Rick Jenkins RĂ©alisation, scĂ©nario, dĂ©cors, montage, production / Filmmaking, script, production design, editing, production Theodore Collatos Image / Photography Thomas Lowe Son / Sound Roger Paul Mason Contact Theodore Collatos [email protected] Filmographie / Filmography Walking Dead 2008 ; Solitaire 2008 ; Dog Show 2009 ; Wartime 2012 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films Berlin Day to Night 2012 Court mĂ©trage documentaire Documentary short film Move 2012 Long mĂ©trage documentaire Documentary feature film 24 ONE + ONE Everybody In Our Family CompĂ©tition Longs mĂ©trages Radu Jude Marius est un homme divorcĂ© de 40 ans. Son ex-femme, Otilia, sâest remariĂ©e Ă un expert-comptable. Leur fille de 5 ans, Sofia, vit avec sa mĂšre, provoquant chez Marius une profonde frustration. ConformĂ©ment Ă la loi, Marius ne peut passer avec sa fille unique que de courts moments. Le jour oĂč Marius passe prendre sa fille pour un week-end Ă la mer, il dĂ©couvre que son ex-femme nâest pas Ă la maison et que sa fille est malade. Marius is a divorced man in his late thirties. His ex-wife, Otilia, remarried an accountant. Their 5 years old daughter, Sofia, lives with her mother, causing Marius a deep frustration. According to the law, Marius can spend with his daughter only a limited amount of time. The day Marius goes to take his daughter in a short holiday to the seaside, he finds out that his ex-wife is not athome and he is told that his daughter is sick. Fiction / 2012 / Roumanie Romania / 107â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Serban Pavlu, Sofia Nicolaescu, Mihaela Sirbu, Gabriel Spahiu, Tamara Buciuceanu Botez, Stela Popescu, Alexandru Arsinel RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Radu Jude DĂ©cors / Production design Elsje de Bruijn Image / Photography Andrei Butica Son / Sound Dana Bunescu Montage / Editing Catalin F. Cristutiu Production HI FILM Ada Solomon Contact Films Boutique Valeska Neu, Marine Rechard [email protected] [email protected] Filmographie / Filmography The Tube With a Hat, 2006 ; In The Morning, 2007 ; Alexandra, 2007 ; Film For Friends, 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films La Fille la plus heureuse du monde The Happiest Girl in the World, 2009 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film 25 In April The Following Year, There Was A Fire Sin Maysar Fon Tok Ma Proi Proi Wichanon Somumjarn Nhum est contremaĂźtre Ă Bangkok. LâinstabilitĂ© politique en ThaĂŻlande se fait sentir dans tous les secteurs. Nhum se retrouve soudain sans travail. Il dĂ©cide de quitter Bangkok pour retourner dans sa ville natale au Nord Est du pays, et assister au mariage de son ami de fac au cours du Nouvel An thai, en avril, qui se trouve ĂȘtre le mois le plus chaud de lâannĂ©e. Nhum is a construction foreman working in Bangkok. The political instability in Thailand has made its presence felt in all business sectors. Nhum suddenly finds himself out of jobs. He decides to leave Bangkok to go back to his hometown in the northeast of Thailand to attend his high school friendâs wedding during the Thai New Year in April - which also happens to be the hottest month of the year. Fiction / 2012 / ThaĂŻlande Thailand / 76â / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Uhten Sririwi, Jinnapat Ladarat, Saeree Pimpa RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Wichanon Somumjarn DĂ©cors / Production design Piyabut Jiraborworn Image / Photography Ming Kai Leung Son / Sound Sorayos Prapapan Montage / Editing Machima Ungsriwong Production Electric Eel Films Anocha Suwichakornpong, Maenum Chagasik Contact Pascale Ramonda [email protected] Filmographie / Filmography 2005 ; A Brighter Day, 2007 ; Four Boys, White Whiskey and Grilled Mouse, 2009 EntreVues 2010; The Whispering, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 26 Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages Ăric Hurtado et Marc Hurtado Depuis plus de deux mille ans, le village de Jajouka, dans le Rif marocain, perpĂ©tue des rites magiques de fertilitĂ©, proches des lupercales romaines, ainsi quâune musique originale jouĂ©e par une confrĂ©rie ancestrale, les MaĂźtres musiciens de Jajouka, qui furent un temps une source dâinspiration de la Beat Generation, des Rolling Stones et de la culture Free. For over two thousand years, the village of Jajouka in the Moroccan Rif, carries magical rites of fertility, close to Roman Lupercalia, as well as original music played by a brotherhood ancestral The Masters Musicians of Jajouka, who were a time a source of inspiration for the Beat Generation, The Rolling Stones and Free culture. Fiction / 2012 / France, Maroc France, Morocco / 61â / couleur color / Betanum RĂ©alisation, scĂ©nario, image / Filmmaking, script, photography Ăric Hurtado et Marc Hurtado Ătant DonnĂ©s Son / Sound FrĂ©dĂ©ric Maury Montage / Editing Justine Hiriart, Ăric Hurtado et Marc Hurtado Production Atopic Christophe Goujon Contact Atopic Christophe Gougeon [email protected] Filmographie / Filmography Des autres terres souples PrĂ©-Monde, lâĂąme oĂč la vue cĂšde Ăric et Marc Hurtado, 1979 ; Le soleil, la mer, le coeur et les Ă©toiles Marc Hurtado, 1984 ; Le Paradis blanc Ăric et Marc Hurtado, 1985 ; LâAutre Rive Marc Hurtado, 1986 ; Aurore Marc Hurtado, 1989 ; Royaume Marc Hurtado, 1991 ; Bleu Marc Hurtado, 1994 ; The Infinite Mercy Film Marc Hurtado, avec Alan Vega , 2009 ; Ciel Terre Ciel Marc Hurtado, 2010 ; Saturn Drive Duplex Marc Hurtado, 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 27 La destruccion del orden vigente Alejo Franzetti Deux villes sĂ©parĂ©es par un fleuve Buenos Aires, Montevideo. Deux villes sĂ©parĂ©es par une histoire la mort de Francisco. Une mort sĂ©parĂ©e en deux une enquĂȘte, une Ă©vasion. Film in two cities divided by one river Buenos Aires, Montevideo. Two cities divided by one story the death of Francisco. One death divided in two parts an investigation, an escape. ONE + ONE Fiction / 2012 / Argentine Argentina / 88â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Clara Miglioli, Juan Barberini, Elisa Carricajo, Maitina Dimarco, Lorena Vega, Leandro Ibarra, JuliĂĄn Larquier Tellarini, JuliĂĄn Tello, Guillermo Giusto, Bruno Pereyra, Victoria Pereira. RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Alejo Franzetti DĂ©cors / Production design Ana Cambre Image / Photography Ignacio Torres / Fernando Lockett Son / Sound Daniela Ale / Mercedes Tennina, Lucas Larriera Musique / Music JuliĂĄn Tello Montage / Editing SebastiĂĄn Lingiardi Production Bestia Alejo Franzetti Contact Alejo Franzetti. [email protected] Filmographie / Filmography Todas las veces, 2006 ; El Contrabajo, 2008 Courts mĂ©trages Short films A propĂłsito de Buenos Aires, 2006 Long mĂ©trage collectif Collective feature film 28 Ce film concourt pour le prix Leviathan Ce film concourt pour le prix ONE + ONE CompĂ©tition Longs mĂ©trages VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor Lâaffrontement de lâhomme, de la nature et de la machine, dans les eaux oĂč le Pequod de Melville prit Moby Dick en chasse. Un portrait cosmique de lâune des plus anciennes entreprises humaines. In the very waters where Melvilleâs Pequod gave chase to Moby Dick, the collaborative clash of man, nature, and machine. A cosmic portrait of one of mankindâs oldest endeavors. Documentaire Documentary / 2012 / Royaume Uni, France, Ătats-Unis UK, France, USA / 87â / couleur color / vostf / DCP RĂ©alisation, image, montage / Filmmaking, photography, editing VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor Son / Sound VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor, Ernst Karel, Jacob Ribikoff Production ArrĂȘte ton cinĂ©ma Contact ArrĂȘte ton cinĂ©ma VĂ©rĂ©na Paravel, Lucien Castaing-Taylor [email protected] Filmographie / Filmography VĂ©rĂ©na Paravel 7 Queens, 2008 ; Interface Series, 2009 Courts mĂ©trages expĂ©rimentaux Experimental short films Foreign Parts, 2010 rĂ©alisĂ© avec co directed with Sniadecki Long mĂ©trage documentaire Fiction feature film Lucien Castaing-Taylor Made in USA, 2000 ; Hell Roaring Creek, 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films In and Out of Africa, 2002 ; Sweetgrass, 2009 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 29 Los Salvajes Ce film concourt pour le prix Alejandro Fadel Cinq adolescents sâĂ©vadent avec violence dâun centre de redressement en Argentine. Câest alors que dĂ©bute un pĂšlerinage dâune centaine de kilomĂštres vers la promesse dâun foyer. Ils chassent pour se nourrir, pillent, se droguent, se lavent dans des riviĂšres, se battent entre eux et font lâamour. Five teenagers violently escape a reformatory school in an Argentinean province. They must pilgrimage a hundred kilometres on foot, across the hills, for the promise of a home to continue their days. They hunt to feed, rob houses they come across, do drugs, bathe in the river, fight with each other and make love. Fiction / 2012 / Argentine Argentina / 119â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Leonel Arancibia, SofĂa Brito, MartĂn Cotari, Roberto Cowal, CĂ©sar Roldan, Ricardo SoulĂ© RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Alejandro Fadel DĂ©cors / Production design Laura Caligiuri Image / Photography JuliĂĄn Apezteguia Son / Sound Santiago Fumagalli, Lucas Larriera Montage / Editing AndrĂ©s P. Estrada, Delfina Castagnino Musique / Music Sergio Chotsourian, Santiago Chotsourian Production La UniĂłn de los rĂos Agustina Llambi Campbell, Alejandro Fadel Contact Independencia [email protected] Filmographie / Filmography Felipe, 2002 ; SĂĄbado a la noche, domingo a la mañana, 2003 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 30 ONE + ONE Ma belle gosse CompĂ©tition Longs mĂ©trages Shalimar Preuss Maden, 17 ans. Vacances dâĂ©tĂ© sur lâĂźle. Elle attend le courrier. Entre sa chambre et la plage, son pĂšre et ses cousins, la maison et, tout prĂšs, la prison. Maden, 17 years old. Summer holidays on the island. She is waiting for the mail. Between her room and the beach, between her father and cousins, the house, and, very close, the prison. Fiction / 2012 / France / 80â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Lou Aziosmanoff, Jocelyn Lagarrigue, Victor Laforge RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Shalimar Preuss Image / Photography Virginoe Surdej Son / Sound Olivier Touche Montage / Editing Gustavo Vasco Production Ecce Films Contact Ecce films Camille Genaud [email protected] Disribution France Nour Films Filmographie / Filmography Seul Ă seul, 2005 ; LâEscale, 2007 ; Rendez-vous Ă Stella Plage, 2009 EntreVues 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films 31 Memories Look At Me Song Fang Fang est de retour dans la maison de ses parents Ă Nanjing, pour y passer un petit moment avec eux. Beaucoup, parmi leurs connaissances, font face Ă la vieillesse et aux maladies. Durant son sĂ©jour, les souvenirs resurgissent dans les conversations. Elle en connait certains, dâautres pas. Chaque moment du present se mĂȘle au passĂ©. Fang comes back to her parentsâ home in Nanjing, to stay with them for a while. The people around her parents, many are facing the diseases and aging. Time keeps going on, and leaves us changed. During Fangâs stay, the memories keep coming back in the conversations. Some she knows, some not. Every moment of the present is mixed up with the past. Documentaire Documentary / 2012 / Chine China / 87â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Ye Yu-zhu, Song Di-jin, Song Fang RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Song Fang DĂ©cors / Production design Ye Wen-bin Image / Photography Guan Dong-pei, Zhou Wen-cao Son / Sound Yamashita Aya Production Jia Zhang-ke, Song Fang Contact XStream Pictures Eva Lam [email protected] Filmographie / Filmography Goodbye, 2010 court mĂ©trage documentaire Documentary short film 32 Night Replay CompĂ©tition Longs mĂ©trages ĂlĂ©onore Weber, Patricia Allio Au Mexique, des migrants mettent en scĂšne chaque semaine le passage illĂ©gal de la frontiĂšre Ă travers un jeu de rĂŽle oĂč ils incarnent les policiers, les passeurs et les narcotrafiquants. Les touristes quant Ă eux se mettent dans la peau des clandestins. Night Replay est lâexpĂ©rience dâune rencontre entre cette communautĂ© de migrants et quatre acteurs autour de la reconstitution de certaines scĂšnes du jeu de rĂŽle. En rĂ©sulte une longue plongĂ©e dans la nuit oĂč sâĂ©prouvent les intrications de la reprĂ©sentation et de la vie. In Mexico, every week, the inhabitants of Alberto stage the illegal crossing of the border. Former migrants, the organisers of this role play, personify policemen, smugglers and drug traffickers. As for the tourists, they put themselves in the place of illegal migrants. Night Replay conveys the encounter of Alberto villagers and four actors as they recreate some of the scenes of this role play. As a result, a long journey deep into the night when the intricacy of the play and of life are confronted. Documentaire Documentary / 2012 / France / 85â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast MĂłnica del Carmen, Lou Castel, JosĂ© Carlos Montes RoldĂĄn, JosĂ© Luis Verdin et les habitants du village dâAlberto. RĂ©alisation / Filmmaking ElĂ©onore Weber Conçu avec / Designed with Patricia Allio Image / Photography Mathias Raaflaub Son / Sound Federico GonzĂĄlez Montage / Editing Charlotte TourrĂšs Production Atopic Christophe Gougeon Contact Atopic Christophe Gougeon [email protected] Filmographie / Filmography Temps morts, 2005 ; Les Hommes sans gravitĂ©, 2007 EntreVues 2007 Fiction short films 33 O Som ao redor Ce film concourt pour le prix Kleber Mendonça Filho De nos jours Ă Recife au BrĂ©sil, la vie quotidienne dâun quartier de la classe moyenne prend un tour inattendu Ă lâarrivĂ©e dâune firme de sĂ©curitĂ© privĂ©e indĂ©pendante. La prĂ©sence de ces hommes procure une impression de sĂ©curitĂ© et une bonne dose dâanxiĂ©tĂ© Ă une culture basĂ©e sur la peur. Life in a middle-class neighbourhood in present day Recife, Brazil, takes an unexpected turn after the arrival of an independent private security firm. The presence of these men brings a sense of safety and a good deal of anxiety to a culture which runs on fear. ONE + ONE Fiction / 2012 / BrĂ©sil Brazil / 124â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Irandhir Santos, Gustavo Jahn, Maeve Jinkings, Solha, Irma Brown, Lula Terra, Yuri Holanda, ClĂ©bia Souza, Albert TĂ©norio, Nivaldo Nascimento RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Kleber Mendonça Filho DĂ©cors / Production design Juliano Dornelles Image / Photography Pedro Sotero, Fabricio Tadeu Son / Sound Kleber Mendonça Filho, Pablo Lamar, Nicolas Hallet, Simone Dourado Montage / Editing Kleber Mendonça Filho, JoĂŁo Maria Production CinemaScĂłpio Contact Figa Films Sandro Fiorin [email protected] Filmographie / Filmography Enjaulado, 1997 ; A Menina do AlgodĂŁo, 2003, Vinil Verde, 2004 ; EletrodomĂ©stica, 2005 ; Noite de Sexta, ManhĂŁ de SĂĄbado, 2006 ; Luz Industrial MĂĄgica, 2009 ; Recife Frio, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films CrĂtico, 2008 Long mĂ©trage documentaire Documentary feature film 34 Orleans CompĂ©tition Longs mĂ©trages Virgil Vernier OrlĂ©ans, annĂ©e 2011. Joane et Sylvia ont vingt ans, elles travaillent comme danseuses dans un club de strip-tease Ă la sortie de la ville. Dans le centre, câest la pĂ©riode des fĂȘtes de Jeanne dâArc. Les deux filles vont se retrouver plongĂ©es au milieu de ces Ă©tranges festivitĂ©s. Elle est victoire et humiliation, elle est Ă©ternelle jeunesse et tragĂ©die de la mort. Pour que vive Jeanne dâArc, pour que vive OrlĂ©ans, pour que vive la France. » Orleans in the year 2011. Joane and Sylvia are twenty. They work as dancers in a striptease club at the edge of town. In the center the annual Joan of Arc commemoration is underway. The two girls find themselves caught up in these strange festivities. âShe is victory and humiliation, she is eternal youth and the tragedy of death. May Joan of Arc live, may Orleans live, may France live.â Fiction / 2012 / France / 60â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast AndrĂ©a Brusque, Yuliya Auchynnikava RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Virgil Vernier Image / Photography Tom Harari Son / Sound Julien Sicart Musique / Music Ulysse Klotz Montage / Editing Eulalie Korenfeld, Emma Augier Production Kazak Productions Jean-Christophe Reymond Contact Kazak Productions [email protected] Filmographie / Filmography Thermidor, 2009 ; Pandore, 2010 EntreVues 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films Chroniques de 2005, 2007 ; Commissariat, 2010 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 35 Stalingrad Lovers Ce film concourt pour le prix Fleur Albert Une plongĂ©e dans une communautĂ© dâusagers et dealers de crack. Entre chasse au client et attente du produit, il est question de survivre Ă la rue ou dây mourir. The real life of crack dealers and users. From dealers chasing customers to addicts waiting for product, everyday life on the street is about surviving, or dying. ONE + ONE Fiction / 2012 / France / 80â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Jean-Patrick Kone, Carole EugĂ©nie, Jean-Paul Edwiges, Mehdi Kadri, Eriq Ebouaney, Lionel Codino, Françoise Le Plenier. RĂ©alisation / Filmmaking Fleur Albert ScĂ©nario / Script Fleur Albert, Laurent Roth, Olivier Volpi DĂ©cors / Production design Florian Sanson Image / Photography Nara Keo Kosal Son / Sound Jean-Paul Guirado, Didier Leclerc Musique / Music Jean-François Pauvros Montage / Editing StĂ©phanie Langlois, Catherine Zins Production La Huit Production StĂ©phane Jourdain Contact La Huit Production Elsa BarthĂ©lĂ©my La Huit Production [email protected] Filmographie / Filmography The Next Generation, 1995 ; Clarisse est partie, 2002 ; Home Swiss Home, 2004 ; Natacha Atlas, la rose pop du Caire, 2007 ; Boys, Tricky, 2009 ; Les ĂlĂ©gies de Vincent, 2009 Court mĂ©trages documentaires Documentary short films LâEau du bain, 2000 Court mĂ©trage expĂ©rimental Experimental short film Le Silence des riziĂšres, 2006 ; Ecchymoses, 2008 Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films 36 Tower CompĂ©tition Longs mĂ©trages Kazik Radwanski Derek vit chez ses parents Ă Toronto au Canada. Contrairement Ă son frĂšre mariĂ© qui attend un enfant, Derek est cĂ©libataire et dĂ©sĆuvrĂ©. Il aimerait devenir animateur de dessins animĂ©s, mais il travaille Ă mitemps pour la sociĂ©tĂ© de construction de son oncle. La nuit il erre dans les rues et frĂ©quente des boites de nuit, Ă la recherche dâune petite amie⊠Derek lives at home with his parents in Toronto, Canada. Unlike his married brother who is expecting a baby, Derek is single and without a career. Although he aspires to become a graphic animator, he works part-time at his uncleâs construction company. At night he wanders the street alone and frequents nightclubs in search of companionship. Fiction / 2012 / Canada / 78â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Derek Bogart, Nicole Fairbairn, Deborah Sawyer, John Scholl, Jack Macure RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Kazik Radwanski DĂ©cors / Production design Eva Michon Image / Photography Daniel Voshart, Rich Williamson Son / Sound Gabe Knox, Matt Chan Musique / Music Johnny Hockin, Gabe Knox, Brian Wong Montage / Editing Ajla Odobasic Production Dan Montgomery Contact Medium Density Fibreboard Films Dan Montgomery [email protected] Filmographie / Filmography Assault, 2007 ; Princess Margaret Blvd., 2008 ; Out In That Deep Blue Sea, 2009 ; Green Crayons, 2010 Courts mĂ©trages fiction Fiction Short Films 37 A Story For The Modlins Sergio Oksman Documentaire Documentary / 2012 / Espagne Spain / 26â / couleur color / DCP / vostf RĂ©alisation, / Filmmaking Sergio Oksman ScĂ©nario / Script Carlos Muguiro, Emilio TomĂ©, Sergio Oksman Image / Photography Miguel Amoedo Son / Sound Carlos BonmatĂ Montage / Editing Fernando Franco, Sergio Oksman Production Dok Films Contact Madrid en corto Ismael Martin [email protected] Filmographie / Filmography AprĂšs une apparition dans le film de Roman Polanski, Rosemaryâs Baby, Elmer Modlin sâest enfui au loin avec sa famille ; ils sont restĂ©s enfermĂ©s dans un appartement obscur pendant trente ans. After appearing in the film Rosemaryâs Baby, by Roman Polanski, Elmer Modlin ran away with his family to a distant land, where they shut themselves inside a dark apartment for thirty years. 38 A Esteticista, 2004 ; Goodbye America, 2006 ; Longs mĂ©trages documentaires Documentary feature films Apuntos sobre el otro, 2009 Court mĂ©trage documentaire Documentary short film As Ondas Ce film concourt pour le prix Miguel Fonseca ONE + ONE Fiction / 2012 / Portugal / 21â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Alice Contreiras, Andreia Contreiras RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Miguel Fonseca Image / Photography MĂĄrio Castanheira Son / Sound AntĂłnio Figueiredo Production O som e a fĂșria Luis Urbano, Sandro Aguilar Filmographie / Filmography Alpha, 2008 ; I Know You Can Hear Me, 2010 EntreVues 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films De splendides, de vĂ©ritables paysages maritimes portugais dĂ©ferlaient sous mes yeux. Ă ces images Ă©taient attachĂ©s ma jeunesse, mon paradis perdu. La mer immense, la plage, les gens, tous en attente, tous mourant, lentement, tristement, magnifiquement. CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Agencia - Portuguese Short Film Agency Salette Ramalho [email protected] Beautiful, truly portuguese seascapes swept before my eyes. Tied up in these images was my youth, my paradise lost. The vast sea, the beach, the people, all waiting, all dying gently, sadly, beautifully. Aux bains de la reine Maya Kosa, Sergio da Costa Documentaire Documentary / 2012 / Suisse Switzerland / 37â / couleur color / HDCam RĂ©alisation Filmmaking Maya Kosa, Sergio da Costa Image / Photography Sergio da Costa Son / Sound EstefĂąnio LuĂs, Adrien Kessler Montage / Editing Telmo Churro, Maya Kosa, Sergio da Costa Production PĂł Films Contact Pofilms Sergio da Costa [email protected] Filmographie / Filmography Elsa retourne sur sa terre natale, Caldas Da Rainha au Portugal, oĂč fut Ă©rigĂ© le premier hĂŽpital thermal du monde. Elle a pour mission dâaller Ă la rencontre de sa mĂšre. Lors de cette aventure minimale, on dĂ©couvre la ville et ses habitants aux activitĂ©s mystĂ©rieuses, ainsi que des bribes de lâhistoire familiale dâElsa. Maya Kosa LâIngĂ©nieur et le ProthĂ©siste, 2010 EntreVues 2010 Sergio da Costa Entretien avec Almiro Vilar da Costa, 2009 EntreVues 2009 ; Snack-bar AquĂĄrio, 2010 Grand Prix du court mĂ©trage documentaire EntreVues 2010 Courts mĂ©trages documentaires Documentary short films Elsa returns to her homeland, Caldas Da Rainha in Portugal, where the worldâs first spa hospital was constructed. Her mission is to go and meet her mother. Through this little adventure, we discover the city and the mysterious activities of its inhabitants, as well as elements of Elsaâs family history. 39 Broken Specs Ted Fendt Fiction / 2012 / Etats-Unis USA / 6â / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Mike Maccherone, Andy Eklund, Mark Simmons RĂ©alisation, scĂ©nario, montage, production / Filmmaking, script, editing, production Ted Fendt Image / Photography Sage Einarsen Son / Sound Sean Dunn Contact Ted Fendt [email protected] Filmographie / Filmography Broken Specs est un premier film. Broken Specs is a first film Le portrait instantanĂ© de Mike et dâun Ă©trange milieu banlieusard. Et des lunettes cassĂ©es. A snapshot portrait of Mike and a strange suburban milieu. And broken glasses. East Hastings Pharmacy Antoine Bourges Documentaire Documentary / 2012 / Canada / 46â / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Shauna Hansen, Luis Figueroa, des habitants de Vancouver Downtown Eastside RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Antoine Bourges DĂ©cors / Production design Paul Joyal Image / Photography Lindsay George Son / Sound Devon Cooke, Stirling Bancroft, Matt Chan Production Dan Montgomery, Antoine Bourges, Kazik Radwanski Contact Medium Density Fibreboard Films Dan Montgomery [email protected] Filmographie / Filmography Woman Waiting, 2010 Court mĂ©trage fiction Fiction short film La chronique dâune pharmacie typique du quartier de Downtown Eastside Ă Vancouver, oĂč la plupart des clients suivent un traitement qui nĂ©cessite la prise quotidienne de mĂ©thadone, sous la surveillance du pharmacien. The chronicle of a typical pharmacy of the Vancouver Downtown Eastside, where most clients are on a treatment that requires taking daily doses of methadone witnessed by the pharmacist. 40 FlorariĂ y edecanes Jaiziel HernĂĄndez MĂĄynez Documentaire documentary / 2012 / Mexique Mexico / 41â / couleur color / HDcam RĂ©alisation, scĂ©nario, image, montage / Filmmaking, script, photography, editing Jaiziel HernĂĄndez MĂĄynez Son / Sound Daniel Touron de Alba Montage / Editing Production Centro de CapacitaciĂłn CinematogrĂĄfica CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Centro de Capacitacion Cinematografica Boris Miramontes Huet [email protected] Filmographie / Filmography FlorariĂ y edecanes est un premier film FlorariĂ y edecanes is a first film OĂč finit le Mexique et oĂč commencent les Ătats-Unis ? Un panorama du prĂ©sent et de la vie quotidienne dans le Nord Est du Mexique et le Sud du Texas. Where is the end of Mexico and beginning of the United States? The present panorama and everyday life in northeast Mexico and south of Texas. Keep A Tidy Soul Ce film concourt pour le prix Joshua Moore ONE + ONE Fiction / 2012 / Ătats-Unis USA / 11â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Claire McConnell, Naomi Lila RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Joshua Moore DĂ©cors / Production design Ashley Tarr Image / Photography Sinisa Kukic Son / Sound Chris Galipo Montage / Editing Staci Degagne Production Joshua Moore, Claire McConnell Contact Joshua Moore [email protected] Filmographie / Filmography The Day Of Adele, 2001 Court mĂ©trage fiction Fiction short film Flyn a perdu son Ăąme. Aidez-lĂ sâil vous plait trouvez-lĂ . I Think Itâs Raining, 2011 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film Flyn has lost her soul. Please help her. Find it. 41 La nuit remue Bijan Anquetil Documentaire Documentary / 2012 / France / 45â / couleur color / DCP RĂ©alisation / Filmmaking Bijan Anquetil Image / Photography Paul Costes Son / Sound Matthieu Perrot Montage / Editing Alexandra MĂ©lot et Bijan Anquetil Production le Anne Luthaud et Joanna Sitkowska Contact Marie-Anne Campos [email protected] Filmographie / Filmography La nuit remue est un premier film La nuit remue is a first film Sobhan et Hamid. Deux jeunes Afghans, aprĂšs plusieurs annĂ©es dâerrance, sont arrivĂ©s Ă Paris. Ils se retrouvent, autour dâun feu de fortune allumĂ© au bord dâun canal. Sobhan and Hamid, two young Afghans, after several years of wandering, have ended up in Paris. By the light of a camp fire on a canal, they meet again. Lighthouse Wouter Venema Fiction / 2012 / Pays Bas Netherlands / 19â / couleur color / HDCam InterprĂ©tation / Cast Ward Weemhoff, Henk Stuurman RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Wouter Venema DĂ©cors / Production design Lotte de Vries Image / Photography Stef Tijdink Son / Sound JaĂŻm Sahuleka Montage / Editing Laurent Fluttert Production Absent Without Leave Tim Leyendekker Contact Eye Film Massimo Benvegnu [email protected] Filmographie / Filmography Il est assis dans son fauteuil, raide et immobile, comme une statue de pierre. Moi, au contraire, je me dĂ©place sans cesse de piĂšce en piĂšce, sans dormir, mâasseoir ni parler. He sits in his chair, motionless and stiff, a stone statue. I, on the contrary, move restlessly from room to room without sleeping, sitting, or speaking. 42 Lighthouse est un premier film Lighthouse is a first film Marseille la nuit Marie Monge Fiction / 2012 / France / 42â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Karim Leklou, Charif Ounnoughene, Louise Monge Contact Agence du court mĂ©trage [email protected] 1015 productions [email protected] Elias et Teddy ont toujours Ă©tĂ© amis. Ă 25 ans, ils traĂźnent, dealent un peu, et sâimaginent les rois de leur tout petit monde. Et puis un jour, câest sĂ»r, ils quitteront Limoges pour Marseille et deviendront des hommes. Filmographie / Filmography Les Ombres bossues, 2008 Mia, 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films CompĂ©tition Courts mĂ©trages RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Marie Monge DĂ©cors / Production design CĂ©lia Lecomte Image / Photography Boris LĂ©vy Son / Sound Matthieu Villien Montage / Editing François QuiquerĂ© Production SĂ©bastien Haguenauer Childhood friends, Teddy and Elias have come up together dealing drugs and dreaming of being kings. They want to move from their small town to Marseille. They know they will become men there and make it big. O dom das lagrimas JoĂŁo Nicolau Fiction / 2012 / Portugal / 27â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Filipe Mesquita, Sandra Marcos, Nuno Rodrigues, Helena Carneiro, Frederico NS, LĂgia Soares, Ana Sofia Ribeiro. RĂ©alisation / Filmmaking JoĂŁo Nicolau ScĂ©nario / Script JoĂŁo Nicolau, Mariana Ricardo Image / Photography MĂĄrio Castanheira Son / Sound Vasco Pimentel Montage / Editing JoĂŁo Nicolau, Francisco Moreira Production O som e a fĂșria Luis Urbano, Sandro Aguilar Contact AGENCIA - Portuguese Short Film Agency Salette Ramalho [email protected] Une princesse et un chasseur. Un voyage iconographique imprĂ©gnĂ© dâimaginaire lusitanien. A princess and a hunter. An iconographic journey immersed in Lusitanian fantasy. Filmographie / Filmography Rapace, 2006 EntreVues 2006 ; Chanson dâamour et de bonne santĂ© EntreVues 2009 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films LâĂpĂ©e et la Rose, 2010 EntreVues 2010 Long mĂ©trage fiction Fiction feature film 43 Ovos de dinossauro na sala de estar Rafael Urban Documentaire Documentary / 2012 / BrĂ©sil Brazil / 12â / couleur color / Bluray RĂ©alisation / Filmmaking Rafael Urban DĂ©cors / Production design Maria Andrade Image / Photography Eduardo Baggio Son / Sound Robertinho de Oliveira Musique / Music Alexandre Rogoski Montage / Editing Ana Lesnovski Production Ana Paula MĂĄlaga Contact Moro Filmes [email protected] Filmographie / Filmography Bolpebra, 2011 corĂ©alisĂ© avec codirected with Guilherme Marinho, JoĂŁo Castelo Branco Ragnhild Borgomanero, 77 ans, a Ă©tudiĂ© la photographie numĂ©rique et a suivi des cours de Photoshop et de PremiĂšre afin de garder vivante la mĂ©moire de son mari, Guido, avec qui elle a rĂ©uni la plus grande collection privĂ©e de fossiles en AmĂ©rique Latine. An old woman attends classes of digital photography and editing. The woman wants to be able to preserve the memory of her deceased husband Guido, the biggest private collector of fossils in Latin America. The meaning of style Ce film concourt pour le prix Phil Collins ONE + ONE Documentaire Documentary / 2012 / Malaisie Malaysia / 5â / couleur color / HDCam RĂ©alisation / Filmmaking Phil Collins Image / Photography Hideho Urata Musique / Music Gruff Rhys, Y Niwl Montage / Editing Shantha Kumar Production Shady Lane Productions, Akanga Film Asia Contact Shady Lane Productions [email protected] Filmographie / Filmography Soy mi madre, 2008 ; Marxism Today prologue, 2010 Courts mĂ©trages Short films Des skinheads anti-fascistes et des papillons exotiques. Les relations entre lâhĂ©ritage colonial britannique et la pop culture dâAsie du Sud Est. Antiâfascist skinheads and exotic butterflies. The relationship between British colonial history and pop culture in Southâ East Asia. 44 Un mito antropologico televisivo Maria Helene Bertino, Dario Castelli, Alessandro Gagliardo Documentaire Documentary / 2012 / Italie Italy / 57â / couleur color / BetaSP RĂ©alisation, scĂ©nario, montage / Filmmaking, script, editing Maria Helene Bertino, Dario Castelli, Alessandro Gagliardo Image / Photography Fabio Costanzo, Roberto Maravigna Son / Sound Riccardo Nicolosi Production Malastrada Film, ar/ge Kunst Galerie Museum, MMAV CompĂ©tition Courts mĂ©trages Contact Malastrada Film [email protected] Filmographie / Filmography Les images de la tĂ©lĂ©vision pĂ©nĂštrent si profondĂ©ment le tissu mĂȘme de la sociĂ©tĂ© quâelles construisent une part de lâhistoire dâune nation, en mettant lâaccent sur ses problĂšmes et sur sa nature profonde. The stories on TV have penetrate so deep in the fabric of society that they actually build a part of history of a Nation, outlining its problems and deepest nature. Maria Helene Bertino, Dario Castelli et Alessandro Gagliardo font partie de Malastrada, un collectif Ă la recherche de nouvelles pistes Ă©conomiques, politiques et culturelles. Un mito antropologico televisivo est leur premier film Maria Helene Bertino, Dario Castelli and Alessandro Gagliardo collaborate with that develops analysis and deliver new economical, political and cultural overtures. Un mito antropologico televisivo is their first film. Vilaine fille mauvais garçons Justine Triet Ce film concourt pour le prix ONE + ONE Fiction / 2012 / France / 30â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Thomas LĂ©vy Lasne, Laetitia Dosch, Serge Riaboukine RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Justine Triet Image / Photography Tom Harari Son / Sound Julien Brossier Montage / Editing Damien Maestraggi Production Ecce Films Contact Ecce films Camille Genaud 01 47 70 27 23 [email protected] La nuit survoltĂ©e dâun jeune peintre fauchĂ© et dâune comĂ©dienne dĂ©jantĂ©e. Dans lâimpossibilitĂ© de se retrouver seuls, Laetitia et Thomas traversent chaque situation entre drame et lĂ©gĂšretĂ© jusquâĂ ce quâun Ă©vĂ©nement violent marque leur rencontre dâune Ă©trange complicitĂ©. Filmographie / Filmography Sur place, 2007 ; SolfĂ©rino 2008 ; Des ombres dans la maison 2009 Courts mĂ©trages documentaires Short documentary films When a starving artist meets a loony actress, sparks fly. But privacy proves illusive for Laetitia and Thomas as they navigate the night with levity and gravity until a serious, unexpected event brings them closer together. 45 SĂ©ance spĂ©ciale hors compĂ©tition La Jubilada Jairo Boisier Ă lâĂąge de trente ans, elle a tournĂ© le dos Ă sa carriĂšre dâactrice porno Ă Santiago du Chili et est revenue dans la maison de ses parents, oĂč son pĂšre vit avec sa sĆur aĂźnĂ©e Gina. Fabiola nâest pas accueillie Ă bras ouverts ; Gina nâapprĂ©cie guĂšre que quelquâun sâimmisce dans lâorganisation trĂšs rĂ©glĂ©e du foyer. Il est vite Ă©vident que le passĂ© de Fabiola ne sâoubliera pas si facilement⊠At the age of 30 she as turned her back on her career as a porn actress in Santiago de Chile and has returned to her parental home, where her father lives with her elder sister Gina. Fabiola is initially not welcomed with open arms; Gina is not keen to have someone who interferes with her tightly organised housekeeping. It soon becomes clear to Fabiola that it isnât easy to leave her professional past behind her. Filmographie / Filmography El nuova, 2007 ; Vestido, 2008 Courts mĂ©trages Short films 46 Fiction / 2012 / Chili Chile / 83â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Paola Lattus, Catalina Saavedra, JosĂ© Soza, Daniel Antivilo RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Jairo Boisier DĂ©cors / Production design Javier Marticorena Image / Photography Raul Heuty Son / Sound Gustavo Araya Montage / Editing Luis Horta, Jairo Boisier Production Escala Humana, Zapik Films, Forastero Contact Rendez-vous Pictures [email protected] LaurĂ©at du Prix Films en cours 2010. Le film clĂŽturera l'Ă©dition de Films en cours 2012. Les Coquillettes SĂ©ance spĂ©ciale hors compĂ©tition Sophie Letourneur Trois amies se remĂ©morent leur folle semaine au festival de Locarno ainsi que leurs pĂ©ripĂ©ties amoureuses. Three female friends recall their crazy week and romantic escapades at the Locarno Festival Fiction / 2012 / France / 75â / couleur color / DCP InterprĂ©tation / Cast Sophie Letourneur, Camille GĂ©naud, Carole Le Page RĂ©alisation, scĂ©nario / Filmmaking, script Sophie Letourneur Image / Photography Antoine Parouty Son / Sound Pascal Ribier, Carole Verner Montage / Editing Jean-Christophe Hym Production Ecce Films, Ad Vitam, Rezina Productions Contact Ecce films Camille Genaud 01 47 70 27 23 [email protected] Distribution Ad Vitam Filmographie / Filmography La TĂȘte dans le vide, 2004 ; Manue Bolonaise, 2005; Le Marin masquĂ©, 2011 EntreVues 2011 Courts mĂ©trages fiction Fiction short films Roc et Canyon, 2007 ; La Vie au ranch, 2009 Prix du film français et Prix du public, EntreVues 2009 Longs mĂ©trages fiction Feature films 47 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Mocky A vec sa gueule de voyou tĂ©nĂ©breux, JeanPierre Mocky avait dĂ©jĂ une carriĂšre dâacteur consĂ©quente chez Cocteau, Antonioni, ou encore Visconti dont il assista la rĂ©alisation de Senso, mais le film qui le rĂ©vĂ©la fut en 1957 La TĂȘte contre les murs de George Franju. Le personnage dâArthur GĂ©rane ne marqua pas seulement lâapparition dâun acteur mais 48 dâune personnalitĂ© Ă part dans le cinĂ©ma français. Mocky Ă©crivit lâadaptation du roman de Bazin, cependant, jugĂ© inexpĂ©rimentĂ© par les producteurs, il ne put le rĂ©aliser. Mocky confiĂąt alors Ă George Franju non seulement son scĂ©nario, mais aussi le casting quâil avait envisagĂ© ainsi que ses recherches prĂ©paratoires concernant les dĂ©cors. Un mal pour un bien puisque La TĂȘte contre les murs compte parmi les chefs-dâĆuvre de Franju, et appartient pleinement au cinĂ©ma de Mocky par sa poĂ©sie et sa colĂšre contre lâaliĂ©nation des individus. Plus quâun rĂŽle, câest dâabord lui-mĂȘme que Mocky interprĂšte un rĂ©voltĂ© que la sociĂ©tĂ© dĂ©signe comme fou pour le neutraliser. Lâasile devient une prison qui nâose pas dire son nom, abritant, comme plus tard les citĂ©s dominĂ©es par les forces occultes de Litan et Ville Ă vendre, un peuple sans espoir assommĂ© par les mĂ©dicaments et les traitements de choc. Certains, comme le hĂ©ros, sont certains de ne jamais guĂ©rir car ils ne sont mĂȘme pas fous. Quelques annĂ©es avant le Belmondo dâĂ bout de souffle, il compose un personnage sans Ă©quivalent dans la culture française, un rebelle proche de James Dean, Brando et Elvis Presley. Ce Rimbaud en blouson noir est bien plus dangereux pour lâordre Ă©tabli que les gentils rockeurs qui sâĂ©poumonaient alors Hommage Ă Mocky au Golf Drouot. Plus tard, Mocky ajoutera au blouson une Ă©charpe rouge, puis se coiffera dâun feutre Ă la Dana Andrews. Plus que la revendication dâune idĂ©ologie, lâĂ©charpe rouge Ă©voque le romantisme libertaire, et le chapeau symbolise le Film noir dont Mocky sera lâun des rares cinĂ©astes français Ă savoir capter lâessence. Mocky devient rĂ©alisateur en 1959 avec Les Dragueurs, soit lâannĂ©e de la sortie dâĂ bout de souffle et des 400 coups. Il emprunte Ă la Nouvelle Vague son Ă©conomie et les tournages en dĂ©cors naturels, permettant une inscription immĂ©diate dans la rĂ©alitĂ© française. Dans ses premiĂšres rĂ©alisations, Ă©voquant par leur humour corrosif et leur goĂ»t du grotesque le cinĂ©ma italien, Mocky Ă©pingle les monstres » français les snobs, les dragueurs ou encore les vierges ». Plus tendre et dĂ©senchantĂ©, Un couple dresse la chronique intimiste de la fin dâun amour. Avec sa tonalitĂ© nocturne et hivernale, cette love-story Ă rebours est motivĂ©e par le souci de reprĂ©senter parfois crĂ»ment, mais avec honnĂȘtetĂ©, la vie sentimentale de ses contemporains. Plus que des cinĂ©astes de la Nouvelle Vague, Mocky est Ă rapprocher de ses aĂźnĂ©s Tati, Franju et Melville, qui la croisent sans y appartenir. Si Tati sâapproprie le burlesque, Franju le fantastique et Melville le film noir, Mocky pourrait ĂȘtre lâartisan dâun renouveau de la comĂ©die, dâabord grinçante puis ouvertement loufoque â domaine quâil pratiqua tout au long de sa carriĂšre. Lâhumour noir est parfois trouĂ© dâinstants insolites et malaisants dans Les Dragueurs, Aznavour dĂ©clare Ă deux jeunes femmes dans la rue quâil nâa pas lâintention de les violer. La longue crise de fou rire injustifiĂ©e qui secoue alors les personnages et qui semble ne jamais devoir finir, les renvoie Ă une animalitĂ© imbĂ©cile et grimaçante. Chez Mocky, pas de mots dâauteurs lourdement soulignĂ©s Ă la Audiard, mais une immersion dans la vie quotidienne traversĂ©e par des personnages drĂŽlatiques, aux dictions improbables. Ces acteurs improvisĂ©s sont des clients de bistrot, des garagistes, ou de simples passants que Mocky, sĂ©duit par leur excentricitĂ© naturelle, fait passer dans ses films. Câest avec un malin plaisir quâil perturbe ses fictions avec ces figures du rĂ©el, hilarantes et fascinantes. Les comĂ©diens professionnels ne sont pas en reste. Mocky puise dans le théùtre, donnant par exemple Ă Michael Lonsdale, encore loin dâIndia Song, ses premiers rĂŽles. Il recrute des acteurs de cabaret comme Poiret et Serrault, ou des stars tout azimut comme le gĂ©nial Francis Blanche. On pourrait confondre ses castings avec ceux des nanars Ă©puisants de Raoul AndrĂ©, si Mocky nâexacerbait lâinventivitĂ© de ses acteurs. Ainsi lâĂ©lĂ©gance et la fluiditĂ© du jeu de Poiret dans Un drĂŽle de paroissien, digne des comĂ©dies amĂ©ricaines, ou son dĂ©bit supersonique en patron de chaĂźne de tĂ©lĂ© dans La Grande Lessive. Cette classe innĂ©e, Mocky sâĂ©vertuera Ă la briser dans la comĂ©die trash et loufoque Le MiraculĂ© oĂč il campe un SDF ordurier en catogan et t-shirt graisseux, Ă rendre jaloux les freaks les plus excentriques de John Waters. Le comĂ©dien absolu de Mocky pourrait ĂȘtre JeanClaude RĂ©moleux, lâadipeux inspecteur qui chante sans 49 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Sur le tournage de LâAlbatros arrĂȘt Marinella de Tino Rossi dans La Grande Lessive. On ne saurait dire si sa prĂ©sence dĂ©calĂ©e est le fruit dâune incroyable virtuositĂ© ou au contraire dâune inconscience absolu du jeu dâacteur. Chez Mocky, on dĂ©couvre la filmographie secrĂšte dâacteurs qui malgrĂ© toute lâaffection quâon a pour eux reprĂ©sentent la France assommante des dimanches soirs tĂ©lĂ©visĂ©s des annĂ©es 70. Bourvil fut lâun de ses acteurs les plus remarquables, dĂ©voilant le fond dâanarchie 50 dissimulĂ©e sous lâincarnation de la gentillesse absolue. Les deux hommes sâamusĂšrent de cette figure de saint laĂŻc, en brossant le portrait dâun pilleur de troncs dâĂ©glise guidĂ© par une mission divine dâUn drĂŽle de paroissien. Cette candeur perturbatrice est Ă©galement celle du lunaire inspecteur Triquet de La CitĂ© de lâindicible peur. Celui-ci se dĂ©sole lorsque par inadvertance il arrĂȘte un criminel et poursuit les malfaiteurs pour les empĂȘcher de rĂ©cidiver. Chez Mocky, qui est le contraire dâun cynique, est son seul amour. Au mĂ©pris de la mort qui lâattend de façon certaine, il rebrousse chemin pour voler Ă son secours. Le voleur de bijoux amoral de Solo se sacrifie pour son frĂšre, un adolescent terroriste et idĂ©aliste. Le journaliste dâUn linceul nâa pas de poches voit sa mort dans le marc de cafĂ© renversĂ© dans une poubelle, ironique remise en scĂšne du fatum cher au film noir. RĂ©vĂ©ler les scandales sexuels et financiers, et surtout lâabjecte collusion entre une cellule communiste et le patronat local ne peut conduire quâĂ la mort. On a parfois dit que Mocky se complaisait dans un rĂŽle de victime sacrificielle ou quâil sâinventait des dĂ©mons seulement pour le plaisir de les combattre. Câest faux, bien entendu, mĂȘme si la beautĂ© du geste est toujours prĂ©sente, comme un hĂ©ritage du cinĂ©ma amĂ©ricain des desperados en tĂȘte, le Nicholas Ray de Johnny Guitar. La mort devient alors une obligation romantique le refus absolu de pactiser avec lâennemi, la certitude que le mal est toujours prĂ©sent et quâaucun happy ne signe la fin du combat. Tant que le cĆur bat encore, tant que lâon est debout, il faut continuer Ă courir Ă perdre haleine, traverser les forĂȘts, les riviĂšres, se cacher dans les trains de marchandises â rejouer la geste Ă©ternelle des Ă©vadĂ©s et des hors-la-loi. Pourtant, au fond, jamais on ne sâĂ©chappe du lieu crucial du cinĂ©ma de Mocky une ville, idĂ©alement nocturne, gouvernĂ©e par la terreur et la corruption. Dans cette ville, les braves gens Ă©pient derriĂšre leurs rideaux ou se regroupent en milices armĂ©es. Au dĂ©but de Ville Ă Hommage Ă Mocky la gentillesse de Bourvil ne se prĂȘte pas au ridicule elle devient hĂ©roĂŻque et humaniste, comme chez le Saint-Just de La Grande Lessive partant en croisade contre lâaliĂ©nation tĂ©lĂ©visuelle. Mocky transmet le plaisir de voir Ă©voluer Bourvil, avec sa gracieuse gaucherie, et lui faire dire des dialogues raffinĂ©s, la voix quittant son accent paysan pour acquĂ©rir une musicalitĂ© atone. La dĂ©licatesse de Bourvil que lâon reconnait aujourdâhui dans ses chansons et la dignitĂ© que lui confĂ©ra Melville dans Le Cercle rouge, sont dĂ©jĂ Ă lâĆuvre chez Mocky. Alter-ego du cinĂ©aste, il reprĂ©sente lâhomme pur et idĂ©aliste dressĂ© contre la sociĂ©tĂ©, quâil sâagisse du village grouillant de haine de La CitĂ© de lâindicible peur ou du Paris dont les habitants prennent les armes pour traquer les pirates de la tĂ©lĂ©vision de La Grande Lessive. Il est Don Quichotte et plus encore le Prince Mychkine de DostoĂŻevski, qui, quelles que soient ses prĂ©cautions, ne pourra sâempĂȘcher de briser le vase du salon bourgeois, guidĂ© par une impĂ©rieuse maladresse. Les personnages de Mocky, mus eux-aussi par une idiotie » hĂ©roĂŻque, mettent sens dessus dessous les conventions sociales, tel le journaliste dĂ©voilant les noirs secrets de la bourgeoisie dâune ville de province dans Un linceul nâa pas de poches. Par amour, fraternitĂ© ou simplement sens de la justice, ils brĂ»leront systĂ©matiquement leurs vaisseaux. Dans LâAlbatros, le bandit en fuite parvient Ă passer la frontiĂšre sous une nouvelle identitĂ©. Il rĂ©alise alors que la jeune fille quâil laisse derriĂšre lui aux mains des policiers La CitĂ© de lâindicible peur 51 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky vendre, Roger Knobelspiess figure sâil en est du repris de justice » Ă©clairĂ© dĂ©crit ainsi Moussin Câest un drĂŽle de patelin. Apparemment, tout est tranquille, tout est normal. Mais câest une tranquillitĂ© qui te colle un malaise comme dans les cauchemars. Et tu sais pas pourquoi. » On connait bien sĂ»r la rĂ©ponse, mais la question mĂ©rite, et mĂ©ritera toujours, dâĂȘtre posĂ©e quelle est cette indicible peur qui rĂŽde dans les citĂ©s de Mocky ? Elle nâest assurĂ©ment pas incarnĂ©e par le boucher amoureux qui se dĂ©guise en Tarasque pour enlever sa belle. Câest un monstre informe qui se recompose toujours lorsquâil sâagit de traquer lâĂ©tranger, lâinsurgĂ©, le rĂ©sistant ou lâĂ©vadĂ©. Cette force noire, cette haine, Ă©tait bien sĂ»r Ă lâĆuvre pendant lâOccupation, mais elle est Ă©galement bien antĂ©rieure, relevant dâun esprit grĂ©gaire quasi prĂ©historique. Si elle est naturellement Ă lâĆuvre dans les films noirs Solo, LâAlbatros, câest elle-aussi qui teinte dâangoisse les comĂ©dies comme La Grande Lessive lorsque, furieux dâĂȘtre privĂ©s de leur drogue tĂ©lĂ©visuelle, la populace investit les toits de Paris, pour protĂ©ger leurs antennes, lâarme au poing. Dans Ă mort lâarbitre, cette mĂȘme meute humaine, menĂ©e par un terrifiant Michel Serrault, poursuit Eddy Mitchell Ă travers une citĂ© HLM glacĂ©e et concentrationnaire. Dans Litan, la haine prend une forme ouvertement fantastique, celle dâune entitĂ© volant lâindividualitĂ© des habitants comme dans LâInvasion des profanateurs de sĂ©pultures de Don Siegel. Litan, la citĂ© mĂ©diĂ©vale dans le brouillard, hantĂ©e par des hommes sans visage, est la forme allĂ©gorique de toutes les citĂ©s de Mocky. Ces fanfares fantĂŽmes, ces tristes carrousels, ces fĂȘtes de village Ă©quivoques oĂč les clowns enlĂšvent les petites filles, dessinent un fantastique trĂšs personnel, entre les brumeuses histoires de fantĂŽmes anglaises le Donât Look Now de Nicholas Roeg et les hallucinations dâun Jean Lorrain voyant, tel un carnaval opiacĂ©, des masques se substituer aux traits des Parisiens. Dans LâAlbatros, Tassel voit ressurgir le souvenir dâune fillette blonde, dans un bal de village. Nulle explication nâĂ©claire cette figure enfantine et ce quâelle reprĂ©sente pour lui le cinĂ©ma de Mocky est symbolique, allĂ©gorique mais jamais psychologique, sinon quâelle se superpose avec le personnage de la fille du maire que lâĂ©vadĂ© prend en otage et dont il tombe amoureux. Sans doute Tassel a-t-il laissĂ© sâĂ©loigner cette enfant, son premier amour, et câest pour guĂ©rir cette blessure quâil rebrousse chemin vers la prison oĂč est dĂ©tenue la jeune femme. En la faisant sâĂ©vader, il signe son arrĂȘt de mort. La fillette reprĂ©sentait alors la fatalitĂ© pesant sur le personnage depuis son enfance et dirigeant ses pas vers une issue forcĂ©ment tragique. Dans Noir comme le souvenir, Garance, autre enfant fantĂŽme, blonde et en robe blanche, hante une petite ville bourgeoise, supprimant ceux qui ont causĂ© sa perte, comme dans OpĂ©ration Peur de Mario Bava. Elle entraĂźne sa mĂšre dans une autre face du rĂ©el, qui sans ĂȘtre complĂštement lâau-delĂ , en constitue lâantichambre. Des gerbes mortuaires noires et des poupĂ©es de clowns apparaissent comme par sortilĂšges. La ville devient le terrain de jeu meurtrier du petit spectre, comme si le cimetiĂšre dans la brume oĂč repose Garance Ă©tendait son influence funĂšbre sur toute la ville. Comme une malĂ©diction, sur les tĂ©lĂ©viseurs de ces damnĂ©s, un seul film 52 Hommage Ă Mocky semble autorisĂ© Ă ĂȘtre diffusĂ© Litan. De cette brume qui se diffuse de film en film, Ă©merge Ă©galement, tel un vaisseau fantĂŽme, lâautocar dâAgent trouble, dont tous les passagers sont des cadavres. FrĂšres des morts vivants de Litan les chĂŽmeurs apathiques de Moussin, la Ville Ă vendre. Les mirobolantes indemnitĂ©s qui leurs sont versĂ©es dissimulent leur nature de cobaye dâune obscure sociĂ©tĂ© pharmaceutique. Dans ce film gĂ©nial, la ville devient un laboratoire Ă ciel ouvert, dirigĂ©e par un curĂ© aux lĂšvres peintes Mocky lui-mĂȘme, dont lâaccent allemand grotesque Ă©voque un Herr Doktor langien. Mocky pousse trĂšs loin le grotesque inquiĂ©tant les notables, arborant des catogans, paradent Ă cheval lors de kermesses absurdes et entonnent des mĂ©lopĂ©es lugubres pendant les enterrements. Ă Moussin on meurt dâembolie, par une bulle dâair injectĂ©e dans les veines, fin logique dans cette sociĂ©tĂ© asphyxiante. De façon imprĂ©vue, Ville Ă vendre croise un autre genre, le western, et les parades Ă cheval des notables nâen sont pas le seul indice. Tom Novembre prĂ©nommĂ© OrphĂ©e est un Ă©trange routard vĂȘtu de blanc qui sâarrĂȘte par hasard dans la petite ville et, sans motif autre que la curiositĂ© et le goĂ»t du mystĂšre, met Ă jour sa corruption fondamentale. OrphĂ©e quittera la ville sans endosser le rĂŽle du justicier, laissant les habitants se dĂ©brouiller avec leurs dĂ©mons. Cet individualisme dĂ©senchantĂ©, mais non dĂ©nuĂ© de valeurs morales, Ă©voque les personnages de Clint Eastwood comme le Pale Rider ou LâHomme des hautes plaines. Mocky est lui-aussi un libertaire, un individualiste forcenĂ©, viscĂ©ralement opposĂ© Ă toutes formes de mensonge. Si ses personnages tournent souvent en rond dans la nuit, le feu qui les dĂ©vore est toujours celui de la vĂ©ritĂ©. StĂ©phane du Mesnildot StĂ©phane du Mesnildot est journaliste aux Cahiers du cinĂ©ma et enseignant Ă lâuniversitĂ© Paris III-Sorbonne et Ă Paris Diderot, Paris VII. Il est lâauteur dâun livre sur Jess Franco, et dâĂ©tudes sur La Mort aux trousses et sur les fantĂŽmes du cinĂ©ma japonais. 53 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky A u dĂ©but des annĂ©es 80 je lui avais Ă©crit, je cherchais du travail comme stagiaire monteuse et je lâadmirai. Une dame de son bureau mâavait rappelĂ©e â plus de 10 ans plus tard ! â pour me proposer un stage, on a reçu votre lettre, ĂȘtes-vous libre la semaine prochaine, envoyez votre photo svp ». Comme quoi le bureau de Mocky garde bien son courrier, faut en prendre de la graine. Ce que jâai vu de lui, je lâavais vu dans le dĂ©sordre. Jâai dĂ©couvert Mocky Ă la fin des annĂ©es 70, hallucinĂ©e de voir Bourvil, sa lĂ©gĂšretĂ© et sa mobilitĂ©, dans La CitĂ© de lâindicible peur. Il jouait un flic, il arrivait dans une maison et sortait une grand mĂšre du placard, oĂč sa famille lâavait enfermĂ©e pour ne plus avoir Ă sâen occuper et la laisser mourir de faim ! Il engueulait la famille, mais je me souviens que la vieille dame enfermĂ©e, mĂȘme libĂ©rĂ©e par Bourvil, avait lâair aussi mĂ©chante et teigneuse que sa progĂ©niture. LâAlbatros la cavale du hĂ©ros dandy qui kidnappe la fille de lâhomme politique juste » qui lutte contre le vieux dĂ©putĂ© injuste », pour qu'on s'aperçoive d'un tous pourris » assez facile finalement, pourraient dire les dĂ©tracteurs du film. Sauf que la qualitĂ© du film n'est pas dans ce tous pourris » facile. Moi, ce qui m'a marquĂ©e, cest la vraie beautĂ© des plans et d'un montage qui ne laisse aucun gras un homme s'Ă©vade, la forĂȘt est quadrillĂ©e, un flic meurt, il va en ĂȘtre accusĂ©, il y a une riviĂšre, il part dans une barque, il y a une fĂȘte Ă©lectorale, il s'infiltre et kidnappe la fille du candidat, etc. Jamais d'arrĂȘt du rĂ©cit, chaque plan fait avancer l'histoire. Sauf Ă la fin, oĂč le film se paie le luxe de montrer le hĂ©ros retourner en prison pour sauver la fille, et tous deux de mourir en Romeo et Juliette faisant l'amour devant une foule de spectateurs attirĂ©s par le sang, dans des plans totalement expressionnistes, et lĂ , pour la premiĂšre fois, de vraies suspensions dans les plans. Un Ă©pilogue hallucinant de surrĂ©alisme vrai. Quand le film se termine, on a explorĂ© une France, alsacienne, provinciale, raciste, belle, mĂ©chante, sĂ©curitaire. On a aussi entrevu des lieux prĂ©monitoires de ce qui est ensuite arrivĂ© Ă toute la province française. Je pense Ă cet arrĂȘt dans la cavale, dans une sorte de Prisunic, en plein no man's land, oĂč seul un vigile et son chien sont censĂ©s faire des tours pour assurer la sĂ©curitĂ© du stock, qui pour moi prĂ©figure ces futures zones de supermarchĂ©s, de discounts, de Mac Do, de car wash qui font maintenant que tous les abords des villes se ressemblent. Le violoniste braqueur de diamants de Solo est en cavale pour sauver son jeune frĂšre dont il dĂ©couvre quâil fait partie dâun rĂ©seau terroriste de jeunes bourgeois qui veulent dĂ©barrasser le monde des riches. TrĂšs juste sur les annĂ©es 70, mĂȘlant embrouille et action, dessinant une Ă©poque oĂč les jeunes riches rĂȘvaient dâĂȘtre pauvres et oĂč les vieux voyous voulaient les Ă©duquer. Le film le plus romantique de tous pour moi. Une sorte de Billy the Kid Ă la française, oĂč les codes moraux du hĂ©ros ne correspondent pas au monde qui change, oĂč James Coburn ne peut pas ĂȘtre Pat Garrett parce qu'en France les keufs sont dĂ©passĂ©s par la hiĂ©rarchie et l'administratif et les communications. DĂšs les premiers films, dĂšs le Bourvil du DrĂŽle de paroissien, ou les dĂ©ambulations aĂ©riennes et hilarantes sur les toits des Compagnons de la marguerite, ce qui me frappait, câest lâinsolence. Avec un cĂŽtĂ© gourou et pythie grecque qui donne de tout, du pire et du meilleur. Il nous raconte dans ses films une sociĂ©tĂ© oĂč on ne penserait quâĂ sa gueule, pas faux. Un plaisir de retrouver la comĂ©die comme chez les italiens. Câest un faux fumiste, parfois un vrai fumiste, mais avec toujours la prĂ©occupation premiĂšre de raconter une histoire, en franc tireur, en marginal parfois rebelle et parfois quasi poujadiste dans ses rapports avec le monde ; on a tout dit maintenant sur Mocky. Beaucoup de films, pas tous bons, mais tous cohĂ©rents avec leur mode de production, dans le style Ă©coutez, c'est fait absolument sans fric, on s'est dĂ©pĂȘchĂ© c'est n'importe quoi et c'est comme ça » ou bien ah, lĂ on a pu travailler, regardez ». Ce luxe lĂ , c'est aussi Mocky pour moi. Maintenant, sur les photos rĂ©centes, il est entre le bonhomme super Ă©nervant et le vieux playboy Ă la grande Ă©charpe, mais si on regarde sa filmo, on voit se dessiner en tranches une drĂŽle dhistoire de France, depuis 40 ans. J'aimerais bien arriver Ă avoir cette libertĂ© lĂ . Patricia Mazuy Patricia Mazuy est cinĂ©aste. Nous lui consacrions lâan dernier une rĂ©trospective intĂ©grale. Parmi ses films, Peaux de vaches, Travolta et moi, SaintCyr, et le tout dernier, Sport de filles. Les propos de Jean-Pierre Mocky reproduits dans les pages suivantes proviennent dâune interview rĂ©alisĂ©e par Catherine Bizern et Christian Borghino en octobre 2012 et de diverses sources Ă©crites ou audiovisuelles. 54 Hommage Ă Mocky Un couple Pierre et Anne se sont donnĂ© rendez-vous dans le musĂ©e oĂč ils se sont rencontrĂ©s il y a trois ans. Leur union basĂ©e sur lâappel immĂ©diat quâils ont ressenti et une promesse de totale sincĂ©ritĂ©, fait lâadmiration de leur entourage, mais Pierre est inquiet il vient avouer Ă Anne que lâhabitude de son corps lui fait perdre lâurgence de son dĂ©sir, que cette baisse de tempĂ©rature est indigne de leur amour ils dĂ©cident tous deux de reprendre leur liberté⊠Ce sont les frĂšres Siritzky, qui avaient produit Les Dragueurs, qui ont eu lâidĂ©e de ce film sur le couple. Nous avons eu beaucoup de mal Ă trouver les interprĂštes principaux car nous cherchions un couple idĂ©al ». Finalement nous avons engagĂ© un peintre de Montparnasse, Jean Kosta, et Juliette Mayniel qui avait Ă©tĂ© lâinterprĂšte du film Les Cousins de Claude Chabrol. Nous y avons ajoutĂ© mon ami Francis Blanche et une jeune comĂ©dienne pleine de talent qui sâappelait Nadine Basile. Queneau a donnĂ© un aspect surrĂ©aliste au film. Il mâa suggĂ©rĂ© de ne pas rester sur le ton grave mais dâintroduire des personnages bizarres et farfelus et de pimenter de dĂ©rision cette introspection amoureuse. âSinon, tu vas emmerder les spectateursâ. Queneau a eu carte blanche, il sâest amusĂ© Ă faire des mots âCâest du toc ? Non câest du stucâ. Le film est restĂ© moderne car le sujet Ă©tait extrĂȘmement moderne faut-il se dire la vĂ©ritĂ© quand on est en couple ou est-ce quâil vaut mieux cacher ce quâon pense rĂ©ellement ? » 1960 / France / 89â / noir et blanc InterprĂ©tation Juliette Mayniel Anne Chenard, Jean Kosta Pierre Chenard, Nadine Basile Clara, Francis Blanche Monsieur Gratteloup, Simone Cendrar Madame Gratteloup, Christian Duvaleix Alex, GĂ©rard Hoffmann Monsieur Antoine, VĂ©ronique Nordey VĂ©ronique, GĂ©rard Darrieu FĂ©licien Mignon, Alice Tissot Madame Mitouflet ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Raymond Queneau, Jacques Rouffio, Alain Maury DĂ©cors Maurice Petri Image Eugen SchĂŒfftan Son Michel Fano, Guy RophĂ© Musique originale Alain Romans Montage Borys Lewin Production Balzac Films, Discifilm 55 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Un drĂŽle de paroissien La situation financiĂšre des Lachaunaye est en passe de devenir dramatique des splendeurs passĂ©es, il ne leur reste quâune solide tradition dâoisivetĂ© Ă laquelle le fils aĂźnĂ©, aimable irresponsable et faux mystique, reste trĂšs attachĂ©. Sa famille, dont les biens sont saisis et vendus, est sur le point dâĂȘtre expulsĂ©e ; Georges se rend Ă lâĂ©glise demander Ă son Saint Patron un signe qui lui indiquerait ce quâil doit faire. Celui-ci semble rĂ©pondre sur lâheure Ă sa requĂȘte par le petit bruit sĂ©duisant des piĂšces de monnaie que les fidĂšles laissent tomber dans le tronc⊠Le bouquin Deo Gratias Ă©tait convoitĂ© par Claude Autant-Lara, qui cherchait un sujet pour Bourvil. RenĂ© Julliard, lâĂ©diteur, qui aimait bien mes premiers films, mâa donnĂ© la prĂ©fĂ©rence. Je ne connaissais pas Bourvil. Je me suis procurĂ© son adresse et jâai laissĂ© le scĂ©nario Ă sa concierge. Une heure aprĂšs, il me tĂ©lĂ©phone et me dit quâil fait le film. Gratuitement. Car il sâĂ©tait rendu compte que jâaurais beaucoup de mal Ă monter le film avec un sujet pareil ! CâĂ©tait lâhistoire autobiographique dâun ingĂ©nieur chimiste qui sâĂ©tait retrouvĂ© au chĂŽmage avec une famille Ă nourrir et qui avait dĂ©cidĂ© de piller les troncs. Ă la fin du rĂ©cit il ouvrait une usine de cierges avec 56 1963 / France / 92â / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Georges Lachaunaye, Jean Poiret Raoul, Francis Blanche lâinspecteur Cucherat, Jean Yonnel le pĂšre de Georges, VĂ©ronique Nordey Françoise Lachaunaye, Solange Certain Juliette Lachaunaye, Marcel PĂ©rĂšs lâinspecteur-chef Raillargaud, Jean Tissier le brigadier Bridoux, Jean Galland le supĂ©rieur du collĂšge, Denise PĂ©ronne la tante de Georges ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Michel Servin, Alain Moury, dâaprĂšs le roman de Michel Servin, Deo Gratias DĂ©cors Pierre Tyberghein Image LĂ©once-Henri Burel Son RenĂ© Sarazin Musique originale Joseph Kosma Montage Marguerite Renoir Production Le Film dâArt, ATICA Artistes et Techniciens de lâIndustrie CinĂ©matographique AssociĂ©s, Corflor lâargent quâil avait gagnĂ©. Et câĂ©tait tout. Je me suis dit quâon ne pouvait pas faire un film avec des scĂšnes de pillage de troncs, il fallait une intrigue, et câest lĂ quâon a Ă©tĂ© chercher cette âbrigade des Ă©glisesâ ! » Hommage Ă Mocky La CitĂ© de lâindicible peur La Grande Frousse Lâinspecteur Simon Triquet arrĂȘte Mickey-le-BĂ©nĂ©dictin, dangereux criminel et habile faussaire qui est condamnĂ© Ă mort. LâexĂ©cution ne peut avoir lieu en raison dâun incident technique et Mickey profite de lâoccasion pour sâĂ©chapper. Avec son collĂšgue Virgus, Triquet se lance Ă sa poursuite. Son enquĂȘte le conduit Ă Barges, petite citĂ© mĂ©diĂ©vale oĂč il trouve une population terrorisĂ©e par la rĂ©apparition dâun monstre lĂ©gendaire, et certains habitants au comportement bizarre⊠Un ami et spĂ©cialiste de Jean Ray, Claude Seignolle, sâest proposĂ© pour effectuer lâadaptation. Je lui ai prĂ©fĂ©rĂ© GĂ©rard Klein, bon spĂ©cialiste du fantastique, que jâapprĂ©cie. Erreur tactique Seignolle ne me pardonne pas et contribuera Ă la cabale qui suivra la sortie du film, autour du thĂšme de la trahison de âlâespritâ de Jean Ray. Jean Ray est mort durant le tournage et son concours il paraissait aimer beaucoup mon travail me sera donc enlevĂ©. Le film fait un bide terrible. Ma sociĂ©tĂ© et moi-mĂȘme y engloutissons tout notre argent. Entre-temps, un conflit est survenu entre les distributeurs et moi, car ceux-ci ont supprimĂ© des scĂšne auxquelles je tenais pour en ajouter dâautres qui nâĂ©taient pas de mon cru. Lorsque, cinq ans plus tard, les droits du film Ă©tant Ă©chus, je suis en mesure de les 1964 / France / 85â / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Inspecteur Simon Triquet, JeanLouis Barrault Douve, Francis Blanche Franqui, Victor Francen Docteur Chabert, Jean Poiret le gendarme Loupiac, Raymond Rouleau Chabrian, le maire, Jacques Dufilho Gosseran, RenĂ©-Louis Lafforgue le boucher, Roger Legris le pharmacien, Marcel PĂ©rĂšs Virgus, VĂ©ronique Nordey Livina ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, GĂ©rard Klein, dâaprĂšs le roman de Jean Ray Dialogues Raymond Queneau DĂ©cors Jacques DâOvidio Image Eugen SchĂŒfftan Son Antoine Petitjean Musique originale GĂ©rard Calvi Montage Marguerite Renoir Production ATICA Artistes et Techniciens de lâIndustrie CinĂ©matographique AssociĂ©s, SociĂ©tĂ© Nouvelle de CinĂ©matographie, Productions Raimbourg racheter, je retrouve les scĂšne supprimĂ©es. Il sortira de nouveau en 1972, avec la bĂ©nĂ©diction dâun tas dâintellectuels, retrouvant un public et faisant un triomphe. » 57 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky La Grande Lessive ! La tĂ©lĂ©vision exerçant ses ravages dans toutes les familles proches du lycĂ©e oĂč Armand Saint Just enseigne le français, câest devant des classes rĂ©guliĂšrement assoupies le matin que les professeurs tentent, non sans dĂ©couragement, de faire leurs cours. Toutes les pĂ©titions de ceux-ci, suppliant les parents dâĂ©loigner les Ă©coliers des Ă©tranges lucarnes » pour quâils puissent apprendre leurs leçons, Ă©tant restĂ©es lettre morte, Saint Just dĂ©cide de passer Ă lâaction. Avec son collĂšgue Missenard, professeur de gymnastique et son ami Benjamin, chimiste au passĂ© agitĂ©, il met au point un plan⊠Câest en Bretagne que je tombe sur une Ă©mission au cours de laquelle un professeur tient des propos extrĂȘmement agressifs conte la tĂ©lĂ© et ses animateurs âqui ne savent pas parler le françaisâ. Le lendemain, je dĂ©couvre, dans Ouest-France, quâun instituteur, rendu furieux parce que ses Ă©lĂšves dorment en classe Ă cause de lâabus de tĂ©lĂ© la veille, casse tous les rĂ©cepteurs qui lui tombent sous la main. Ă la demande des distributeurs ce projet sâappelle au dĂ©part Un drĂŽle de pirate, par rĂ©fĂ©rence, Ă©videmment, au âparoissienâ. Et puis soudain ils veulent appeler ça La Grande Lessive, au nom dâun principe qui voudrait 58 1968 / France / 95â / noir et blanc InterprĂ©tation Bourvil Armand Saint Just, Francis Blanche Docteur Loupiac, Roland Dubillard Missenard, Jean Tissier Benjamin, Michael Lonsdale Delaroque, RenĂ©-jean Chauffard le commissaire Aiglefin, Karin Balm MĂ©lane, Alix Mahieux Madame Delaroque, Marcel PĂ©rĂšs lâinspecteur Toilu, Jean-Claude RĂ©moleux lâinspecteur Barbic, Jean Poiret Jean-Michel Lavalette ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury, Claude Pennec DĂ©cors Pierre Tyberghein Image Marcel Weiss Son RenĂ© Sarazin Musique originale François de Roubaix Montage Marguerite Renoir Production Balzac Films, Firmament Films, MĂ©diterranĂ©e CinĂ©ma, OcĂ©anic Films que chaque film comportant le mot âgrandâ soit un succĂšs ! Je nâobtiens, en dĂ©finitive, que de pouvoir faire figurer derriĂšre le titre un point dâexclamation entre parenthĂšses, sorte de âsicâ indicatif de mon dĂ©saccord. » Hommage Ă Mocky Solo Violoniste et trafiquant de bijoux Ă lâoccasion de ses voyages, Vincent Cabral dĂ©barque au Havre, tandis quâau VĂ©sinet, prĂšs de Paris, une vingtaine de participants dâune soirĂ©e orgiaque est soudain abattue Ă coups de mitraillette. Le jeune frĂšre de Vincent, Virgile, appartient prĂ©cisĂ©ment au groupuscule responsable de ce massacre. Pour permettre Ă Virgile de sâĂ©chapper, Vincent entre en contact avec les jeunes justiciers » qui ont dĂ©cidĂ© dâexterminer les tĂȘtes » les plus abjectes de la sociĂ©tĂ©. Je lâai tournĂ© en 68, pendant les Ă©vĂ©nements de mai. Lâhistoire vient dâune conversation que jâai entendue boulevard Saint-Michel entre quelques jeunes qui trouvaient que cette rĂ©volution avait avortĂ© et quâil fallait la continuer. Avec Alain Moury, le scĂ©nariste, nous avons donc Ă©crit lâhistoire de quelques jeunes qui continuent Ă lutter pour obtenir un monde meilleur. Solo annoncait Action directe et les Brigades rouges. Il ne sâagit pas dâune apologie de la violence mais dâune Ă©coute des jeunes qui veulent changer la sociĂ©tĂ© et qui vont ĂȘtre pris dans lâengrenage. Les âdesperadosâ du capitalisme sauvage. Leur mort sera inutile mais inĂ©vitable. Le film a eu un certain retentissement parce quâil montre la fin des rĂ©volutions et de lâespĂ©rance. » 1969 / France, Belgique / 83â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Vincent Cabral, Anne Deleuze Annabel, Denis Le Guillou Virgile Cabral, Henri Poirier le commissaire Verdier, Christian Duvaleix lâinspecteur Larrighi, Sylvie BrĂ©al Micheline, Ăric Burnelli Marc, Alain FourĂšs Ăric, Marcel PĂ©rĂšs le maĂźtre dâhĂŽtel, Rudy Lenoir le maĂźtre dâhĂŽtel russe ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury DĂ©cors Jacques Flamand, Françoise Hardy Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel, Lucien Yvonnet Musique originale Georges Moustaki Montage Marguerite Renoir Production Balzac Films, CinĂ© Ăclair, Showking Films, SociĂ©tĂ© Nouvelle CinĂ©vog 59 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky LâAlbatros CondamnĂ© pour avoir tuĂ© accidentellement un policier au cours dâune manifestation politique, Stef Tassel parvient Ă sâĂ©vader de la prison de Markstein. Poursuivi aussitĂŽt par toutes les forces de lâordre locales, Tassel se rĂ©fugie Ă lâhĂŽtel de ville oĂč se dĂ©roule un meeting au profit du prĂ©sident Cavalier, candidat aux prochaines Ă©lections. Tassel enlĂšve la fille de Cavalier, Paula, et va sâen servir comme otage pour arriver Ă sâĂ©chapper⊠Je nâattaque ni ne dĂ©fends aucun parti. Je dĂ©cris le milieu politique comme je dĂ©crirais le milieu de la chanson, de la mĂ©decine, des avocats. Mais je suis bien obligĂ© de montrer que la politique possĂšde un aspect corrupteur qui arrive Ă dĂ©truire tout sentiment humain. Câest aussi un film de dĂ©mystification sur les scandales politiques. Sâils Ă©clatent parfois ce nâest pas pour des raisons de moralitĂ© mais parce que lâon a voulu mettre en difficultĂ© un adversaire. Mais je ne voulais pas mâadresser Ă un public restreint, jâai dĂ©cidĂ© de raconter une histoire romantique avec un hĂ©ros qui mâaide Ă faire Ă©clater le scandale des grenouillages. Un hĂ©ros rappelant un peu Zorro ou Robin des Bois. » 60 1971 / France / 92â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Stef Tassel, Marion Game Paula Cavalier, Paul Muller Ernest Cavalier, AndrĂ© Le Gall Le conseiller Grimm, RenĂ©-Jean Chauffard Commissaire Gaber, Marcel PĂ©rĂšs Pierson, Michel Bertay Mazeran, Roger Corbeau HĂ©brard, Michel Delahaye le directeur de la prison, Rudy Lenoir le gardien du supermarchĂ© ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Claude Veillot, RaphaĂ«l Delpard DĂ©cors Jacques Dor, Jacques Flamand Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel Musique originale LĂ©o FerrĂ© Montage Marie-Louise Barberot Production Balzac Films, Belstar Productions, Profilm Hommage Ă Mocky Un linceul nâa pas de poches Lorsquâil manifeste le souci dâimpliquer la responsabilitĂ© dâun fils Ă papa dans un accident de la route, Michel Dolannes voit son article censurĂ©. Furieux, il quitte son journal et fonde, dans lâenthousiasme et les difficultĂ©s, un nouvel hebdomadaire destinĂ© Ă rĂ©vĂ©ler les scandales que la grande presse dissimule pieusement. Lorsque le premier numĂ©ro du Cosmopolite » sort, câest un triomphe Dolannes y dĂ©nonce les abus du Sporting », un club de football⊠Ayant lu le roman dâHorace McCoy, je fus conquis par cette histoire qui traçait un portrait sans concession de la presse. Le hĂ©ros, journaliste pur et dur, crĂ©e un journal oĂč il se force Ă dire toute la vĂ©ritĂ© sur les scandales et la corruption de tous bords. PrivĂ© de publicitĂ©, le journal continue nĂ©anmoins Ă exister et lutte seul contre le monde entier. Des acteurs de premier plan et de toutes appartenances politiques participĂšrent avec enthousiasme Ă ce film. » 1974 / France / 125â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Michel Dolannes, Myriam MĂ©ziĂšres Myrrha Barnowski, Jean Carmet le commissaire Bude, Michel Constantin Culli, Michel Serrault Justin Blesh, Sylvia Kristel Avril, Michel Galabru Thomas, Daniel GĂ©lin Laurence, Jean-Pierre Marielle le docteur Carlille, Michael Lonsdale Raymond, Francis Blanche NathaĂ«l Grissom ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Alain Moury, dâaprĂšs le roman de Horace McCoy DĂ©cors RenĂ© Loubet Image Marcel Weiss Son SĂ©verin Frankiel Musique originale Paul de Senneville, Olivier Toussaint Montage Marie-Louise Barberot Production Balzac Films, Prodis 61 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Litan Câest la fĂȘte Ă Litan, petite citĂ© montagneuse et brumeuse. Câest le carnaval, les musiciens sont masquĂ©s, les scouts ont organisĂ© des jeux de piste dans les grottes prĂšs du cimetiĂšre, des forains sâexhibent sur la place. Nora a le sommeil agitĂ© par un rĂȘve Ă©trange et terrifiant. Ă son rĂ©veil, une voix mystĂ©rieuse lui donne rendez-vous au tĂ©lĂ©phone. Commence alors une folle poursuite Ă travers le village⊠Cela faisait longtemps que jâavais envie de faire un film fantastique. Depuis exactement quarante ans, lorsquâenfant jâĂ©tais terrifiĂ© par les masques de mort dont sâaffublaient les gens de chez moi, lĂ -bas, en SlovĂ©nie. Pour moi, le fantastique câest tout simplement du rĂȘve, comme celui que lâon peut faire nâimporte quelle nuit. Lorsque jâai dĂ©cidĂ© de faire Litan, jâai voulu que ce soit un rĂȘve angoissant et irrationnel, mais dont tous les dĂ©tails, filmĂ©s, permettaient de faire une synthĂšse. Câest le seul film qui reflĂšte bien mon enfance. Dans lâEst, on faisait peur aux enfants avec des masques. CâĂ©tait pas loin dâHalloween. Les paysans se dĂ©chaĂźnaient. Il nây avait pas de citrouilles mais des sorciers avec des masques horribles. Les enfants avaient peur de ça. Quand ils nâĂ©taient pas gentils, on leur disait quâils allaient revenir. Et puis, câest un film flamboyant, un peu gothique. Dans le fantastique, on peut se livrer Ă un tas de facĂ©ties. » 62 1981 / France / 88â / couleur InterprĂ©tation Marie-JosĂ© Nat Nora, Jean-Pierre Mocky Jock, Nino Ferrer Docteur Julien, Marisa Muxen Estelle Servais, Bill Dunn Cornell, Georges Wod Bohr, Dominique Zardi le chef des fous, Sophie Edelman Mlle Bohr, Terence Montagne Eric Bohr, Roger Lumont le commissaire Bolek ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Jean-Claude Romer, Patrick Granier DĂ©cors RenĂ©-Yves Bouty Image Edmond Richard Son Luc Perini, Gilles Thomas Musique originale Nino Ferrer Montage Jean-Pierre Mocky, Catherine Renault Production M. Films Hommage Ă Mocky Le MiraculĂ© Papu est un fauchĂ© permanent, qui vit de petits boulots et de petites escroqueries. Victime dâun accident, il dĂ©cide de simuler une paralysie des jambes pour arnaquer sa compagnie dâassurance. Un peu las de cette situation toujours assise, il dĂ©cide de se rendre Ă Lourdes oĂč un miracle » le guĂ©rira. Mais Ronald Fox-Terrier, inspecteur mĂ©fiant et muet de la compagnie dâassurance a cernĂ© le personnage et tente de dĂ©masquer publiquement la supercherie⊠à Lourdes, jâavais Ă©tĂ© choquĂ©. Par les tenues nĂ©gligĂ©es, les seins nus de ces femmes, les shorts douteux de ces hommes qui remplissaient leur bidon dâeau sous le nez de la Vierge ; sans parler des incongruitĂ©s stomacales et autres de ces gens qui sâinterpellaient comme Ă Saint-Tropez, en touristes imbĂ©ciles. Songez que les grands malades sont une infime partie de cette foule parasite et mercantile qui vit sur leur dos. Je tenais lĂ un sujet. Je me suis dit quâil avait probablement Ă©tĂ© traitĂ©. Vingt-cinq films ont Ă©tĂ© tournĂ©s sur la petite Bernadette. Mais de comĂ©dies, je nâen ai pas trouvĂ© une seule qui ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. Je nâattaque pas les curĂ©s, ce serait lĂąche dâattaquer une minoritĂ©. Je ne mets pas en cause Lourdes puisque le miracle est le ressort mĂȘme de mon scĂ©nario. » 1986 / France / 88â / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault Ronald Fox Terrier, Jean Poiret Papu, Jeanne Moreau Sabine, dite La Major », Sylvie Joly Mme Fox Terrier, Jean Rougerie Monseigneur, Roland Blanche Plombie, Sophie Moyse Angelica, Marc Maury lâabbĂ© Humus, HervĂ© Pauchon Joulin, Georges Lucas Le miraculĂ© Dulac ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Patrick Granier, Jean-Claude Romer DĂ©cors Ătienne MĂ©ry, Patrice Renault, Jean-Claude SĂ©venet Image Marcel Combes Son Philippe Combes Musique originale Jorge Arriagada, Michael Nyman Montage Jean-Pierre Mocky, BĂ©nĂ©dicte Teiger Production Koala Films, Initial Groupe 63 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Agent trouble Un autocar arrĂȘtĂ© au beau milieu des neiges. Victorien le rejoint et monte Ă bord, entreprenant de soulager de leurs biens une cargaison de passagers... morts. Ă Paris, il confie son secret et son butin Ă sa tantine », Amanda Weber, une sage conservatrice de musĂ©e. Lorsque la tĂ©lĂ©vision annonce la noyade de cinquante touristes dans un lac glacĂ© dâAlsace, le rĂȘveur Victorien comprend quâil est tombĂ© sur une grosse affaire et tente de trouver les instigateurs pour les faire chanter⊠JâĂ©tais trĂšs Ă©nervĂ© parce quâon dit souvent âMocky bĂącle ses filmsâ. BĂącler un film signifie finalement le faire Ă la foulĂ©e. Câest un peu le principe du type qui crayonne un dessin. Des fois câest plus joli que quand il le rend dĂ©finitif. LâopportunitĂ© de Catherine Deneuve, qui Ă©tait trĂšs sĂ©vĂšre quant Ă la qualitĂ© et la respectabilitĂ© du film, mâa donnĂ© envie de faire plus propre. Ce film, je lâai donc fait comme un dĂ©fi Ă Catherine Deneuve ; pas directement Ă elle mais Ă tous ces gens quâelle frĂ©quente dans les dĂźners et qui risquaient dâĂȘtre troublĂ©s. Mais maintenant ils ne peuvent que lui dire âLe film de Mocky est trĂšs propreâ. » 64 1987 / France / 90â / couleur InterprĂ©tation Catherine Deneuve Amanda Weber, Richard Bohringer Alex, Tom Novembre Victorien, Dominique Lavanant Catherine Dariller, Sylvie Joly Edna, Pierre Arditi Stanilas Gauthier, Sophie Moyse Delphine, Kristin Scott Thomas Julie, HĂ©lĂ©na Manson Madame Sackman, HervĂ© Pauchon Tony ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, dâaprĂšs le roman LâHomme qui aimait les zoos de Malcolm Bosse DĂ©cors MichĂšle AbbĂ©-Vannier Image William Lubtchansky Son Jean-Bernard Thomasson, Jack Jullian Musique originale Gabriel Yared Montage Jean-Pierre Mocky, BĂ©nĂ©dicte Teiger Production Koala Films, AFC Hommage Ă Mocky Ville Ă vendre La plupart des habitants de la petite ville de Moussin sont au chĂŽmage, mais ils touchent de copieuses allocations que leur verse secrĂštement le Docteur Monnerie. Lors dâune fĂȘte locale, Delphine Martinet, pharmacienne, est assassinĂ©e alors quâelle allait faire dâimportantes dĂ©clarations. Le maire et la gendarmerie tentent de faire passer son dĂ©cĂšs pour une mort naturelle, mais un routard, OrphĂ©e, a tout vu. Il mĂšne lâenquĂȘte avec lâaide dâElvire, prĂ©paratrice en pharmacie, dĂ©cidĂ©e Ă venger sa patronne⊠JâĂ©tais dans une brasserie Ă Fourmies, dans le Nord. LĂ , une dame mâaccoste ; câĂ©tait la libraire de Fourmies, qui me dit quâelle a Ă©crit un scĂ©nario quâelle aimerait bien que je rĂ©alise. On me demande ça trĂšs souvent, je me dis âquelle connerie elle a pu Ă©crire ?â. Elle me raconte son scĂ©nario, et cette histoire me saisit. Elle me dit quâĂ Fourmies il y a cinquante pour cent de chĂŽmeurs, câĂ©tait une ville textile, ces gens nâont pas un rond et on en a profitĂ© pour en faire des cobayes pour des mĂ©dicaments. Avec un test humain on peut mettre les mĂ©dicaments en vente plus rapidement sans attendre dix ans, câest plus rentable pour les laboratoires. Jâai dĂ©cidĂ© de faire un film lĂ -dessus, une histoire dans laquelle les pharmaciens, les mĂ©decins ont créé une espĂšce de gang qui leur permet de tester les mĂ©dicaments sur ces malheureux. Jâai pu rĂ©unir une distribution exceptionnelle. » 1991 / France / 100â / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault le maire de Moussin, Richard Bohringer le docteur Monnerie, Tom Novembre OrphĂ©e, ValĂ©rie Mairesse Elvire, FĂ©odor Atkine le pharmacien, Michel Constantin Docteur Bernier, Darry Cowl le vĂ©tĂ©rinaire, Bernadette Lafont lâinspectrice Claire Deraing, Dominique Lavanant Eva Montier, Philippe LĂ©otard le kinĂ©sithĂ©rapeute, Jacqueline Maillan Delphine Martinet, Eddy Mitchell le mĂ©decin lĂ©giste, Jean-Pierre Mocky le PDG de Faxma, Daniel PrĂ©vost Georges Montier ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan, MichĂšle Delmotte Dialogues Pierre Courville DĂ©cors Jean-Baptiste Poirot Image Jean Badal Son Adrien Nataf Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky, Anne-Claire Mittelberger Production Les Films Alain Sarde 65 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Bonsoir Le tweed, câest fini ! Monsieur Douasse licencie ses deux retoucheurs, Isidore et Alex. Celui-ci, grĂące Ă une concierge complice, occupe un sous-sol dâimmeuble. Mais chaque soir, vĂȘtu de son melon et de son impeccable loden», il trouve une combine pour se faire inviter et hĂ©berger pour la nuit par des inconnus. Rien quâune fois. Au petit matin, un solo de cor signale son dĂ©part... Le personnage quâincarne Michel Serrault est un personnage poĂ©tique et extraordinaire. Il est pour les personnages quâil rencontre une sorte de baume il va raccommoder des choses, donner des idĂ©es aux gens⊠Mais une sorte dâimitateur qui le suit partout cambriole les gens lorsque Serrault est parti⊠Ăa fait partie des films que jâai fait qui sont simplement des comĂ©dies, avec un arriĂšre-plan diffus qui traite de la difficile intĂ©gration des gens dâun certain Ăąge sur le marchĂ© du travail. Mais ce qui en fait la saveur câest ce personnage poĂ©tique qui pourrait rappeler le personnage de Peter Sellers dans Bienvenue Mister Chance, qui fait sourire et en mĂȘme temps remplit dâaise. Câest une sorte de missionnaire laĂŻque qui veut faire du bien Ă son prochain. Câest peutĂȘtre pour ça que le film plaĂźt, on aimerait bien rencontrer des gens comme ça dans la vie. » 66 1993 / France / 90â / couleur InterprĂ©tation Michel Serrault Alex, Jean-Claude Dreyfus Inspecteur Bruneau, Marie-Christine Barrault Marie Wileska, Claude Jade Caroline Winberg, Corinne Le Poulain Gloria, Lauren Grandt Greta, Jean-Pierre Bisson Marcel Dumont, Maaike Jansen Yvonne Dumont, Serge Riaboukine Le PĂšre Bonfils, Catherine Mouchet EugĂ©nie, Jean AbeillĂ© le commissaire Corbeau Roland Blanche De Tournefort ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, Pierre Bacelon, AndrĂ© Ruellan, dâaprĂšs le roman Les Ăgarements de Monsieur RenĂ© de Claude Bourgeix DĂ©cors Clorinde MĂ©ry Image Edmond Richard Son Pierre Lorrain Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky, StĂ©phane Schohn, Jean-Pierre Reynard Production Koala Films, Flach Film, Lonely Pictures Hommage Ă Mocky Noir comme le souvenir SĂ©ance dâouverture La petite Garance a Ă©tĂ© assassinĂ©e il y a dix-sept ans et son meurtrier nâa jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Alors qui sâacharne Ă raviver son souvenir, Ă harceler sa mĂšre ? Câest tout dâabord la voix de lâenfant, que Caroline entend dans la boutique de son amie Lucie ; la stĂšle de Garance, profanĂ©e ; puis sa poupĂ©e, disparue avec elle, qui rĂ©apparaĂźt. Et ces orchidĂ©es noires, qui accompagnent une sĂ©rie de morts Ă©tranges... On mâa un jour apportĂ© le livre, un livre policier un peu Ă la Agatha Christie et je nâarrivais pas Ă deviner qui Ă©tait lâassassin, câest ce qui mâa fait faire le film le public se demanderait aussi sans doute qui Ă©tait lâassassin jusquâau bout. Le film a Ă©tĂ© tournĂ© Ă cĂŽtĂ© de Zurich Ă Schaffhausen, sur le Rhin. Nous tournions de nuit avec une humiditĂ© terrible. Jâai attrapĂ© une pneumonie mais je ne me suis jamais arrĂȘtĂ© de travailler. Le docteur me disait que je risquais de claquer, jâĂ©tais emmitouflĂ© comme un bibendum. Câest le dernier rĂŽle de BenoĂźt RĂ©gent qui est mort sur place Ă la fin du tournage⊠Il ne tournait pas dans les scĂšnes du cimetiĂšre mais la chapelle ardente a Ă©tĂ© celle du cimetiĂšre oĂč lâon a tournĂ©, avec ses grands arbres. Cette atmosphĂšre, ma maladie, ce cercueil⊠CâĂ©tait lâĂ©pouvante dans le film et dans la vie. » 1994 / France, Suisse, Allemagne / 92â / couleur InterprĂ©tation Jane Birkin Caroline, Sabine AzĂ©ma Lucie, Jean-François StĂ©venin Commissaire Vasseur, BenoĂźt RĂ©gent Docteur David Wahl, Matthias Habich Chris, Alain FourĂšs Guillaume, Jany Holt GeneviĂšve, BĂ©nĂ©dicte Loyen Pamela, Dominique Zardi un enquĂȘteur ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan, dâaprĂšs le roman de Carlene Thompson DĂ©cors Ivan Niclass, Patrick Stoll Image Edmond Richard Son François Musy Musique originale Gabriel Yared Montage Jean-Pierre Mocky, Lola Doillon, Xavier Loutreuil, Bruno Zincone Production Koala Films, Les Productions JMH, Odessa Films, Bioskop Films 67 Je me souviens... InĂ©dit Les Insomniaques Un insomniaque se promĂšne dans la nuit. Il croise un homme dans la mĂȘme situation. Ils dĂ©cident alors de crĂ©er le Club des insomniaques, et de devenir des redresseurs de torts, au service des causes qui leur sont chĂšres⊠Ce film est trĂšs violent, dâune violence trĂšs trĂšs rare. Câest lâhistoire de types qui arrivent Ă quarante berges, qui sont dans des bureaux et qui se demandent ce quâils vont foutre de leur vie. Et ils se posent des questions, ils ne dorment pas. Ce sont des gens qui, ne dormant pas la nuit, sortent. Pas dans les boĂźtes, ils marchent dans la rue, et ils se rencontrent. Ils vont faire des actions bienfaisantes, ils portent des masques trĂšs curieux mais pas grotesques⊠Tout ça crĂ©e une ambiance. En fait, les personnages ne se connaissent pas, ils se cachent les uns des autres, Ă cause de leurs masques. Ăa tourne mal et ça devient un cauchemar. Nous, les scĂ©naristes, on est un peu des redresseurs de torts. Ce film, pour ĂȘtre noir, il est noir. » 2010 / France / 84â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Boris, Bruno Putzulu Albert, Mathieu Demy Martial, Rufus le commissaire, Patricia Barzyk Viviane, Jean AbeillĂ© Gantelet, Jean-Marie Blanche Cambrais, Michel Francini Monseigneur Snoque, Jean-Pierre Clami le juge Pompet ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, dâaprĂšs la nouvelle de John Lutz Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky Production Mocky Delicious Products 68 Vous connaissez My Fair Lady et lâhistoire de Pygmalion? Moi, je raconte lâhistoire dâun vieil homme, ruinĂ© par son entreprise et devenu SDF, qui surprend la conversation dâun jeune couple de fiancĂ©s et qui dĂ©cide dâintervenir dans la vie de la jeune fille. Je suis le mentor, celui qui la guide, la conseille; une sorte de professeur, de directeur de conscience⊠Jâai fait un film fĂ©ministe, optimiste, qui montre quâelles peuvent changer de vie, bousculer les choses. Câest aussi une sorte dâĂ©tude sociologique, les sans-abri ne sont pas des mendiants, vivre sans rien est une forme de libertĂ©. Et mourir dans un couloir dâhĂŽpital ou mourir dans la rue, câest pareil. » Hommage Ă Mocky Le Mentor Avant-premiĂšre 2012 / France / 88â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Ludovic, SolĂšne HĂ©bert Annette, Clovis Fouin Christian, Simon Coutret Alexandre, Marina Monmirel Caroline, Freddy Bournane Joe la limace, Pamela Ravassard dame au landeau, Jean AbeillĂ© M. Bechamin ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky, AndrĂ© Ruellan Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Musique originale Vladimir Cosma Montage Jean-Pierre Mocky Production Mocky Delicious Products 69 Je me souviens... Hommage Ă Jean-Pierre Mocky Quatre Ă©pisodes de la sĂ©rie Myster Mocky prĂ©sente Le Farceur Avec Charles Berling, Michel Galabru, Jean AbeillĂ©, HervĂ© Pauchon Brad aime faire des farces Ă longueur de journĂ©e, mais un soir la farce devient mortelle. En complĂ©ment de programme de Bonsoir Martha in memoriam Avec Virginie Ledoyen, Mathieu Demy, François Vincentelli Il lâaimait tendrement sa Martha. Pour elle il aurait fait nâimporte quoi. Câest ce quâil a fait, hĂ©las⊠En complĂ©ment de programme des Insomniaques Sauvetage Avec Richard Anconina, Bernard Lecoq, ZinĂ©dine Soualem, Mess Hattou, Laurence Decaux Vous voulez avoir de lâavancement ? Alors ne tuez pas votre patron. En complĂ©ment de programme du MiraculĂ© Voisin de cellule avec Jean-Paul Rouve, Richard Bohringer, Roger Knobelspiess, Momo Dridi On fait un excĂšs de vitesse ? Attention ça peut vous mener Ă la potence ! En complĂ©ment de programme de Litan 2008 / Ă©pisodes de 26â chacun ScĂ©nario Jean-Pierre Mocky dâaprĂšs des nouvelles de Robert Arthur Le Farceur, Richard Hartwick Martha et Henry Slesar Sauvetage et Voisin de cellule Image Jean-Paul Sergent Son Francis Bonfanti Montage Michel Cosma, Jean-Pierre Mocky Musique Vladimir Cosma Production Mocky delicious products, Nompareille Productions, 13e rue 70 Jâai rencontrĂ© Patricia Hitchcock lors de lâexposition qui Ă©tait consacrĂ©e Ă son pĂšre au Centre Pompidou il y a quelques annĂ©es⊠Je lui ai parlĂ© de lâadmiration que jâavais pour la sĂ©rie Alfred Hitchcock prĂ©sente et elle me demande pourquoi je ne reprendrais pas des histoires parmi les sept cent qui ont Ă©tĂ© publiĂ©es dans Hitchcock magazine. Tu devrais les lire, choisir ceux qui te plaisent et moi je te donnerai les droits ! Le principe dâHitchcock Ă©tait de faire Ă chaque fois un vingt-six minutes avec une star. Il avait commencĂ© avec Bette Davis ou Carry Grant. Hitchcock Ă©tait un farceur, un enfant et moi je suis un peu comme lui, jâai choisi ce mĂ©tier parce que câest un mĂ©tier oĂč on joue comme un enfant. » LâĂle nue Hadaka no shima Hommage Ă Mocky Kaneto ShindĂŽ Le choix de Jean-Pierre Mocky Sur une Ăźle quasiment dĂ©sertique de lâarchipel de Setonaikai au sud-est du Japon, une famille travaille sans interruption pour faire pousser graminĂ©es et lĂ©gumes. La difficultĂ© de leur tĂąche vient essentiellement du manque dâeau, quâil faut aller chercher sur lâĂźle voisine au prix dâefforts ininterrompus. Parmi les deux enfants, lâaĂźnĂ© va Ă lâĂ©cole jusquâau jour oĂč survient un drame ⊠Un film qui mâa Ă©normĂ©ment frappĂ© par sa simplicitĂ©, câest LâĂle nue de Kaneto ShindĂŽ. Ce film est, de mon point de vue, plus fort que tous les films japonais, comme Rashomon dâAkira Kurosawa. Ils sont intĂ©ressants mais il y a Ă©normĂ©ment de moyens utilisĂ©s, des batailles, des cavalcades, des prisonniers⊠Tout ça me paraĂźt un peu poussiĂ©reux, un peu mâas-tu vu. LâĂle nue est un chef dâĆuvre. Câest lâhistoire dâun couple et de deux enfants qui doivent ramener de lâeau sur lâĂźle. Pendant une heure trente, le mari et sa femme ne se parlent pas et transportent des seaux dâeau. Au lieu dâaccompagner le film de musique japonaise, ShindĂŽ utilise des musiques qui pourraient ĂȘtre 1960 / Japon / 94â / noir et blanc InterprĂ©tation Nobuko Otowa Toyo, la mĂšre, Taiji Tonoyama Senta, le pĂšre, Shinji Tanaka TarĂŽ, le fils aĂźnĂ©, Masanori Horimoto JirĂŽ, le deuxiĂšme fils ScĂ©nario Kaneto ShindĂŽ Image Kiyomi Kuroda Son Kunie Maruyama Musique originale Hikaru Hayashi Montage Toshio Enoki Production Kindai Eiga Kyokai celles dâun film europĂ©en ou amĂ©ricain. Il nây a rien de folklorique dans ce film. ShindĂŽ arrive Ă empoigner les spectateurs avec rien. Câest dâune trĂšs grande puretĂ©. Jean-Pierre Mocky entretien avec VĂ©ronique Rossignol, CinĂ©mathĂšque française 71 Je me souviens... mise scĂšne dĂ©sordre Rob Zombie La en du Rob Zombie, un sauvage L par Vincent Malausa orsquâil rĂ©alise son premier film, La Maison des 1000 morts 2003, Rob Zombie sent peut-ĂȘtre que le vent a tournĂ© dans le cinĂ©ma dâhorreur qui sâest bĂąti sur le triomphe de Scream Ă la fin des annĂ©es 90. Au milieu des slashers aseptisĂ©s et des parodies, lâatroce sorciĂšre du Projet Blair Witch 1999 ou lâogre pĂ©dophile de Jeeper Creepers 2000 ont remis au goĂ»t du jour un archaĂŻsme et une brutalitĂ© assez Ă©loignĂ©s de lâironie dans laquelle baignait le genre depuis de nombreuses annĂ©es. Câest Ă lâaune de cette remontĂ©e acide quâil faut considĂ©rer la famille de joyeux timbrĂ©s 72 dĂ©finitivement dans une cruautĂ©, une frontalitĂ© et une amoralitĂ© qui deviendront les sĂ©diments du cinĂ©ma dâhorreur des annĂ©es 2000. qui constitue le noyau de La Maison des 1000 morts, et notamment son chef de clan vicieux, le capitaine Spaulding interprĂ©tĂ© par Sid Haig ce gros clown dâapocalypse, rebut white trash peinturlurĂ© et rigolard, ramĂšne directement Ă lâesprit trivial et organique de la pĂ©riode la plus sauvage quâait connu le cinĂ©ma dâhorreur amĂ©ricain, celle des seventies de Tobe Hooper et de Wes Craven. Massacre Ă la tronçonneuse et La Colline a des yeux sont deux rĂ©fĂ©rents Ă©vidents de La Maison des 1000 morts et de sa suite, The Devilâs Rejects 2005, mais il y a dans la maniĂšre quâa lâauteur de sâemparer de cette contremythologie familiale amĂ©ricaine les deux films de Zombie se situent en 1977 quelque chose qui dĂ©passe le simple tribut avec Spaulding et ses rejetons Ă la perversitĂ© hallucinĂ©e, lâesprit potache du genre bascule Ce qui a peut-ĂȘtre empĂȘchĂ© de mesurer lâimportance considĂ©rable de lâarrivĂ©e de Rob Zombie dans le paysage du cinĂ©ma amĂ©ricain, lors de la sortie discrĂšte en DVD de La Maison des 1000 morts en 2004, tient Ă quelques dĂ©tails qui, considĂ©rĂ©s de maniĂšre rĂ©trospective, se sont rĂ©vĂ©lĂ©s dĂ©cisifs Ă mesure que les ambitions du cinĂ©aste ont grandi. Il y a dâabord lâaspect dĂ©libĂ©rĂ©ment adolescent de cet ovni bricolĂ©, qui a pu le faire passer pour un petit film-culte rĂ©servĂ© aux geeks et autres vidĂ©o-brats» rats de vidĂ©oclubs nourris Ă lâesprit ironique et citationnel des annĂ©es 90. Or cette dimension adolescente est essentielle dans le cinĂ©ma de Rob Zombie câest prĂ©cisĂ©ment dans ce rapport Ă la colĂšre adolescente qui trouve probablement sa source dans la carriĂšre de musicien du cinĂ©aste, avec le groupe de shock rock White Zombie quâil a fondĂ©, puis en solo que son Ćuvre a pu dĂ©ployer sa puissance selon un folklore antisocial dont le dessin animĂ© The Haunted World of El Superbeasto 2009, adaptation dâun de ses propres comics, offre la synthĂšse la plus pop anarchie, satanisme, romantisme noir et culture de lâexcĂšs et du mauvais goĂ»t. Puissance non seulement commerciale â The Devilâs Rejects et le remake de Halloween 2007 ont engrangĂ© des recettes considĂ©rables â car Rob Zombie nâa pas cherchĂ© Ă pousser le genre vers une dimension adulte mais a bien compris quâil demeurait intimement liĂ© au marchĂ© adolescent. Puissance expressive surtout, car cette approche a trouvĂ© dans le diptyque Halloween / Halloween 2 la matiĂšre dâune extraordinaire relecture du chef-dâĆuvre de Carpenter faire du boogeyman Michael Myers, du jeune ado grunge renfermĂ© du premier Ă©pisode au vagabond inexpressif et monstrueux du second, la figure paroxystique et pathĂ©tique dâun grand rĂȘve dâenfant pulvĂ©risĂ©. Lâautre effet trompeur de La Maison des 1000 morts tient Ă son aspect foutraque et brinquebalant. LĂ encore, cette dimension est paradoxale car elle a pu laisser croire que Zombie ne faisait que triturer les codes dâun genre chĂ©ri en multipliant les effets de dĂ©jĂ -vu dans un grand capharnaĂŒm visuel Ă la structure mal dĂ©grossie. Il y a pourtant dans la forme mĂȘme de ce premier film plusieurs Ă©lĂ©ments sĂ©minaux de la mise en scĂšne de Zombie le rĂ©cit ultra-rĂ©fĂ©rencĂ© de famille vicieuse et nĂ©crophile est saturĂ© dâune Ă©lectricitĂ© macabre qui dĂ©passe largement le petit jeu mĂ©ta-filmique sur le mode du quizz cinĂ©phile dĂ©viant pour sâoffrir en programme poĂ©tique. Le cinĂ©ma de Rob Zombie est extraordinairement expressif et lâon sent dans La Maison des mille morts que sa principale force esthĂ©tique qui relĂšve de lâintensitĂ© maximale du plan plus que dâun dĂ©coupage assez rudimentaire demeure Ă son Ă©tat le plus outrĂ© un empilement de visions qui atteint, lors de la scĂšne de train fantĂŽme voyage Ă travers lâhistoire des serial-killers amĂ©ricains IntĂ©grale Rob Zombie Lâart du saisissement 73 The Devilâs Rejects mĂȘlant Ed Gein et Docteur Satan ou dans les multiples trouĂ©es du rĂ©cit found-footage, flashbacks granuleux, archives, split-screens, sĂ©dimentation, multiplicitĂ© des rĂ©gimes dâimage, Ă une espĂšce dâarchĂ©ologie gore, lubrique et dĂ©lirante entiĂšrement rĂ©gie par un principe de catharsis et de compulsion. Pas de surmoi ni de dĂ©ni dans cette cĂ©lĂ©bration paĂŻenne incontrĂŽlĂ©e Zombie tire de son expĂ©rience de rĂ©alisateur de clips pour ses propres chansons, entre autres une Ă©nergie qui en fait immĂ©diatement un cinĂ©aste du jet, de lâĂ©clat et du saisissement. Horreur amĂ©ricaine Le manque de structure de La Maison des 1000 morts, oĂč tout fonctionne selon une logique de superposition et de frĂ©nĂ©sie, a trouvĂ© dĂšs The Devilâs Rejects Ă se consolider dans une forme plus sophistiquĂ©e. The Devilâs Rejects repart de la fin de La Maison des 1000 morts aprĂšs la dĂ©couverte des mĂ©faits de la famille Firefly, les membres sâenfuient sur les routes du Texas et sâinscrit dans un mouvement de traque, avec dâun cĂŽtĂ© un flic fou Ă lier dĂ©cidĂ© Ă venger son frĂšre tuĂ© William Forsythe singeant le personnage de vengeur illuminĂ© de Dennis Hopper dans Massacre Ă la tronçonneuse 2, de lâautre la bande des dĂ©traquĂ©s semant la mort dans leur cavale essentiellement le psychopathe sataniste Otis interprĂ©tĂ© par Bill Moseley et sa sĆur Baby» incarnĂ©e par la dĂ©licieusement perverse Sheri Moon Zombie. Le film est le plus ouvertement maniĂ©riste de lâauteur, comme si le travail de synthĂšse 74 autiste et bricolĂ© de La Maison des 1000 morts avait poussĂ© le cinĂ©aste Ă dĂ©ployer son Ă©nergie dans le cadre Ă ciel ouvert de lâĂąge dâor du Nouvel Hollywood dont lâadolescent Rob Zombie â nĂ© en 1965 â a fait son refuge. Les fusillades en freeze shots citent Sam Peckinpah le western est une obsession du cinĂ©ma de Zombie, oĂč lâon cite John Wayne ou Lee Marvin entre deux discussions Ă©voquant Charles Manson ou Elvis Presley, le film reprend les tricks » les plus mĂ©morables de Massacre Ă la tronçonneuse la voix-off de la radio, les plans au flash sur les cadavres en dĂ©composition, le personnage de Tiny dĂ©finitivement assimilĂ© Ă Leatherface ou de La Colline a des yeux les plans de voiture sur le dĂ©sert et lâensemble, portĂ© par une B. O. en forme de juke-box seventies, est dâune impressionnante beautĂ© visuelle. Il y a lĂ une horizontalitĂ© narrative volontiers planante qui rompt avec lâaspect sans haut ni bas, creusĂ© dâune infinitĂ© de galeries, de La Maison des 1000 morts. Pour autant, et malgrĂ© cette volontĂ© dâĂ©pure, la ligne du rĂ©cit ne se dĂ©partit jamais de cette profondeur ludique et foraine qui demeure la clĂ© de voĂ»te de lâĆuvre de Zombie. Ă la moindre occasion, le cinĂ©aste redĂ©ploie son petit musĂ©e des horreurs les apparitions de vieilles gloires du cinĂ©ma le plus sauvage des annĂ©es 70, de Ken Foree, le hĂ©ros de Zombie de Romero, Ă Michael Berryman, le fils mutant de La Colline a des yeux et charge le film dâune intensitĂ© baroque qui doit Ă©normĂ©ment Ă Tobe Hooper et Ă son film le plus injustement oubliĂ©, Massacre Ă la tronçonneuse 2 â dont Bill Moseley reprend le personnage AliĂ©nation et dĂ©chaĂźnement LâĂ©volution fulgurante de lâĆuvre de Zombie a trouvĂ© avec Halloween, son troisiĂšme film, un pic exceptionnel. Si le film est probablement aussi bon que lâoriginal â câest en tout cas assurĂ©ment le plus grand film dâhorreur de la dĂ©cennie -, câest que Zombie y a trouvĂ© la matiĂšre idĂ©ale de ses obsessions, entre compulsion maniĂ©riste et rĂ©appropriation complĂšte du matĂ©riau dâorigine. En tant que pur remake, le film condense dans sa partie centrale tout le chef-dâĆuvre de Carpenter en accĂ©lĂ©rĂ© les meurtres de la nuit dâHalloween dans le quartier paisible dâHaddonfield. Câest une dĂ©monstration de force et de style assez inouĂŻe que Rob Zombie remettra en scĂšne dans lâouverture prodigieuse de Halloween 2, synthĂ©tisant en un peu plus de vingt minutes toute lâintensitĂ© du huis clos hospitalier du film originel de Rick Rosenthal. Dans le premier Ă©pisode, le cinĂ©aste enserre ce noyau brĂ»lant La Maison des mille morts â un slasher minimaliste rĂ©duit Ă une poignĂ©e de croisements â entre deux parties la premiĂšre, longue et admirable, traite de lâenfance de Myers dans lâasile psychiatrique de Loomis, la seconde, Ă©pilogue assez bouleversant, Ă©lucubre un rapport mĂ©lodramatique qui unit lâogre au personnage de Laurie et qui fera presque tout le sujet schizophrĂšne du second Ă©pisode. Avec ces espĂšces de re-dĂ©parts Ă intensitĂ© variable, fondĂ©s sur un double mouvement de rĂ©tention et dâexplosion, Zombie atteint un niveau de maĂźtrise incomparable, marquĂ© par des ruptures de ton dâune extraordinaire clartĂ© les plans fixes symĂ©triques et Ă©crasants de lâasile, la fluiditĂ© onirique du passage Ă lâacte de la seconde partie, le traitement rĂ©aliste, en camĂ©ra Ă lâĂ©paule, des scĂšnes familiales. Si le film est si impressionnant, câest quâil atteint le sommet de la puissance expressive et figurative du travail maniĂ©riste de Zombie â avec le jeu formidable autour du masque de Michael Myers, qui devient une espĂšce de fĂ©tiche morbide autour duquel sâenroule toute une mise en scĂšne de la fascination â tout en rĂ©vĂ©lant sa capacitĂ© Ă rĂ©inventer le film sĂ©minal de Carpenter Ă lâaune de la culture white trash de ses prĂ©cĂ©dents films. La figure de la mĂšre de Myers Sheri Moon Zombie en maman putain comme celle du petit galopin au masque de clown sont du cĂŽtĂ© dâune sentimentalitĂ© refoulĂ©e dâoĂč le film tire toute sa force de colĂšre froide et dâeffroi. Dâune maniĂšre plus personnelle, Halloween 2 pousse encore un peu plus loin ce travail sur lâintensitĂ© de la terreur via une mise en scĂšne du dĂ©chaĂźnement qui trouve son paroxysme dans la scĂšne de la cabane du gardien secouĂ©e par une tempĂȘte. PortĂ© par un script de slasher archĂ©typal, la figure de Myers y devient une pure Ă©nergie rythmique de destruction des coups rĂ©pĂ©tĂ©s jusquâau chaos, Ă lâimage du mouvement dĂ©ment de balancier du corps poignardant ses victimes, mais traversĂ©e de visions oniriques. Ces visions blanches qui habitent le film font de Myers, sous sa carapace archaĂŻque et muette, une sorte de corps intranquille et furieux, obsĂ©dĂ© jusquâĂ lâhypnose, Ă lâantithĂšse du personnage noyĂ© dans les tĂ©nĂšbres de Carpenter. IntĂ©grale Rob Zombie de Chop Top presque Ă la lettre. Mais cette AmĂ©rique de la marge, bohĂšme et white trash dont le capitaine Spaulding est lâemblĂšme avec sa baraque oĂč lâon vend gas oil et poulet frit Ă la mĂȘme enseigne tient moins dâune volontĂ© de pastiche que de lâenfance de Zombie, qui a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans le milieu du cirque, a vĂ©cu en roulotte et a rencontrĂ© mille personnages aussi colorĂ©s que ceux de ses films. Cette dimension intime, qui donne au diptyque La Maison des 1000 morts / The Devilâs Reject son arriĂšreplan folklorique et politique de dĂ©montage en rĂšgle du rĂȘve amĂ©ricain, tient tout entier dans la formule du docteur Loomis, clown cynique tentant de rĂ©sumer, dans Halloween 2, sa vision du monde le mauvais goĂ»t est le carburant du rĂȘve amĂ©ricain ». Cette culture du mauvais goĂ»t et dâune vulgaritĂ© portĂ©e en Ă©tendard rebelle, alliĂ©e Ă la culture cinĂ©phile du cinĂ©aste, donne Ă lâĆuvre cet Ă©trange Ă©quilibre de sophistication plastique et de brutalitĂ© primitive, bricolage indĂ©cidable de malice autobiographique et dâhorreur viscĂ©rale. Toutes les couleurs des tĂ©nĂšbres Rob Zombie se dit adepte dâune violence simple et mĂ©chante », dâun rĂ©alisme cru et coupant » et câest bien lĂ que se joue la singularitĂ© dâune Ćuvre qui bascule avec un malin plaisir de la blague potache Ă lâhorreur la plus dĂ©rangeante. La figure du clown Spaulding notamment lorsquâil croise un enfant terrifiĂ© dans The Devilâs Rejects est sur le fil de la farce et son rire Ă©norme semble toujours sur le point de se figer en atroce grimace. Dans La Maison des 1000 morts, des visions effroyables de torture se superposent au spectacle de cirque offert par la famille, avec des 75 Sid Haig et Rob Zombie fragments de scĂšnes insoutenables qui prĂ©figurent le rĂšgne du torture porn » et le fantasme du snuff movie qui irrigue le cinĂ©ma dâhorreur au croisement dâInternet et des images YouTube des annĂ©es 2000. The Devilâs Rejects reprend quant Ă lui une obsession macabre de Rob Zombie â le masque de chair humaine arrachĂ© aux victimes et dont le tueur se revĂȘt pour effrayer leurs proches â qui relĂšve du pire sadisme tout en sâinscrivant dans le projet carnavalesque de sa mise en scĂšne. Cette frontiĂšre indĂ©cidable entre premier et second degrĂ© est dâautant plus dĂ©stabilisante quâelle repose sur une cruautĂ© sans commune mesure avec le tout venant dâun genre intimement liĂ© au public adolescent â alors mĂȘme que les deux plus grands succĂšs de lâauteur, The Devilâs Rejects et Halloween, ont Ă©tĂ© interdits aux moins de 16 ans. Cette absence de compromis explique en grande partie pourquoi Rob Zombie est assurĂ©ment le seul cinĂ©aste dâhorreur dâimportance apparu depuis la gĂ©nĂ©ration glorieuse des maĂźtres des annĂ©es 70-80 Craven, Hooper, Romero, Carpenter, Raimi.... Entre lâĂ©lan maniĂ©riste qui pourrait tourner Ă vide et la dimension intime et personnelle de ses films qui rend par exemple si belle la figure de Myers dans ses deux Halloween rĂ©side probablement la sĂšve si particuliĂšre du cinĂ©ma de Rob Zombie, sa maniĂšre Ă la fois chaleureuse et glaçante de jouer avec un genre soumis plus que tout autre Ă lâanonymat et Ă la rĂ©pĂ©tition programmĂ©e de ses codes. La fĂ©rocitĂ© qui secoue les rĂ©cits du rĂ©alisateur est le signe dâune santĂ© Ă©clatante, et câest probablement sous le signe de cette seule intensitĂ© physique » â qui fait du cinĂ©ma 76 de Zombie lâĂ©quivalent dâune expĂ©rience de transe ou de dĂ©charge sensorielle assez proche de son travail de musicien â quâil faut lire tous ses films. Le plaisir du bricolage et du clignotement forain, les guirlandes multicolores qui dĂ©corent la baraque de Spaulding ou servent Ă pendre un cadavre dĂ©figurĂ© dans le bar Ă stripteaseuses de Halloween 2 creusent des galeries illuminĂ©es dâĂ©pouvante dans une Ćuvre oĂč les trognes, les masques et les avatars les plus grossiers ont lessivĂ©, Ă©puisĂ© et vidĂ© toute perspective morale. Or câest bien dans cette absence jouissive de morale que rĂ©side probablement toute lâhumanitĂ© enfiĂ©vrĂ©e et carnavalesque de lâĆuvre du dernier sauvage du cinĂ©ma dâhorreur amĂ©ricain. Vincent Malausa est chroniqueur cinĂ©ma au Nouvel Observateur et critique aux Cahiers du cinĂ©ma. SĂ©ance spĂ©ciale film inĂ©dit en France Les aventures dâEl Superbeasto, rĂ©alisateur de films de sĂ©rie Z et ancien lutteur, mielleux mais violent, flanquĂ© de sa voluptueuse comparse Suzi X ils vont tenter dâempĂȘcher le malĂ©fique Dr. Satan de prendre pour Ă©pouse Velvet Von Black, strip teaseuse qui porte la marque du diable sur son postĂ©rieur⊠2009 / Ătats-Unis / 77â / couleur / vostf Avec les voix de Tom Papa El Superbeasto, Sheri Moon Zombie Suzi X, Rosario Dawson Velvet Von Black, Paul Giamatti Dr. Satan, Brian Posehn Murray IntĂ©grale Rob Zombie The Haunted World of El Superbeasto ScĂ©nario Rob Zombie, Tom Papa Direction artistique James Hegedus Son Devon Bowman Musique originale Tyler Bates Montage Bret Marnell Production Starz Media, Film Roman Production 77 La maison des mille morts Deux jeunes couples, sillonnant les routes Ă la recherche dâattractions insolites, dĂ©barquent au MusĂ©e des Monstres du Captain Spaulding, au fin fond du Texas. LancĂ©s sur les traces du mystĂ©rieux Docteur Satan, tueur en sĂ©rie et lĂ©gende locale, ils arrivent dans une sombre et mystĂ©rieuse ferme habitĂ©e par une famille dĂ©jantĂ©e, les Firefly⊠2002 / Ătats-Unis / 89â / couleur / vostf InterprĂ©tation Sid Haig Captain Spaulding, Bill Moseley Otis Driftwood, Sheri Moon Zombie Baby Firefly, Karen Black la mĂšre Firefly, Chris Hardwick Jerry, Erin Daniels Denise, Jennifer Jostyn Mary, Rainn Wilson Bill, Walton Goggins le dĂ©putĂ© Naish, Tom Towles lieutenant Wydell, Matthew McGrory Tiny Firefly ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Gregg Gibbs Image Alex Poppas, Tom Richmond Son Buck Robinson Musique originale Scott Humphrey, Rob Zombie Montage Kathryn Himoff, Robert K. Lambert, Sean K. Lambert Production Universal Pictures, Spectacle Entertainment Group 78 IntĂ©grale Rob Zombie The Devilâs Rejects Les forces de police viennent encercler la ferme des Firefly, une famille de psychopathes ayant enlevĂ© et torturĂ© de nombreuses jeunes filles. Tandis que la mĂšre est arrĂȘtĂ©e, le reste de la famille, Otis et sa soeur Baby, rĂ©ussit Ă sâenfuir. Ils donnent alors rendezvous Ă leur pĂšre, le Captain Spaulding, dans un motel perdu du sud des Ătats-Unis. ArrivĂ©s les premiers, Otis et Baby prennent en otage un groupe de country music⊠LâintĂ©rĂȘt de ce Devilâs Rejects tient dans une approche ironique qui, sans cynisme aucun, recycle absolument toutes les figures du cinĂ©ma des annĂ©es 70 nous ne sommes plus ici dans la volontĂ© de retrouver un ton, un esprit ou simplement une atmosphĂšre comme par exemple dans le rĂ©cent La Colline a des yeux dâAja, mais dans une distance trĂšs paradoxale. Le rĂ©sultat est sidĂ©rant puisquâil permet de faire circuler, au coeur de la coquille de lâhommage ou de la simple variation, une expĂ©rimentation trĂšs contemporaine ni premier ni second degrĂ©, plutĂŽt un Ă©trange croisement entre un maniĂ©risme et une radicalitĂ© proprement indĂ©cidable. On peut, bien sĂ»r, ne voir dans cette subtilisation du politique de lâĂ©poque au profit dâun ludisme pervers une forme de dĂ©gradation coupable, le prolongement vain dâun esprit envolĂ© qui, aujourdâhui, moulinerait dans le vide. Mais questionner ce vide oĂč est aspirĂ© actuellement 2005 / Ă©tats-Unis, Allemagne / 107â / couleur / vostf InterprĂ©tation Sid Haig Captain Spaulding, Bill Moseley Otis, Sheri Moon Zombie Baby, William Forsythe Sheriff Wydell, Ken Foree Charlie Altamont, Matthew McGrory Tiny, Leslie Easterbrook la mĂšre Firefly, Geoffrey Lewis Roy Sullivan, Priscilla Barnes Gloria Sullivan ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Anthony Tremblay Image Phil Parmet Son Scott Sanders, Buck Robinson Musique originale Tyler Bates, Terry Reid, Rob Zombie Montage Glenn Garland Production Lions Gate Films, Spectacle Entertainment Group, Entache Entertainment, Creep Entertainment International, Cinerenta, Cinelamda le genre demeure probablement le plus considĂ©rable enjeu apparu dans les meilleurs films dâhorreur de ces derniĂšres annĂ©es. Lorsquâil atteint par exemple Ă un degrĂ© de cauchemar absolu, dans la sĂ©quence du masque mortuaire qui recouvre Otis, The Devilâs Rejects perpĂ©tue une horreur que lâon pensait enterrĂ©e depuis bien longtemps. Telle est la leçon du cinĂ©ma de Rob Zombie, pyromane de lâhorreur quant tant dâautres ne se rĂȘvent quâen pompiers du genre. Vincent Malausa juillet 2006 79 Le croque-mitaine I wear my silence like a mask and murmur like a ghost » Siouxsie and the Banshees, Halloween D u Halloween de John Carpenter Ă celui de Rob Zombie, un fantĂŽme devient un ogre, et une mĂȘme question trouve une nouvelle rĂ©ponse. Dans le film de Carpenter, un enfant sâinterroge whatâs the boogeyman ? Lâenfant, en fait, connaĂźt dĂ©jĂ la rĂ©ponse, câest un secret partagĂ© entre lui et le film, une effroyable tautologie le croque-mitaine, câest ce qui fait peur aux enfants. Chez Carpenter, la peur est un jeu dâenfant, une gigantesque partie de cachecache aux rĂšgles dictĂ©es par un fantĂŽme. Mais câest un jeu sĂ©rieux on en meurt, et surtout, Ă ce jeu, aucun adulte nâĂ©chappe â personne nâĂ©chappe Ă son enfance, personne nâĂ©chappe au croque-mitaine, pas mĂȘme la baby-sitter qui refusait dây croire. Pourquoi, chez Rob Zombie, les enfants nâont-ils plus peur du croque-mitaine ? Dans le Halloween 2 de 2009, Michael Myers croise un enfant que, contrairement aux adultes, il nâimpressionne pas. Pas parce que le petit ne croit plus aux contes de fĂ©es au contraire, il demande Es-tu un gĂ©ant ? », mais bien parce que, dans la silhouette dâogre qui lui barre la route, il a reconnu un autre enfant Veux-tu ĂȘtre mon ami ? ». Câest quâĂ la question posĂ©e trente ans plus tĂŽt par le film de Carpenter, Rob Zombie a donnĂ© une nouvelle rĂ©ponse le croque-mitaine, câest un enfant. On bat un enfant Dans le passage de la ligne pure, quasi-bressonienne, du film de Carpenter, Ă lâahurissante furie de la version Zombie, dans le bruit qui a recouvert le silence, il faut bien sĂ»r reconnaĂźtre la trace dâune signature heavy metal â mĂ©tal lourd de la musique oĂč sâest formĂ© Rob Zombie, lourd mĂ©tal de la lame de Michael Myers qui sâabat Ă rĂ©pĂ©tition comme un riff de guitare. De mĂȘme que la pente carnavalesque suivie par ses deux remakes 80 porte lâempreinte double de sa cinĂ©philie en faisant de Myers un Gargantua, Zombie passe par Tobe Hooper pour retrouver Carpenter et de sa biographie son enfance foraine. Mais la trahison tient aussi Ă ce que, dâun film Ă lâautre, le programme a changĂ© radicalement. Ce programme se fonde sur une double hĂ©rĂ©sie non seulement oser la reprise dâun film parfait, mais surtout fouiller sans prĂ©caution dans lâangle mort oĂč se logeait le secret de sa prodigieuse abstraction. Inventer une enfance Ă Michael Myers, faire le long rĂ©cit de sa jeunesse massacrĂ©e comme prĂ©alable Ă sa folie meurtriĂšre, câĂ©tait, suprĂȘme sacrilĂšge, couler dans le bĂ©ton de la psychologie la forme pure dans le scĂ©nario de Carpenter, Myers sâappelait the shape », la forme de lâoriginal. CâĂ©tait en fait une idĂ©e gĂ©niale. Tout comme Ă©tait gĂ©niale lâidĂ©e de faire porter dâemblĂ©e Ă lâenfant le masque du tueur adulte terrifiante petite poupĂ©e, glaçante rĂ©duction Navajo dâune icĂŽne du cinĂ©ma dâhorreur, ou de faire dialoguer Myers adulte, tĂȘte nu, avec le masque quâil semble avoir tirĂ© directement des sous-sols du film de Carpenter. Ă la face blanche aux yeux vides, lâogre semble demander Ă son tour quâest-ce quâun croque-mitaine ? Le masque rĂ©pond câest un cri dâenfant, camouflĂ© sous un masque. Un cri bouche close Chez Carpenter, comme dans Le masque de la mort rouge dâEdgar Poe, le masque Ă©tait une Ă©nigme derriĂšre le masque, nul visage sinon celui de la Mort au travail. Le visage de Myers enfant, Ă peine entrevu Ă lâouverture du film, Ă©tait dĂ©jĂ un masque un visage blanc, sans Ă©motion, avec des yeux de charbon », disait de lui le docteur Loomis, sous les traits de Donald Pleasance. En filmant le destin dâun enfant martyr, Rob Zombie, lui, ne montre plus la marche inexorable du Mal, mais le figement dâun affect enfantin le masque, ici, nâest plus que la conversion dâune colĂšre de petit garçon, un cri moulĂ© dans un morceau de caoutchouc. Autrement dit, il est redevenu un masque, retrouvant Ă la fois lâessence cathartique du carnaval et lâobsession qui guide lâoeuvre naissante de Rob Zombie â les masques y sont partout, du clown dĂ©moniaque de La maison des mille morts Ă la scĂšne dâassaut qui, au dĂ©but de The devilâs rejects, fait se confronter en un furieux mardi gras les masques Ă gaz de la police et les dĂ©guisements de farce-et-attrapes de la famille Firefly. Dans lâasile oĂč on lâa enfermĂ©, le jeune Michael crie de toute ses forces un fuck you ! » strident dont sa sĆur recevra lâhĂ©ritage dans le second volet, avant de se glacer Ă son tour, comme il criait sous la torture de son quotidien familial. Puis il finit par se taire pour disparaĂźtre, pour de bon, sous un masque. Lâellipse brutale qui suit, et qui coupe le film en deux, substitue Ă lâenfant un colosse muet et masquĂ©. DâoĂč vient ce corps ? Que devient un cri qui butte contre une bouche close ? Ă propos des tableaux de Francis Bacon, Deleuze dĂ©finissait le cri comme lâopĂ©ration par laquelle le corps tout entier sâĂ©chappe par la bouche1 ». RefoulĂ© vers lâintĂ©rieur, le cri de lâenfant martyr a fait pousser du corps en excĂšs en sâĂ©teignant, il a fabriquĂ© un golem. Le programme de Rob Zombie, on le comprend, est moins psychologique que purement figuratif il sâagissait de fabriquer un monstre en le remplissant dâun chagrin dâenfant. Le cri nâest plus audible, il sâest agglomĂ©rĂ© en un bloc de rage muette, mais il suffit pour en retrouver lâĂ©cho dâĂ©couter le bruit mat des coups tombant sur les victimes. Quelle risque alors font courir au spectateur, dans Halloween 2, les images du masque lĂ©zardĂ© de Myers, laissant son visage Ă demi-nu ? Leur promesse est plus terrible que celle dâun face Ă face avec le Mal elles menacent de rĂ©vĂ©ler que sous la peau de latex, derriĂšre le silence dont le monstre sâest fait un masque, un petit garçon continue dâenfouir ses larmes. IntĂ©grale Rob Zombie est un enfant JĂ©rĂŽme Momcilovic JĂ©rĂŽme Momcilovic est journaliste et critique de cinĂ©ma, et collabore notamment au magazine Chronicâart depuis 2006. Il est par ailleurs enseignant au sein de lâESEC, et a rejoint en 2009 le comitĂ© de sĂ©lection dâEntreVues. 1 - G. Deleuze, Francis Bacon, Logique de la sensation, Turin, Ăd. La DiffĂ©rence, Mariogros, 1996 81 I l y a quelque chose de curieux Ă voir ce prĂ©-adolescent gus van santien [dans le Halloween de Zombie] parachutĂ© dans un univers infiniment plus trash et bourrin que celui du maĂźtre amĂ©ricain [Carpenter]. Le fracas de cette gueule dâangelot mal dĂ©grossie avec les scĂšnes de meurtres filmĂ©s dans leur plus triviale rĂ©alitĂ© a quelque chose de profondĂ©ment dĂ©rangeant. ... Ce qui frappe surtout, câest la puissance brutale mise en scĂšne par Zombie avec un sens inouĂŻ de la sauvagerie et de lâeffroi physique. Carpenter mettait en scĂšne les vides spatio-temporels entre les accĂšs de violences, dans une maniĂšre presque japonaise de considĂ©rer le cinĂ©ma comme ce qui existe non pas dans les choses, mais entre les choses. Une façon de travailler le genre au moyens de purs enjeux formels en Ă©tirant le temps et lâespace au delĂ des corps, câest cela au fond que filmait Carpenter le temps et lâespace.... La force de Rob Zombie tient Ă cette maniĂšre granuleuse et sonore de filmer le chaos, qui doit sans doute beaucoup Ă son expĂ©rience de musicien. Comme si Zombie filmait le bruit, dans toute sa violence, sa matĂ©rialitĂ©, en se souciant moins de mĂ©lodie que de lâimpact de chaque note. Dans les moments oĂč le chant devient un hurlement, une Ă©ructation, cela devient alors vraiment impressionnant. Jean-SĂ©bastien Chauvin octobre 2007 Halloween Rob Zombie 2007 / Ătats-Unis / 106â / couleur / vostf InterprĂ©tation Malcolm McDowell Docteur Loomis, Scout Taylor-Compton Laurie Strode, Tyler Mane Michael Myers, Brad Dourif Le shĂ©riff Brackett, Daeg Faerch Michael Myers enfant, Sheri Moon Zombie Deborah Myers, William Forsythe Ronnie White, Danielle Harris Annie Brackett, Kristina Klebe Lynda, Dany Trejo Ismael Cruz Un 31 octobre, Ă Haddonfield, Illinois, le soir de Halloween. La vie du jeune Michael Myers, dix ans, bascule. TroublĂ© par des pulsions morbides, moquĂ© par ses camarades dâĂ©cole parce que sa mĂšre est strip-teaseuse, harcelĂ© par son beau-pĂšre, tourmentĂ© par les premiers Ă©mois sexuels de sa soeur aĂźnĂ©e, il revĂȘt un masque en latex et, dans un accĂšs de folie, assassine la moitiĂ© de sa famille au couteau de cuisine⊠82 ScĂ©nario Rob Zombie, dâaprĂšs le scĂ©nario original de John Carpenter et Debra Hill DĂ©cors Anthony Tremblay Image Phil Parmet Son Buck Robinson Musique originale John Carpenter, Tyler Bates Montage Glenn Garland Production , Nightfall Productions, Spectacle Entertainment Group, Trancas International Films, The Weinstein Company Halloween 2 Rob Zombie 2009 / Ătats-Unis / 102â et 119â / couleur / vostf InterprĂ©tation Scout Taylor-Compton Laurie Strode, Brad Dourif Sheriff Lee Brackett, Malcolm McDowell Docteur Loomis, Danielle Harris Annie Brackett, Tyler Mane Michael Myers, Sheri Moon Zombie Deborah Myers, Chase Wright Vanek Michael Myers enfant, Brea Grant Mya, Angela Trimbur Harley, Margot Kidder la psy Deux annĂ©es ont passĂ©. Michael Myers, aprĂšs avoir survĂ©cu au coeur de la nature, est de retour chez lui, Ă Haddonfield, avec la ferme intention de rĂ©gler une bonne fois pour toutes les affaires familiales qui avaient Ă©tĂ© laissĂ©es en suspens. DĂ©clenchant une vague de terreur, Myers est ainsi prĂȘt Ă tout pour que les secrets de son passĂ© malsain soient dĂ©finitivement enterrĂ©s⊠IntĂ©grale Rob Zombie ScĂ©nario Rob Zombie DĂ©cors Garreth Stover Image Brandon Trost Son Buck Robinson, Peter Staubli Musique Tyler Bates, John Carpenter Montage Glenn Garland, Joel Pashby Production Dimension Films, Spectacle Entertainment Group, Trancas International Films Nous projetterons la version de 102 minutes ainsi que la version Directorâs cut» de 119 minutes. Halloween John Carpenter 1978 / Ătats-Unis / 91â / couleur / vostf InterprĂ©tation Donald Pleasence Dr. Sam Loomis, Jamie Lee Curtis Laurie Strode, Nancy Loomis Annie Brackett, Soles Lynda van der Klok, Charles Cyphers ShĂ©riff Leigh Brackett, Kyle Richards Lindsey Wallace, Brian Andrews Tommy Doyle, John Michael Graham Bob Simms, Tony Moran Michael Myers ScĂ©nario John Carpenter, Debra Hill Direction artistique, dĂ©cors Tommy Lee Wallace, Craig Stearns Image Dean Cundey Son Thomas Causey Musique originale John Carpenter Montage Charles Bornstein, Tommy Lee Wallace Production Falcon International Productions, Compass International Pictures 83 C kan kon kouch Ernst Lubitsch C haque annĂ©e, le film qui entre au programme du baccalaurĂ©at est telle une figure imposĂ©e pour concevoir une programmation qui sera Ă la fois suivie par les lycĂ©ens de la France entiĂšre venus Ă Belfort, mais aussi lâoccasion de regarder une Ćuvre et son auteur Ă travers un prisme particulier, Ă la fois propre au jeu et Ă lâanalyse. Cette annĂ©e To Be or Not to Be, chef-dâĆuvre comique, tout Ă la fois sur le théùtre, le nazisme et le mariage, dâErnst Lubitsch. 84 ? la forme dâune nĂ©cessitĂ© tandis que la parole, au centre mĂȘme de sa mise en scĂšne, est lâinstrument par lequel chacun se dĂ©lecte du plaisir de la sĂ©duction. Quant Ă lâamour, qui nâest possible que dans la persistence du dĂ©sir, Ă chacun la grande libertĂ© dâen inventer â et dâen dire â les tours et dĂ©tours, afin dâentretenir son feu fragile. En sept films, nous traverserons, Ă partir de ce point de vue, lâensemble de lâĆuvre de Lubitsch, depuis lâun de ses derniers films muets tournĂ©s en Allemagne, La Chatte des montagnes, jusquâĂ son dernier opus, Cluny Brown, en 1946. Pour rendre compte de la place essentielle de ce cinĂ©aste, sept films dâauteurs attendus, et dâautres plus inattendus, complĂštent cette programmation. Chacun des films choisis renvoie de façon diffĂ©rente Ă la maniĂšre du cinĂ©aste et Ă la question câest quand quâon couche ? » Chaplin dont LâOpinion publique fut un modĂšle pour Lubitsch ; Jean Renoir dont le chacun Ă ses raisons » de La RĂšgle du jeu, pourrait ĂȘtre dit ou Ă©noncĂ© par un personnage lubitschien ; Hitchcock, qui avait en commun avec lui de rĂ©clamer lâadhĂ©sion absolue du spectateur ; Georges Cukor et Preston Sturges, jeunes contemporains largement sous influence du maĂźtre et dont les films IndiscrĂ©tions et The Palm Beach Story exploitent avec jubilation la structure ternaire de toute conquĂȘte amoureuse ; Billy Wilder, lâĂ©lĂšve, dont Avanti ! est tout entier construit autour de cette vĂ©ritĂ© lubitschienne derriĂšre toute porte, il y a un lit qui attend » ; François Truffaut enfin, dont Le Dernier MĂ©tro rĂ©sonne Ă©tonnamment avec To Be or Not to Be â le theĂątre, lâoccupation, le chassĂ© croisĂ© amoureux, tout y est. Aujourdâhui, Lubitsch a gardĂ© tout son attrait. Et Ă la question pourquoi les Ćuvres de Lubitsch rĂ©sistent-elles ainsi aux fluctuations de la cinĂ©philie, aux alĂ©as du temps, jusquâĂ sĂ©duire autant le public contemporain ? », nous proposons une premiĂšre rĂ©ponse le plaisir de la sĂ©duction, auquel sâadonnent sans compter ses personnages, Ă©chappe aux Ă©poques et vient cueillir le spectateur consentant dâaujourdâhui. SĂ©rĂ©nade Ă trois La question Câest quand quâon couche ?» est lâun des principaux moteurs de lâĆuvre Ă©chevelĂ©e de ce cinĂ©aste qui traverse, du cinĂ©ma muet au cinĂ©ma en couleur, lâĂ©poque classique dâHollywood. Venu dâAllemagne et du théùtre berlinois, Ernst Lubitsch est au cĆur de lâusine Ă rĂȘves hollywoodienne mais ses films prennent systĂ©matiquement le contrepied du vaudeville habituel de la comĂ©die classique amĂ©ricaine. Chez Lubitsch, lâurgence du dĂ©sir prend Ă cĂŽtĂ© de cette programmation, deux critiques viendront prĂ©senter un aspect du cinema de Lubitsch Emmanuel Burdeau rendra compte de son goĂ»t pour le dĂ©sordre, notamment en sâappuyant sur lâanalyse des dĂ©buts de ses films. Jean Narboni sâintĂ©ressera aux liens entre Chaplin et Lubitsch et Ă la maniĂšre dont To Be or Not to Be peut ĂȘtre vu comme un hommage au Dictateur de Chaplin. 85 Ă propos de TO BE OR NOT TO BE Par Jean Narboni 86 C e film est devenu au fil du temps le titre le plus cĂ©lĂšbre de Lubitsch, et chaque nouvelle vision en renouvelle lâĂ©merveillement devant sa force comique dĂ©vastatrice, la complexitĂ© dâun rĂ©cit menĂ© Ă un train dâenfer et la profondeur dans lâengagement antinazi. Ce succĂšs est loin dâavoir Ă©tĂ© acquis dâemblĂ©e et le film, comme si un faisceau de forces contraires sâĂ©tait liguĂ© contre lui, fut trĂšs mal accueilli Ă sa sortie. Lubitsch, cinĂ©aste allemand, juif, adoptĂ© et fĂȘtĂ© depuis longtemps par Hollywood comme lâun des maĂźtres de son cinĂ©ma, en avait â chose exceptionnelle de sa part â coĂ©crit le scĂ©nario original. Peu familier des sujets politiques, mais inquiet des victoires nazies et du sort infligĂ© Ă la Pologne, il avait choisi de suivre dans ce film sa propre pente et de ne rien cĂ©der sur son style, fait de verve satirique, dâironie cruelle et souvent de charge burlesque. Elles furent alors trĂšs mal comprises, au point que Lubitsch dut se dĂ©fendre, dans une lettre au New York Times, dâavoir voulu se moquer de ce que subissaient les Polonais. LâentrĂ©e en guerre des Ătats-Unis en plein tournage le 8 dĂ©cembre 1941, la sortie du film en mars 1942, au moment de la plus grande puissance de lâAxe, enfin la mort de la vedette Carole Lombard dans un accident dâavion quelques jours avant la premiĂšre, contribuĂšrent Ă son mauvais accueil. Le temps a permis dâapprĂ©cier toujours davantage, et plus que tout, la perfection dâune construction savante, labyrinthique et si riche en pĂ©ripĂ©ties, changements de Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? tableaux et rebondissements dĂ©routants que le spectateur, constamment sollicitĂ© dans sa vigilance et sa vitesse de comprĂ©hension, se voit amenĂ© Ă accompagner le film plutĂŽt quâil ne lui est soumis, Ă le construire en mĂȘme temps quâil se dĂ©roule devant ses yeux et Ă en combler les ellipses Ă©normes. Toujours aux aguets, il ne cesse de se demander, et sans cesser dâĂȘtre prodigieusement amusĂ© OĂč en sommes-nous de cette histoire ? Qui est qui? Que sâest-il passĂ© entre temps ? » To Be or Not to Be est ainsi lâun de ces films â assez rares dans lâhistoire du cinĂ©ma â impossibles Ă mĂ©moriser avec prĂ©cision. PassĂ©e la projection, et quel que soit le nombre de visions ultĂ©rieures, on Ă©choue Ă reconstituer lâenchaĂźnement des sĂ©quences et lâordre logique de leur succession. Contribue Ă cet aspect insolite du film le fait que Lubitsch y a menĂ© dâune main de fer sous le gant de velours de la drĂŽlerie et parfois de lâĂ©motion trois motifs narratifs savamment entrelacĂ©s. Celui du théùtre et de ses doubles, de la frontiĂšre indĂ©cise entre le spectacle et la vie jouer Gestapo, piĂšce de théùtre antinazie ou faire » le nazi dans la rĂ©alitĂ© pour confondre lâennemi, avec en corollaire le jeu ouvert ou sournois des rivalitĂ©s 87 dâacteurs au sein dâune troupe. En second lieu, la valse, depuis toujours familiĂšre Ă lâauteur, du trio amoureux, des jalousies et des infidĂ©litĂ©s conjugales. La charge antinazie enfin, fĂ©roce et trĂšs loin de la tendresse ironique qui caractĂ©risait les registres prĂ©cĂ©dents, oĂč Lubitsch adopte le ton de la farce et du grotesque pour fustiger les agents ridicules ou sournois de lâoppression. To Be or Not to Be a Ă©tĂ© tournĂ© deux ans aprĂšs Le Dictateur de Chaplin, le film antihitlĂ©rien prĂ©curseur et inĂ©galĂ© dans la sĂ©rie des productions de lâindustrie hollywoodienne militant contre le nazisme. Lubitsch ne sâest pas contentĂ© de parsemer son film de discrets hommages Ă son gĂ©nial prĂ©dĂ©cesseur, il en a fait une rĂ©flexion critique raffinĂ©e sur celui de Chaplin, avec lequel il dialogue constamment. Ce dialogue se dĂ©veloppe autour du motif cĂ©lĂšbre de la moustache, volĂ©e physiquement et mĂ©diatiquement Ă Charlot par Hitler et reprise par son auteur sous la dĂ©froque du barbier juif AndrĂ© Bazin a Ă©crit aprĂšs-guerre un article lumineux sur Le Dictateur autour des notions de pastiche et de postiche. Dans le film de Lubitsch, lâornement pileux car ici la barbe vient sâajouter Ă la seule moustache est distribuĂ© entre divers personnages avec une variĂ©tĂ© et un brio qui prennent Ă chaque fois de vitesse lâentendement du spectateur. On peine Ă sây retrouver les personnages du film autant que le spectateur dans ce 88 va-et-vient entre vraie et fausse moustache, copie et modĂšle, original et double, sosies et imitateurs, fausse barbe plus crĂ©dible que la vraie, et ainsi de suite jusquâĂ ce quâenfin la troupe des acteurs polonais dĂ©guisĂ©s en nazis sâenvole pour lâAngleterre, littĂ©ralement Ă la barbe des vrais nazis confondus. Lâart de Lubitsch, aprĂšs quelque soixante-dix films si lâon inclut les courts mĂ©trages en un ou deux actes de la pĂ©riode berlinoise, manifeste dans To Be or Not to Be une telle intelligence des ressorts dramatiques dâun rĂ©cit, une telle science dans le rendu Ă©motif complexe, quâil laissait encore beaucoup Ă espĂ©rer dâune Ă©nergie crĂ©atrice inentamĂ©e. Mais en 1942, Lubitsch nâavait plus que cinq annĂ©es Ă vivre et seulement deux films Ă mener complĂštement Ă bien. Il meurt le 30 novembre 1947 Ă cinquante-cinq ans. J. N. Jean Narboni est critique de cinĂ©ma. Il a collaborĂ© aux Cahiers du cinĂ©ma et est lâauteur, entre autres, dâouvrages sur Jean-Luc Godard, Ernst Lubitsch, Mikio Naruse ou Jean Renoir. Son dernier ouvrage, Pourquoi les coiffeurs, est consacrĂ© au Dictateur de Chaplin. Ernst Lubitsch MutĂ© dans une nouvelle caserne, le jeune lieutenant Alexis tombe en route sur un groupe de brigands. Parmi eux, il fait la connaissance de la belle Riskscha Ă qui il promet fidĂ©litĂ©. Mais arrivĂ© Ă la caserne, il est chargĂ© de tuer leur chef... Groteske » prĂ©vient dâemblĂ©e lâun des premiers cartons du film â et telle surprenante Ă©tiquette convient de fait parfaitement Ă ce chef dâĆuvre en quatre actes » âŠ. Câest bien de cela quâil sâagit dans ce mĂ©lange peu stable dâĂ©lĂ©ments contradictoires fable ironique ou tendre satire, colossale fantaisie ou excĂšs de la caricature au service de la justesse des situations et de la vĂ©ritĂ© des personnages⊠Au prince charmeur, il manque quelques cheveux et quelques dents, mails il charme pourtant, et par troupes, les femmes lâune des plus folles sĂ©quences du cinĂ©ma, dĂ©passant en audace Keaton et les Marx, montre lâadieu de quelques milliers de femmes amoureuses au prince qui sâen va. Sans cesse lâon passe ainsi de lâexagĂ©ration Ă la subtilitĂ©, du monstrueux au dĂ©licat. Die Bergkatze 1921 / Allemagne / 79â / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Pola Negri Rischka, Victor Janson le commandant, Paul Heidemann le lieutenant Alexis, Wilhelm Diegelmann Claudius, Hermann Thimig Pepo, Edith Meller Lilli, Marga Köhler la femme du commandant, Paul Graetz Zofano, Max Gronert Masilio, Erwinn Kopp Tripo, Paul Biensfeldt Dafko ScĂ©nario Hanns KrĂ€ly, Ernst Lubitsch DĂ©cors Max Gronert, Ernest Stern Image Theodor Sparkuhl Montage Ernst Lubitsch Production Projektions-AG Union Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? La Chatte des montagnes Jean-Louis Comolli in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 89 LâĂventail de Lady Windermere Lady Windermereâs Fan Ernst Lubitsch Lord et Lady Windermere vivent une vie mondaine bien rĂ©glĂ©e Ă Londres lorsquâapparaĂźt dans leur vie une certaine Mrs Erlynne. Femme de mauvaise rĂ©putation, elle se met en contact avec Lord Windermere Ă qui elle rĂ©vĂšle quâelle nâest autre que la mĂšre de Lady Windermere. Or cette derniĂšre voue un vĂ©ritable culte Ă sa mĂšre quâon lui a dit dĂ©cĂ©dĂ©e Ă sa naissance⊠Au trio lubitschien classique » vient ici sâadjoindre le personnage de la mĂšre dĂ©chue ; câest cependant moins dâun quadrille euphorique ou grave quâil sâagit, que dâune sĂ©rie dâaffrontements sĂ©vĂšres, de conflits attisĂ©s, dâillusoires rapprochements, jamais prĂ©sents Ă lâendroit du rĂ©cit que lâon avait prĂ©vu, appariant ceux que lâon nâattendait pas. LâĂ©volution des scĂšnes â les Ă©lĂ©ments une fois mis en place â dĂ©joue toujours toutes nos prĂ©visions. Mettre en scĂšne, dĂšs lors, câest enserrer les personnages dans un rĂ©seau de regards ; organiser les approches, hĂ©sitations et reculs autour dâune sĂ©rie dâobjets-piĂšge ; mesurer les sentiments et lâhumeur aux lignes des dĂ©placements et Ă lâampleur des gestes. Jean Narboni in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 90 1925 / Ătats-Unis / 86â / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Ronald Colman Darlington, May McAvoy Lady Windermere, Bert Lytell Lord Windermere, Irene Rich Mme Erlynne, Edward Martindel Lord Augustus Lorton, Carrie Daumery La duchesse de Berwick ScĂ©nario Julien Josephson, dâaprĂšs la piĂšce dâOscar Wilde DĂ©cors Harold Grieve Image Charles Van Enger Musique originale Yati Durant Montage Ernst Lubitsch Production Warner Brothers Haute pĂšgre Trouble in Paradise Venise. Un homme a conviĂ© Ă dĂźner une riche et belle jeune femme. Or, la belle nâest pas celle quâelle prĂ©tend ĂȘtre elle se nomme Lily Vautier et fait profession de dĂ©valiser les hommes quâelle sĂ©duit. Mais, tandis quâelle lui fait les poches, son hĂŽte lui vole ses bijoux. Chacun reconnaissant en lâautre un confrĂšre de trĂšs haut niveau, Lily et Gaston dĂ©cident dâautant plus volontiers de sâassocier que lâamour est nĂ© entre eux⊠En 1932, il nây avait rien dâextraordinaire Ă ce quâun film, hollywoodien de surcroĂźt, soit une pure source de dĂ©lices pour la seule raison quâon y parlait dâargent comme nulle part ailleurs et quâon y montrait le vertige amoureux sans quâil soit jamais question, Ă aucun moment, de le rendre lĂ©gal » en le sanctifiant par les liens du mariage. ... Cinquante ans plus tard, cette libertĂ© de ton continue de nous Ă©merveiller quand elle devrait nous laisser de glace, compte tenu de ce que la vie, câest-Ă -dire le cinĂ©ma, nous a appris. ⊠Câest que nous nâavons pas cette puretĂ© qui les fait considĂ©rer lâargent comme une chose suffisamment mĂ©prisable pour quâil ne soit aucunement criminel de le voler, lâamour comme une illusion quâun ĂȘtre civilisĂ© se doit de dispenser Ă son prochain sans sây laisser prendre luimĂȘme. 1932 / Ătats-Unis / 83â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Miriam Hopkins Lily, Kay Francis Mariette Colet, Herbert Marshall Gaston Monescu, Charles Ruggles le major, Edward Everett Horton François Filiba, C. Aubrey Smith Adolphe Giron, Robert Greig Jacques, le maĂźtre dâhĂŽtel, Leonid Kinskey le Russe Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Ernst Lubitsch ScĂ©nario Samson Raphaelson, Grover Jones, dâaprĂšs la piĂšce The Honest Finder de Laszlo Aladar DĂ©cors Hans Dreier Image Victor Milner Son Paggi Musique originale W. Franke Harling Montage Ernst Lubitsch Production Paramount Pictures Michel Perez Le Matin, 1er septembre 1983 91 SĂ©rĂ©nade Ă trois Design for Living Ernst Lubitsch Dans le train qui les conduit Ă Paris, un auteur dramatique en quĂȘte de succĂšs, Tom, et un artiste peintre, George, tombent amoureux dâune dessinatrice de publicitĂ© ; chacun comprenant lâamour de lâautre et lâissue impossible de leur histoire, Gilda dĂ©cide de devenir leur muse dans le cadre dâun mĂ©nage Ă trois platonique. Ils concluent un pacte dâamitiĂ© chaste⊠Les personnages sâattirent irrĂ©sistiblement, abolissant temps et espace pour se suivre et se retrouver, et dĂšs quâen prĂ©sence, ne pouvant vraiment se saisir et se rejoindre, les forces dâattraction sâinversant en facteurs de rĂ©sistance. ⊠Il semble quâen inversant le triangle » classique du vaudeville au lieu dâune femme entre deux hommes, deux hommes entre une femme, Lubitsch ait dĂ©couvert ce Ă quoi il rĂȘvait depuis longtemps la possibilitĂ© mĂȘme du mouvement perpĂ©tuel, un systĂšme de rapports fondĂ©s sur lâinstabilitĂ©. Ă lâarrivĂ©e comme au dĂ©part du parcours, les mĂȘmes deux hommes et la mĂȘme femme sâaiment du mĂȘme amour, et il y aura toujours lĂ matiĂšre Ă film. Cette femme partagĂ©e et pourtant unique, plaisons-nous Ă voir en elle lâimage mĂȘme de la mise en scĂšne selon Lubitsch viser, Ă lâinverse des autres cinĂ©astes, la contradiction de toute rĂ©solution. Jean-Louis Comolli in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 92 1933 / Ătats-Unis / 91â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Fredric March Tom Chambers, Gary Cooper George Curtis, Miriam Hopkins Gilda Farrell, Edward Everett Horton Max Plunkett, Franklin Pangborn Mr Douglas, Isabel Jewell la dactylo, Jane Darwell la femme de chambre, Wyndham Standing le majordome de Max ScĂ©nario Ben Hecht, dâaprĂšs la piĂšce de Noel Coward DĂ©cors Hans Dreier Image Victor Milner Son Paggi Musique originale John Leipold Montage Frances Marsh Production Paramount Pictures La Veuve joyeuse The Merry Widow Lorsque la ravissante veuve Sonia quitte le royaume de Marshovie pour Paris, le roi est angoissĂ© car Sonia dĂ©tient cinquante-deux pour cent du capital du pays. Sans les revenus de Sonia, le pays risque la banqueroute. DĂ©couvrant dans le boudoir de la reine, le sĂ©duisant Danilo, le roi le condamne au bannissement... Ă Paris et le charge dây conquĂ©rir le cĆur de Sonia, faute de quoi il sera dĂ©fĂ©rĂ© devant une cour martiale⊠ThĂ©matiquement, La Veuve joyeuse relĂšve Ă©videmment dâune problĂ©matique chĂšre Ă Lubitsch et presque partout prĂ©sente dans son Ćuvre les rapports entre le dĂ©sir la simplicitĂ© de ses motivations, Ă laquelle rĂ©pond celle de ses comportements et le phĂ©nomĂšne amoureux, sorte dâancrage, de fixation sur un ĂȘtre, accompagnĂ© de bouleversements Ă©motifs. Lâaudace de Lubitsch Ă©tant finalement, dans le mĂȘme temps quâil Ă©tablit cette distinction amour-dĂ©sir, de la rendre caduque, puisquâil montre quâau dĂ©part, tomber amoureux et dĂ©sirer sâidentifient, quâaimer ce nâest mĂȘme pas dĂ©sirer plus fort, mais rencontrer plus de rĂ©sistance au dĂ©sir. 1934 / Ătats-Unis / 99â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Maurice Chevalier le comte Danilo, Jeanette MacDonald Sonia, Edward Everett Horton lâambassadeur Popoff, Una Merkel la reine Dolores, George Barbier le roi Achmet, Minna Gombell Marcelle, Ruth Channing Lulu, Sterling Holloway Mischka, Donald Meek le valet, Herman Bing Zizipoff Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Ernst Lubitsch ScĂ©nario Samson Raphaelson, Ernest Vajda, dâaprĂšs le livret de lâopĂ©rette de Viktor LĂ©on et Leo Stein Direction artistique, dĂ©cors Cedric Gibbons, Gabriel Scognamillo Image Oliver T. Marsh Son Douglas Shearer Musique Franz Lehar Montage Frances Marsh Production Metro-Goldwyn-Mayer Sylvie Pierre in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 93 To Be or Not to Be Ernst Lubitsch Une troupe de théùtre polonaise rĂ©pĂšte laborieusement une piĂšce mettant en scĂšne Hitler, alors que dans la rĂ©alitĂ© les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le théùtre et ses acteurs se retrouvent au chĂŽmage. Mais le lieutenant Sobinski, un jeune pilote de bombardier rĂ©fugiĂ© Ă Londres, est amoureux de lâactrice principale, Maria Tura. En essayant de la contacter, il dĂ©couvre une opĂ©ration dâespionnage visant le dĂ©mantĂšlement de la rĂ©sistance polonaise⊠To Be or Not to Be apparaĂźt comme le film le plus proche du schĂ©ma vaudevillesque classique » qui voit se confronter dans un jeu de quiproquos burlesque une femme, son mari cocu et son jeune amant. ⊠En fait, il est Ă©vident que Lubitsch prend des libertĂ©s avec le schĂ©ma vaudevillesque-type, quâil revisite en lui donnant une tournure plus subtile et plus complexe Ă partir de matĂ©riaux trĂšs tĂ©nus, il parvient Ă engendrer des Ćuvres inattendues, Ă©nergiques, variĂ©es, dans lesquelles les personnages, pris dans lâurgence et les contradictions de leur dĂ©sir, agissent selon une nouvelle forme dâinconstance. Non quâils cĂšdent nĂ©cessairement Ă de futiles atermoiements, mais les hommes et les 94 1942 / Ătats-Unis / 99â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Carole Lombard Maria Tura, Jack Benny Joseph Tura, Robert Stack Lieutenant Sobinski, Felix Bressart Greenberg, Lionel Atwill Rawitch, Stanley Ridges le professeur Siletsky, Sig Ruman le colonel Ehrhardt, Tom Dugan Bronski, Charles Halton Dobosh, le metteur en scĂšne, George Lynn lâadjudant-acteur ScĂ©nario Edwin Justus Mayer, Melchior Lengyel, Ernst Lubitsch DĂ©cors Vincent Korda, Julia Heron Image Rudolph MatĂ© Son Frank Maher Musique originale Werner R. Heymann Montage Dorothy Spencer Production Ernst Lubitsch, Alexander Korda femmes lubitschiens sâefforcent de sâaccommoder de leur incapacitĂ© voire de leur refus de choisir. Ils en font mĂȘme un art de vivre et en assument les consĂ©quences le moins douloureusement possible. Natacha ThiĂ©ry Lubitsch, les voix du dĂ©sir, Ăditions du CĂ©fal, 2000 Ernst Lubitsch Cluny Brown Londres, 1938, Cluny Brown, qui a un faible pour la plomberie, effectue un dĂ©pannage Ă la place de son oncle chez un certain Hilary Ames. Ă cette occasion elle rencontre Adam Belinski, un Ă©crivain qui a quittĂ© la TchĂ©coslovaquie pour fuir le nazisme. Lâoncle arrive chez Ames et trouve sa niĂšce ivre aprĂšs avoir bu quelques verres avec les deux hommes. Pour la punir, il dĂ©cide de lâenvoyer travailler comme domestique Ă la campagne pour les Carmel. Belinski, invitĂ© Ă sây cacher par le fils de la famille, quâil a rencontrĂ© chez Ames, sây trouve aussi... Câest par son goĂ»t de la plomberie que Cluny enfreint le code social. Cette occupation masculine » Ă©voque, de façon imagĂ©e, des fonctions organiques que lâAngleterre prĂ©fĂšre passer sous silence ; dans la jouissance quâelle procure Ă Cluny transparaĂźt bien sĂ»r un dĂ©sir actif dâĂ©panouissement sexuel. La quĂȘte pathĂ©tique de sĂ©curitĂ© de lâhĂ©roĂŻne est vouĂ©e Ă lâĂ©chec elle choque tour Ă tour son client, son oncle, ses employeurs, ses collĂšgues, son fiancĂ© et la mĂšre de celui-ci. ⊠Cluny et Belinski forment un couple assorti, puisque leurs caractĂšres, nettement contrastĂ©s lâironique et lâenthousiaste, partagent, avec la soif du bonheur, la mĂȘme pulsion anarchiste, rebelle Ă toute stratification sociale. Aussi Ă©chappent-ils Ă lâAngleterre, gĂ©nĂ©reuse mais compassĂ©e, pour partir ensemble Ă la 1946 / Etats-Unis / 100â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Jennifer Jones Cluny Brown, Charles Boyer Adam Belinski, Peter Lawford Andrew Carmel, Helen Walker Betty Cream, Reginald Gardiner Hilary Ames, Reginald Owen Sir Henry Carmel, C. Aubrey Smith le colonel Duff Graham, Richard Haydn Jonathan Wilson, Margaret Bannerman Lady Alice Carmel Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? La Folle IngĂ©nue ScĂ©nario Samuel Hoffenstein, Elizabeth Reinhardt, dâaprĂšs le roman de Margery Sharp Direction artistique, dĂ©cors J. Russell Spencer, Lyle Wheeler, Thomas Little Image Joseph LaShelle Son Roger Heman Sr, Arthur von Kirbach Musique originale Cyril Mockridge Montage Dorothy Spencer Production Twentieth Century Fox conquĂȘte de lâAmĂ©rique, le pays oĂč la poursuite du bonheur » figure parmi les droits de lâhomme. Eithne et Jean-Loup Bourget Lubitsch ou la satire romanesque, Stock CinĂ©ma, 1987 95 CinĂ© concert avec Jan Vaclav Vanek Paradis dĂ©fendu Forbidden Paradise © National Film Archive London Ernst Lubitsch Lubitsch et sa star Pola Negri, qui avaient obtenu un succĂšs international avec la superproduction allemande La Du Barry, furent Ă nouveau rĂ©unis dans cette pĂ©tillante comĂ©die dramatique. Negri interprĂšte Catherine, tsarine dâun pays sans nom, mais trĂšs semblable Ă lâimage que lâon pouvait se faire de la Russie. SauvĂ©e des mains des rĂ©volutionnaires par le fringant Capitaine Alexis Czerny, elle le rĂ©compense » dans son boudoir. Czerny tombe follement amoureux dâelle, avant de dĂ©couvrir quâil nâest que le dernier dâune longue lignĂ©e de consorts royaux. Furieux, il rejoint la rĂ©bellion, jurant de renverser la monarchie tout en promettant dâĂ©pargner Catherine⊠Adolphe Menjou, lâun des acteurs favoris de Lubitsch, emporte les meilleures scĂšnes du film dans son rĂŽle de chancelier dĂ©sinvolte. Paradis dĂ©fendu fit lâobjet dâun remake en 1945 sous le titre Scandale Ă la cour A Royal 1924 / Ătats-Unis / 76â / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Pola Negri Catherine, Rod La Rocque Alexei Czerny, Adolphe Menjou le chancelier, Pauline Starke Anna, Fred Malatesta lâambassadeur français, Nick De Ruiz le gĂ©nĂ©ral ScĂ©nario Hans KrĂ€ly, Agnes Christine Johnson, dâaprĂšs la piĂšce La Tsarine de Lajos BirĂł, Melchior Lengyel DĂ©cors Hans Dreier Image Charles Van Enger Production Famous Players-Lasky Corporation Scandal, que Lubitsch produisit ; mais, tombant malade durant le tournage, il fut obligĂ© de renoncer et de cĂ©der les responsabilitĂ©s de rĂ©alisateur Ă Otto Preminger. Hal Erickson Jan Vaclav Vanek Guitariste et poly-instrumentiste autodidacte fabrique lui-mĂȘme certains instruments. Il nourrit sa musique de toutes sortes dâinspirations rythmiques indiennes, souffle continu, techniques de guitare inventĂ©es⊠mais surtout dâune Ă©coute intense du monde, de la nature les mines, les grottes⊠et de son univers intĂ©rieur. Entre routes et concerts, il sâimprĂšgne des musiques du monde quâil intĂšgre au Jazz. Il voyage entre autres au Japon, Outre lâensemble Ciel Orchestra » et ses duo, trio, quartet⊠sous son nom il joue dans diffĂ©rentes formations du swing au free jazz, de la musique fusion sortant des sentiers battus au tango de Piazzolla, de la musique classique et contemporaine au gypsy jazz revisitĂ©âŠSi vous croisez quelquâun qui joue du saxophone dans une cascade, de la flĂ»te en haut dâun sapin, de la guitare au milieu dâune tourbiĂšre ou en train de tendre des cordes sur un vieil arbre creux pour fabriquer une harpe câest lui. Françoise BARRET, conteuse 96 Lâopinion publique A Woman of Paris Autour dâErnst Lubitsch Marie vit avec un pĂšre tyrannique dans un petit village français. Elle rĂ©ussit Ă sâĂ©chapper un soir pour aller retrouver son fiancĂ© Jean Millet, mais Ă son retour son pĂšre ne la laisse pas rentrer Ă la maison, pas plus que le pĂšre de Jean ne veut les accueillir chez lui. Marie et Jean dĂ©cident de sâenfuir Ă Paris⊠Des malentendus, des coĂŻncidences, des erreurs et enfin lâintervention dâun riche mondain, empĂȘchent la rĂ©alisation de lâamour entre une jeune fille pauvre et un jeune peintre. La beautĂ© et la simplicitĂ© de ce film, le rythme de ses images et la discipline des comĂ©diens enthousiasment Lubitsch Je trouve que A Woman in Paris est une Ćuvre merveilleuse. Jâai la sensation quâun ĂȘtre intelligent me parle, que nulle intelligence nâest insultĂ©e dans ce film ». A Woman of Paris est un des films de prĂ©dilection des amateurs de cinĂ©ma avertis au milieu des annĂ©es vingt. Il est indĂ©niable que Lubitsch tire son profit de ce film. 1923 / Ătats-Unis / 78â / noir et blanc / muet Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Charles Chaplin InterprĂ©tation Edna Purviance Marie St. Clair, Clarence Geldart le beau pĂšre de Marie, Carl Miller Jean Millet, Lydia Knott la mĂšre de Jean, Charles K. French le pĂšre de Jean, Adolphe Menjou Pierre Revel, Betty Morrissey Fifi, Malvina Polo Paulette ScĂ©nario Charles Chaplin DĂ©cors Arthur Stibolt Image Roland Totheroh, Jack Wilson Musique originale Charles Chaplin Montage Monta Bell, Charles Chaplin Production Charles Chaplin Productions Hans Helmut Prinzler in Ernst Lubitsch, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Jean Narboni, Petite bibliothĂšque des Cahiers du cinĂ©ma, CinĂ©mathĂšque française, 2006 97 Autour dâErnst Lubitsch La RĂšgle du jeu Jean Renoir AndrĂ© Jurieux, un aviateur, est accueilli en hĂ©ros il vient de traverser lâAtlantique en solitaire pour lâamour de la naĂŻve Christine, la marquise de La Chesnaye. Il est terriblement déçu de lâabsence de cette derniĂšre Ă lâaĂ©rodrome. Le riche marquis de La Chesnaye organise une partie de chasse sur ses terres en Sologne. Il convie ses amis fortunĂ©s, parmi lesquels AndrĂ© Jurieux, dans son chĂąteau de la ColiniĂšre pour le week-end⊠Je pensais Ă quelques uns de mes amis dont les intrigues amoureuses semblaient la raison dâĂȘtre. Comme le dit Lestringuez [ami scĂ©nariste de Renoir] Si tu veux dĂ©crire la vĂ©ritĂ©, mets-toi bien dans la tĂȘte que le monde nâest quâun foutoir. Les hommes ne pensent quâĂ une chose, câest Ă baiser, et ceux qui pensent Ă autre chose sont fichus. Ils se noient dans les eaux bourbeuses du sentiment. » ⊠Mon intention premiĂšre fut de tourner une transposition des Caprices de Marianne Ă notre Ă©poque. ⊠Jây ai mis des personnages qui sont des personnages extrĂȘmement simples mais qui vont au bout de leurs idĂ©es. Ce sont des personnages francs. La peinture de cette sociĂ©tĂ©, peut-ĂȘtre en dĂ©liquescence, nous la fait cependant aimer, je lâespĂšre, parce que cette sociĂ©tĂ© a au moins un avantage, elle ne porte pas de masque. Jean Renoir extraits de Ma vie et mes films, Flammarion, 1974 et de lâĂ©mission Jean Renoir vous parle de son art », aoĂ»t 1961 98 1939 / France / 110â / noir et blanc InterprĂ©tation Marcel Dalio le marquis Robert de La Chesnaye, Nora Gregor Christine de La Chesnaye, Roland Toutain AndrĂ© Jurieux, Mila ParĂ©ly GeneviĂšve de Marras, Jean Renoir Octave, Julien Carette Marceau, Paulette Dubost Lisette, Gaston Modot Schumacher, Richard Francoeur Monsieur La BruyĂšre, Claire GĂ©rard Madame La BruyĂšre ScĂ©nario Jean Renoir, Carl Koch DĂ©cors Max Douy, EugĂšne LouriĂ© Image Jean Bachelet Son Joseph de Bretagne Musique originale Roger DĂ©sormiĂšres, Joseph Kosma Montage Marguerite Renoir Production Nouvelle Ădition Française George Cukor The Philadelphia Story Philadelphie, une vaste maison dans un parc. Tracy et Dexter rompent brutalement. Deux ans plus tard, on prĂ©pare au mĂȘme endroit la rĂ©ception pour le mariage de Tracy Lord et de George Kittredge, hommes dâaffaires en vue, ce qui intĂ©resse au plus haut point le magazine Spy, pour lequel travaille Dexter et ses deux reporters, le journaliste Macaulay Connor et la photographe Liz Imbrie, que la famille Lord est contrainte de recevoir en feignant un immense plaisir⊠Comme souvent chez Cukor, la femme se cache derriĂšre une force rĂ©elle qui lâa sĂ©parĂ©e du reste du monde elle est en gĂ©nĂ©ral le mouton noir de la famille ou la femme de tĂȘte. La figure de Tracy dans IndiscrĂ©tions est plus complexe statut de marbre blanche, elle tient la maison, mais elle ne lutte pas contre lâordre Ă©tabli, elle le reprĂ©sente dâabord. Les hommes de plaisir lui reprochent cruellement cette posture de froideur, dâintolĂ©rance des faiblesses humaines. Les hommes de morale ne comprennent pas que Tracy se cache derriĂšre sa posture de chef de famille pour ne pas tomber. Plus dure sera la chute ? Justement non. Câest lâacceptation du plaisir, de la fantaisie, le pied-de-nez au sens commun et 1940 / Ătats-Unis / 112â / Noir et blanc InterprĂ©tation Cary Grant Dexter Haven, Katharine Hepburn Tracy Lord, James Stewart Macaulay Connor, Ruth Hussey Elizabeth Imbrie, John Howard George Kittredge, Roland Young Oncle Willie, John Halliday Seth Lord, Mary Nash Margaret Lord, Virginia Weidler Dinah Lord Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? IndiscrĂ©tions Autour dâErnst Lubitsch ScĂ©nario Donald Ogden Stewart, Waldo Salt, dâaprĂšs la piĂšce de Philip Barry Direction artistique, dĂ©cors Cedric Gibbons, Wade B. Rubottom, Edwin B. Willis Image Joseph Ruttenberg Son Douglas Shearer Musique originale Franz Waxman Montage Frank Sullivan Production Metro-Goldwyn-Mayer Joseph L. Mankiewicz, Loewâs Incorporated aux habitudes de sa classe qui feront dâelle une humaine parmi les humains, et non une vestale parmi les faibles. Câest la dĂ©faite qui la magnifie. Ariane Beauvillard 28 octobre 2008 99 Autour dâErnst Lubitsch The Palm Beach Story Preston Sturges Tom et Gerry Jeffers sont mariĂ©s mais Tom ne parvient pas Ă percer dans sa profession dâarchitecte. Leur situation financiĂšre nâest pas satisfaisante aux yeux de Gerry. Elle estime que ce serait mieux pour eux de se sĂ©parer. Ayant reçu de lâargent dâun vieil homme qui a lâintention de louer leur appartment, elle prend le train pour la Floride oĂč elle espĂšre, aprĂšs avoir obtenu le divorce, rencontrer un riche prĂ©tendant qui pourrait aussi aider Tom⊠Le style de Sturges nâhĂ©site pas Ă emprunter ses matĂ©riaux Ă des catĂ©gories totalement hĂ©tĂ©rogĂšnes â ne se reconnaissait-il pas comme maĂźtres des cinĂ©astes aussi diffĂ©rents que Clair ou Lubitsch ? ⊠Les grands thĂšmes le succĂšs, la richesse, la dignitĂ©, lâinnocence, la duplicité⊠et les situations classiques du cinĂ©ma amĂ©ricain, et particuliĂšrement de la comĂ©die amĂ©ricaine, se partagent son Ćuvre, se tĂ©lescopent, se bousculent, se contredisent sans quâil soit possible dâen tirer une philosophie. ⊠Vante-t-il, comme Lubitsch, le plaisir et la sensualitĂ© de lâinstant ? Sans doute, mais pas Ă nâimporte quel prix. Câest cette incohĂ©rence qui fait le charme des films de Preston Sturges et, en fin de compte sa cohĂ©rence profonde, insoupçonnable. Des films Ă la fois toniques et profondĂ©ment pessimistes qui dynamitent par un rire Ă©norme, sans souci de dĂ©cence ou de respectabilitĂ©, 100 1942 / Ătats-Unis / 88â / noir et blanc / InterprĂ©tation Claudette Colbert Gerry Jeffers, Joel McCrea Tom Jeffers, Mary Astor la princesse Centimilia, Rudy Vallee Hackensacker III, Sig Arno Toto, Robert Warwick Mr. Hinch, Arthur Stuart Hull Torben Meyer le docteur Kluck, Jimmy Conlin Mr. Asweld, Victor Potel Mr. McKeewie ScĂ©nario Preston Sturges Direction artistique, dĂ©cors Hans Dreier, Ernst FegtĂ© Image Victor Milner Son Harry Lindgren, Walter Oberst Musique originale Victor Young Montage Stuart Gilmore Production Paramount Pictures sans crainte de fausse note ou de mauvais goĂ»t, les conventions sociales et cinĂ©matographiques, les certitudes philosophiques ou morales, dans un anarchisme Ă©thique et esthĂ©tique tonitruant. JoĂ«l Magny Cahiers du cinĂ©ma, dĂ©cembre 1989 Alfred Hitchcock Notorious Le 24 avril 1946, Huberman, un espion nazi, est condamnĂ© par un tribunal amĂ©ricain. Sa fille, Alicia, qui nâa jamais Ă©tĂ© nazie, mĂšne une vie dissolue. Un agent du gouvernement, Devlin, lui propose une mission, quâelle accepte Alicia est chargĂ©e de prendre contact avec un ancien ami de son pĂšre, Sebastian, dont la vaste demeure sert de repaire aux Nazis rĂ©fugiĂ©s au BrĂ©sil. Devlin et Alicia partent pour Rio et tombent amoureux lâun de lâautre⊠[Alicia] est une femme perdue, pour qui lâamour nâest quâun jeu, qui tient une liste de ses amis », qui ne peut sâempĂȘcher de faire des conquĂȘtes ». ⊠Quand elle tombe amoureuse de Devlin, son visage, quâHitchcock nous a montrĂ© triste et vide, sâillumine, cette femme retrouve une Ăąme qui la transfigure. Et câest alors que commence le jeu cruel. Devlin ⊠a des principes Un ivrogne ne change pas, une fille perdue ne change pas. » Tout repose donc sur un malentendu. Mais il y a lĂ bien plus que le classique dĂ©pit amoureux ». Le malheur des deux hĂ©ros vient de ce que, victimes de leur mutuelle prĂ©vention, ils refusent de prononcer la parole » salvatrice. Ils mĂ©connaissent la vertu de cet aveu, clef de tous les films dâHitchcock âŠ. Il rĂšgne dans Notorious un climat dâextrĂȘme sensualitĂ© que ne brime en rien lâabstraction du style. ⊠Dans 1946 / Ătats-Unis / 101â / noir et blanc / vost InterprĂ©tation Cary Grant Devlin, Ingrid Bergman Alicia Huberman, Claude Rains Alexander Sebastian, Louis Calhern Paul Prescott, Leopoldine Konstantin Mme Sebastian, Reinhold SchĂŒnzel Dr. Anderson, Moroni Olsen Walter Beardsley, Ivan Triesault Eric Mathis, Alex Minotis Joseph, Wally Brown Monsieur Hopkins Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? Les EnchaĂźnĂ©s Autour dâErnst Lubitsch ScĂ©nario Ben Hecht, Alfred Hitchcock dâaprĂšs lâhistoire The Song of the Dragon de John Tainter Foote Direction artistique, dĂ©cors Carroll Clark, Albert S. DâAgostino, Claude E. Carpenter, Darrell Silvera Image Ted Tetzlaff Son Terry Kellum, John E. Tribby Musique originale Roy Webb Montage Theron Warth Production RKO Radio Pictures cette intrigue tissĂ©e de rĂ©ticences et de mensonges, seuls comptent les gestes, mais en mĂȘme temps, ceux-ci ne sont quâune façade. Claude Chabrol, Ăric Rohmer Hitchcock, Ramsay / Ăditions universitaires, 1957 101 Autour dâErnst Lubitsch Avanti ! Billy Wilder Wendell Armbruster junior, de trente-sept sociĂ©tĂ©s, doit interrompre sa partie de golf pour sauter dans un avion pour lâItalie il vient dâapprendre la mort de son pĂšre dans un accident de voiture. Wendell Armbruster senior venait tous les ans Ă Ischia, sous le prĂ©texte dây suivre une cure de bains de boue, mais en fait, et son fils lâapprend avec horreur, pour retrouver une dame anglaise trĂšs discrĂšte, Mrs. Piggott, qui Ă©tait le grand amour de sa vie. Wendell junior fait la connaissance de Pamela Piggott, la fille de la maĂźtresse de son pĂšre⊠ScĂ©nariste pour Lubitsch, puis rĂ©alisateur, Billy Wilder fut lâun des plus habiles Ă dĂ©monter les rouages de la sociĂ©tĂ© et Ă mettre ainsi en Ă©vidence ses insuffisances. ⊠Dans Avanti !, les pĂ©ripĂ©ties, les gags, les quiproquos deviennent pour une fois secondaires, alors que sont exaltĂ©es la nonchalance et la sensualitĂ© la douceur de vivre, la dolce vita. ⊠On sâagite beaucoup sous le soleil de lâItalie mais le cinĂ©aste en fait un hymne Ă la sĂ©rĂ©nitĂ©. Dans cette comĂ©die merveilleuse, on finit par retrouver les amants incongrus, sur un rocher, nus comme Adam et Eve. Philippe Piazzo Le Monde-Aden, 25 juin 2003 102 1972 / Ătats-Unis, Italie / 140â / couleur / vostf InterprĂ©tation Jack Lemmon Wendell Armbruster Jr, Juliet Mills Pamela Piggott, Clive Revill Carlo Carlucci, Edward Andrews Blodgett, Gianfranco Barra Bruno, Franco Angrisano Arnold Trotta, Pippo Franco Mattarazzo, Franco Acampora Armando Trotta, Giselda Castrini Anna ScĂ©nario Diamond, Billy Wilder, dâaprĂšs la piĂšce de Samuel Taylor Direction artistique, dĂ©cors Ferdinando Scarfiotti Image Luigi Kuveiller Son Basil Fenton-Smith Montage Ralph E. Winters Production Jalem Productions, The Mirisch Corporation, Phalanx Productions, Produzioni Europee Associati Autour dâErnst Lubitsch Le Dernier MĂ©tro Alors que les Allemands occupent la moitiĂ© de la France, Marion Steiner ne pense quâaux rĂ©pĂ©titions de la piĂšce quâelle doit monter au théùtre Montmartre dont elle assure la direction depuis que son mari, Lucas, juif allemand, sâest enfui de Paris. En rĂ©alitĂ©, Lucas sâest rĂ©fugiĂ© dans les sous-sols du bĂątiment. Chaque soir, Marion vient lui rendre visite et commente avec lui le travail des comĂ©diens et notamment celui du nouveau jeune premier de la troupe, Bernard Granger⊠Sâil a pensĂ© Ă To Be or Not To Be, Truffaut songe aussi Ă La RĂšgle du jeu, pour construire un film aux personnages multiples, mĂȘlant scĂšnes et coulisses, personnages prestigieux et techniciens de lâombre. ⊠Le travail du scĂ©nario du Dernier MĂ©tro est aussi un tissage de plus en plus serrĂ© de lâensemble des strates du rĂ©cit â Histoire, secret, dĂ©sir, sexe, travail des rĂ©pĂ©titions, vie du théùtre, vie de la troupe â ainsi que des diffĂ©rents genres qui sây entremĂȘlent film dâĂ©poque avec lâexactitude du fait documentaire, thriller traversĂ© par lâomniprĂ©sence dâune menace, et par certains cĂŽtĂ©s comĂ©die amĂ©ricaine avec ses rĂ©pĂ©titions et ses gags Ă la Lubitsch. 1980 / France / 133â / couleur InterprĂ©tation Catherine Deneuve Marion Steiner, GĂ©rard Depardieu Bernard Granger, Heinz Bennent Lucas Steiner, Jean Poiret Jean-Loup Cottins, AndrĂ©a FerrĂ©ol Arlette Guillaume, Paulette Dubost Germaine Fabre, Jean-Louis Richard Daxiat, Maurice Risch Raymond Boursier, Sabine Haudepin Nadine Marsac, Christian Baltauss le remplaçant de Bernard Ernst Lubitsch C kan kon kouch ? François Truffaut ScĂ©nario François Truffaut, Suzanne Schiffman, Jean-Claude Grumberg DĂ©cors Jean-Pierre Kohut-Svelko Image Nestor Almendros Son Michel Laurent, Michel Mellier, Jacques Maumont Musique originale Georges Delerue Montage Martine BarraquĂ© Production Les Films du Carrosse, SĂ©dif Productions Carole Le Berre François Truffaut au travail, Ăditions Cahiers du cinĂ©ma, 2004 103 L'argent guide le monde... L'argent guide le monde mais n'a pas beaucoup de valeur en fait. 104 Lâargent L a crise, depuis des mois, fait la une des journaux comme si ce nâĂ©tait plus quâun mot, une liste de chiffres, une collection de mesures, plus ou moins justes et justifiĂ©es. Pourtant, malgrĂ© le non-dit de la bourse, du commerce, du marchĂ©, de la finance et du capital, la crise nâest finalement au quotidien quâune sombre, fĂ©roce et trĂšs concrĂšte histoire dâargent. Lâargent, cette chose ordinaire tellement triviale quâon ose Ă peine lâĂ©voquer, rĂ©git nos vies bien au-delĂ du raisonnable, dĂ©termine nos existences, et pas seulement matĂ©rielles. Constat presque simpliste que celui de Manuel de Oliveira, interrogĂ© Ă propos de son dernier film Gebo et lâombre lâargent guide le monde mais nâa pas beaucoup de valeur en fait ». Le cinĂ©ma, comme un miroir de la vĂ©ritĂ©, nous le dit sans dĂ©tour lâargent est cruel, lâargent rend cruel, lâargent est fĂ©roce, lâargent est vulgaire. Alors, ne laissant aucune chance de rachat Ă quiconque, nous avons choisi des Ćuvres autour de la violence que peut provoquer lâargent, quâil manque ou quâon en soit avide, la folie quâil engendre, les catastrophes quâil entraĂźne⊠bref, Ă chaque fois, de sombres histoires dâargent ! Toutes ces histoires oĂč se mĂȘlent le calcul et la pulsion, le fantasme et la vie intime, ont en commun de rĂ©vĂ©ler, avec une certaine jubilation, la face noire du monde, le cĂŽtĂ© obscur de la force ». Lâargent câest aussi le point nodal du capitalisme. Et puisque nous Ă©tions partis de la crise, les Rencontres CinĂ©ma et histoire sont lâoccasion de nous interroger sur la maniĂšre dont les crises jalonnent lâhistoire du capitalisme depuis ses origines, et sans vouloir polĂ©miquer Ă ce sujet, se demander si les crises ne sont un moteur mĂȘme du capitalisme. Les historiens invitĂ©s Ă©voqueront avec nous successivement la naissance du capitalisme amĂ©ricain avec La RiviĂšre dâargent de Raoul Walch, lâemblĂ©matique crise de 29 avec Les Raisins de la colĂšre de John Huston et la violence de la crise des subprimes en 2007 avec le film de Jean-Stephane Bron, Cleveland contre Wall Street. Ă cĂŽtĂ© de ces films qui racontent lâascension, lâhĂ©gĂ©monie et les dĂ©rĂšglements du monde de la finance, deux films nous font faire un pas de cĂŽtĂ©. Dans Les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks, Lev Koulechov sâamuse en 1924 des croyances amĂ©ricaines se reprĂ©sentant le Bolchevik comme un voleur sanguinaire, mais dĂ©nonce aussi la prĂ©sence en Russie de brigands avides dâargent, comme lâĂšre post-soviĂ©tique et ses excĂšs nous le confirmeront. Avec Nos amis de la banque, câest aux organisme financiers internationaux que nous nous intĂ©resserons, Banque Mondiale et FMI, et leur emprise sur les pays en voie de dĂ©veloppement. Si cette programmation fait la part belle au modĂšle » amĂ©ricain, nous nâoublions ni la vieille Europe ni le village global quâest le monde aujourdâhui. Une sĂ©ance spĂ©ciale nous permettra dây revenir avec Film Socialisme de Jean-Luc Godard que nous projetterons avec le dernier film de AndrĂ© No comment, Ă©galement programmĂ© dans le cadre de lâanniversaire de la revue art press. 105 L'argent guide le monde... REVES ENROBES, SOMMES DEROBEES par Charles Tesson Lors de la commĂ©moration du centenaire de la naissance du cinĂ©ma, en 1995, Jean-Luc Godard, non sans malice, avait cru bon de rappeler que tout le monde sâĂ©tait mis dâaccord sur une date, celle de la premiĂšre projection publique payante. Histoire de souligner que le fait cinĂ©matographique impliquait une Ă©conomie, des recettes en fin de chaĂźne le cinĂ©ma, une sortie pour le spectateur, des entrĂ©es pour lâexploitant et un investissement en amont. Un producteur, de lâargent. Le gĂ©nĂ©rique de Tout va bien Jean-Luc Godard, 1972 avec le dĂ©filĂ© de chĂšques filmĂ©s en insert pour payer ceux et celles qui font le film, acteurs compris Yves Montand, Jane Fonda, rappelait avec un humour caustique la condition de lâexistence des films, cĂŽtĂ© Ă©metteur de chĂšques, dont le compte est dĂ©bitĂ©. Pour dĂ©signer le contenu dâun gĂ©nĂ©rique, on emploie le mot de crĂ©dits. Ici, les personnes mentionnĂ©es sont effectivement crĂ©ditĂ©es, ainsi que leur compte en banque. Le cinĂ©ma, depuis ses origines, a aimĂ© filmer lâargent, dans sa rĂ©alitĂ© matĂ©rielle et visible, Ă savoir les piĂšces de monnaie et les billets de banque. Aujourdâhui, alors quâon est toujours confrontĂ© Ă cet usage quotidien, plus sensible encore quand lâargent vient Ă manquer, le centre de gravitĂ© sâest dĂ©placĂ©, puisquâon vit et on voit lâargent autrement. On a tendance Ă parler de son immatĂ©rialitĂ©, comme sâil sâagissait dâune rĂ©alitĂ© impalpable, dâune donnĂ©e abstraite une carte bancaire, un relevĂ© de comptes, des chiffres sur un Ă©cran dâordinateur, une salle oĂč officient des traders, quelque chose qui circule mais quâon ne peut plus localiser ni identifier, au sens de faire image. Ă lâargent immobile, stockĂ© dans un coffre-fort, symbole de la richesse et du capital associĂ© au dĂ©pĂŽt, en quantitĂ© et en valeur, a succĂ©dĂ© une surmobilitĂ© de lâargent dont le cours, au sens propre comme au sens figurĂ©, le rend insaisissable. Le vocabulaire de lâargent se dĂ©place aussi, via le pouvoir croissant des bourses et la rĂ©alitĂ© de la mondialisation, dans un contexte de crise spĂ©culation, dettes, emprunts, dĂ©ficits, faillites. Lâargent en soi, comme bien possĂ©dĂ© de façon palpable, cĂšde la place Ă un discours sur lâĂ©conomie gĂ©nĂ©rale, qui devient lâĂ©lĂ©ment central, chacun se familiarisant avec son vocabulaire, devenu quasiment un fait de sociĂ©tĂ© lâEurope en crise, des pays au bord de la faillite. Rudolf Thome, dans La Main dans lâombre System ohne schatten, 1983, avec Bruno Ganz et Dominique Laffin, a filmĂ© le premier hold-up informatique, bien peu spectaculaire, car effectuĂ© assis devant un Ă©cran dâordinateur entrer dans un systĂšme, modifier les chiffres, faire un virement sur son compte tout en Les Rapaces Erich Von Stroheim, 1923 106 soustractions, multiplications, sa capacitĂ© Ă faire image et ĂȘtre objet dâimages sur un plan cinĂ©matographique disparaĂźt au profit de ces nouvelles opĂ©rations. Les grands naturalistes, comme Stroheim, Chaplin ou Mizoguchi ont aimĂ© observer et restituer les transformations des rapports humains sous la pression de lâargent, aussi bien en raison de la nĂ©cessitĂ© dâen avoir pour vivre la nourriture quâon vole, faute de pouvoir lâacheter, chez Charlot que de son pouvoir de destruction sur le groupe face Ă la promesse dâen avoir haine, jalousie, rivalitĂ©, aussi bien dans Les Rapaces de Stroheim, 1923, que dans Le TrĂ©sor de la Sierra Madre de John Huston, 1948. Lâargent veau dâor, objet de convoitise, est idolĂątrĂ©, fĂ©tichisĂ©, tout en restant Ă Ă©chelle humaine. On le rĂȘve, on le fantasme, on lâhallucine, on le touche, on le palpe, on le caresse, jusquâĂ donner au geste Pickpocket, Robert Bresson, 1962 une dimension Ă©rotique, voire dâeffraction sexuelle. Lâargent est localisĂ© banque et transportĂ© dans un sac ou une valise, en diligence ou en train. Sa traçabilitĂ©, comme on dit aujourdâhui, appartient au monde tangible, toujours Ă portĂ©e dâĆil et de main. Lâargent, dâĂȘtre transportĂ© par des convoyeurs de fonds, est aussi un convoyeur de formes. LâĂ©change de la main Ă la main peut se faire sous forme dâinsert, dâimage tĂ©moin et agent de lâĂ©change. Lâinsert cheville la rhĂ©torique de la scĂšne tout en chevillant les rapports humains, dĂ©pendants de cette transaction financiĂšre le systĂšme de la dette des prostituĂ©es dans La Rue de la honte de Mizoguchi. On parle dĂ©sormais de montage financier quand le cinĂ©ma, pour ce qui est de lâargent, a longtemps associĂ© sa prĂ©sence Ă lâĂ©cran Ă la valeur du plan, entitĂ© visible et repĂ©rable dans la chaĂźne du film, qui circule lui aussi et fait lâobjet de montage et dâĂ©changes, ne seraitce que dans le champ-contrechamp. Lâargent passe dâune main Ă lâautre, dâun plan Ă lâautre, pris dans une construction qui dĂ©termine les rapports humains le monde du dĂ©sir, de lâenvie, du besoin, de la convoitise et de la possession, au mĂȘme titre que les regards et les paroles Ă©changĂ©es. Si le cinĂ©ma de Bresson aime la main, il a Ă©tĂ© le premier Ă filmer, pour ce qui est de lâargent concret, la relation entre lâhomme et une machine. Dans LâArgent 1982, son rĂ©alisme magique transforme un banal distributeur de billets en dieu Moloch, qui avale la carte et recrache de lâargent, grĂące Ă tout un systĂšme de sas, de clapets qui sâouvrent et se referment. Soit une construction entre la main de lâhomme et la bouche de la machine, sous lâĆil de la camĂ©ra qui observe cette transaction, tel un pacte malĂ©fique. Si, selon lâadage, tout travail mĂ©rite salaire, le cinĂ©ma a surtout retenu cette forme extrĂȘme oĂč lâamour devient un travail et est monnayable. Mizoguchi bien sĂ»r, dĂšs LâĂlĂ©gie de Naniwa 1936 et les SĆurs de Gion 1936 jusquâĂ la Rue de la honte 1956. Dans ce film, la prostituĂ©e qui sâen sort le mieux Yasumi, interprĂ©tĂ©e par Lâargent reprenant les codes du film de genre, dans lequel les prĂ©paratifs importent tout autant que lâexĂ©cution du vol lui-mĂȘme. Ces films centrĂ©s sur un hold-up Ă effectuer, Ă lâimage de Quand la ville dort The Asphalt Jungle, John Huston, 1950 et Du rififi chez les hommes Jules Dassin, 1954 sont des mĂ©taphores de la rĂ©alisation dâun film. Dâabord le temps de la prĂ©paration, avec la distribution des rĂŽles, les repĂ©rages du dĂ©cor photos, croquis et un scĂ©nario soigneusement Ă©laborĂ©, objet de plusieurs rĂ©pĂ©titions, avant lâexĂ©cution proprement dite lâĂ©quivalent du moment du tournage, moment oĂč on nâa plus droit Ă une seconde prise. Lâeffacement progressif de lâargent sous forme dâobjet prĂ©hensible et visible piĂšces, billets au profit dâune simple rĂ©alitĂ© chiffrĂ©e, plus abstraite crĂ©dit, dĂ©bit, virement, prĂ©lĂšvement recoupe lâhistoire du cinĂ©ma, avec le passage de la pellicule Ă lâimage numĂ©rique. Le mot de numĂ©rique dĂ©signant littĂ©ralement ce qui est reprĂ©sentĂ© par des nombres arithmĂ©tiques, des chiffres. Depuis lâexistence de la cassette vidĂ©o, du DVD, de projection numĂ©rique, lâimage intermĂ©diaire, empreinte photographique de la rĂ©alitĂ© projetĂ©e par le truchement de la lumiĂšre le projecteur, le photogramme, au rythme de 24 images par seconde, a disparu pour nâexister que sur le support de diffusion Ă©cran de tĂ©lĂ©vision, dâordinateur, de tĂ©lĂ©phone portable, de salle de cinĂ©ma Ă la façon dont lâutilisation de lâargent, sous forme de piĂšces et de billets, est de plus en plus remplacĂ©es par de simples opĂ©rations chiffrĂ©es, au grĂ© des cartes bancaires et autres cartes Ă puce. Il existe un Ăąge dâor du filmage de lâargent au cinĂ©ma, qui correspond Ă lâindustrialisation et au capitalisme de la fin du XIXe, au monde ouvrier et au salariat, Ă lâexploitation et au profit, que la littĂ©rature a observĂ© Zola, Dickens, le cinĂ©ma naissant lui emboĂźtant le pas. Autrefois, lâargent avait une valeur en soi piĂšces en or, avant de devenir la reprĂ©sentation dâune valeur rĂ©elle restĂ©e Ă lâabri la rĂ©serve en or dâun pays, et lâĂ©mission de billets correspondant Ă ces rĂ©serves, lâĂtat Ă©tant garant de leur valeur. Toute lâhistoire de la monnaie et des billets tĂ©moigne dâun goĂ»t pour la reprĂ©sentation, lâeffigie tĂȘtes couronnĂ©es, chefs dâĂ©tat, personnalitĂ©s, dont le Pascal de lâArgent de Bresson, voire pour lâinscription de devises In God we trust », tant lâargent en circulation, outre sa valeur intrinsĂšque, a besoin de faire symboliquement image la numismatique, ou science des mĂ©dailles et monnaies anciennes. Cet argent fait image et objet dâimages correspond Ă la rĂ©alitĂ© cinĂ©matographique, au temps de la pellicule lâargentique et du photogramme, indice visible et garant du processus ce qui a eu lieu au tournage sera projetĂ© sur lâĂ©cran, Ă la façon dont un billet de banque, sans valeur en soi juste un bout de papier a une valeur garantie justifiant son Ă©mission sous cette forme. Aujourdâhui, avec le 2K et le numĂ©rique, plus de garantie visible. En raison dâune nouvelle utilisation de lâargent, rĂ©duite Ă de simples calculs additions, 107 L'argent guide le monde... Du rififi chez les hommes Jules Dassin, 1954 Ayako Wakao est celle qui emprunte aux clients sans les rembourser pour fonder son entreprise de blanchisserie qui ensuite fait affaire avec la maison close quâelle a rĂ©ussi Ă quitter, contrairement Ă ses collĂšgues. Pour ce qui est de filmer lâargent qui vient Ă manquer, le cinĂ©ma, compte tenu de la rĂ©alitĂ© de notre monde, nâa pas fini dâen parler, et ce, depuis les poches trouĂ©es de Charlot, les piĂšces comptĂ©es dans la main, insuffisantes pour acheter la nourriture nĂ©cessaire. Cette rĂ©alitĂ© du manque dâargent et ses consĂ©quences pour la survie payer pour manger, le cinĂ©ma continue dâen faire le tour sous toutes ses formes, que ce soit dans Pather Panchali de Satyajit Ray 1955, ou dans Le Signe du lion dâEric Rohmer 1959. Central aussi le superbe film de SembĂšne Ousmane, Le Mandat 1967, oĂč lâargent envoyĂ© de France par le neveu Ă son oncle au SĂ©nĂ©gal est dĂ©jĂ dĂ©bitĂ© et dĂ©pensĂ© avoir mĂȘme dâavoir Ă©tĂ© encaissĂ©, si bien que la promesse dâavoir de lâargent, aussitĂŽt convoitĂ© par lâentourage, appauvrit le personnage, lâendette et le ruine, au lieu de lâaider. Si du cĂŽtĂ© du manque dâargent, rien nâa changĂ©, aussi bien dans la rĂ©alitĂ© que pour le cinĂ©ma, du cĂŽtĂ© du trop, de lâexcĂšs, depuis lâimage de Picsou se baignant dans une piscine remplie dâargent, tout a changĂ© dans sa figuration. Ă lâargent qui fait vivre et dont on a besoin pour vivre, sâest ajoutĂ© lâargent qui vit en soi, en tant que tel. Il nâest plus identifiable sous forme dâobjet un billet, un plan, il devient une source de spĂ©culation placements, dividendes et une pure fiction. La quĂȘte 108 de lâargent ne motive plus une expĂ©dition aventureuse LâĂle au trĂ©sor, La RuĂ©e vers lâor, elle devient une aventure en soi, intrinsĂšque au monde de lâargent. De la bourse filmĂ©e par Marcel LâHerbier LâArgent, 1929, dâaprĂšs Zola Ă celle vue par Oliver Stone Wall Street, 1987, les chiffres et cotations sont passĂ©es de tableaux accrochĂ©s aux murs Ă des Ă©crans dâordinateur. Reste Ă faire comprendre lâenjeu de tout cela, comme si lâargent, lointaine figure du Mal dans la tradition catholique et non protestante la trahison de Judas, rĂ©munĂ©rĂ© pour ses services, les marchands du temple, Ă©tait devenu un monstre tentaculaire et protĂ©iforme tout en demeurant invisible. Soit un nouveau dĂ©fi pour le cinĂ©ma, afin de saisir et de restituer de lâargent ses flux et leurs consĂ©quences dramatiquement subies par ceux qui nây prennent pas part, aussi bien pour les pays riches Cleveland contre Wall Street, Jean-StĂ©phane Bron, 2010 que dans les pays pauvres, le temps dâinstruire le procĂšs des banques et du Fonds MonĂ©taire International Bamako, dâAbderrahmane Sissako, 2006. Charles Tesson est critique et historien du cinĂ©ma. Il a Ă©tĂ© rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma et est dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de la Semaine de la critique depuis 2011. De lâaube Ă minuit Von morgens bis Mitternacht Karl Heinz Martin Un pauvre caissier envoĂ»tĂ© par lâapparition dâune riche italienne Ă son guichet rĂ©alise brusquement la mĂ©diocritĂ© de son existence. Il vole lâargent de sa caisse, abandonne sa famille et son travail pour tenter de vivre le temps dâune journĂ©e ses passions, ses dĂ©sirs et ses rĂȘves. 1920 / Allemagne / 74â / noir et blanc / muet Dans un style surchargĂ©, Ă©touffant, saturĂ©, hantĂ© par une dĂ©prĂ©ciation des valeurs, Ă lâheure de lâexpressionnisme allemand, Von Morgen bis Mitternachts donne une impression de dramaturgie du figé», cette phobie dĂ©cadente de la façade alors que tout sâĂ©croule. ... Fausses perspectives, reliefs escamotĂ©s, De lâaube Ă minuit est le symptĂŽme dâun monde qui sonne creux, Ă la veille de la montĂ©e du nazisme. ScĂ©nario Herbert Juttke, Karl Heinz Martin, dâaprĂšs la piĂšce de Georg Kaiser DĂ©cors Robert Neppach Image Carl Hoffman Musique originale Yati Durant Production Ilag Film Lâargent InterprĂ©tation Ernst Deutsch le caissier, Erna Morena la dame, Roma Bahn la fille, Adolf Edgar Licho le gros homme, Hans Heinrich von Twardowski le fils de la dame, Frida Richard la grand-mĂšre, Eberhard Wrede le directeur de la banque Thierry Cazals Cahiers du cinĂ©ma, septembre 1986 109 L'argent guide le monde... Les Rapaces Greed Erich Von Stroheim La Californie, au dĂ©but du siĂšcle. Un employĂ© dâune mine dâor, McTeague, un colosse Ă cheveux bouclĂ©s, sujet Ă de terribles crises de colĂšre, quitte un jour la mine pour suivre, selon les conseils de sa mĂšre, un dentiste itinĂ©rant. Il ouvre bientĂŽt un cabinet Ă San Francisco et a pour clients Marcus et sa petite amie Trina Ă qui Maria, la femme de mĂ©nage de lâimmeuble, vend un billet de loterie⊠Ainsi que lâindique son titre original choisi par Stroheim, la peinture de la cupiditĂ© greed » est le sujet du film. Poursuivant sa maniĂšre habituelle, Stroheim ne fait pas ici un film moralisateur, manichĂ©en ou rassurant. Lâascension de McTeague devient vite chute, la success story, mĂ©lodrame. LâamitiĂ©, lâamour ne rĂ©sistent pas Ă lâor et ses corollaires qui corrompent tout et qui rĂ©vĂšlent chez tous les personnages des monstres qui sâignorent. Si les Rapaces mettait en scĂšne la plus sordide cupiditĂ©, la rĂ©alitĂ© ne fut pas en reste. Sur ordre de Louis B. Mayer, tyran de la nouvelle MGM, le film, aprĂšs de multiples avatars, passa de 9 heures Ă 2 heures un quart. Les rajouts de Stroheim Ă lâĆuvre originelle disparurent, lâintrigue 110 1923 / Ătats-Unis / 108â / Muet InterprĂ©tation Zasu Pitts Trina, Gibson Gowland McTeague, Jean Hersholt Marcus, Dale Fuller Maria, Tempe Pigott la mĂšre de McTeague, Sylvia Ashton Maman Sieppe, Chester Conklin Papa Sieppe, Joan Standing Selina, Austen Jewell Auguste Sieppe ScĂ©nario Erich Von Stroheim, June Mathis, dâaprĂšs le roman de Frank Norris, McTeague Direction artistique, dĂ©cors Erich Von Stroheim, Richard Day, Cedric Gibbons Image William H. Daniels, Ben F. Reynolds Montage Joseph Farnham, Erich Von Stroheim, June Mathis Production Metro-Goldwyn-Mayer fut dĂ©barrassĂ©e des personnages secondaires et des pans de rĂ©cit tombĂšrent. Le nĂ©gatif restant fut recyclĂ©, pour en extraire le sel dâargent quâil contenait. Pierre dâAmerval catalogue EntreVues 1996, une histoire de la CinĂ©mathĂšque française LâOr des mers © La CinĂ©mathĂšque française Jean Epstein Le thĂšme du film est lâhallucinante pensĂ©e, chez les Ăźliens, de lâor enfoui dans la mer. ⊠Parmi ces pĂȘcheurs, un vieux, Quouarrec, est mis Ă lâĂ©cart par les Ăźliens pour sa mĂ©chancetĂ© et son ingratitude. Un soir, en rĂŽdant sur la grĂšve, il trouve une cassette brillante abandonnĂ©e sur le sable par la marĂ©e et la cache. Un gosse qui lâa vu de loin rĂ©pand la nouvelle. AussitĂŽt lâimagination des habitants pare cette dĂ©couverte de leurs propres rĂȘves. Il est certain que le vieux possĂšde une caisse pleine dâor et, lui qui Ă©tait repoussĂ© par tous, devient lâobjet de rĂ©galades, de noces, de flatteries, qui ont pour but de lui arracher son secret. 1931 / France / 74â / noir et blanc ScĂ©nario Jean Epstein Image Christian Matras, Albert BrĂšs Musique originale Thomas Kross-Hartmann, Marcel Devaux Production Synchro-CinĂ© Mes interprĂštes sont des Ăźliens que jâai pris Ă HĆdik. Je nâai pas voulu demander Ă des acteurs de copier des gestes, des attitudes des personnages alors que des hommes pouvaient les vivre. Il est bien Ă©vident que cette mĂ©thode de travail a ses difficultĂ©s. On ne peut pas diriger une scĂšne Ă HĆdik comme on le ferait au studio, en chapeau et en gants blancs. Il faut amener ces gens Ă une confiance totale, vivre avec eux. Lâargent On imagine mal lâisolement et la misĂšre auxquels une Ăźle comme HĆdik, oĂč jâai tournĂ© LâOr des mers, peut ĂȘtre rĂ©duite. Par beau temps, on traverse les quinze milles qui la sĂ©parent de la presquâĂźle de Quiberon en cinq ou six heures de bateau. ⊠En tout, trois cent quatre-vingts habitants, dont cinquante hommes dans la force de lâĂąge, qui vivent dâune pĂȘche toujours alĂ©atoire. Tous les pĂȘcheurs sont pauvres et mĂȘme misĂ©rables au-delĂ de toute imagination. Les femmes, vieillards, enfants, vĂȘtus de loques et de guenilles, croupissent ou errent, cherchant dans les criques et sur les rochers quelque vestige apportĂ© par les flots. Il faut connaĂźtre la situation de ces gens-lĂ pour comprendre leur dĂ©sir. Ils vivent avec lâhallucination des trĂ©sors engloutis sous la mer. Jâaurais voulu ne laisser Ă la parole que la place de lâancien sous-titre, ne faire entendre que ce qui Ă©tait strictement indispensable, mais jâai Ă©tĂ© amenĂ© Ă Ă©tendre le dialogue un peu plus que je ne le pensais tout dâabord. Toutefois, LâOr des mers comprendra une importante partie musicale qui sera composĂ©e par Devaux et KrossHartmann. Extraits de propos de Jean Epstein recueillis par Pierre Loprohon dans CinĂ©monde n° 184, 1932 et Pierre Oguzdans dans Amis du Peuple, avril 1933 111 L'argent guide le monde... Le TrĂ©sor de la Sierra Madre The Treasure of the Sierra Madre John Huston Fred est amĂ©ricain et vit Ă Tampico au Mexique oĂč il essaie de survivre en mendiant quelques piĂšces. Il rencontre Curtin avec qui il se lie pour gagner un peu dâargent. Les deux hommes trouvent un travail sur un chantier pour lequel ils ne sont pas payĂ©s. Ils font alors la connaissance dâun vieux chercheur dâor, prĂ©nommĂ© Howard, qui va leur donner des idĂ©es dâaventures⊠John Huston dĂ©mystifiait lâĂ©popĂ©e de la ruĂ©e vers lâor » que Chaplin avait su, vingt ans plus tĂŽt, rendre tragicomique. Les hĂ©ros de John Huston tentent de revivre une aventure idĂ©alisĂ©e par les rĂ©cits anciens, mais ils apprennent Ă leurs dĂ©pens, que la vraie richesse ne rĂ©side pas dans quelques sacs de poussiĂšre blonde. Leur courage est inutile et leurs efforts sont vains. MoralitĂ© un peu naĂŻve sans doute. Mais John Huston va plus loin. Il dĂ©molit sans complaisance les thĂšmes favoris du cinĂ©ma amĂ©ricain et ses fausses valeurs. Lâhomme reprend toute sa place, avec ses sentiments, sa fragilitĂ© et sa grandeur. Samuel Lachize LâHumanitĂ©, 4 septembre 1965 112 1948 / Ătats-Unis / 126â / couleur / vostf InterprĂ©tation Humphrey Bogart Dobbs, Walter Huston Howard, Tim Holt Curtin, Bruce Bennett Cody, Barton MacLane McCormick, Alfonso Bedoya Gold Hat, Arturo Soto Angel Presidente, Manuel DondĂ© El Jefe, JosĂ© Torvay Pablo, Margarito Luna Pancho ScĂ©nario John Huston, dâaprĂšs le roman de B. Traven Direction artistique, dĂ©cors John Hugues, Fred M. McLean Image Ted McCord Son Robert B. Lee Musique originale Max Steiner Montage Owen Marks Production Warner Bros-First National Umberto D. Vittorio de Sica Que voyons nous dans Umberto D. sinon lâanĂ©antissement Ă©conomique dâun ĂȘtre humain ? Les ouvriers, sur les ordres de la logeuse qui veut expulser Umberto, commencent Ă dĂ©truire son appartement, le contraignant Ă dormir au milieu des gravats, dans le froid. Peu Ă peu le monde devient littĂ©ralement inhabitable pour le vieil homme. Si le personnage dâUmberto, pauvre enseignant retraitĂ©, est parfaitement typĂ©, il demeure aussi et avant tout une figure mĂ©taphorique, comme lâindiquerait lâinitiale qui le dĂ©signe. La sociĂ©tĂ© italienne qui rĂ©vĂšle ici sa cruautĂ©, ce pourrait ĂȘtre la France contemporaine, et 1951 / Italie / 89â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Carlo Battisti Umberto Domenico Ferrari, Maria Pia Casilio Maria, Lisa Gennari Antonia, Ileana Simova la dame du parc, Elena Rea la religieuse Ă lâhĂŽpital, Memmo Carotenuto le malade, Alberto Barbieri Paolo ScĂ©nario Cesare Zavattini DĂ©cors Virgilio Marchi Image Aldo Son Ennio Sensi Musique originale Alessandro Cicognini Montage Eraldo Da Roma Production Vittorio De Sica, Rizzoli Film, Amato Film Lâargent Dans les annĂ©es 1950 en Italie, un professeur Ă la retraite, Umberto Domenico Ferrari, souffre dâune pension insuffisante pour vivre. Habitant, avec son chien Flyke, chez une logeuse intransigeante, il essaie de trouver les fonds nĂ©cessaires au paiement de son loyer. Pour cela, il doit se dĂ©munir petit Ă petit de tout ce qui lui tient Ă cĆur. MalgrĂ© ses efforts, il ne parvient toujours pas Ă rembourser ses dettes. Il se prĂ©tend alors malade, et parvient Ă dormir gratuitement Ă lâhĂŽpital⊠Umberto D. quiconque mis en position de survie. Sans doute, la force du cinĂ©ma nĂ©orĂ©aliste est dâavoir placĂ© le peuple et la question sociale au cĆur du cinĂ©ma. Quâun tel cinĂ©ma soit encore, et plus que jamais, nĂ©cessaire, est une Ă©vidence. StĂ©phane Du Mesnildot 2006 113 L'argent guide le monde... Du rififi chez les hommes Jules Dassin Ancien caĂŻd de la pĂšgre parisienne rĂ©cemment libĂ©rĂ© de prison, Tony le StĂ©phanois, malade, nâest plus que lâombre de luimĂȘme. Sentant sa fin prochaine, Tony veut tenter un dernier coup avec deux de ses amis, Jo et Mario le cambriolage dâune bijouterie de la place VendĂŽme. Mario fait venir lâun de ses compatriotes, CĂ©sar le Milanais, spĂ©cialiste de lâouverture des coffres-forts. LâopĂ©ration a lieu une nuit aprĂšs une minutieuse prĂ©paration⊠Un terrible jeu de massacre dont les protagonistes nous inspirent une atroce pitiĂ©. Dassin est parvenu Ă susciter en nous lâhorreur du destin de ses hĂ©ros, sans pour autant nous les rendre antipathiques. Sans en faire non plus pour autant des demi-dieux. Il serait absurde de prĂ©tendre que ses personnages sont vrais objectivement et quâils ont leur rĂ©plique du cĂŽtĂ© de Pigalle. Mais ils sont beaucoup mieux que vrais vraisemblables. ⊠Nous participons Ă leur lutte, leurs souffrances et leurs morts nous apparaIssent bien davantage comme la rançon dâun choix absurde que comme un chĂątiment. AndrĂ© Bazin Radio cinĂ©ma tĂ©lĂ©vision, 24 avril 1955 114 1954 / France / 122â / noir et blanc InterprĂ©tation Jean Servais Tony le StĂ©phanois, Carl Möhner Jo le SuĂ©dois, Robert Manuel Mario Ferrati, Janine Darcey Louise, Pierre Grasset Louis Grutter dit le TatouĂ©, Robert Hossein RĂ©mi Grutter, Marcel Lupovici Pierre Grutter, Dominique Maurin Tonio, Magali NoĂ«l Viviane, Marie Sabouret Mado ScĂ©nario Jules Dassin, RenĂ© Wheeler, Auguste Le Breton, dâaprĂšs son roman DĂ©cors Alexandre Trauner Image Philippe Agostini Son Charles Akerman, Jacques Lebreton Musique originale Georges Auric Montage Roger Dwyre Production SociĂ©tĂ© Nouvelle PathĂ© CinĂ©ma, Indusfilms, Primafilm La Rue de la honte Akasen chitai Kenji Mizoguchi Si plaisir il y a pour Mikki, il ne peut ĂȘtre que dans une vĂ©ritable dĂ©bauche de la consommation, acte de revanche sur son exploitation, mais acte sacrilĂšge puisquâil gaspille la seule valeur de lâexistence la possession. Ses patrons sâĂ©taient appropriĂ© une valeur Ă©rotique de tout premier ordre mais dont le capital se trouve sans cesse gĂąchĂ© par ses pratiques dâendettement. Elle leur fait payer ce quâils lui volent. Quant Ă lâargent, elle en dĂ©nonce la valeur dĂ©risoire eu Ă©gard au seul bien qui puisse donner son sens Ă lâexistence lâamour. 1956 / Japon / 87â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Machiko KyĂŽ Mikki, Aiko Mimasu Yumeko, Ayako Wakao Yasumi, Michiyo Kogure Hanae, Kumeko Urabe Otane, Yasuko Kawakami Shizuko, Hiroko Machida Yoriye, EitarĂŽ ShindĂŽ KurazĂŽ Taya, Sadako Sawamura Tatsuko Taya, Toranosuke Ogawa le pĂšre de Mickey ScĂ©nario Masashige Narusawa, dâaprĂšs le roman de Yoshiko Shibaki, Women of Susaki Direction artistique, dĂ©cors Hiroshi Mizutani, Kiichi Ishizaki, Shigeharu Onda Image Kazuo Miyagawa Son Mitsuo Hasagawa Musique originale ToshirĂŽ Mayusumi Montage Kanji Sugawara Production Daiei Studios Lâargent Un projet de loi, tendant Ă la suppression des maisons closes, est prĂ©sentĂ© Ă la DiĂšte japonaise. Gros Ă©moi dans le quartier rĂ©servĂ© et en particulier au RĂȘve », Ă©tablissement tenu par le respectable KurazĂŽ Taya et dont font partie Yumeko, une jeune veuve dont le seul espoir est de vivre avec son jeune fils ; Yasumi, venue au RĂȘve » pour se procurer la somme nĂ©cessaires Ă la libertĂ© de son pĂšre, fonctionnaire emprisonnĂ© ; Mikki, une fille insouciante et dĂ©pensiĂšre ; Hanaye, une jeune mariĂ©e dont le mari sans travail est tuberculeux, et Yoriye, une paysanne qui fait des Ă©conomies afin de se marier avec son amant⊠Daniel Serceau Mizoguchi de la rĂ©volte aux songes, Ăditions du Cerf, 1983 115 L'argent guide le monde... On achĂšve bien les chevaux They Shoot Horses, Donât They ? Sidney Pollack En 1932, les Ătats-Unis sont en pleine crise Ă©conomique. Des marathons de danse sont organisĂ©s de pauvres bougres, appĂątĂ©s par la gratuitĂ© des repas et la prime offerte au couple gagnant, vont danser jusquâĂ total Ă©puisement, sous le regard de spectateurs avides de sensations. Rocky, le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies, choisit les couples qui vont participer Ă lâĂ©preuve Gloria, une jeune femme dont lâagressivitĂ© cache la solitude et lâamertume, Sailor, un marin qui se rajeunit pour pouvoir concourir, Ruby, une jeune femme enceinte et son mari, Alice, une actrice en chĂŽmage. Le marathon de danse peut ĂȘtre vu comme une allĂ©gorie pessimiste de la condition humaine ou bien comme une caricature monstrueuse du struggle for life » et de toutes les valeurs, inversĂ©es, du rĂȘve amĂ©ricain. ⊠Pour les danseurs du marathon, acculĂ©s par la misĂšre Ă ce supplice, la seule valeur » qui subsiste est leur Ă©nergie, mĂȘme si elle les entraĂźne vers lâenfer et la destruction Pollack lui rend un hommage ambigu, Ă la mesure du monde pourri oĂč elle apparaĂźt. Jacques Lourcelles Dictionnaire du cinĂ©ma, Robert Laffont, 1992 116 1969 / Ătats-Unis / 120â / couleur / vostf InterprĂ©tation Jane Fonda Gloria, Michael Sarrazin Robert, Susannah York Alice, Gig Young Rocky, Red Buttons Sailor, Bonnie Bedelia Ruby, Michael Conrad Rollo, Bruce Dern James, Al Lewis Turkey ScĂ©nario James Poe, Robert E. Thompson, dâaprĂšs le roman de Horace McCoy Direction artistique, dĂ©cors Harry Horner, Frank McKelvey Image Philip H. Lathrop Son Tom Overton Musique originale Johnny Green Montage Fredric Steinkamp Production Palomar Pictures, American Broadcasting Company Histoire du Japon racontĂ©e par une hĂŽtesse de bar Nippon sengoshi Madamu Onboro no seikatsu Madame Onboro a quelque chose de rĂ©voltant. Cupide, vulgaire, rĂ©actionnaire, plutĂŽt inculte et assez salope, Madame Onboro est nĂ©anmoins quelquâun sa prĂ©sence, son aplomb, la soliditĂ© mĂ©canique de ses raisonnements et son immense courage, la rendent souvent attachante. ⊠Elle a dĂ» naĂźtre au tout dĂ©but des annĂ©es trente, dans la plus pouilleuse des banlieues de Tokyo. Depuis sa maturitĂ©, sa vie sâest rĂ©sumĂ© Ă ceci hĂŽtesse de bar, entraĂźneuse, femme des rues. ⊠Oui, câest vrai, elle nâa aimĂ© que lâargent. Oui, câest juste, avec une application bĂ©ate elle a loupĂ© tous les grands Ă©vĂ©nements politiques, Ă©vitĂ© tous les mouvements sociaux, fui toutes les luttes de son pays⊠Pour elle, tout cela nâa aucune importance, elle sâen fout mais sans malveillance, sans scrupule, ni soupçon. Ce quâelle a toujours voulu, ce quâelle veut encore, câest vivre ». Entendez par lĂ avoir des sous. Dans ce but, elle a passĂ© son temps au bras des matelots amĂ©ricains, les a pressĂ©s comme des citrons, sâest mariĂ©e trois fois et a eu deux filles. Lâargent ShĂŽhei Imamura 1970 / Japon / 105â / noir et blanc / vostf Image Masao Tochisawa Son Yoshio Hasegawa Musique originale Harumi Ibe Montage ShĂŽhei Imamura Production Nihon Eiga Shinsha Imamura enfonce le clou tĂȘtu qui reste lâune de ses raisons de vivre, sinon de filmer plus il sâobstine Ă poser Ă Madame Onboro la question Qui ĂȘtes-vous ? » âŠ, plus il sâapproche dâun inĂ©vitable Qui suis-je ? », auquel son cinĂ©ma apporte avec une superbe humilitĂ© de prĂ©cieux lambeaux de rĂ©ponse. Olivier SĂ©guret LibĂ©ration, 22 avril 1987 117 L'argent guide le monde... Welfare Frederick Wiseman Welfare dĂ©peint la vie quotidienne dâun centre dâaide sociale Ă New York en 1975. Ă cette date, le chĂŽmage atteint des sommets et le nombre des assistĂ©s ne cesse dâaugmenter. Mais Wiseman ne sâintĂ©resse pas aux chiffres ; son film montre lâĂ©cart qui sĂ©pare lâidĂ©ologie des faits. LâidĂ©ologie le consensus libĂ©ral qui a traversĂ© les dĂ©cennies le progrĂšs social nâa pas de limites et les ĂtatsUnis disposent des moyens de supprimer la pauvretĂ©, lâanalphabĂ©tisme, la discrimination raciale, etc.. Les faits la pesanteur bureaucratique, la paupĂ©risation, la dĂ©tresse, le dĂ©sespoir dâune population Ă la dĂ©rive Ă©chouĂ©e dans ce centre dâaide sociale. ⊠Je nâai pas dâargent pour le loyer et la nourriture, je nâai pas mangĂ© depuis trois jours. Vous ne pouvez rien pour moi. Je demande lâĂ©galitĂ©. Quâest-ce que lâĂ©galitĂ© dans le grand systĂšme dĂ©mocratique de ce pays ?... LâĂ©galitĂ© câest les riches dâun cĂŽtĂ©, tous les pauvres de lâautre ; moi je suis dans le camp des pauvres, et vous vous ĂȘtes la loi. Si rien ne change, il nây aura plus dâĂtatsUnis dâAmĂ©rique. Seigneur, je ne sais plus quoi faire, sinon souffrir⊠OK, OK, câest ce que vous voulez. Si câest ce que vous voulez, câest votre job, je ne peux quâattendre jusquâĂ la fin. » Sarah SĂ©kaly Bienvenue au pays de Wiseman ! », In Communications n°71, 2001 118 1975 / Ătats-Unis / 167â / noir et blanc / vostf Image William Brayne Montage Frederick Wiseman Production Zipporah Films Je veux seulement que vous mâaimiez Ich will doch nur, daĂ ihr mich liebt Rainer Werner Fassbinder ObsĂ©dĂ© par la performance professionnelle et la reconnaissance que lui refusĂšrent ses gĂ©niteurs il leur construit une maison au dĂ©but du film, Peter sâengouffre dans une spirale dâendettement, de frustration, dâĂ©puisement et dâhumiliation, entraĂźnĂ© dans sa chute par lâarrogance dâune sociĂ©tĂ© capitaliste triomphante, sous le regard impuissant de sa jeune Ă©pouse Erika. ⊠Fassbinder ausculte un cas particulier de pathologie et de nĂ©vrose, lâaliĂ©nation dâun personnage de fiction incapable de trouver le bonheur pour mieux dĂ©noncer le pouvoir corrupteur de lâargent, le fardeau de la famille et le mirage de la rĂ©ussite sociale. Lâargent contamine les dialogues et les images du film, qui ne parle que de cela. 1976 / / 104â / couleur / vostf InterprĂ©tation Vitus Zeplichal Peter Trepper, Elke Aberle Erika, Alexander Allerson le pĂšre, Erni Mangold la mĂšre, Johanna Hofer la grand mĂšre, Wolfgang Hess le chef de chantier, Armin Meier le contremaĂźtre, Erika Runge la psychologue, Ulrich Radke le pĂšre dâErika, Annemarie Wendl la mĂšre dâErika ScĂ©nario Rainer Werner Fassbinder, dâaprĂšs une histoire figurant dans LebenslĂ€nglich-Protokolle aus der Haft PerpĂ©tuitĂ© - Les protocoles de la dĂ©tention de Klaus Antes et Christiane Ehrhardt DĂ©cors Kurt Raab Image Michael Ballhaus Son Karsten Ullrich Musique originale Peer Raben Montage Liesgret Schmitt-Klink Production Bavaria Atelier, Westdeutscher Rundfunk Lâargent Jeune ouvrier, Peter passe lâessentiel de son temps libre Ă construire une maison pour ses parents, des patrons de bistrot qui ne lui ont jamais donnĂ© beaucoup dâaffection. Depuis son enfance, le garçon souffre de la froideur et de lâincomprĂ©hension de ceux envers qui il manifeste des signes dâamour. Afin de ne pas ĂȘtre un poids pour ses parents dans leur nouvelle maison, Peter dĂ©mĂ©nage Ă Munich avec Erika, la jeune fille quâil vient dâĂ©pouser... Olivier PĂšre Blog personnel, 28 fĂ©vrier 2011 119 L'argent guide le monde... LâArgent Robert Bresson Norbert a des dettes. Un camarade de lycĂ©e lui donne un faux billet de 500 Francs, vite utilisĂ© chez un photographe. Mais le patron a lâĆil. Il se dĂ©barrasse du billet en rĂ©glant Yvon, le livreur de mazout. En toute innocence, celui-ci utilise cet argent. Mais il est refusĂ©. Yvon est licencié⊠Ici, lâargent qui sâinterpose entre les hommes, la fausse monnaie du mensonge et des faux tĂ©moignages, qui divise les hommes en possĂ©dants et en perdants, appelle le chĂątiment, la folie sanguinaire, la mort. Nul nâa dit avec plus de force et de vĂ©ritĂ© la haine de cet argent, la rĂ©volte contre un monde vĂ©nal et meurtrier. Mais cet idĂ©alisme nâest pas innocent. Pour dĂ©noncer ce monde de violence et de meurtre, le film de Bresson est fait de colĂšre et de rĂ©volte, il est un Ă©clat qui effraie et laisse meurtri, qui change profondĂ©ment celui qui le reçoit. Dans ce monde oĂč dominent la violence et le crime, dans ce monde oĂč plus que jamais lâargent semble le symbole des plus grands dĂ©sirs et de la recherche vaine du bonheur, la violence et la puretĂ© de Bresson ont quelque chose de farouche et dâimplacable qui fait penser Ă un message prophĂ©tique. ⊠Il y a dans LâArgent cette idĂ©e, qui est sans doute le lieu oĂč sâachĂšvent tous les voyages, toutes les pensĂ©es lâespoir dâun monde oĂč lâĆuvre dâart nâaurait plus de raison dâĂȘtre. OĂč rĂšgnerait la justice, le contraire de lâargent. Le ClĂ©zio Le Monde, 7 juillet 1983 120 1982 / France / 85â / couleur InterprĂ©tation Christian Patey Yvon Targe, Vincent Risterucci Lucien, Caroline Lang Elise, Sylvie Van den Elsen la femme aux cheveux gris, Michel Briguet le pĂšre de la femme au cheveux gris, BĂ©atrice Tabourin la photographe, Didier Baussy le photographe, Marc-Ernest Fourneau Norbert, Bruno Lapeyre Martial ScĂ©nario Robert Bresson, dâaprĂšs la nouvelle de LĂ©on TolstoĂŻ, Le Faux Coupon DĂ©cors Pierre Guffroy Image Pasqualino de Santis, Emmanuel Machuel Son Jean-Louis Ughetto, Yves Yersin, Jacques Maumont Montage Jean-François Naudon Production EĂŽs Films, Marionâs Films Daniel Toscan du Plantier Grandeur et dĂ©cadence dâun petit commerce de cinĂ©ma Jean-Luc Godard Mocky figurait dĂ©jĂ dans PrĂ©nom Carmen et reste un complice de prĂšs de trente ans, que Godard dĂ©finit ainsi Nous avons un peu la mĂȘme histoire nous avons vĂ©cu et nous vivons la grandeur et la dĂ©cadence du cinĂ©ma Ă lâĂ©poque de la tĂ©lĂ©. » Dans TĂ©lĂ©rama, Mocky Ă©crit Ă propos de cette relation Godard pense que nous sommes les premiers des Mohicans, les premiers dâune nouvelle gĂ©nĂ©ration de cinĂ©astes qui allons faire du cinĂ©ma comme le Chaplin des dĂ©buts. Moi, je me dis que les gars comme nous, quand on sera morts, ça nâexistera plus. Les jeunes qui arrivent, Beineix, Besson, ils travaillent avec un maximum dâargent, ils ne nous ressemblent pas. Godard et moi nous sommes vivaces, nous rĂ©sistons. 1985 / France, Suisse / 91â / couleur InterprĂ©tation Jean-Pierre Mocky Jean Almereyda, Marie Valera Eurydice, Jean-Pierre LĂ©aud Gaspard Bazin, JeanLuc Godard lui-mĂȘme, les chĂŽmeurs de lâANPE ScĂ©nario Jean-Luc Godard, librement inspirĂ© du roman de James Hadley Chase, Chantons en chĆur Image Caroline Champetier Son François Musy Montage Jean-Luc Godard Production TF1, Hamster productions, TĂ©lĂ©vision SuisseRomande, JLG Films, RTL Lâargent Le rĂ©alisateur Gaspard Bazin travaille sur une adaptation de Chantons en chĆur, un polar de James Hadley Chase. Lors des sĂ©ances de casting, des acteurs dĂ©filent sans quâaucun ne convienne. Il y a pourtant Eurydice, la femme de Jean Almereyda, le producteur fauchĂ© de Bazin. Eurydice aimerait jouer, mais Jean Almereyda, qui connait les relations trop intimes de Gaspard Bazin avec ses actrices, ne veut pas prendre ce risque⊠Nous sommes forts comme des Mohicans⊠Mais il y a plein dâIndiens qui ont Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©s, parce quâils Ă©taient plus faibles. » Antoine de Baecque Godard, Grasset, 2010 121 L'argent guide le monde... I Love Dollars Johan Van Der Keuken New York, GenĂšve, Hong Kong, Amsterdam sont des plaques tournantes de lâĂ©conomie mondiale. Lâargent y circule et tandis que la pauvretĂ© est omniprĂ©sente dans les rues de New York, la richesse est bien protĂ©gĂ©e derriĂšre les façades propres de GenĂšve. Personne nâĂ©chappe au mythe du Roi-Dollar les plus dĂ©munis luttent pour survivre, racontent leurs rĂȘves inatteignables, cĂŽtoyant les hommes dâaffaires, qui, dans leurs bureaux, exposent leurs philosophies financiĂšres. On comprend, en le voyant, en lâĂ©coutant, oĂč se nouent les fils du drame, dans quels recoins obscurs⊠de la planĂšte ? non, de certains hommes pris individuellement et collectivement dâune passion tenace. Les affaires, disent-ils, câest du sport, pas une drogue, non du sport, de la compĂ©tition de haut vol ! On ne peut plus sâen passer. Keuken fait parler les acteurs du monde financier et tous rĂ©pĂštent le mĂȘme innocent aveu I, je⊠, dĂ©sire⊠possĂšde⊠joue⊠gagne⊠perds⊠jouis⊠$ dollars, sigle dâun mot universellement compris, sans traduction, dans toutes les langues. 122 1986 / Pays-Bas / 140â / couleur / vostf Image, son Johan Van Der Keuken Musique originale Willem Breuker Montage Jan Dop Credo libĂ©raliste auquel le cinĂ©aste oppose inlassablement la libertĂ© bafouĂ©e des pays pauvres. En 1984, le TiersMonde a confiĂ© au systĂšme bancaire international deux fois plus de fonds quâil nâen a obtenus ». Merci Johan. Jean-Paul Fargier Jâ%, In Images documentaires, n°29/30, 1997 Raining Stones Ken Loach Bob et son copain Tommy sont prĂ©sentĂ©s comme les deux survivants dâune sociĂ©tĂ© anglaise laminĂ©e par le pouvoir politique conservateur le discours travailliste est inconsistant, les syndicats inexistants ; les usuriers occupent la ville et rançonnent les quartiers les plus dĂ©munis. ⊠Loach introduit une peur physique, trĂšs dĂ©rangeante, qui semble indissociable du destin dâune grande partie de la classe ouvriĂšre britannique. Cette Ă©quation chĂŽmage-violence, si elle est explicitĂ©e verbalement dans le film par un des personnages, le beau-frĂšre de Bob, est aussi exprimĂ©e par la mise en scĂšne qui Ă©vite au film de basculer dans le simple discours rhĂ©torique. 1992 / Royaume-Uni / 90â / couleur / vostf InterprĂ©tation Bruce Jones Bob, Julie Brown Anne, Gemma Phoenix Coleen, Ricky Tomlinson Tommy, Tom Hickey le pĂšre Barry, Mike Fallon Jimmy, Ronnie Ravey le boucher, Lee Brennan lâIrlandais, Karen Henthorn la jeune mĂšre, Christine Abbott May ScĂ©nario Jim Allen Direction artistique, dĂ©cors Fergus Clegg, Martin Johnson Image Barry Ackroyd Son Ray Beckett Musique originale Stewart Copeland Montage Jonathan Morris Production Channel Four Films, Parallax Pictures Lâargent Bob vit avec sa femme Ann et sa fille Coleen dans une banlieue misĂ©rable de Manchester. Lui et son ami Tommy se dĂ©brouillent du mieux quâils peuvent pour vivre dans la Grande-Bretagne des annĂ©es Thatcher. Les activitĂ©s de Bob vont de la revente de viande au marchĂ© noir jusquâĂ vigile dans une discothĂšque. En dĂ©pit de sa situation pour le moins prĂ©caire, il tient par-dessus tout Ă acheter une robe de communion neuve pour sa fille, afin de ne pas perdre la face devant le voisinage⊠Nicolas Saada Les Cahiers du cinĂ©ma, octobre 1993 123 L'argent guide le monde... La Cassette A Caixa Manoel de Oliveira Dans une ruelle de Lisbonne, la mĂ©saventure dâun vieil aveugle Ă qui, une fois de plus, on a volĂ© sa cassette, symbole de son gagne-pain officiel. Sa fille, accablĂ©e par les travaux mĂ©nagers, sâĂ©puise en repassant du linge pour des clients. Lâami de cette derniĂšre, un marginal sans travail, comme tous ses copains, vit Ă ses crochets et Ă ceux de lâaveugle. Amis et voisins, tout le monde envie la cassette de lâaveugle⊠La ruelle dâOliveira sâavĂšre trĂšs rapidement glissante. Le caractĂšre canonique du Lisbonne pittoresque va bientĂŽt ĂȘtre dynamitĂ© de lâintĂ©rieur, via deux dindes amĂ©ricaines Ă©garĂ©es dont les bouches se gargarisent justement de commentaires touristiques sur le spectacle de la rue quâelles arpentent. Plus gĂ©nĂ©ralement, chacun de ces personnages un peu trop bien dĂ©finis prend progressivement des libertĂ©s avec son rĂŽle, lâentraĂźne en tout cas aux extrĂ©mitĂ©s de son caractĂšre. ⊠Tout ça pour cette cassette misĂ©rable, qui dĂ©clenche une convoitise inversement proportionnelle Ă sa valeur. ⊠La Cassette, pardelĂ son histoire explicite et ses messages officieux, sâannonce comme un jeu trĂšs poussĂ© avec les formes et, quoiquâil emprunte Ă dessein le ton de la fable cruelle, câest bien plutĂŽt une sorte de conte musical macabre quâOliveira a entrepris de composer. Olivier SĂ©guret LibĂ©ration, 1er fĂ©vrier 1995 124 1994 / Portugal-France / 93â / couleur / vostf InterprĂ©tation LuĂs Miguel Cintra lâhomme aveugle, GlicĂnia Quartin la vieille femme, Ruy de Carvalho Taverner, Beatriz Batarda la fille, Diogo DĂłria lâami, Isabel Ruth la vendeuse, Filipe Cochofel le beau-fils, Sofia Alves la prostituĂ©e, Mestre Duarte Cosa le joueur de guitare, Paula Seabra la femme enceinte ScĂ©nario Manoel de Oliveira, dâaprĂšs la piĂšce de Prista Monteiro DĂ©cors Isabel Branco Image MĂĄrio Barroso Son Jean-Paul Mugel, Jean-François Auger Montage Manoel de Oliveira, ValĂ©rie Loiseleux Production Madragoa Filmes, Gemini Films Une poste Ă la Courneuve Dominique Cabrera Le bureau de poste ⊠est un lieu de conflits clients/guichetiers, citoyen/Etat..., de transaction financiĂšre, humaine, qui fournit une matiĂšre presque systĂ©matiquement intĂ©ressante âŠ. Des salariĂ©s Ă statut», fragiles mais payĂ©s correctement, se heurtent, cĂŽtoient, rabrouent, sympathisent avec des chĂŽmeurs, des rmistes, des gens modestes; ces derniers sont confrontĂ©s quotidiennement Ă la machine rĂ©glementaire quâest la Poste. Lâintention est claire montrer ce bureau de La Courneuve comme un poste avancĂ© dans une sociĂ©tĂ© socialement malade. 1994 / France / 54â / couleur ScĂ©nario Dominique Cabrera, Suzanne Rosenberg Image HĂ©lĂšne Louvart Son Xavier Griette Montage Christiane Lack Production Iskra, PĂ©riphĂ©rie Lâargent Ă la poste, les habitants des 4000 Ă La Courneuve attendent leurs allocations. Lâargent circule, lâargent manque. Les jeunes postiers, salariĂ©s ordinaires, reçoivent de plein fouet le choc de la pauvretĂ© de lâautre. Eux aussi subissent le poids de la situation Ă©conomique dont ils observent, impuissants, les effets. Ils assument tant bien que mal leur rĂŽle de reprĂ©sentants de lâEtat. Emmanuel Poncet LibĂ©ration, 8 fĂ©vrier 1997 125 L'argent guide le monde... CoĂ»te que coĂ»te Claire Simon Produire coĂ»te que coĂ»te ! Sauver la boĂźte coĂ»te que coĂ»te ! MĂȘme si on nâest pas payĂ©s tout de suite, continuer coĂ»te que coĂ»te ! Trouver de nouveaux clients coĂ»te que coĂ»te! De nouveaux fournisseurs coĂ»te que coĂ»te ! Lâhistoire dâune petite entreprise, toute jeune, oĂč lâon fabrique des plats cuisinĂ©s pour les grandes surfaces. Le patron et les employĂ©s mĂšnent la guerre Ă©conomique avec les moyens du bord⊠Pour faire ce film jâai choisi de filmer les fins de mois ». Pendant six mois je suis allĂ©e Ă Navigation SystĂšmes » filmer cette Ă©preuve qui se rĂ©pĂšte chaque mois, oĂč chacun se demande secrĂštement est-ce quâon va continuer le mois prochain? ». Si les fournisseurs, les employĂ©s, peuvent attendre dâĂȘtre payĂ©s, il finit toujours par arriver un moment oĂč le scĂ©nario de lâargent ne pardonne pas. On attend la fin du mois comme lâĂ©preuve du feu. Une fois devant la vĂ©ritĂ©, peut-on la voir, la dire? Le sol se dĂ©robe, cette Ă©preuve que lâon a redoutĂ©e et espĂ©rĂ©e, que dit-elle exactement ? On sera payĂ©s la semaine prochaine... On a trouvĂ© de nouveaux clients, de nouveaux fournisseurs, ça ira mieux le mois prochain... ». Chacun sâarrange, trouve les mots, les phrases qui tracent un pont audessus de lâabĂźme, on ferme les yeux pour ne pas avoir le 126 1995 / France / 100â / couleur Image JĂ©rĂŽme Peyrebrune, David Ungaro, Jacques Gayard Son Dominique Lancelot, Jean-Pierre Laforce Musique originale Arthur H. Montage Catherine Quesemand Production Les Films dâIci, La Sept-Arte vertige et on sâaccroche aux sentiments Sauver la boĂźte câest se sauver soi-mĂȘme ». La vĂ©ritĂ©, celle quâon attendait Ă la fin du mois, on ne lâa pas vue passer... Tant mieux ! Le mois prochain peut-ĂȘtre, on saura si on a gagnĂ© ou perdu la guerre... Certains font la guerre, dâautres travaillent... Jâai filmĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment cette entreprise comme un camp retranchĂ© ; car aujourdâhui travailler câest faire la guerre. Je nâai jamais eu le dĂ©sir de faire un film sur ceux qui gagnent systĂ©matiquement la guerre du travail, car çâaurait Ă©tĂ© faire un film Ă la gloire du capitalisme. Je voulais montrer ce que le capitalisme suppose comme vie. Surtout pour ceux la majoritĂ© qui ne sont pas au dĂ©part des capitalistes et qui sâessaient malgrĂ© tout Ă sa cause. Claire Simon Hou Hsiao-hsien Kao, Bian dit TĂȘte dâobus » et Patachou, petits mafiosi » Ă la solde de leur protecteur, Hsi, arrivent par le train dans une maison dĂ©labrĂ©e. Ils aident leur patron Ă organiser une soirĂ©e de jeux clandestins en sâoccupant des mises et des boissons. Plus tard, Patachou tente de se suicider. Kao apprend quâelle a dilapidĂ© sans en avoir les moyens un million de yens dans des bars Ă gigolos⊠Les personnages se dĂ©mĂšnent mais Ă vide, dans une succession de tentatives dâaccomplissement monter un tripot Ă la campagne, dĂ©mĂ©nager, acquĂ©rir un restaurant Ă ShangaĂŻ, rĂ©cupĂ©rer une part dâhĂ©ritageâŠ, tiraillĂ©s entre lâinutile et lâĂ©chec. Face Ă eux, Hou Hsiao-Hsien adopte une position de documentariste, parfois ironique, toujours attentif. Captant les attentes, les trajets, les dĂ©perditions dâĂ©nergie de ces hommes dâaction mais qui ne vont nulle part. ⊠Le Sud » auquel il est dit adieu serait Taiwan mĂȘme. Le cinĂ©aste ne suggĂšre pas que les habitants de lâĂźle auraient trouvĂ© le nord » mais seulement quâils auraient, dans cette phase incertaine oĂč le monde se recompose, perdu leurs repĂšres, le sens de leur vie jusquâaux points cardinaux. Nan guo zai jian, nan guo 1996 / Taiwan / 112â / couleur / vostf InterprĂ©tation Jack Kao Kao, Hsiang Hsi Hsi, Annie Shizuka Inoh Patachou, Lim Giong Bian dit TĂȘte dâobus », Kuei-Ying Hsu Ying, Pi-Tung Lien Tung, Vicky Wei Hui, Ming Kao Ming le serpent, Ming Lei le pĂšre de Kao, Tien-lu Lee le grand-pĂšre ScĂ©nario Tien-wen Chu, Jack Kao, Jieh-Wen King DĂ©cors Wen-Ying Huang Image Huai-en Chen, Ping-Bin Lee Son Du-Che Tu Musique originale Giong Lim Montage Ching-Song Liao Production 3H Films, Shochiku Films Lâargent Goodbye South, Goodbye Jean-Michel Frodon Le Monde, 15 mai 1996 127 L'argent guide le monde... Un plan simple A Simple Plan Sam Raimi Hank Mitchell est un homme heureux. Il a un bon boulot, le respect de ses concitoyens dans la petite ville du Middlewest oĂč il rĂ©side et enfin Sarah, une femme qui lâaime et qui attend leur premier enfant. Par une froide aprĂšs-midi du jour de lâan, en compagnie de son frĂšre aĂźnĂ© Jacob, une Ăąme simple sur laquelle il a un grand ascendant et du copain de Jacob, Lou, il dĂ©couvre dans lâĂ©pave dâun avion de tourisme le cadavre dâun pilote et un sac contenant quatre millions de dollars⊠La trouvaille met au jour non seulement lâĂ©goĂŻsme et la cupiditĂ© enfouis de chacun des protagonistes, mais ravive de vieilles rancĆurs, jalousies fraternelles, prĂ©jugĂ©s de classe. ⊠Les sentiments inavouables demeurent ici terriblement ordinaires, la violence demeure un lapsus, aussi accidentel que la richesse. Chacun a ses raisons et lâopacitĂ© des mobiles et des actes masque moins un quelconque machiavĂ©lisme quâelle ne trahit la paranoĂŻa du regard. ⊠La violence ne fait rire que par rĂ©flexe de dĂ©fense, comme chez Hitchcock âŠ. Et la jouissance perverse Ă voir les anti-hĂ©ros se dĂ©battre dans lâengrenage se mĂȘle dâune immense tristesse. Serge Chauvin Les Inrockuptibles, 24 mars 1999 128 1998 / Ătats-Unis / 121â / couleur / vostf InterprĂ©tation Bill Paxton Hank, Bridget Fonda Sarah, Billy Bob Thornton Jacob, Brent Briscoe Lou, Jack Walsh Tom Butler, Chelcie Ross Carl, Becky Ann Baker Nancy Chambers, Gary Cole Baxter, Bob Davis lâagent du FBI Renkins, Peter Syvertsen lâagent du FBI Freemont ScĂ©nario Scott B. Smith, dâaprĂšs son roman Direction artistique, dĂ©cors Patrizia von Brandenstein, James F. Truesdale, Hilton Rosemarin Image Alar Kivilo Son Ed Novick Musique originale Danny Elfman Montage Eric L. Beason, Arthur Coburn Production Paramount Pictures, Mutual Film Company Michael Mann The Insider Journaliste endurci, homme de terrain et dâinvestigations, Lowell Bergman est le super-producteur du cĂ©lĂšbre magazine dâinformations 60 minutes ». Un matin, il dĂ©couvre sur le pas de sa porte un ensemble de documents confidentiels, envoyĂ© par un employĂ© anonyme de Philip Morris. Pour les dĂ©chiffrer, il fait appel Ă un spĂ©cialiste, Jeff Wigand, ancien directeur de la recherche dâun grand fabricant de cigarettes amĂ©ricain. La mĂ©fiance de Wigand, son refus de parler, rĂ©vĂšlent un homme Ă©crasĂ© par le secret⊠RĂ©vĂ©lations nâest pas rĂ©ductible Ă une dĂ©nonciation des mĂ©faits des fabricants de cigarettes, pas plus quâil ne se contente de lâexamen lucide des grandeurs et bassesses du journalisme-spectacle. Ce qui intĂ©resse Mann, câest la rencontre fatalement conflictuelle entre deux univers qui obĂ©issent Ă des rĂšgles intangibles, reprĂ©sentĂ©s par des individus qui vacillent sur leurs bases et se retrouvent au bord de la rupture affective et sociale. Que devient un homme quand il quitte le systĂšme qui lâa fondĂ© ? Comment a-t-il encore prise sur le monde ? Faut-il sây dissoudre dans un soupir lassĂ© ou continuer de croire quâon peut agir sur lui ? ⊠Pour raconter toutes les Ă©tapes dâun double processus de libĂ©ration sans sombrer dans le laborieux, la mĂ©thode de Mann consiste Ă ne rien passer sous silence, Ă multiplier les occurrences et les personnages pour crĂ©er un flux scĂ©naristique qui enveloppe le spectateur dans un manteau de faits le plus large possible. 1999 / Ătats-Unis / 157â / couleur / vostf InterprĂ©tation Al Pacino Lowell Bergman, Russell Crowe Jeffrey Wigand, Christopher Plummer Mike Wallace, Diane Venora Liane Wigand, Philip Baker Hall Don Hewitt, Lindsay Crouse Sharon, Debi Mazar Debbie, Stephen Tobolowsky Eric Kluster, Colm Feore Richard Scruggs, Bruce McGill Ron Motley, Gina Gershon Helen Caperelli, Michael Gambon Thomas Sandefur ScĂ©nario Eric Roth, Michael Mann, dâaprĂšs lâarticle de Marie Brenner dans Vanity Fair DĂ©cors Brian Morris Image Dante Spinotti Son Robert Renga, Lee Orloff Musique originale Pieter Bourke, Lisa Gerrard Montage William Goldenberg, David Rosenbloom, Paul Rubell Production Touchstone Pictures, Mann/Roth Productions, Spyglass Entertainment Lâargent RĂ©vĂ©lations FrĂ©dĂ©ric Bonnaud Les Inrockuptibles, 30 novembre 1999 129 L'argent guide le monde... LâEnfant Jean-Pierre et Luc Dardenne Sonia, dix-huit ans, vient de donner naissance Ă un petit Jimmy. Sortie de la maternitĂ©, le bĂ©bĂ© sous le bras, elle part Ă la recherche du pĂšre, Bruno, vingt ans. Elle le retrouve dans la rue, mendiant Ă un carrefour. Bruno vit de petits trafics, de petits larcins, de petites magouilles. Tout Ă leurs retrouvailles, le jeune couple passe la nuit dans un foyer. Le lendemain, Bruno loue un cabriolet ils passent tous les trois la journĂ©e au bord de la mer. La vie et les trafics reprennent leur cours⊠Quâon nâattende pas des Dardenne quâils nous livrent un vibrant rĂ©quisitoire contre la marchandisation de lâĂȘtre humain. Les cinĂ©astes fuient toute logorrhĂ©e pour privilĂ©gier lâĂ©tude approfondie des modes dâĂ©change contemporains. Le film prend corps dans le concret de la vie de tous les jours, et le trafic dâobjets a valeur de fonction phatique. Un blouson, un feutre ou une mobylette en disent plus long quâune phrase ou un dialogue. Idem pour le portable dont on explore enfin la symbolique au-delĂ du simple gadget scĂ©naristique. Le portable, dont Bruno doit sans cesse rĂ©alimenter la carte, est un sĂ©same rĂ©calcitrant de la sociĂ©tĂ© de consommation, 130 2005 / Belgique-France / 100â / couleur InterprĂ©tation JĂ©rĂ©mie Renier Bruno, DĂ©borah François Sonia, JĂ©rĂ©mie Segard Steve, Fabrizio Rongione le jeune bandit, Olivier Gourmet le policier en civil, Anne GĂ©rard la commerçante, Bernard Marbaix le commerçant, Jean-Claude Boniverd le policier en civil ScĂ©nario Jean-Pierre et Luc Dardenne DĂ©cors Igor Gabriel Image Alain Marcoen Son Jean-Pierre Duret, Thomas Gauder Montage Marie-HĂ©lĂšne Dozo Production Jean-Pierre et Luc Dardenne Les Films du Fleuve, Denis Freyd Archipel 33 toujours assoiffĂ© dâargent. En avoir ou pas, câest se voir inclus ou exclu du monde qui nous est donnĂ© Ă voir, celui de la publicitĂ© et du spectacle. Vincent Thabourey Positif, octobre 2005 Yella Christian Petzold On pĂ©nĂštre alors avec Yella dans un monde Ă©trangement vide, hantĂ© par des entreprises fantĂŽmes, oĂč elle devient par hasard lâassistante dâun consultant, un homme plutĂŽt rassurant au dĂ©part. Les couloirs dâhĂŽtel, la Sonate au clair de lune de Beethoven âŠ, la chemise rouge de Yella, son regard tendu, les corbeaux, deviennent les leitmotives de ce thriller spectral fascinant qui ne tombe jamais dans un formalisme bornĂ©. Ce qui impressionne le plus chez Petzold, câest son talent Ă faire rĂ©sonner discrĂštement des mĂ©canismes intimes culpabilitĂ©, dĂ©sir, argent avec la rĂ©alitĂ© du monde contemporain â entreprises en faillite et spĂ©culation â dont il fait ressortir la nature fantastique et fantasmatique. 2007 / Allemagne / 89â / couleur / vostf InterprĂ©tation Nina Hoss Yella Fichte, Devid Striesow Philipp, Hinnerk Schönemann Ben, Burghart KlauĂner Docteur Gunthen, Christian Redl le pĂšre de Yella, Selin Barbara Petzold la fille du docteur Gunthen, Wanja Mues Sprenger, Michael Wittenborn Docteur Schmidt-Ott, Martin Brambach Docteur Fritz ScĂ©nario Christian Petzold DĂ©cors Kade Gruber Image Hans Fromm Son Andreas MĂŒcke-Niesytka Musique originale Stefan Will Montage Bettina Böhler Production Schramm Film Koerner & Weber Lâargent Yella dĂ©sire fuir un mariage ratĂ© avec un Ă©poux violent et ruinĂ©. Elle quitte son pĂšre et son village natal en Allemagne de lâEst, pour travailler comme secrĂ©taire de direction dans une grande entreprise Ă lâOuest. Son ex-mari lui propose de lâaccompagner Ă la gare. Pris de folie, il percute le garde-fou dâun pont et plonge la voiture dans un fleuve⊠AmĂ©lie Dubois Les Inrockuptibles, 17 avril 2009 131 L'argent guide le monde... 7h58 ce samedi-lĂ Sidney Lumet Before the Devil Knows Youâre Dead Ce samedi matin-lĂ , dans la banlieue de New York, tout semble normal dans la vie des Hanson. Alors que Charles, le pĂšre, passe un test de conduite, sa femme Nanette ouvre la bijouterie familiale. Leur fils aĂźnĂ©, Andy, sâinquiĂšte pour le contrĂŽle fiscal qui dĂ©bute lundi. Et comme dâhabitude, Hank, son frĂšre cadet, se noie dans ses problĂšmes dâargent. Ă 7h58, la bijouterie est braquĂ©e. Nanette tue son agresseur mais est mortellement blessĂ©e⊠Andy est un garçon qui, en apparence, a rĂ©ussi, un aĂźnĂ© qui domine son frĂšre de toute son arrogante prospĂ©ritĂ©. Sous la coupe de CaĂŻn, il nây a pas dâAbel innocent, mais un ĂȘtre veule, en faillite financiĂšre et familiale. ⊠Au fil de la narration fragmentĂ©e, tous les commandements du DĂ©calogue vont ĂȘtre piĂ©tinĂ©s par Andy et Hank. Cette rĂ©fĂ©rence biblique semble nourrir une espĂšce dâindignation prophĂ©tique qui fait de 7h58 ce samedilĂ une fresque apocalyptique, la peinture flamboyante dâun monde sans dieu ni loi, dans lequel les humains sâagitent de maniĂšre dĂ©risoire. Et le cinĂ©ma de Lumet, qui peut prendre tant de formes, prend une urgence et une violence quâil nâavait atteintes que rarement, sans quâaucune lueur dâespoir, aucune pause ne vienne soulager la tension permanente. Thomas Sotinel Le Monde, 25 septembre 2007 132 2007 / Ătats-Unis / 117â / couleur / vostf InterprĂ©tation Philip Seymour Hoffman Andy, Ethan Hawke Hank, Albert Finney Charles, Marisa Tomei Gina, Aleksa Paladino Chris, Michael Shannon Dex, Amy Ryan Martha, Sarah Livingston Danielle, Brian F. OâByrne Bobby, Rosemary Harris Nanette ScĂ©nario Kelly Masterson Direction artistique, dĂ©cors Christopher Nowak, Wing Lee, Diane Lederman Image Ron Fortunato Son Dave Paterson, Chris Newman Musique originale Carter Burwell Montage Tom Swartwout Production Capitol Films, Funky Buddha Group, Unity Productions, Linsefilm Johnnie To Dyut meng gam Teresa, une jeune employĂ©e de banque, tente de remplir son quota de ventes en essayant de proposer des produits financiers Ă ses clients qui vont perdre, en peu de temps, lâargent investi aprĂšs une chute brutale des cours. FrĂšre Panther, un gangster cabochard et pathĂ©tique, essaie de faire sortir un truand de prison en trouvant de quoi payer la caution. Il se met Ă spĂ©culer et Ă parier sur les cours de la Bourse. Cheung, un policier intĂšgre, doit, de son cĂŽtĂ©, trouver de quoi payer lâacompte de lâappartement que sa femme convoite. ⊠LâĂ©clatement des points de vue et des situations est sans doute ici une maniĂšre de sâattaquer Ă lâimpossible, la reprĂ©sentation dâune abstraction, une Ă©nergie dâautant plus folle quâelle est invisible, celle dâun mouvement opaque de lâĂ©conomie. Lâargent nâest plus le dieu visible de Bresson mais il est devenu un principe invisible, un carburant immatĂ©riel. Ă chaque fois quâil prend la consistance concrĂšte de billets de banque, il apparaĂźt comme un Ă©lĂ©ment dĂ©suet et folklorique les enveloppes donnĂ©es Ă un chef mafieux lors de sa fĂȘte ou un dĂ©chet immonde la valise de lâusurier, dĂ©clenchant pourtant dâinavouables appĂ©tits. Car ce que lâon devine trĂšs vite, câest que le cinĂ©aste tente de retourner aux sources humaines de lâĂ©conomie, Ă 2011 / Hong Kong / 107â / couleur InterprĂ©tation Denise Ho Teresa, Lau-Ching Wan Panther, Richie Ren Cheung Jin Fong, Hoi Pang-Lo Chung Yuen, Hang-shuen So Kun, Philip Keung Lung, Myolie Wu Connie, Terence Yin M. Sung, Felix Wong Sam ScĂ©nario Kin-Yee Au, Ka-kit Cheung, Ben Wong, Nai-Hoi Yau, Tin-Shing Yip DĂ©cors Sukie Yip Image Siu-keung Cheng Son Benny Chu, James Wallace Musique originale Wei Yue Montage David M. Richardson Production Milky Way Image Company, Media Asia Fillms Lâargent La Vie sans principe une pulsion de possession et de dĂ©pense dont on sent quâelle trouve justement, dans le monde moderne, des accommodements divers avec les prescriptions Ă©thiques. Câest ainsi que La Vie sans principe devient une fable morale dont ni la classe, ni la sĂ©duction, ni lâĂ©lĂ©gance ne masquent la cruautĂ© profonde. Jean-François Rauger Le Monde, 17 juillet 2012 133 Films restaurĂ©s Se battre Ă camĂ©ra nue 1 Une proposition de la CinĂ©mathĂšque française Que le cinĂ©ma devienne enfin une convergence, une rencontre sublime dâhommes en mouvement. Marcel Hanoun, Ă©ditorial de CinĂ©thique, janvier 1969. La photographie pour lui nâĂ©tait ni un document ni de lâart, mais une sorte de roman, un moyen de crĂ©er un littĂ©rature en images, les faits Ă©tant la matiĂšre premiĂšre dâune fiction qui rĂ©vĂ©lait les vĂ©ritĂ©s. Lewis Baltz, Ă propos de Walker Evans. Deux films rares. Deux films introuvables. Deux films de fiction avec de grandes vĂ©ritĂ©s. Deux rĂ©alisateurs aussi malmenĂ©s, que ce soit par la censure politique ou par la censure plus silencieuse de la salle publique. Depuis la rĂ©trospective Jeune, Dure et Pure » en 2000, Marcel Hanoun et RenĂ© Vautier se rencontrent frĂ©quemment sur les Ă©crans de la CinĂ©mathĂšque française, par lâentremise de Nicole Brenez. Ils se croisent une nouvelle fois au cĆur des propositions de retirage et de sauvegarde dans les cahiers de la CinĂ©mathĂšque en 2007. En effet, leurs filmographies ne sont pas protĂ©gĂ©es, trop souvent perdues, mal en point, inaccessibles. Depuis, deux fonds ont Ă©tĂ© constituĂ©s et offrent la possibilitĂ© de dĂ©couvrir et de programmer ce patrimoine inattendu de TrĂ©sors nationaux 2 » cachĂ©s. Le tirage des Trois cousins a Ă©tĂ© ainsi rĂ©alisĂ© en octobre 2007 avec lâaide du chef opĂ©rateur du film, Bruno Muel, qui a supervisĂ© lâĂ©talonnage. TournĂ© en 1969 Ă Nanterre avec une camĂ©ra portable lĂ©gĂšre Ariflex, en pleine destruction des bidonvilles, le film est inspirĂ© dâun faitdivers, lâhistoire dramatique de trois cousins algĂ©riens venus travailler en France. Pour reprendre les mots de Bruno Muel, Les Trois cousins est la face cachĂ©e de lâimmigration. Un conte beau et triste ». Ă mi-parcours entre documentaire et fiction pour mieux crĂ©er lâimage dâaprĂšs ? on pense Ă Cartier Bresson, il faut noter la prĂ©sence de Mohamed Zinet parmi les acteurs, ainsi que le jeu des acteurs amateurs, trĂšs convaincant. RenĂ© Vautier poursuit toute sa vie une carriĂšre de cinĂ©aste militant. 134 Films restaurĂ©s Une simple histoire est le premier film de Marcel Hanoun, câest lâhistoire dâune femme condamnĂ©e Ă vie », dit Jean-Luc Godard dans la revue Arts. Coproduit par la tĂ©lĂ©vision française, le film reçoit le grand prix Eurovision au festival de Cannes en 1967. TirĂ© dâun triste fait-divers et tournĂ© en 16mm dans le Paris de la Nouvelle Vague, Une simple histoire raconte lâerrance dâune mĂšre et de sa petite fille de six ans. Le son tĂ©moin est recouvert par une voix off, la mĂšre retrace les tristes Ă©vĂ©nements en commentaire synchrone. Cette premiĂšre expĂ©rimentation sonore est la trace dâun parti pris du rĂ©alisateur, la marque dâun effet effort de distanciation poĂ©tique et la volontĂ© de crĂ©ation dâune forme dâattention, dâĂ©coute et de temporalitĂ© diffĂ©rentes. CinĂ©aste rare et prĂ©cieux, Marcel Hanoun a Ă©tĂ© photographe et journaliste avant de se tourner vers le cinĂ©ma, dos au grand spectacle mais bien debout dans les marges de la recherche et de lâexpĂ©rimentation. Sa rĂ©flexion par lâĂ©criture nâa jamais cessĂ© dâaccompagner et dâalimenter sa crĂ©ation elle dĂ©place et enrichit son propos, en Ă©pouse la trajectoire Ă la fois complexe et ascĂ©tique, exigeante et originale ». Marcel Hanoun est parti cette annĂ©e, nous laissant des Ă©crits, des notes et bien entendu des films qui ne cessent de nous prĂ©occuper par ce que filmer veut dire ». Une simple histoire a Ă©tĂ© numĂ©risĂ© en 2009, Ă lâoccasion de la rĂ©trospective consacrĂ©e Ă Marcel Hanoun Ă la CinĂ©mathĂšque française. Emilie Cauquy Remerciements Ă HervĂ© Pichard et Bernard Benoliel, forces documentaires. Une simple histoire Marcel Hanoun 1959 / France / 66â / noir et blanc InterprĂ©tation Micheline Bezançon la femme, Elizabeth Huart la petite fille, Raymond Jourdan, Gilette Barbier, Madeleine Marion, Maria Meriko, Max Delon. ScĂ©nario, image, montage, production Marcel Hanoun Son Paul Bonnefond Une femme vient Ă Paris avec sa fille pour chercher du travail, mais elle nây rencontre que la misĂšre. Le film, qui sâenroule autour dâun flash back, est le rĂ©cit par cette femme de sa galĂšre et de son errance, et câest sans arrĂȘt, Ă lâimage comme au son, les mĂȘmes figures et les mĂȘmes motifs qui reviennent la faim, lâargent, la marche, trouver un travail, trouver un toit⊠Le film se situe en aval des errances de Charlot, en aval des grandes figures dĂ©boussolĂ©es, Ă la recherche de leur orientation, du cinĂ©ma nĂ©o-rĂ©aliste comme chez Rossellini, et puis aussi en aval du film de Robert Bresson, Un condamnĂ© Ă mort sâest Ă©chappĂ©. Godard disait dâailleurs du film câest lâhistoire dâune femme condamnĂ©e Ă vivre ». Mais il se situe en amont du Paris vu par la Nouvelle Vague Ascenseur pour lâĂ©chafaud de Louis Malle, les films de Truffaut, Ă bout de souffle de Godard, ou Le Signe du lion de Rohmer, qui est lui aussi un film sur la galĂšre, sur lâerrance et la faim. Bernard Benoliel prĂ©sentation du film sur le site de la CinĂ©mathĂšque française lors de la rĂ©trospective Marcel Hanoun, mai 2010 Les trois cousins RenĂ© Vautier 1970 / France, AlgĂ©rie / 10â / couleur InterprĂ©tation Mohamed Zinet, Farouk Derdour, Hamid Djellouli Image Bruno Muel, Robert LĂ©zian Son Michel Desrois, Antoine Bonfanti Musique originale Michel Portal, Françoise Starckenberg Montage Nedjma Scialom, Eric Faucherri, Anne Papillaut Production Union de production du cinĂ©ma Bretagne Lâargent Il sâengage contre le capitalisme et le patronat Un homme est mort, le racisme en France Les Ajoncs, Les Trois cousins, poursuit sa dĂ©nonciation du colonialisme dâAfrique 50 Ă Avoir vingt ans dans les AurĂšs, donne la parole aux femmes Quand les femmes ont pris la colĂšre, corĂ©alisĂ© avec Soazig Chappedelaine. Il fait tourner Claudia Cardinale pour la premiĂšre fois en 1956 Anneaux dâor, participe aux groupes Medvedkine et publie ses mĂ©moires en 1998, CamĂ©ra citoyenne, livre aujourdâhui Ă©puisĂ©. Le nouveau tirage des Trois Cousins a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© Ă partir du nĂ©gatif original 35mm, les dĂ©fauts apparents dâorigine rayures et dĂ©fauts sonores ont Ă©tĂ© conservĂ©s, stigmates de la diffusion difficile du film. Avec Les Trois cousins, RenĂ© Vautier devient lâun des pionniers dâun cinĂ©ma qui commence Ă peine Ă aborder la question de lâimmigration des anciennes colonies françaises. Inaugurant une lignĂ©e de films commanditĂ©s par le Parti Communiste, Vautier sâattache Ă dĂ©crire dans une forme courte, les conditions de vie misĂ©rables de travailleurs immigrĂ©s qui sâasphyxient dans une cabane Ă cause dâune chaudiĂšre mal raccordĂ©e. dâaprĂšs Marguerite Vappereau, Des AurĂšs Ă Chatila, Ă©thiques minoritaires », 1- Marcel Hanoun, CinĂ©ma cinĂ©aste, Notes sur lâimage Ă©crite, Yellow Now, 2001. 2- Nicole Brenez, in Marcel Hanoun, CinĂ©ma cinĂ©aste, Notes sur lâimage Ă©crite, prĂ©face, Yellow Now, 2001. 135 SĂ©ance expĂ©rimentale La couleur de lâargent Une sĂ©ance proposĂ©e par SĂ©bastien Ronceray, programmateur Ă lâassociation Braquage Ă tous les numismates dressant des mancolistes, quelques perles cinĂ©matographiques autour de lâargent, de sa couleur, de sa folie, de sa matiĂšre, en trois temps âą DĂ©tournement dâargent des cinĂ©astes ont su prendre lâargent oĂč il Ă©tait pour dĂ©tourner lâusage classique du cinĂ©ma Norman McLaren, Len Lye, CĂ©cile Fontaine. âą Montage financier des films oĂč le rythme frappe comme sur des piĂšces de monnaie Hans Richter, Ben Russell. âą DĂ©pense aprĂšs avoir luttĂ© pour en gagner, chercher Ă le dĂ©penser Satyajit Ray, Ronald Nameth Dollar Dance Norman McLaren Ătats-Unis/1943/6â/couleur/sonore/vidĂ©o Distribution CinĂ©doc Paris Films Coop Film publicitaire sur lâinflation et le contrĂŽle des prix en animation tracĂ©e directement Ă la plume sur pellicule de 35 mm. Rainbow Dance Len Lye Grande-Bretagne/1936/5â/couleur/sonore Avec lâaimable autorisation de la Len Lye Foundation et du British Postal Museum and Archive. ExpĂ©rimentation sur la couleur avec la pellicule GasparColor par le maĂźtre de lâintervention sur pellicule, pour le service dâĂ©pargne de la banque postale anglaise. Silver Rush CĂ©cile Fontaine France/1998/8â/couleur/sonore/16mm Chasses en tous genres, dans les dĂ©cors mythiques du Western amĂ©ricain. Des ruĂ©es vers lâor, mais aussi vers lâargent Ă lâintĂ©rieur mĂȘme de la pellicule. Inflation Hans Richter Allemagne/1928/3â/noir & blanc/silencieux/16mm Montage rapide et rythmĂ© sur le thĂšme de lâinflation que connut lâAllemagne dans les annĂ©es 1920. Contrepoint entre le dĂ©clin des personnes et lâaugmentation des zĂ©ros. Trypps 5 Dubai Ben Russell Etats-Unis/2008/3â/couleur/silencieux/16mm Une sĂ©miotique du capital, du bonheur, et la phĂ©nomĂ©nologie sous les nĂ©ons clignotants du capitalisme. Delivrance Sadgati Satyajit Ray Inde/1981/45â/couleur/sonore/ 35mm Inflation MalgrĂ© sa fiĂšvre, un intouchable exĂ©cute des travaux pour un brahman quâil sollicite pour le mariage de sa fille. Le cours de lâexpĂ©rience a baissĂ© » disait Walter Benjamin. Andy Warhol Exploding Plastic Inevitable Etats-Unis/1967/12â/couleur/sonore/BĂ©ta Ronald Nameth Captation dâun light show orchestrĂ© par Andy Warhol mettant en scĂšne les Velvet et les Superstars warholiennes. Ainsi une partie de lâhumanitĂ© relativement riche, travailleuse, crĂ©atrice de surplus importants sait Ă©changer des choses considĂ©rables sous dâautres formes et pour dâautres raisons que celles que nous connaissons. » Marcel Mauss. 136 Art numĂ©rique Depuis plusieurs annĂ©es le festival et lâespace multimedia Gantner collaborent pour, autour des thĂ©matiques du festival, donner Ă voir des Ćuvres numĂ©riques au public et aux Ă©lĂ©ves qui viennent Ă EntreVues. La crise, ces derniĂšres annĂ©es, a beaucoup inspirĂ© les artistes numĂ©riques. LâĆuvre Grenze de Patrick Fontana, qui sâappuie sur le capital de Marx, sera exposĂ©e au public dans le hall du cinĂ©ma. Mais beaucoup dâautres Ćuvres sont aussi Ă dĂ©couvrir sur internet. Grenze de Patrick Fontana avec Pierre-Yves Fave et Emeric Aelters En partenariat avec LâEspace multimĂ©dia gantner, service du Conseil GĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort Grenze » est une vision des mĂ©tamorphoses du systĂšme capitaliste dâaprĂšs Le Capital de Karl Marx. Il sâarticule autour de lui. Il en donne une traduction visuelle. Il met progressivement en place une chaĂźne de mouvements mĂ©tamorphiques. Ă la construction dâun mĂ©canisme infernal qui emporte tout, rĂ©pondent notre regard, notre attente, le temps. Patrick Fontana Avec Pierre-Yves Fave, nous avons ouvert un dialogue entre lâoutil informatique et le geste dessinĂ© et animĂ© dans Grenze nous avons cherchĂ© Ă ĂȘtre cohĂ©rent graphiquement avec la teneur de ce quâest le capital un ensemble de rapport de forces agissant sur notre environnement et sur nous. Emeric Aelters compose lâensemble des corps sonores et une musique Ă©lectronique originale en direct pendant toute la durĂ©e de la vidĂ©o performance. » Art numĂ©rique A VOIR SUR INTERNET âą Rybn et leur robot qui spĂ©cule âą âą Une reflexion sur la circulation de âą lâargent, du dollar âą âą âą Le post capitalisme vu par le âą performeur Martin Schick âą Not My Piece â Postcapitalism for âą beginners on Vimeo âą Le Confessionnal Homme vĂ©nale, femme vĂ©nale, confessez-vous ! » AprĂšs Lacan, lâextimitĂ©, par opposition Ă lâintimitĂ©, est, tel quâelle a Ă©tĂ© dĂ©finie par le psychiatre Serge Tisseron, le dĂ©sir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-lĂ considĂ©rĂ©s comme relevant de lâintimitĂ©. Câest sur cette base rĂ©flexive que sâappuient les deux artistes Sandrine DĂ©cembre et SĂ©bastien Augier. Notre source dâinspiration est lâartiste Andy Warhol et particuliĂšrement ses films rĂ©alisĂ©s entre 1963 et 1968 », prĂ©cise Sandrine DĂ©cembre. Il sâagit ici dâenregistrer les personnes comme elles sont. » Warhol a introduit le principe dâune gĂ©nĂ©ralisation de lâextimitĂ©. Selon lui Tous les gens disent des choses fantastiques⊠On considĂšre cela toujours nĂ©gativement, comme une invasion de leur vie privĂ©e, mais je crois plutĂŽt que chacun devrait ĂȘtre constamment enregistrĂ© Ă son insu [bugged], enregistrĂ© et photographiĂ©. » Lâargent Du samedi 24 novembre au dimanche 2 dĂ©cembre, testez Le Confessionnal », un espace de rĂ©flexion privilĂ©giĂ© sur lâ extimitĂ© ». Le confessionnal sâinscrit dans lâesthĂ©tique de la quotidiennetĂ©, dans lâesthĂ©tique de la dĂ©mocratie de masse, dans lâaccĂšs pour tous Ă une reprĂ©sentation artistique lĂ©gitime » prĂ©cise SĂ©bastien Augier. Le Confessionnal invite le public dâEntreVues Ă se confesser sur le sujet de lâargent Que pensez-vous de l'argent ? Aimez-vous l'argent ? Vous imaginez-vous parfois allongĂ©s dans un champ de blĂ© ? Cuisinez-vous vos carottes Ă l'oseille ? » 137 SĂ©ances SĂ©ance jeune public jeune public Les mercredi, samedi et dimanche, hors temps scolaire, six sĂ©ances pour que les enfants profitent du festival avec leurs parents, autour d'un choix de films oĂč il est aussi question d'argent. Ces sĂ©ances sont ouvertes Ă tous et gratuites jusqu'Ă 12 ans. Les Temps modernes Modern Times Charles Chaplin 1935 / Ătats-Unis / 87â / noir et blanc / muet Ă partir de 7 ans Avec Charles Chaplin, Paulette Goddard CinĂ©-goĂ»ters Les Goonies The Goonies Richard Donner La vie dâun ouvrier, employĂ© sur une chaĂźne de production, soumis Ă divers mauvais traitements, gavĂ© par une machine ou contraint Ă visser des Ă©crous Ă un rythme effrĂ©nĂ© sur une chaĂźne de montage accĂ©lĂ©rĂ©e. Rendu malade par les machines et lâautomatisme, il abandonne son poste⊠Dimanche 25 novembre, 14h La RiviĂšre dâargent Silver River Raoul Walsh 1947 / Ătats-Unis / 110â / noir et blanc / vf Ă partir de 8 ans Avec Errol Flynn, Ann Sheridan Durant la Guerre de SĂ©cession, alors que la bataille de Gettysburg fait rage, de peur que le million de dollars en billets de banque dont il a la charge tombe aux mains des Sudistes qui le poursuivent, le capitaine Mike McComb prend la dĂ©cision de mettre le feu au chariot qui le contient. Pensant avoir accompli un acte hĂ©roĂŻque, cette action lui vaut au contraire dâĂȘtre renvoyĂ© de lâarmĂ©e. Samedi 1er dĂ©cembre, 14h Une vie de chat Jean-Loup Felicioli, Alain Gagnol 2010 / France, Belgique / 70â / couleur Ă partir de 5 ans Avec les voix de Dominique Blanc, Bruno Salomone, Jean Benguigui, Bernadette Lafont Depuis la mort de son pĂšre, policier abattu en service par le terrible gangster Victor Costa, ZoĂ©, 7 ans, est muette. Son meilleur ami, son chat Dino, est devenu, au cours de ses virĂ©es nocturnes sur les toits, familier dâun habile et charmant monte-en-lâair Nico. Dimanche 2 dĂ©cembre, 11h 138 1985 / Ătats-Unis / 114â / couleur / vostf Ă partir de 8 ans Avec Sean Astin, Josh Brolin, Jeff Cohen Astoria, une modeste et paisible citĂ© portuaire de la CĂŽte Ouest des Ătats-Unis. Alors que les terribles Fratelli sâĂ©vadent de prison, une bande de gamins trouvent dans un grenier une vieille carte au trĂ©sor menant au pirate Willy Le Borgne. Mercredi 28 novembre, 14h Les Aventures de Robin des Bois The Adventures of Robin Hood Michael Curtiz, William Keighley 1938 / Ătats-Unis / 102â / noir et blanc / vf Ă partir de 7 ans Avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone En lâan 1191, le roi Richard CĆur-de-Lion, parti pour les Croisades, a Ă©tĂ© fait prisonnier par LĂ©opold dâAutriche. Mais Ă la Cour de Nottingham, son frĂšre, le prince Jean, tient Ă garder le pouvoir. Robin de Loxsley, archer de grande valeur, se refuse Ă reconnaĂźtre lâautoritĂ© de lâusurpateur... Dimanche 2 dĂ©cembre, 14h Une autre projection aura lieu le samedi 24 novembre Ă 14h CinĂ©ma et histoire CAPITALISME 139 CinĂ©ma et histoire Capitalisme, temps de crises L a crise » sujet dramatiquement dâactualitĂ© depuis quelques annĂ©es⊠Stricto sensu, la crise », quâelle soit politique ou Ă©conomique, dĂ©signe uniquement le moment du retournement de la conjoncture, selon une ancienne analogie empruntĂ©e Ă lâunivers mĂ©dical. La crise nâest alors quâun phĂ©nomĂšne trĂšs ponctuel, qui fait dĂ©jĂ partie du passĂ© aussitĂŽt quâelle est advenue. Lecture partielle et lĂ©nifiante de lâhistoire qui nĂ©glige les mĂ©canismes de propagation de la crise du secteur financier Ă la sphĂšre Ă©conomique et sociale, au monde rĂ©el ». Alors dĂ©pression », qui implique lâidĂ©e dâun malaise Ă©conomique durable ? LĂ encore, rĂ©duire la crise » Ă une dĂ©pression manque de pertinence. La crise » ne se traduit pas toujours ou seulement par une rĂ©cession Ă©conomique, une diminution de lâensemble des richesses produites par un pays. Ă mesure que lâhistoire du capitalisme se dĂ©roule, les formes de la crise se renouvellent ou se rĂ©pĂštent temps des crises plutĂŽt que temps de la crise ? Le passage du singulier au pluriel pose lâĂ©pineuse question de la normalitĂ© supposĂ©e du capitalisme. La croissance est-elle lâĂ©tat normal de ce dernier ? Lâhistoire est-elle condamnĂ©e Ă se rĂ©pĂ©ter ou a-telle une fin ? Les travailleurs pauvres rĂ©apparaissent, les Ă©carts entre les plus riches et les plus pauvres se re creusent, le nombre de chĂŽmeurs augmente, la prĂ©caritĂ© sâĂ©tend. La crise est financiĂšre, Ă©conomique, sociale, mais aussi morale. Pour mieux comprendre ces temps des crises, nous commençons par le temps des cerises, le temps du capitalisme sauvage des self-made-men amĂ©ricains qui spĂ©culent comme ils jouent au poker, crĂ©ent puis tarissent La RiviĂšre dâargent. Le rĂȘve amĂ©ricain est parfois mis Ă mal mais il est toujours prĂ©sent dans les diffĂ©rentes visions hollywoodiennes. Nouveaux dĂ©parts, errances bibliques ou modernes Ă©voquent la Manifest Destiny » Ă©tatsunienne. Toute autre est la vision soviĂ©tique du rĂȘve amĂ©ricain et surtout des peurs que suscite lâapparition de lâURSS. Ă la naĂŻvetĂ© de Mr West au pays des bolchĂ©viks rĂ©pond la luciditĂ© des jurĂ©s du procĂšs de Cleveland contre Wall Street. Si les pauvres sont les premiĂšres victimes de la crise alors que les riches sâen sortent mieux, câest bien une question de crĂ©dulitĂ© exploitĂ©e, dâignorance entretenue, parce ce que nous ne sommes pas du mĂȘme monde », bref de capital culturel inĂ©gal. Pour autant, les visions de la crise ne sont pas manichĂ©ennes. Certes, des responsables â supposĂ©s ou rĂ©els â sont dĂ©signĂ©s travailleurs immigrĂ©s, banquiers, sociĂ©tĂ©s anonymes, experts des jeux complexes des mĂ©canos financiers, instances internationales sont convoquĂ©s Ă la barre. Certes, les victimes sont identifiĂ©es vieille dame expulsĂ©e de sa maison, mĂ©tayers, mineurs ou populations des pays du Sud. Mais les deux figures se confondent parfois de maniĂšre troublante et la rĂ©demption nâest pas toujours au rendez-vous. Cela ne facilite pas la tĂąche de ceux qui sont dĂ©signĂ©s pour juger des responsabilitĂ©s de chacun. Morale et argent deux constructions historiques et cinĂ©matographiques qui cohabitent mal. Au final, la vĂ©ritĂ© est comme souvent Ă©noncĂ©e par le fou, pasteur ou avocat, Pangloss lucide qui dĂ©nonce lâaviditĂ© et lâĂ©goĂŻsme et rappelle le sens du vivre ensemble et la force de lâaction collective. Laurent Heyberger MaĂźtre de confĂ©rences en histoire contemporaine RĂCITS-DĂ©partement HumanitĂ©s UniversitĂ© de Technologie de Belfort-MontbĂ©liard intervenants au colloque âą JĂ©rĂŽme Bloch âą Michel Etcheverry âą Laurent Heyberger âą Samuel LeliĂšvre âą Anne-Lise Marin-Lamellet âą Irina Tcherneva 140 CinĂ©ma et histoire Les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks Lev Koulechov Mister West Ă©tait une cinĂ©-caricature, une parodie de films de cow-boys et de films comiques. Son cĂŽtĂ© burlesque, ironique, parodique, rĂ©vĂ©lait une forte influence de lâĂ©poque. La jeune Ă©poque de la rĂ©volution, lâĂ©poque dĂ©bordante de joie de vivre, riait Ă gorge dĂ©ployĂ©e de tout ce qui Ă©tait risible, retournait sens dessus-dessous les formes habituelles de lâart et les adaptait joyeusement aux thĂšmes du jour. Luda Schnitzer, NeĂŻa ZorkaĂŻa Cahiers du cinĂ©ma, mai-juin 1970 1924 / / 94â / noir et blanc / muet InterprĂ©tation Porfiri Podobed Mr. West, Boris Barnet Jeddy, Alexandra Khokhlova la comtesse, Vsevolod Poudovkine Shban, Sergei Komarov le borgne, Vladimir Fogel un collĂšgue dâElly, Vera Lopatina Elly, Leonid Obolenski le gandin ScĂ©nario NikolaĂŻ Aseyev, Vsevolod Poudovkine DĂ©cors Vsevolod Poudovkine Image Alexander Levitsky Montage Alexander Levitsky Production Goskino Lâargent Mister West, un bourgeois amĂ©ricain, dĂ©cide dâentreprendre un voyage en URSS. Sa famille essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de lâen dissuader, tout imprĂ©gnĂ©e quâelle est par la presse amĂ©ricaine oĂč lâimage du bolchevik reste celle dâun brigand, le couteau entre les dents. Par prudence, Mister West engage un cow-boy qui veillera Ă sa sĂ©curitĂ© pendant le voyage. Mises en abĂźme le capitalisme vu dâURSS par Irina Tcherneva Irina Tcherneva achĂšve sa thĂšse de doctorat, consacrĂ© au cinĂ©ma non-jouĂ© en URSS aprĂšs la mort de Staline, Ă lâEHESS Centre dâĂ©tudes du monde russe, caucasien et centre-europĂ©en. Elle participe actuellement Ă une recherche collective sur le cinĂ©ma soviĂ©tique en guerre. Elle a contribuĂ© Ă faire connaĂźtre le documentaire soviĂ©tique en France via des interventions et lâorganisation de projections, aussi bien dans le cadre scientifique quâassociatif. 141 CinĂ©ma et histoire Les Raisins de la colĂšre John Ford The Grapes of Wrath Tom Joad sort de prison aprĂšs y avoir purgĂ© une peine de quatre ans. ArrivĂ© Ă la maison de ses parents, il dĂ©couvre que celle-ci est vide Ă lâexception dâun malheureux nommĂ© Muley qui lui explique que tous les fermiers de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© chassĂ©s par des entrepreneurs. Tom rejoint alors ses parents qui se sont rĂ©fugiĂ©s chez leurs propres parents. Toute la famille dĂ©cide de quitter lâOklahoma pour gagner la Californie oĂč, parait-il, on peut encore trouver du travail⊠Les Raisins de la colĂšre est lâancĂȘtre et le plus sublime des road movies du cinĂ©ma amĂ©ricain. Il contient en tout cas lâune des plus poignantes et plus violentes dĂ©nonciations de la misĂšre quâon ait vues dans un film. Ă cet Ă©gard, il souligne bien le caractĂšre politiquement inclassable de lâĆuvre de Ford, considĂ©rĂ© par les uns comme un radical » une sorte de gauchiste et par les autres comme un ultra-conservateur. Ces notions de radicalisme et de conservatisme sont en vĂ©ritĂ© Ă©trangĂšres Ă Ford qui sâattache ici, comme il lâa fait souvent, Ă traiter un sujet se dĂ©roulant dans une Ă©poque de transition, câest Ă dire de rupture, de cassure entre deux mondes. Un monde disparaĂźt celui de la famille unie et des traditions sĂ©culaires. Un autre monde, peut-ĂȘtre, va naĂźtre, enfantĂ© dans le dĂ©sarroi, le doute, la souffrance. Jacques Lourcelles Dictionnaire du cinĂ©ma, Robert Laffont, 1992 142 1939 / Ătats-Unis / 129â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Henry Fonda Tom Joad, Jane Darwell Ma Joad, John Carradine Casy, Charley Grapewin Grandpa Joad, Dorris Bowdon Rosasharn, Russell Simpson Pa Joad, Whitehead Al, John Qualen Muley, Eddie Quillan Connie Rivers, Zeffie Tilbury Grandma Joad ScĂ©nario Nunnally Johnson, dâaprĂšs le roman de John Steinbeck Direction artistique, dĂ©cors Richard Day, Mark-Lee Kirk, Thomas Little Image Gregg Toland Son Roger Heman, George Leverett Musique originale Alfred Newman Montage Robert Simpson Production Twentieth Century Fox La crise de 29 aux Ătats-Unis par Michel Etcheverry Michel Etcheverry est agrĂ©gĂ© dâanglais et enseigne Ă lâUniversitĂ© de Paris-IV Sorbonne. SpĂ©cialiste du cinĂ©ma amĂ©ricain, il est lâauteur de nombreux articles et a fait partie du comitĂ© de rĂ©daction de la revue Split Screen. Il a co-dirigĂ© avec Francis Bordat lâouvrage Cent ans dâaller au cinĂ©ma le spectacle cinĂ©matographique aux Ătats-Unis Presses Universitaires de Rennes et prĂ©pare actuellement un livre sur le cinĂ©ma policier, Ă paraĂźtre en 2013 aux Ă©ditions Rouge Profond. La RiviĂšre dâargent Silver River CinĂ©ma et histoire Raoul Walsh La RiviĂšre dâargent est moins un western au sens strict quâun conte moral sur le capitalisme sauvage. Le film aborde les effets pervers et les limites de lâindividualisme et du carriĂ©risme encouragĂ©s par le systĂšme amĂ©ricain. En effet, chez Walsh, tous les coups ne sont pas permis, et lâaction sâaccompagne toujours de la rĂ©flexion. Le personnage principal expĂ©rimente les limites de sa misanthropie et de sa cupiditĂ© pour finalement transcender son mĂ©pris pour la sociĂ©tĂ© et comprendre lâimportance de ses responsabilitĂ©s morales devant la communautĂ©. La dimension politique du film nâocculte pas le lyrisme et lâĂ©nergie habituels de Walsh. Quant Ă lâexceptionnel pouvoir de sĂ©duction de Flynn, malgrĂ© un vieillissement prĂ©maturĂ© du Ă ses excĂšs de boisson, il accentue la complexitĂ© de son personnage. Olivier PĂšre Blog personnel, 13 janvier 2012 1947 / Ătats-Unis / 110â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Errol Flynn Mike McComb, Ann Sheridan Georgia Moore, Thomas Mitchell John Plato Beck, Bruce Bennett Stanley Moore, Tom dâAndrea Pistol » Porter, Barton McLane Banjo » Sweeney, Monte Blue Buck Chevigee, Jonathan Hale Spencer, Al Bridge Slade, Arthur Space Major Ross ScĂ©nario Harriet Frank Jr, Stephen Longstreet, dâaprĂšs son roman DĂ©cors Ted Smith, William Wallace Image Sidney Hickox Son Francis J. Scheid Musique originale Max Steiner Montage Alan Crosland Jr. Production Warner Bros Pictures Lâargent Durant la Guerre de SĂ©cession, alors que la bataille de Gettysburg fait rage, de peur que le million de dollars en billets de banque dont il a la charge tombe aux mains des Sudistes qui le poursuivent, le capitaine Mike McComb prend la dĂ©cision de mettre le feu au chariot qui le contient. Pensant avoir accompli un acte hĂ©roĂŻque, cette action lui vaut au contraire dâĂȘtre renvoyĂ© de lâarmĂ©e. Il dĂ©cide dĂ©sormais de nâobĂ©ir quâĂ ses propres lois et de ne plus se laisser marcher sur les pieds, portĂ© par ses ambitions dĂ©mesurĂ©es⊠La fiĂšvre du capitalisme sauvage par JĂ©rĂŽme Bloch Doctorant en Ătudes CinĂ©matographiques Ă lâUniversitĂ© Paris III Sorbonne-Nouvelle, JĂ©rĂŽme Bloch rĂ©dige une thĂšse intitulĂ©e RĂ©cits bibliques et cinĂ©ma amĂ©ricain adaptations, emprunts, lectures et relectures » sous la direction de Jean-Loup Bourget. Auteur dâarticles scientifiques publiĂ©s en 2012 dans les ouvrages collectifs Michel de MâUzan ou le saisissement crĂ©ateur Ăditions Champ-Vallon et Avanca Cinema 2012 Ăditions CinĂ©-Club de Avanca, il enseigne lâĂ©criture de scĂ©nario dans plusieurs Ă©tablissements. 143 CinĂ©ma et histoire Nos amis de la banque Peter Chappell Lâavenir des pays en voie de dĂ©veloppement dĂ©pend pour une bonne part dâune institution vieille de 50 ans la Banque mondiale. CritiquĂ©e et remise en cause, confrontĂ©e Ă de nombreux Ă©checs, la Banque traverse une pĂ©riode de perplexitĂ© quant aux nouvelles stratĂ©gies Ă adopter, principalement en Afrique. Pendant 14 mois, Peter Chappell a suivi les nĂ©gociations entre la Banque mondiale et lâOuganda, pour dĂ©crire et comprendre les mĂ©canismes obscurs et abstraits qui façonnent la rĂ©alitĂ© des relations nord-sud, et lâavenir de millions dâhommes. Comment rendre compte de rapports entre institutions, entre un Ă©tat, lâOuganda, et une organisation internationale, la banque mondiale, comment rendre compte de rapports qui les dĂ©passent mĂȘme, ceux entre le Sud et le Nord, entre celui qui croit pouvoir dĂ©cider et celui qui dĂ©cide de fait. Comment rendre compte de ce qui reste secret, abstrait, complexe et qui pourtant rĂ©git le monde et aura des rĂ©percussions concrĂštes et immĂ©diates sur la politique dâun pays mais aussi sur la vie de milliers de personnes. Le pouvoir, lâargent, le trafic dâinfluence, les nĂ©gociations, de cela Nos amis de la banque nous donnera une idĂ©e plus quâil ne le montrera vraiment, au dĂ©tour dâun couloir, Ă la faveur dâun sourire ou dâune parole dans un plan ou de la mise en scĂšne trĂšs officielle dâune poignĂ©e de main. Pourtant le suspense 144 1997 / France, Grande Bretagne / 84â / couleur / vostf ScĂ©nario Peter Chappell, Greg Lanning Image Peter Chappell Son Tim Hughes, Anthony Cooper Montage Catherine Zins Production JBA Productions, IBT Production, Arte France, Channel Four fonctionne totalement lâambiguĂŻtĂ© des personnages ou lâempathie que nous pouvons nous dĂ©couvrir pour les uns et les autres, fait de ce film documentaire un vĂ©ritable polar financier ! Catherine Bizern La crise vue du Sud Nos amis de la banque P. Chapell, 1986 par Samuel LeliĂšvre Chercheur associĂ© au Laboratoire Communication et Politique LCP/CNRS, Samuel LeliĂšvre conduit des recherches en philosophie, histoire, et cinĂ©ma. Ses centres dâintĂ©rĂȘt concernent principalement les relations entre image, Ă©thique, et esthĂ©tique. Il travaille aussi sur lâarticulation entre culture, cinĂ©ma et politique et a notamment publiĂ© des recherches sur les cinĂ©mas et audiovisuels africains. Itâs a Free World CinĂ©ma et histoire Ken Loach Câest un film sur lâidĂ©e que notre sociĂ©tĂ© est en proie Ă un conflit permanent. Jâutilise la mĂ©taphore de la guerre, avec cette ligne de front qui oppose deux camps, les exploiteurs et les exploitĂ©s. Mais jâen reste Ă lâanalogie, je ne me risquerais pas Ă confondre les deux. Angie, mon hĂ©roĂŻne, se situe Ă la frontiĂšre des deux mondes. Elle est dâabord envoyĂ©e au front par ceux qui lâexploitent et finit par exploiter Ă son tour. Elle ne devient pas au cours du film une personne diffĂ©rente. Câest la mĂȘme personne dans un contexte qui a changĂ©. Jâai pensĂ© quâil Ă©tait plus intĂ©ressant dâexplorer les mĂ©canismes de lâexploitation du point de vue de ceux qui exploitent, plutĂŽt que dans celui, exclusif, des victimes. » Ken Loach entretien avec Jean-Baptiste Thoret et StĂ©phane Bou, Charlie Hebdo, 2 janvier 2008 2007 / Grande Bretagne, Italie, Allemagne, Espagne, Pologne / 96â / couleur / vostf InterprĂ©tation Kierston Wareing Angela, Juliet Ellis Rose, Leslaw Zurek Karol, Joe Siffleet Jamie, Colin Coughlin Geoff, Maggie Hussey Cathy, Raymond Hearns Andy, Davoud Rastgou Mahmoud, Mahin Aminnia la femme de Mahmoud ScĂ©nario Paul Laverty DĂ©cors Fergus Clegg, Peter James Image Nigel Willoughby Son Ray Beckett Musique originale George Fenton Montage Jonathan Morris Production Sixteen films, Bim Distribuzione, EMC Produktion, Tornasol Films, SPI International Lâargent Angie travaille pour une agence de recrutement. Elle sillonne lâEurope de lâEst, Ă la recherche dâune main-dâoeuvre bon marchĂ©. Au cours dâune mission en Ukraine, elle rencontre Karol. Elle lâembauche sur le champ et, aprĂšs une altercation avec son supĂ©rieur, passe la nuit avec lui. De retour en Angleterre, Angie apprend quâelle est virĂ©e. Elle ne se laisse pas abattre pour autant avec sa colocataire, Rose, elle transforme son appartement de lâEast London en agence dâintĂ©rim⊠La crise du travail par Anne-Lise Marin-Lamellet Anne-Lise Marin-Lamellet est maĂźtre de confĂ©rences Ă lâUFR dâArts, Lettres et Langues de lâUniversitĂ© Jean Monnet - Saint Etienne. Au sein du CIEREC, elle travaille sur la civilisation et le cinĂ©ma britanniques contemporains. Elle est lâauteur dâune thĂšse intitulĂ©e Le Working Class Hero ou la figure ouvriĂšre Ă travers le cinĂ©ma britannique de 1956 Ă nos jours » 145 CinĂ©ma et histoire Cleveland contre Wall Street Jean-StĂ©phane Bron Et si le procĂšs intentĂ© en janvier 2008 par la ville de Cleveland Ă vingt et une banques amĂ©ricaines, qui ont rĂ©ussi Ă le repousser aux calendes grecques, avait bel et bien eu lieu, Ă quoi aurait-on assistĂ© ? quâauraiton compris enfin ? quelle eĂ»t Ă©tĂ© la ligne de dĂ©fense des banques ? La crise financiĂšre, avec ses histoires de subprimes et de titrisations, a fait beaucoup de victimes dans la rĂ©gion de Cleveland prĂšs de 20 000 familles, soit 100 000 personnes, ont Ă©tĂ© expulsĂ©es de leur domicile. Quand Jean-StĂ©phane Bron dĂ©couvre dans un article quâune ville a portĂ© plainte contre des banques, il dĂ©barque dans lâOhio. Puis, quand tout le monde comprend que le procĂšs nâaura pas lieu, a cette idĂ©e admirable de le jouer pour de faux. Il trouve un tribunal, un juge Ă la retraite, rĂ©unit un jury populaire et de vrais tĂ©moins, et convainc deux vĂ©ritables avocats concernĂ©s par lâaffaire dont celui de la ville, Josh Cohen de participer Ă cette mise en scĂšne. ⊠En expliquant clairement au spectateur ce quâest le scandale des subprimes, en lui montrant un procĂšs qui nâaura sans doute jamais lieu, Bron fait du cinĂ©ma un usage pĂ©dagogique, mais qui pourrait ĂȘtre contestable. A-t-on le droit de vouloir remplacer la rĂ©alitĂ© par son spectacle ? Ne peut-on expliquer les choses sans avoir recours au pathos ? La rĂ©ponse est de la responsabilitĂ© de chaque spectateur. Mais quoi quâil en soit, Cleveland contre Wall Street montre 146 2010 / France, Suisse / 98â / couleur ScĂ©nario Jean-StĂ©phane Bron Image Julien Hirsch Son Jean-Paul Mugel Montage Simon Jacquet Production Les Films PellĂ©as, Saga Productions, Jouror Productions que le cinĂ©ma nâa rien perdu de lâune de ses plus grandes forces sâil nâa pas le pouvoir de se substituer au rĂ©el, il lui reste celui, toujours bien vivace, de consoler ceux qui ont perdu. Jean-Baptiste Morain Les Inrockuptibles, 18 aoĂ»t 2010 La crise financiĂšre contemporaine par Laurent Heyberger Laurent Heyberger est maĂźtre de confĂ©rences en histoire contemporaine Ă lâUniversitĂ© de technologie de Belfort-MontbĂ©liard. SpĂ©cialiste dâhistoire Ă©conomique et sociale et de dĂ©mographie historique, il sâintĂ©resse notamment Ă lâindustrialisation de la France et Ă la colonisation française en Afrique. SĂ©ance spĂ©ciale Indispensable Ă la programmation Capitalisme temps de crises, oĂč nombre de ses films auraient pu trouver leur place, Jean-Luc Godard est aussi une personnalitĂ© du cinĂ©ma centrale pour la revue art press qui lui a consacrĂ© intĂ©gralement plusieurs numĂ©ros. La programmation de son dernier film en date, Film socialisme, sâimposait ainsi Ă plusieurs titres. AndrĂ© Labarthe, Ă©galement, compagnon de route du festival, de la revue art press mais aussi personnage indispensable Ă la filmographie de JeanLuc Godard, ne pouvait ĂȘtre absent de cette Ă©dition du festival. Dâautant plus quâil nous offre avec No comment lâoccasion de ne pas en finir avec Film Socialisme. SĂ©ance spĂ©ciale en compagnie de AndrĂ© Labarthe Film socialisme Jean-Luc Godard 2010 / France / 102â / couleur InterprĂ©tation Agatha Couture Alissa, Jean-Marc StehlĂ© Otto Goldberg, Catherine Tanvier la mĂšre, Christian Sinniger le pĂšre, Florine Battaggia la fille NadĂšge Beausson-Diagne Constance, Quentin Grosset Lucien, Olga Riazanova lâagent secret russe, Ălisabeth Vitali une journaliste France 3, Patti Smith elle-mĂȘme, Alain Badiou lui-mĂȘme, Lenny Kaye lui-mĂȘme ScĂ©nario, montage Jean-Luc Godard Image Jean-Luc Godard, Fabrice Aragno, Paul Grivas Son Gabriel Hafner, François Musy Production Alain Sarde Un bateau croise sur la MĂ©diterranĂ©e. Câest une vaste structure flottante oĂč lâon mange, dort, danse, prie. Ă bord, au grĂ© des escales, un petit garçon, une jeune fille, Alissa et un vieil homme, Goldberg montagne dâor », un photographe et un historien⊠La famille Martin est en crise politique. Les parents sont contestĂ©s par les enfants qui souhaiteraient vivre une expĂ©rience socialiste et donc se prĂ©sentent contre eux Ă des Ă©lections⊠Lâargent No Comment AndrĂ© S. Labarthe Un appartement. Jean Douchet, Jean Narboni, Cyril Neyrat, et Yannick Haenel discutent. Quatre personnes, quatre cinĂ©philes, quatre amis ou passionnĂ©s de JLG, quatre points de vue sâaffrontent, se rĂ©pondent autour dâune question quâest-ce que Film Socialisme ? 2011 / France / 52â / couleur Intervenants Jean Douchet, Yannick Haenel, Jean Narboni, Cyril Neyrat, MarcâO, Eugenio Renzi, Philippe-Emmanuel Sorlin, Arthur Mas, Martial Pisani. Image François Ede, Tom Harari Son Erwan Kerzanet Montage Thierry Demay Production Independencia Valentina Novati 147 art press 40 ans de regard Créée en 1972, art press se dĂ©finit elle-mĂȘme comme une revue dâinformation et de rĂ©flexion sur la crĂ©ation contemporaine, comme un acteur et un tĂ©moin engagĂ© de la crĂ©ation dâaujourdâhui, qui a pour vocation de couvrir lâensemble de la scĂšne artistique mondiale. DĂšs ses premiers numĂ©ros, la revue se prĂ©occupe de photographie, de cinĂ©ma, de danse, de littĂ©rature, de théùtre, portant sur ces diffĂ©rentes disciplines un regard propre Ă celui dâune revue dâart. Les amitiĂ©s que la revue et le festival partagent avec AndrĂ© S. Labarthe ou Dominique PaĂŻni, justifiaient dĂ©jĂ un rapprochement entre nous. Mais proposer Ă art press, Ă lâoccasion de son quarantiĂšme anniversaire, de porter son regard sur le cinĂ©ma contemporain, est surtout une façon de rendre hommage Ă cette vision plurielle et dĂ©cloisonnĂ©e sur le monde de lâart Ă laquelle les dĂ©veloppements des pratiques des artistes ont donnĂ© raison. Aujourdâhui, notamment avec lâart vidĂ©o â films et installations â, la frontiĂšre entre les arts plastiques et le cinĂ©ma est devenue de plus en plus poreuse. La compĂ©tition du festival en porte elle-aussi la marque en sâintĂ©ressant aux travaux de ClĂ©ment Cogitore, Clarisse Hahn, Gabriel Abrantes ou encore Ben Russell, pour ne citer que les artistes que nous retrouvons rĂ©guliĂšrement dans les galeries et musĂ©es dâart contemporain. AInsi dans son numĂ©ro sur le cinĂ©ma contemporain en juillet 2011, art press rendait compte des arts de faire des films » en mettant lâaccent sur les relations du film Ă lâexperimentation » ; de ces relations naissent des Ćuvres qui portent en elles de nouvelles mise en rĂ©cit et en image », celles-lĂ mĂȘme que nous tentons de rassembler dans la compĂ©tition internationale dâEntreVues. 148 Le choix d'art press est un regard singulier sur le cinĂ©ma depuis les annĂ©es soixante, regard partagĂ© avec Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, mais qui appartient d'abord Ă Catherine Millet. Nous retrouvons ici le goĂ»t de l'Ă©crivain et de la directrice de la rĂ©daction de la revue pour une reprĂ©sentation sexuelle du corps et ritualisĂ©e du monde. Essentiellement europĂ©enne, et mĂȘme française, cette programmation nous touche par lâĂ©vidence des cinĂ©astes choisis, dâart sur les images animĂ©es » dâautres oeuvres qui marquent le lieu dâĂ©change entre cinĂ©ma et arts plastiques, les liens tissĂ©es entre les images en mouvement et les pratiques expĂ©rimentales, entre le film et lexpĂ©rimentation. Art press 40 ans de regard mais aussi la cohĂ©sion des univers, qui, sans ĂȘtre semblables, se rĂ©pondent et sâadditionnent pour construire un territoire imaginaire, qui nous est dĂ©licieusement familier. A cĂŽtĂ© de cette programmation de films qui appartiennent pleinement au champ cinĂ©matographique, nous avons voulu Ă©galement rendre compte, dans le cadre de la table ronde De lâart vidĂ©o aux Ćuvres contemporaines le regard dâune revue Les citations entre guillemets sont de Christophe Kihm Ă©ditorial - artpress 2 cinemas contemporains mai-juin-juillet 2011 149 art Un cinĂ©ma frottĂ© dâart I l fut une Ă©poque oĂč lâenvie dâĂ©criture pour un jeune cinĂ©phile oscillait entre deux revues historiques, Les Cahiers du cinĂ©ma et Positif. Deux revues dont les goĂ»ts sâopposaient idĂ©ologiquement et esthĂ©tiquement. Cette opposition nâa pas cessĂ© sans doute malgrĂ© des cinĂ©astes qui abolissent aujourdâhui, par leur gĂ©nie, les antagonismes critiques. Dans les annĂ©es 50 et 60, peu de revues mensuelles sâouvraient Ă une chronique cinĂ©matographique. La revue Esprit, Les Temps modernes ou parfois Critique en accueillirent. Elle sâintĂ©grait dans le cadre de vastes questions morales et politiques ou au coeur de dĂ©bats sur les stratĂ©gies du rĂ©cit, lors de la dĂ©couverte aprĂšs guerre du grand roman amĂ©ricain et de lâavĂšnement du Nouveau Roman ». Paradoxalement les revues dâart ou plus gĂ©nĂ©ralement celles consacrĂ©es aux arts visuels accordĂšrent finalement peu de place Ă lâactualitĂ© cinĂ©matographique. Ou alors, il fallait la singularitĂ© de certains artistes de LĂ©ger Ă Cornell, de Man Ray Ă Monory, chez lesquels lâexception dâun film prolongeait lâactivitĂ© plasticienne ou encore des dossiers ordinaires qui associaient peinture et cinĂ©ma comme soucis de contemporanĂ©itĂ©. Ăcrire sur le cinĂ©ma dans la revue art press dans les annĂ©es 70 ne relevait pas de la seule ambition de rapprocher le cinĂ©ma des autres arts visuels avec lâenjeu thĂ©orique de faire le compte des dettes et crĂ©ances ». Lâhistoire de lâart avait pourtant lâobligation lĂ©gitime dâapprofondir ces relations plus complexes que ne lâont fait apparaĂźtre les emprunts cinĂ©matographiques des artistes du Pop Art amĂ©ricain et de la nouvelle figuration française. Lâambition Ă©tait plus prĂ©cise et plus large. Les Cahiers du cinĂ©ma â et Positif dâune toute autre maniĂšre du fait de son engagement idĂ©ologique, plus marquĂ© Ă gauche, et de son hĂ©ritage surrĂ©aliste â refusĂšrent longtemps les sciences humaines. Ils se mĂ©fiĂšrent de la dĂ©rive susceptible dâinstrumentaliser le cinĂ©ma pour rĂ©flĂ©chir sur des thĂ©matiques dans lâair du temps. Art press, au dĂ©but des annĂ©es 1970, au cĆur des ces annĂ©es encore fortement idĂ©ologisĂ©es, tenta au contraire, par ses choix de cinĂ©astes, de tramer le cinĂ©ma au sein des idĂ©es gĂ©nĂ©rales qui orientaient les arts plastiques, la littĂ©rature et les 150 par Dominique PaĂŻni sciences humaines. Ainsi Pier Paolo Pasolini, Michael Snow et le cinĂ©ma expĂ©rimental en Europe furent prĂ©cocement commentĂ©s dans art press. Quand le premier numĂ©ro parut en dĂ©cembre-janvier 1973, avec lâexceptionnelle maquette de Roger Talon aux grains noirs et blancs dilatĂ©s reprĂ©sentant le peintre Barnett Newman, beaucoup dâentre nous furent stupĂ©faits par ces grandes surfaces en noir et blanc effaçant toute nuance des peintures monochromes commentĂ©es. Nous fĂ»mes encore plus stupĂ©faits par Michael Snow, interviewĂ© dĂšs le n° 2 par la musicienne performeuse Laurie Anderson ou la reconsidĂ©ration du cinĂ©ma intellectuel » par Annette Michelson dans le numĂ©ro 8 dĂ©cembre-janvier 1988. Lors de ces annĂ©es 70, le parti pris de la revue Ă©tait celui dâun cinĂ©ma dâultra exigence Straub, interviewĂ© en mai-juin 1975, n°18, et Jean Eustache dans le n°19⊠Ce qui me frappa Ă©galement Ă cette Ă©poque ce fut la proximitĂ©, dans le cas prĂ©cĂ©dent, de Jean Eustache et dâAndy Warhol choc des cultures et des Ă©poques, des genres⊠Et pourtant, ne peut-on considĂ©rer quâEustache fut dâune certaine maniĂšre le cinĂ©aste français Ă lâincontestable dandysme, rimant rĂ©trospectivement avec celui de Warhol ? Dans le n° 21, de novembre-dĂ©cembre 1975, NumĂ©ro deux de JeanLuc Godard Ă©tait analysĂ© et inscrivait le cinĂ©aste le plus cinĂ©phile dans une histoire Ă venir que Warhol avait dĂ©jĂ entamĂ©e Ă New York cinĂ©ma, tĂ©lĂ©vision, hĂ©morragie sans limites de la diffusion des images. Pendant lâĂ©tĂ© 1976, le cinĂ©ma prit une plus grande importance encore avec Jonas Mekas par exemple, Ă proximitĂ© dâun commentaire Ă©rudit dâune traduction de textes dâEisenstein. Câest aussi lâamorce du goĂ»t dâart press pour un cinĂ©ma qui interroge le corps Ă©rotisĂ© et de nouvelles frontiĂšres du dĂ©sir chez un Paul Vecchiali et une Liliana Cavani. Avec un Ă©clectisme revendiquĂ©, de Bruno Dumont Ă la hardeuse » Ovidie, art press continua son particulier intĂ©rĂȘt pour ce quâil ne faut pas craindre de nommer lâexpĂ©rimentation pornographique. Dans ces mĂȘmes annĂ©es 70, on note la prĂ©sence frĂ©quente de BenoĂźt Jacquot, lâun des cinĂ©astes les plus Art press 40 ans de regard cultivĂ©s de la post-Nouvelle Vague, lacanien passionnĂ© qui emprunte Ă Robert Bresson des traits stylistiques de sa mise en scĂšne. Robert Bresson prĂ©cisĂ©ment, fut interviewĂ© dĂšs le n° 17 mars-avril 1975, placĂ© dans le sommaire entre un texte de Jean-Louis Schefer consacrĂ© Ă Saint-Augustin et le compte-rendu dâune expĂ©rimentation musicale de Luc Ferrari. De Robert Bresson il Ă©tait notĂ© sa puissance dâĂ©criture qui excĂ©dait le seul fait que Gallimard venait de publier ses Notes sur le cinĂ©matographe Notes, fragments, pensĂ©es Ă©clatĂ©es, saccadĂ©es, monologues, soliloque, bouffĂ©es de pensĂ©e comme des bouffĂ©es de dĂ©sir saisies au moment du tournage, du montage, lors de certaines lectures. RĂ©flexions tendues visant Ă dĂ©gager la spĂ©cificitĂ© du cinĂ©matographe, avec retour de thĂšme travaillant des diffĂ©rences non pas lâacteur, mais le modĂšle, non pas lâextĂ©rioritĂ© du jeu dramatique mais lâinconscient du personnage, non pas la reprĂ©sentation mais les rapports dâimages, non pas le cinĂ©ma mais le cinĂ©matographe. Graphe ce qui aussi sâĂ©crit. » Francis Gars Le sommaire comme Ă©criture montage⊠Il me semble que ce fut souvent une attention de Catherine Millet et de ses collaborateurs. En effet la passion de lâĂ©criture fusionne la totalitĂ© des textes publiĂ©s et leur assemblage. Le cinĂ©ma sâinstalle comme un art parmi les arts. Lâapparition dâart press fut un choc du point de vue de ce geste original qui consistait Ă intĂ©grer une actualitĂ© cinĂ©matographique sĂ©lectionnĂ©e au nom de son exigence formelle au sein de lâactualitĂ© culturelle gĂ©nĂ©rale. En 1980, le numĂ©ro 43 consacrait au cinĂ©ma un dossier consĂ©quent au sein duquel Jean-Luc Godard fut interviewĂ© par Corine Mc Mullin, Pasolini Ă©tudiĂ© par Jacques Henric, Marguerite Duras saluĂ© par Viviane Forrester, le cinĂ©ma indĂ©pendant amĂ©ricain analysĂ© par Annette Michelson, Wim Wenders interviewĂ© par le critique dâarts plastiques Michel Nuridsamy et commentĂ© par le peintre Bernard Dufour. Ce sommaire dĂ©finit assez clairement un regard-cinĂ©ma qui persista dans la revue un choix de cinĂ©astes au style radical et dont la mise en scĂšne est revendiquĂ©e comme une Ă©criture productrice de pensĂ©e. Les films privilĂ©giĂ©s sont ceux qui tournent le dos Ă une instrumentalisation du cinĂ©ma au service dâune idĂ©e prĂ©alable. DĂ©jĂ dans le n° 4 de fĂ©vrier 1977, un article de Jacques RanciĂšre prenait prĂ©texte de Novecento de Bernardo Bertolucci et de LâAffiche rouge de Franck Cassenti pour Ă©mettre des attendus thĂ©oriques qui prĂ©sideront souvent sous des formes variĂ©es aux engagements critiques ultĂ©rieurs de la revue Deux morales â qui nâen font quâune â Ă cette histoire. EsthĂ©tique pour ceux qui veulent saluer quand mĂȘme le souffle des images de Bertolucci et la poĂ©sie de celles de Cassenti, que la beautĂ© et la laideur bougent vite et quâil faut peut-ĂȘtre, dans cet art paresseux qui fait travailler le peuple Ă son image ou commente mollement le texte des fusillĂ©s et la musique du Quaterto Cedron, reconnaĂźtre la nouvelle laideur. Politique que pour haĂŻr le fascisme il faut dâabord apprendre Ă haĂŻr la rhĂ©torique des images du peuple. » Deux cinĂ©astes Ă lâesthĂ©tique contradictoire furent souvent soutenus. Mais cette distance entre eux est probablement le symptĂŽme des orientations en cinĂ©ma dâart press Jean-Luc Godard et Peter Greenaway. On pourrait sourire en supposant que je veux ainsi faire dâart press une sorte de synthĂšse qui abolirait les antagonismes critiques historiquement incarnĂ©s par les deux principales revues de cinĂ©ma de lâaprĂšs-guerre, les Cahiers et Positif. Godard et Greenaway pourraient, Ă divers titres, ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme personnalisant assez idĂ©alement les Ă©carts de goĂ»ts en matiĂšre de dramaturgie et de plasticitĂ© de la cinĂ©philie. 151 art Jean-Luc Godard fut non seulement frĂ©quemment citĂ© et louĂ© par la revue mais il fut Ă©galement le hĂ©ros de numĂ©ros hors sĂ©rie. Ă deux reprises, art press me confia la direction de numĂ©ros entiĂšrement consacrĂ©s Ă Jean-Luc Godard. Ă feuilleter rĂ©trospectivement ces volumes, je mesure combien lâenjeu dâart press fut primordialement de rĂ©flĂ©chir â questions de reflet et de pensĂ©e â le cinĂ©ma et les autres arts. En 1998, dans Le siĂšcle de Jean-Luc Godard, Guide pour Histoires du cinĂ©ma », au cĂŽtĂ© de AndrĂ© S. Labarthe, Jean Douchet, lĂ©gitimes compagnons cinĂ©philes et commentateurs de lâĆuvre de Godard depuis longtemps, se tenaient des jeunes critiques tels que Kent Jones et Cyril Beghin. Les historiens de lâart et philosophes de toutes origines cohabitaient au mĂȘme sommaire â Hans Belting, Gilles Tiberghien, Alain Badiou, MarieJosĂ© Mondzain â ou encore lâanthropologue Marc AugĂ©. Les artistes Gary Hill et Pascal Convert et Eric Rondepierre, lâarchitecte Bernard Tschumi, lâĂ©crivain Philippe Forest complĂ©taient le gĂ©nĂ©rique. Quel gĂ©nĂ©rique ! Hormis la fiertĂ© que jâeus Ă participer Ă la composition de ce sommaire, je demeure aujourdâhui admiratif de lâaudace dâune revue qui tenta cette exceptionnelle concentration de projections critiques provenant de tous les arts sur une mĂȘme cible. DĂ©jĂ , plus dâune dizaine dâannĂ©es auparavant, dans un numĂ©ro intitulĂ© simplement SpĂ©cial Godard », les Ă©crivains-thĂ©oriciens Paul Virilio, Jacques Henric, Hal Foster, Britt Nini et Julia Kristeva coexistaient avec les plasticiens Robert Longo, Bernard Dufour ! Câest Ă cette occasion que mon activitĂ© critique Ă art press se conjugua Ă lâĂ©poque avec mes activitĂ©s de producteur je contribuais Ă lâentretien de Jean-Luc Godard avec Philippe Sollers devant la camĂ©ra de Jean-Paul Fargier et art press diffusa et diffuse encore cette trĂšs brillante rencontre historique de 75 minutes sans interruption. 152 Ă ma connaissance, aucune autre revue dont lâorientation principale est la crĂ©ation visuelle contemporaine nâa eu, Ă ce jour, cette puissante volontĂ© dâinscrire un cinĂ©aste â probablement en effet celui qui en avait lâambition aussi dĂ©libĂ©rĂ©e â dans lâensemble de lâart. Je trouvai dans ces aventures Ă©ditoriales la rĂ©alisation dâune utopie culturelle qui, pour moi, vengeait les seventies souvent Ă©troitement militantes et tout Ă la fois certains cloisonnements artistiques de lâaprĂšs-guerre. La dominante plastique dâart press peinture, performance, art conceptuel issue de lâentreprise initiale de Catherine Millet perdura ces quarante annĂ©es comme marque de fabrique » et constitua une sorte de balcon Ă©pistĂ©mologique depuis lequel lâensemble des arts fut approchĂ©. Cela explique sans doute le fort intĂ©rĂȘt dâart press pour lâoeuvre de Peter Greenaway. La formation picturale de ce cinĂ©aste prenant sa source dans lâadmiration pour la peinture italienne VĂ©ronĂšse, trouve deux des principaux fondateurs de la modernitĂ© cinĂ©matographique, Antonioni et Resnais, un composto cinĂ©matographique singulier dans lâart contemporain accueillant en outre les rĂȘves architecturaux et la poĂ©sie des utopies urbaines. Le parti pris conceptuel et sĂ©riel du cinĂ©aste anglais rencontra ainsi Ă plusieurs titres une des parts les plus audacieuses du projet dâart press qui depuis son origine aspire Ă ne pas trancher en art entre la voluptĂ© rĂ©tinienne et le vertige conceptuel. Câest le bon vieux couple toujours menacĂ© du corps et de lâĂąme avec lequel la revue en dĂ©coud depuis toujours et qui trouva des dĂ©clinaisons multiples, au bord de la provocation, qui en rĂ©jouirent certains et en choquĂšrent IndĂ©niablement art press a accompagnĂ© cette histoire et a sans doute contribuĂ© Ă©galement Ă la stimuler et lâa prĂ©cocement commentĂ©e. En 2000, le n° 255 proposait un dossier intitulĂ© Accrocher du cinĂ©ma », avec les interviews de William Kentridge, Douglas Gordon ; jây Ă©crivis un texte, Le retour du flĂąneur, qui dĂ©clencha un peu de polĂ©mique tout en annonçant une perspective qui donne lieu, aujourdâhui encore, Ă des interrogations sur lâart cinĂ©matographique hors de son site dâexposition naturel », la salle et non la cimaise. Cette rĂ©flexion porteuse dâavenir connut une continuitĂ© dans un dossier intitulĂ© Le cinĂ©ma aprĂšs les films » Stan Douglas, Eija-Lisja Ahtila et des textes de Jean-Christophe Royoux, Yann Beauvais et Raymond Bellour. Il est probable quâart press fut le terreau fertile de questions inĂ©dites concernant un art dont la reproduction est au coeur de son ontologie et dont la stimulation fut vive sur les artistes au XXe siĂšcle. Ăcrire sur le cinĂ©ma Ă art press fut pour moi â mais Ă©galement pour Marie-Claude de Rouilhan, Jean-Paul Fargier, Guy Scarpetta et ces derniĂšres annĂ©es, Patrice Blouin parmi dâautres â un choix de rapprocher, de frotter le cinĂ©ma aux autres arts, dont son incestueux enfant, lâart vidĂ©o, puis les dĂ©clinaisons numĂ©riques contemporaines. PrĂ©cocement, un numĂ©ro spĂ©cial tel que le numĂ©ro horssĂ©rie de juin-juillet-aoĂ»t 1982 intitulĂ© Audiovisuel » mĂȘlait indistinctement des textes consacrĂ©s Ă Federico Fellini, Jean-Luc Godard, Andy Warhol, Philippe Garrel, Bob Wilson, Don Foresta, Fred Forest, Edward Kienholz⊠Par beaucoup dâaspects, lâambition dâart press fut au fond pleinement contemporaine du projet du Centre Pompidou dont lâutopie de son dĂ©cideur, Georges Pompidou luimĂȘme, Ă©tait de ne pas hiĂ©rarchiser les diffĂ©rentes composantes. DâoĂč le fait que le MusĂ©e national dâArt moderne ne fut pas intitulĂ© comme tel mais fut dĂ©signĂ© initialement comme DĂ©partement des arts plastiques. Dâune maniĂšre comparable, le cinĂ©ma ne fit pas lâobjet dans art press dâune chronique relĂ©guĂ©e dans les derniĂšres pages de la revue mais sâintĂ©gra au sein dâun sommaire ne privilĂ©giant pas les disciplines par rapport aux autres, mĂȘme sâil Ă©tait Ă©vident quâart press Ă©tait une revue prioritairement consacrĂ©e aux arts plastiques. Mais le lecteur devait percevoir ces derniers, indĂ©pendamment de leur spĂ©cifique actualitĂ©, comme un balcon thĂ©orique depuis lequel les autres disciplines Ă©taient analysĂ©es et critiquĂ©es. Ă bien des titres, il serait lĂ©gitime de reprendre pour le compte dâart press la cĂ©lĂšbre remarque de Louis Jouvet en la dĂ©tournant comme la thĂ©orie du théùtre fut probablement favorisĂ©e par le cinĂ©ma, les enjeux de ce dernier furent pour une part redistribuĂ©s et rĂ©activĂ©s par les arts plastiques au sortir dâannĂ©es de plomb militant », annĂ©es qui doutĂšrent tant de lâautonomie des formes. Art press 40 ans de regard dâautres â par exemple la rĂ©flexion sur la pornographie voisinant avec des interrogations de nature thĂ©ologique. Ce nâest pas la moindre des perversitĂ©s stimulantes qui me ravit dans art press. Dans cette ligne, art press affirme un goĂ»t de cinĂ©ma refusant un certain rĂ©alisme psychologique mĂȘme quand il relĂšve de lâentreprise du cinĂ©ma dâauteur. RĂ©cemment Catherine Millet me confia lâĂ©ditorial dâart press quâelle voulut consacrĂ© au film de LĂ©os Carax, Holy Motors se complaire dans la plainte, sâĂ©mouvoir de la trop Ă©vidente cruautĂ© du destin existentiel, resservir les recettes de lâĂ©merveillement attendri devant les clichĂ©s de lâhumanitĂ© abstraite entraĂźnent le goĂ»t contemporain vers le passĂ©, mouvement arriĂšre bien Ă©tranger Ă lâinactualitĂ©, lâintempestivitĂ© et la critique orphique ». ParallĂšlement, dans le dĂ©but des annĂ©es 80, la rĂ©flexion comparatiste cinĂ©ma/peinture fit un retour dans les Ă©tudes universitaires, au sortir des impasses de la sĂ©miologie. Une sensibilitĂ© plastique dans le regard historique et critique alimenta une volontĂ© de revenir avant » la sĂ©miologie, mais en Ă©vitant de retomber dans la critique impressionniste des annĂ©es 50. En 1977, le Centre Pompidou ouvrait et crĂ©ait en son sein un dĂ©partement consacrĂ© aux cinĂ©mas dâavantgarde, dont les films rĂ©alisĂ©s par des plasticiens. LâĂ©bauche de la collection fut orientĂ©e par les choix du cinĂ©aste-plasticien Peter Kubelka. La CinĂ©mathĂšque française montrait rarement des programmations consacrĂ©es Ă cette part du cinĂ©ma et plus encore rarement depuis la mort dâHenri Langlois, son fondateur, lâannĂ©e mĂȘme de lâouverture du Centre Pompidou. Pour la premiĂšre fois, une programmation expĂ©rimentale devenait relativement rĂ©guliĂšre en plus des projections pionniĂšres de certains cinĂ©-clubs et des premiĂšres coopĂ©ratives de cinĂ©ma indĂ©pendant animĂ©es par de courageux programmateurs, Claudine Eizykman, Guy Fihman, Yann Beauvais, Christian Lebras⊠Et art press, Ă la diffĂ©rence des revues spĂ©cialisĂ©es de cinĂ©ma, considĂ©ra le cinĂ©ma expĂ©rimental comme une composante essentielle du cinĂ©ma en son entier. Un incontestable Ă©cho sâĂ©tablit alors entre la revue et des lieux nouveaux de dĂ©couverte cinĂ©matographique. On observe une Ă©volution de ce qui constituait jusquâalors une sorte de contre-culture cinĂ©matographique vers une programmation Ă©largie dans les institutions musĂ©ales et exigeant dĂ©sormais des compĂ©tences nouvelles chez les programmateurs, devenant des conservateurs en cinĂ©ma », Ă©quivalents des conservateurs des musĂ©es. Plus tard, cette Ă©volution sera prolongĂ©e par le cinĂ©ma exposĂ© grĂące Ă la reproductibilitĂ© numĂ©rique, donnant lieu Ă de grandes expositions consacrĂ©es Ă des auteurs du cinĂ©ma classique Hitchcock, Cocteau, Almodovar, Tati, Chaplin, etc. et aux pratiques installationnistes » des cinĂ©astes contemporains Godard, Ruiz, Akerman, Syberberg, Kiarostami etcâŠ. Dominique PaĂŻni a Ă©tĂ© directeur de la CinĂ©mathĂšque française de 1993 Ă 2000, et du DĂ©partement du dĂ©veloppement culturel au centre Georges Pompidou de 2000 Ă 2005. Il est depuis toujours un proche collaborateur d'art press. 153 art LâĂvangile selon Saint Matthieu Il vangelo secondo Matteo Pier Paolo Pasolini Les diffĂ©rents Ă©pisodes de la vie de JĂ©sus contĂ©s suivant le texte de lâĂ©vangĂ©liste de lâAnnonciation et la naissance Ă BethlĂ©em Ă la mort et la rĂ©surrection. Le plus beau film de Pasolini, le plus inspirĂ©, formellement le plus achevĂ©. Jamais JĂ©sus nâa Ă©tĂ© imaginĂ© ainsi, prĂȘchant Ă la vitesse dâune marche qui nâa dâĂ©gale que la rapiditĂ© avec laquelle lui parviennent les paroles de son PĂšre. Puissance, rĂ©alisme et vĂ©ritĂ© des visages. Grandeur des paysages. Admirable bandeson. La vieille mĂšre de Pasolini prĂȘte son corps Ă celui de la mĂšre de JĂ©sus. PrĂ©monition de la mort de son fils sur une plage dâOstie ? Jacques Henric 154 1964 / Italie, France / 137â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Enrique Irazoqui Le Christ, Margherita Caruso Marie jeune, Susanna Pasolini Marie adulte, Marcello Morante Joseph, Mario Socrate Jean le Baptiste, Settimo Di Porto Pierre, Alfonso Gatto AndrĂ©, Luigi Barbini Jacques, Giacomo Morante Jean, Giorgio Agamben Philippe ScĂ©nario Pier Paolo Pasolini, dâaprĂšs LâĂvangile selon Saint Matthieu DĂ©cors Luigi Scaccianoce, Andrea Fantacci Image Tonino Delli Colli Son Mario Del Pozzo, Fausto Ancillai Musique originale Luis Bacalov Montage Nino Baragli Production Arco Film, Lux Une sale histoire Jean Eustache 1977 / France / 50â / noir et blanc InterprĂ©tation Michael Lonsdale, Douchka, Laura Fanning, JosĂ©e Yanne, Jacques Burloux, Jean Douchet, Elisabeth Lanchener, Françoise Lebrun, Virginie ThĂ©venet, Annette Wademant, Jean-NoĂ«l Picq. DâaprĂšs lâhistoire de Jean-NoĂ«l Picq Image Pierre Lhomme, Jacques Renard Son Roger Letellier, Bernard Ortion Montage Chantal Colomer, Jean Eustache Production Les Films du Losange restauration urgente de ce chef dâoeuvre, essentiel Ă tant dâentre nous, jâai choisi de montrer Ă Catherine Millet et Ă Jacques Henric un autre film de Jean Eustache quâils ne connaissent pas, Une sale histoire. Ătonnement devant ce film, qui est avant tout un film Ă dispositif » comme on dit aujourdâhui; il pourrait ĂȘtre dit la mĂȘme chose de La Maman et la Putain rĂ©cit autobiographique », longs monologues », film littĂ©raire », et la mĂȘme question pourrait ĂȘtre posĂ©e lâamour, le sexe de quoi parler dâautre ? » Ă lâissue de la projection, Catherine Millet et Jacques Henric partageront leurs impressions face Ă la dĂ©couverte de ce qui pour moi est aussi un film central de lâĆuvre de Jean Eustache. Art press 40 ans de regard Une sale histoire est un diptyque composĂ© dâun volet document et dâun volet fiction. Dans le volet document, Jean-NoĂ«l Picq raconte Ă quatre femmes comment il est devenu voyeur en regardant par un trou dans les toilettes des dames. Dans lâautre volet, Michael Lonsdale joue et raconte la mĂȘme histoire devant trois femmes et un homme. Catherine Millet et Jacques Henric avaient choisi La Maman et la Putain de Jean Eustache. Jaques Henric Ă©crivait Ă ce sujet Film âculteâ, comme on dit. Dâun artiste quâon classe, son suicide aidant, dans la catĂ©gorie des âmauditsâ. RĂ©putation mĂ©ritĂ©e. Rappelons que dĂšs la premiĂšre annĂ©e dâart press nous avons publiĂ© une interview avec Eustache. La Maman et la Putain est lâexemple formidablement rĂ©ussi dâun rĂ©cit autobiographique le premier peut-ĂȘtre â lâautofiction nâest pas nĂ©e dâaujourdâhui. Film audacieux, dâune longueur inhabituelle, constituĂ© de trĂšs longs monologues. Film littĂ©raire, au sens fort du terme. Lâamour, le sexe, de quoi parler dâautre, que filmer dâautre ? Jean Eustache se risque, en poĂšte, dans le centre radioactif de la machinerie humaine. » La Maman et la Putain est aujourdâhui un film invisible. Toutes les copies 35mm qui existent dans les cinĂ©mathĂšques ou chez le distributeur sont dans un Ă©tat qui ne permet plus leur projection et aucune version numĂ©rique nâa encore Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. En attendant la 155 art Une vraie jeune fille Catherine Breillat Dans les annĂ©es 60, Alice, dix-sept ans, rentre de son pensionnat pour passer les grandes vacances chez ses parents dans les Landes. Elle retrouve une mĂšre frustrĂ©e et agressive, et un pĂšre vulgaire avec qui elle ne partage rien. Alice confie Ă son journal intime ses Ă©tats dâĂąme et surtout de corps. Quand son pĂšre, directeur dâune scierie, embauche le jeune et troublant Jim, Alice dĂ©cide quâelle lâaura »⊠Câest le film que je prĂ©fĂšre de Catherine Breillat, pas seulement pour la justesse de son personnage mais aussi pour sa facture extrĂȘmement sĂ©duisante. Je crois que cela est dĂ» Ă la fois Ă la grande naĂŻvetĂ© qui Ă©mane de la mise en scĂšne mais aussi Ă la frontalitĂ© des images, un certain aspect brut qui en font une Ćuvre qui nâest absolument pas sophistiquĂ©e. Catherine Millet 156 1976 / France / 93â / couleur InterprĂ©tation Charlotte Alexandra Alice Bonnard, Hiram Keller Pierre-Ăvariste Renard, dit Jim, Rita Maiden la mĂšre dâAlice, Bruno Balp le pĂšre dâAlice, Georges GuĂ©ret Martial, Shirley Stoler lâĂ©piciĂšre, Alexandra Gouveia Martine ScĂ©nario Catherine Breillat, dâaprĂšs son roman Le Soupirail Image Pierre Fattori Son Bernard MangiĂšre Musique originale Mort Shuman Montage Annie Charrier Production ArtĂ©dis, CB Films, Les Films la BoĂ©tie Roberte Pierre Zucca Tout dâabord il faut dire que Klossowski fait partie de la famille » art press depuis sa crĂ©ation. Nous avons constamment publiĂ© des articles, des interviews et nous avons mĂȘme publiĂ© un entretien avec Denise, sa femme et son modĂšle. Le film de Zucca est plus quâune adaptation de lâĆuvre littĂ©raire de Klossowski, câest une transcription parfaite. On y retrouve la mĂȘme rigueur, la mĂȘme solennitĂ© que dans lâĂ©criture du peintre. On ne sait pas Ă quelle histoire le film appartient, il est le rĂ©sultat de la fusion de deux univers, celui de Klossowski et celui de Zucca. Câest un objet inclassable. Et je me souviens de spectateurs qui, le voyant pour la premiĂšre fois, sortaient trĂšs secouĂ©s de la projection. 1978 / France / 104â / couleur InterprĂ©tation Denise Morin-Sinclaire Roberte, Pierre Klossowski Octave, Martin Loeb Antoine, Barbet Schroeder Vittorio, Michel Berto Justin, Juliet Berto Petit F., JeanFrançois StĂ©venin Von A., FrĂ©dĂ©ric Mitterrand lâemployĂ© de banque, FaĂŻsa Toumi Petit X. ScĂ©nario Pierre Zucca, Pierre Klossowski, dâaprĂšs son roman, La RĂ©vocation de lâĂdit de Nantes DĂ©cors Max Berto Image Paul Bonis Son Michel Vionnet, Maurice Gilbert, Alex Pront Musique originale Ăric Demarsan Montage Nicole Lubtchansky Production Filmoblic Art press 40 ans de regard Mars 1958. Roberte, ancienne rĂ©sistante, est Ă©lue dĂ©putĂ©e sous la IVe RĂ©publique. Elle est lâĂ©pouse dâOctave, professeur de droit canon dans une universitĂ© catholique, qui la fait participer Ă de torrides tableaux vivants Ă©rotiques. Objet des fantasmes dâOctave, Roberte assouvit le plaisir de son mari en devenant la maĂźtresse de Vittorio qui sâinstalle dans la maison pour ĂȘtre le prĂ©cepteur dâAntoine, le neveu du couple⊠Catherine Millet 157 art Meurtre dans un jardin anglais The Draughtmanâs Contract Peter Greenaway En cet Ă©tĂ© anglais de 1694, Mr. Neville, jeune dessinateur plein dâavenir, se voit priĂ© par Mrs. Herbert de rĂ©aliser douze dessins, douze reprĂ©sentations fidĂšles du superbe jardin de Mr. Herbert. MarchĂ© conclu, moyennant finances, et les faveurs de la dame. Pendant douze jours, Mr Neville va sâexĂ©cuter. Sans sâapercevoir tout dâabord que ce paysage trop ordonnĂ© recĂšle dâĂ©tranges objets⊠Câest le film idĂ©al pour un critique dâart, et pour moi câest un concentrĂ© de tout ce qui mâa occupĂ© dans un moment de ma vie. Il y a la beautĂ© picturale des images, lâintrigue extrĂȘmement complexe qui renvoie Ă lâart conceptuel, dont certains dispositifs en sont vraiment trĂšs proches. Et puis il y a une analyse du rapport sexuel sans illusion, dĂ©pouillĂ© de tout romantisme. Le film expose tous les mĂ©canismes pervers qui interviennent dans le rapport sexuel. Enfin, il y a un jeu avec le langage qui est aussi trĂšs important dans le film, mĂȘme sâil est difficile de le mesurer lorsquâon nâest pas totalement anglophone. Jâadore les Ćuvres labyrinthiques comme celle-lĂ , câest un film quâil est possible de voir des dizaines de fois comme un tableau quâon nâarrive pas Ă Ă©puiser. Catherine Millet 158 1982 / Royaume Uni / 108â / couleur / vostf InterprĂ©tation Anthony Higgins Mr. Neville, Janet Suzman Mrs. Herbert, Anne-Louise Lambert Mrs. Talmann, Hugh Fraser Mr. Talmann, Neil Cunningham Mr. Noyes, Dave Hill Mr. Herbert, David Gant Mr. Seymour, David Meyer un Poulenc, Tony Meyer un Poulenc, Nicholas Amer Mr. Parkes ScĂ©nario Peter Greenaway DĂ©cors Bob Ringwood Image Curtis Clark Son Godfrey Kirby Musique originale Michael Nyman Montage John Wilson Production British Film Institute, Channel Four Lâannonce faite Ă Marie Alain Cuny Nous avions entendu parlĂ© de ce film par Alain Cuny pendant de nombreuses annĂ©es et nous Ă©tions trĂšs heureux quâil voie enfin le jour, dâautant plus que, de mon cĂŽtĂ©, jai toujours aimĂ© Claudel qui a Ă©tĂ© une grande lecture de jeunesse. Ce que je retiens du film avant tout câest la maniĂšre extrĂȘmement picturale dont il est mis en scĂšne et dont il est filmĂ©. Le choix des couleurs, entre les costumes de Tal Coat et le dĂ©cor, est extrĂȘmement minutieux et chaque plan peut, et peut-ĂȘtre doit, se regarder comme un tableau. La vraie vocation dâAlain Cuny Ă©tait la peinture, il a Ă©tĂ© happĂ© par le cinĂ©ma et câest donc au cinĂ©ma quâil a fait sa grande Ćuvre de peintre. 1991 / France, Canada / 91â / couleur InterprĂ©tation Roberto Benavente Pierre de Craon, Christelle Challab Mara Vercors, Alain Cuny Anne Vercors, Ulrika Jonsson Violaine Vercors, Jean Des Ligneris Jacques Hury, CĂ©cile Potot Elisabeth Vercors, Ken MacKenzie le maire, Samuel Tetreault lâapprenti ScĂ©nario Alain Cuny, dâaprĂšs la piĂšce de Paul Claudel DĂ©cors HervĂ© Baley, Bernard Lavoie, Jacques Mizrahi Image Caroline Champetier, Denys Clerval, Serge Dalmas, Julien Hirsch, Paul Hurteau Musique originale François-Bernard MĂąche Montage Françoise Garnault Production Les Productions Desmichelle, Pax Film International Art press 40 ans de regard Pierre de Craon, lâarchitecte, sâapprĂȘte Ă quitter le village de Combernon pour aller bĂątir des cathĂ©drales. NaguĂšre, il tenta dâabuser de la pure Violaine. Ă celleci, il rĂ©vĂšle quâil a contractĂ© la lĂšpre elle lui donne un anneau offert par Jacques Hury et le baiser de charitĂ©. Mara, sa soeur, a vu la scĂšne. Leur pĂšre, Anne Vercors, sâapprĂȘte Ă quitter les siens pour aller en Terre Sainte et annonce quâil destine Violaine Ă Jacques Hury, quâaime aussi Mara⊠Catherine Millet 159 art La ComĂ©die de Dieu A comedia de Deus JoĂŁo CĂ©sar Monteiro GĂ©rant du Paradis de la Glace », Jean de Dieu a inventĂ© des parfums dĂ©licieux qui ont fait le succĂšs de sa boutique. Il attache beaucoup dâimportance Ă lâhygiĂšne par souci de la santĂ© publique et forme avec soin ses nouvelles employĂ©es. Sa prĂ©fĂ©rĂ©e est Rosarinho, Ă laquelle il prodigue une attention toute paternelle mais quâil finit cependant par initier sexuellement dâune maniĂšre inattendue et brutale⊠Ce qui mâa sĂ©duite dâemblĂ©e dans La ComĂ©die de Dieu câest la maniĂšre dont le cinĂ©aste habite son film. Jâadmire les gens qui se mettent en scĂšne dâun maniĂšre qui nâest pas obligatoirement valorisante, et mĂȘme avec dĂ©rision et moquerie. Lâauteur, dans ce film, sâexpose, se met en danger. Et jâai un souvenir trĂšs fort de cette scĂšne oĂč une jeune fille est allongĂ©e sur une table comme sur un autel et oĂč Jean de Dieu est Ă la fois un prĂȘtre qui officie et un chef dâorchestre qui fait monter » la musique. Câest pour moi une scĂšne dâanthologie cinĂ©matographique, musicalement et graphiquement. Catherine Millet 160 1995 / Portugal, France, Italie, Danemark / 163â / couleur / vostf InterprĂ©tation Claudia Teixeira Joaninha, JoĂŁo CĂ©sar Monteiro alias Max Monteiro JoĂŁo de Deus, Manuela de Freitas Judite, Raquel Ascensao Rosarinho, Gracinda Nave Felicia, Patricia Abreu Alexandra, Saraiva Serrano Senior TomĂ©, Maria JoĂŁo Ribeiro Carmen, Bruno Sousa Bruno, Ana Reis Menina da Janela ScĂ©nario JoĂŁo CĂ©sar Monteiro DĂ©cors Emmanuel de Chauvigny Image MĂĄrio Barroso Son Rolly Belhassen, Jean-François Auger Montage Carla Bogalheiro Production Grupo de Estudos & RealizaçÔes, Pierre Grise Productions, Mikado Film, Zentropa Productions. La Vie de JĂ©sus Bruno Dumont Le cinĂ©ma de Bruno Dumont câest lâexemple absolu dâun cinĂ©ma dans lequel on entre en empathie immĂ©diate avec les personnages. La lenteur, lâĂ©conomie de parole, le travail avec des acteurs non professionnels, le traitement de lâespace comme un espace ouvert. Tout cela y contribue. Cette empathie avec les personnages, je la ressens mĂȘme dans le son que font les bottes dans la boue, comme si elles Ă©taient Ă mes propres pieds. Les rues filmĂ©es dans le Nord avec toutes ces petites maisons dâouvriers repliĂ©es les unes sur les autres ouvrent, en fait, sur un grand espace de solitude et câest la mĂȘme sensation que devant un tableau de lâabstraction amĂ©ricaine. Câest un cinĂ©ma qui fait appel au sentiment de compassion au sens le plus noble du terme. 1996 / France / 96â / couleur InterprĂ©tation David Douche Freddy, Marjorie Cottreel Marie, Kader Chaatouf Kader, SĂ©bastien Delbaere GĂ©gĂ©, Samuel Boidin Michou, Steve Smagghe Robert, SĂ©bastien Bailleul Quinquin, GeneviĂšve Cottreel la mĂšre de Freddy ScĂ©nario Bruno Dumont DĂ©cors FrĂ©dĂ©rique Suchet Image Philippe Van Leeuw Son Mathieu Imbert, Eric Rophe, Olivier de Nesles Musique originale Richard Cuvillier Montage Yves Deschamps, Guy Lecorne Production 3B Productions, Norfilm, CRRAV Art press 40 ans de regard Jeune chĂŽmeur sujet Ă des crises dâĂ©pilepsie, Freddy vit chez sa mĂšre Yvette qui tient un estaminet Ă Bailleul, dans le Nord. Il passe lâessentiel de son temps Ă traĂźner avec ses copains, des ruraux peu scolarisĂ©s, Ă faire des virĂ©es dans les environs sur leurs mobylettes trafiquĂ©es. Freddy aime Marie, la jolie caissiĂšre blonde de lâhypermarchĂ©, qui habite de lâautre cĂŽtĂ© de la rue⊠Catherine Millet 161 art Quelque chose dâorganique Bertrand Bonello Ă MontrĂ©al, un couple, Paul et Marguerite, sâaime depuis cinq ans. Paul sâoccupe Ă la fois de son pĂšre, vieil immigrĂ© grec, et de son fils, nĂ© dâune autre couche, et qui meurt Ă petit feu dans une chambre dâhĂŽpital. Paul travaille la nuit dans un zoo, il garde le sommeil des animaux. Marguerite, quand il rentre, sort Ă son tour et erre dans la ville sans but⊠Je nâai pas vu Quelque chose dâorganique, le premier long mĂ©trage de Bertrand Bonello, mais je suis curieuse de le dĂ©couvrir, non seulement parce que jâai vu tous ses autres films mais aussi parce quâil se trouve que jâai connu Bertrand quand il Ă©tait un enfant souvent embarquĂ© dans ses rĂȘves. Quand jâai dĂ©couvert quâil Ă©tait devenu cinĂ©aste, cela ne mâa pas Ă©tonnĂ©e et je retrouve dans ses films cette utopie que lâon a, enfant, de construire un monde autour de soi, afin de se protĂ©ger du monde rĂ©el. Il y a cela dans De la guerre et aussi dans LâApollonide. Je partage complĂštement ce sentiment et je crois que ma vie dâadulte garde la nostalgie de ce monde protĂ©gĂ©. Catherine Millet 162 1997 / France, Canada / 90â / couleur InterprĂ©tation Romane Bohringer Marguerite, Laurent Lucas Paul, Charlotte Laurier Sarah, David Di Salvio Georges, Stephen J. Smith le pĂšre de Paul, Simon Hetu LĂ©o, Richard Notkin le gardien du zoo, Robert Warren le prĂȘtre, Mourad Mimouni Ahmed ScĂ©nario Bertrand Bonello DĂ©cors FrĂ©dĂ©ric Page Image JosĂ©e Deshaies Son Alain Tremblay Musique originale Laurie Markovitch Montage Dominique Auvray Production Haut et Court, CitĂ©-AmĂ©rique Un monde agitĂ© Alain Fleischer Un vaste film de montage Ă partir des bandes conservĂ©es par la CinĂ©mathĂšque française, dans lequel plusieurs rĂ©cits, menĂ©s de front, empruntent successivement des extraits dâorigines diverses, circulant dâune histoire Ă une autre, quittant des personnages pour les retrouver plus tard et ainsi de suite en multipliant les chassĂ©s-croisĂ©s, tissant un panorama du monde du cinĂ©ma Ă partir de nombreux films, images simultanĂ©es qui, faute dâĂȘtre synchrones avec une bande sonore, sont toutes synchrones entre elles⊠Alain Fleischer fait lui aussi parti de la famille » art press et il a dâailleurs fait un film sur Klossowski. Un monde agitĂ© lui a Ă©tĂ© commandĂ© par Dominique PaĂŻni quand celuici dirigeait la CinĂ©mathĂšque française. Dans le mĂȘme temps, il avait Ă©crit un texte publiĂ© dans art press, plaidoyer pour lâaccĂ©lĂ©ration des Ă©vĂ©nements en rĂ©action au ralentissement et Ă la lenteur que lâon retrouvait de plus en plus, notamment dans le travail de Douglas Gordon, et qui Ă©tait devenu un stĂ©rĂ©otype. Au-delĂ de cette portĂ©e polĂ©mique, il y a aussi la façon dont la vitesse mĂ©canise le corps et le rend burlesque. Toute psychologie et ce quâelle draine de narration en est Ă©vacuĂ©e. Câest le montage qui recompose un enchaĂźnement logique, mais en faisant exploser toute trame narrative. Ce film est une vĂ©ritable prouesse. Catherine Millet Musique originale Bernard Cavanna, Philippe Miller Montage Alain Fleischer, Claudine Kaufman Production Les Films dâIci, la CinĂ©mathĂšque française Art press 40 ans de regard 1998 / France / 88â / noir et blanc 163 art Câest Dominique PaĂŻni qui est le lien entre art press et les Straub, et je me souviens trĂšs bien de la premiĂšre interview qui Ă©tait parue dans art press en 1975, due Ă Marie Claude de Rouilhan. Leurs films sont des abstractions pures. Ce qui me frappe le plus dans leur travail câest la maniĂšre de mettre en place lâespace qui permet au spectateur de lâintĂ©rioriser. Dans les films des Straub, ce nâest pas moi qui suis projetĂ©e dans lâespace, câest lâespace qui vient me remplir, qui mâenvahit. Catherine Millet Sicilia ! Jean-Marie Straub et DaniĂšle Huillet 1999 / France, Italie, Suisse / 66â / noir et blanc / vostf InterprĂ©tation Gianni Buscarino le fils, Angela Nugara la mĂšre, Vittorio Vigneri le rĂ©mouleur, Carmelo Maddio le vendeur dâoranges, Ignazio Trombello un policier, Simone Nucatola un policier, Giovanni Interlandi le voyageur ScĂ©nario Jean-Marie Straub, DaniĂšle Huillet, dâaprĂšs Conversations en Sicile de Elio Vittorini Image William Lubtchansky Son Jean-Pierre Duret, Louis Hochet Montage Jean-Marie Straub, DaniĂšle Huillet Production Straub-Huillet Films, Pierre Grise Productions, Istituto Luce, Alia Film Le retour dans son village natal dâun Sicilien exilĂ© Ă New York. Au cours de son voyage, il rencontre un galerie de personnages siciliens un vendeur dâorange rĂȘvant dâAmĂ©rique, un fossoyeur employĂ© du cadastre », un rĂ©mouleur poĂšteâŠ, avant de dĂ©battre avec sa mĂšre de la sĂ©paration de ses parents. ItinĂ©raire de Jean Bricard Lâhistoire dâun riverain, dont la vie et lâimaginaire concernaient une Ăźle sur la Loire lâĂźle Coton prĂšs dâAncenis. 164 2009 / France / 40â / noir et blanc ScĂ©nario Straub et Huillet, dâaprĂšs le travail de Jean-Yves Petiteau Image William Lubtchansky, Irina Lubtchansky Son Jean-Pierre Duret, Jean-Pierre Laforce Montage Nicole Lubtchansky Production Pierre Grise Productions, Le Fresnoy Lâinconsolable 2011 / France, Suisse / 15â / couleur Jean-Marie Straub InterprĂ©tation Andrea Bacci, Giovanna Daddi OrphĂ©e, de retour des enfers, raconte Ă Bacca la bacchante la perte dâEurydice, ce quâil a vu du monde des morts. Texte tirĂ© des Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese Image Renato Berta, Christophe Clavert Son Dimitri Haulet, Julien Gonzales, Jean-Pierre Laforce Montage Catherine Quesemand Production Les FĂ©es Productions, Belva Gmbh La Chatte Ă deux tĂȘtes Jacques Nolot Cette maniĂšre dâaborder la sexualitĂ© et un milieu social rĂ©gi par la sexualitĂ© nâest pas si Ă©loignĂ©e de ce que jâai essayĂ© de faire avec mon livre La Vie sexuelle de Catherine M., mĂȘme si cela dĂ©crit un milieu homosexuel. En voyant ce film, jâavais lâimpression dâĂȘtre chez moi dans ce cinĂ©ma. Dâune maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale je suis vraiment admirative de la maniĂšre dont Jacques Nolot se met en scĂšne et sâexpose physiquement. Lorsquâon prend le risque de sâexposer ainsi soi-mĂȘme en tant quâauteur, alors il est possible de dire et de montrer sur lâĂȘtre humain des choses trĂšs profondes quâon ne dirait pas autrement. Parler de soi ainsi, câest pouvoir exprimer des choses qui nâont jamais Ă©tĂ© dites, jamais Ă©tĂ© montrĂ©es sur les individus. 2002 / France / 87â / couleur InterprĂ©tation Jacques Nolot lâhomme de cinquante ans, Vittoria Scognamillo la caissiĂšre, SĂ©bastien Viala le projectionniste, Olivier Torres lâhomme Ă la robe jaune, Lionel Goldstein lâhomme Ă lâimper noir, FrĂ©dĂ©ric Longbois lâhomme Ă lâĂ©ventail, Fouad Zeraoui lâhomme qui a eu sa dose, JeanLouis Coquery lâhomme nu ScĂ©nario Jacques Nolot DĂ©cors Patrick Durand Image Germain Desmoulins Son Jean-Louis Ughetto, Jean-Pierre Laforce Montage Sophie Reine Production Elia Films Et puis il y a un personnage de travesti, un peu monstrueux, qui tout en Ă©tant un gĂ©ant fait penser Ă un nain, et qui mâa tellement marquĂ©e que je lâai Ă©voquĂ© dans mon livre Riquet Ă la houppe, Millet Ă la loupe. Art press 40 ans de regard Un cinĂ©ma pornographique du cĂŽtĂ© de la place Clichy Ă Paris. Dans la salle, les hommes regardent lâĂ©cran, et surtout ils sâobservent les uns les autres, guettant la possibilitĂ© dâun contact. Ă lâextĂ©rieur, la caissiĂšre, une Espagnole gouailleuse, raconte sa vie mouvementĂ©e au projectionniste, un jeune provincial un peu naĂŻf qui est amoureux dâelle. Un homme de cinquante ans, un habituĂ©, prend place sans attendre grand chose. Souvent il remonte pour discuter avec la caissiĂšre⊠Catherine Millet 165 art Le Pont des Arts EugĂšne Green Paris, Ă la fin des annĂ©es 70. Christine reproche Ă son petit ami Pascal de ne pas se mettre sĂ©rieusement Ă son mĂ©moire de maĂźtrise en philosophie. Sarah, jeune chanteuse dans un ensemble baroque, vit avec son compagnon, Manuel, qui est informaticien. Sensible Ă la fragilitĂ© de Sarah, Manuel la soutient alors quâelle souffre des remontrances de son chef de chant, quâon appelle lâInnommable⊠Sâil y a une grandeur du cinĂ©ma français, elle nâest sĂ»rement pas due Ă The Artist ni Ă Intouchables, mais Ă ces discrets chefs-dâĆuvre que sont les films dâEugĂšne Green, metteur en scĂšne de théùtre et cinĂ©aste venu de Barbarie ainsi appelle-t-il les Ătats-Unis, son pays dâorigine pour rappeler aux Français quâil y eut un long moment de leur histoire, oubliĂ© par eux, la pĂ©riode baroque, qui fut un des hauts moments de langue, de musique, dâart, de pensĂ©e. Le Pont des arts est un film profond, grave et drĂŽle sur lâamour, la haine, la bassesse humaine, les ridicules de notre Ă©poque et la beautĂ© transcendante de la musique de Monteverdi. On y pleure et y rit aux Ă©clats. Ăpatant numĂ©ro dâacteur de PodalydĂšs. Jacques Henric 166 2003 / France / 126â / couleur InterprĂ©tation Adrien Michaux Pascal, Natacha RĂ©gnier Sarah Dacruon, Alexis Loret Manuel, Denis PodalydĂšs Guigui, alias lâInnommable, Olivier Gourmet Jean-Astolphe MĂ©rĂ©ville, Camille Carraz Christine, JĂ©rĂ©mie Renier CĂ©dric, Christelle Prot la femme kurde, Benjamin Lazar Michel, Manuel Weber Juju ScĂ©nario EugĂšne Green DĂ©cors Pierre Bouillon Image RaphaĂ«l OâByrne Son FrĂ©dĂ©ric de Ravignan, Hugues Deschaux Montage Jean-François Elie Production MACT Productions Charly Isild Le Besco Isild Le Besco est une jeune femme dont jâaime le personnage, jâaime lâactrice et aussi lâauteur quâelle est dâun petit livre Ă©tonnant, Sang dâencre, quâelle avait Ă©crit trĂšs jeune. Charly est un film que je range au cĂŽtĂ© du film de Catherine Breillat, Une vraie jeune fille. Câest lâĂ©ducation sentimentale dâun trĂšs jeune garçon et lĂ aussi câest un personnage sans fioriture. Câest aussi un film brut et on y sent dĂ©jĂ quelque chose qui est trĂšs prĂ©sent dans son film suivant, Bas fonds, son dĂ©sir de vouloir filmer quelque chose dâextrĂȘme. Il y a aussi une grande justesse dans la tension créée entre la pulsion de ce jeune garçon qui le pousse Ă fuir, Ă fuguer, et les deux espaces confinĂ©s dans lesquels il vit celui dont il sâĂ©clipse, la maison des grands parents, et celui oĂč il se refugie, la caravane de la prostituĂ©e. 2006 / France / 95â / couleur InterprĂ©tation Julie-Marie Parmentier Charly, Kolia Litscher Nicolas, Jeanne Mauborgne la vieille dame, Kadour Belkhodja le vieil homme, Philippe Chevassu le prof, JeanMax Causse lâautomobiliste, Camille Grynko le motard ScĂ©nario, montage Isild Le Besco DĂ©cors Jayne Chu Image Jowan Le Besco Son Dana Farzanehpour, Gildas Mercier Production Sangsho Films Art press 40 ans de regard Orphelin, Nicolas, 14 ans, vit dans une famille dâaccueil un couple ĂągĂ© qui lâaccable de ses continuelles remontrances. Un jour, il sĂšche le lycĂ©e, suit au cafĂ© lâun de ses professeurs, et lâaborde. Lâenseignant lui conseille de faire des efforts et, en partant, oublie un livre et une carte postale reprĂ©sentant Belle-Ăle-en-Mer. La nuit suivante, Nicolas prend la route et fait de lâauto-stop. Il se retrouve prĂšs de Nantes, oĂč il est recueilli par une jeune fille, Charly⊠Catherine Millet 167 art LâEnfant cheval Asbe du-pa Samira Makhmalbaf Dans un bourg dâAfghanistan, un vieil homme propose Ă des enfants Ă lâabandon un job pour un dollar par jour il sâagit de porter sur son dos un jeune garçon riche et mutilĂ©, durant lâabsence de son pĂšre. Guiah est choisi par le jeune maĂźtre. Grand et fort mais arriĂ©rĂ©, il devient ainsi le cheval » dâun garçon autoritaire, qui le soumet Ă tous ses caprices⊠On retrouve dans ce film une relation sadique, qui nâest pas trĂšs Ă©loignĂ©e de celle dĂ©crite dans le film dâIsild Le Besco, Bas Fonds, un jeune garçon en soumet un second et lâinstrumentalise. LĂ encore je suis bluffĂ©e par la maĂźtrise dâune rĂ©alisatrice trĂšs jeune qui raconte la cruautĂ© de lâenfance. Jâignore si lâhistoire part dâun fait rĂ©el mais lâidĂ©e mĂȘme dâun enfant qui se sert dâun autre enfant pour se faire transporter est une idĂ©e trĂšs troublante. Ce qui est remarquable, câest la relation ambiguĂ« qui existe entre les deux garçons. Ce ne sont pas seulement un maĂźtre et son esclave, et lâhostilitĂ© qui en ressort entre eux ; ce sont aussi deux enfants dans une situation de jeu. Lâhistoire, ainsi, nâest pas aussi manichĂ©enne que si elle mettait en scĂšne deux adultes. Catherine Millet 168 2008 / Iran / 101â / couleur InterprĂ©tation Ziya Mirza Mohamad Guiah, Haron Ahad le maĂźtre, Gol Gotai Karimi la jeune mendiante, Khojeh Nader lâoncle, Yasin Tavildar le pĂšre ScĂ©nario, montage Mohsen Makhmalbaf DĂ©cors Akbar Meshkini Image Farzad Jadat Son Farrokh Fadaei, Hussein Madavi Musique originale Tolibhon Shakhidi Production Makhmalbaf Film House, Wild Bunch Table ronde samedi 1er dĂ©cembre 2012 - 14h-18h De lâart vidĂ©o aux Ćuvres contemporaines, le regard dâune revue dâart sur les images animĂ©es Ă partir dâun choix dâĆuvres proposĂ©es par Catherine Millet, Dominique PaĂŻni et Dork Zabunyan, une discussion en prĂ©sence des artistes et cinĂ©astes Clarisse Hahn, ClĂ©ment Cogitore et Alain Fleischer, Ă©galement directeur du Fresnoy â studio national des arts contemporains, de Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, Nicolas Surlapierre, conservateur des musĂ©es de Belfort, Jacky Evrard, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du festival CĂŽtĂ© Court ainsi que StĂ©phane Delorme, rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma. Table ronde animĂ©e par Matthieu OrlĂ©an, chargĂ© des expositions temporaires Ă la CinĂ©mathĂšque française depuis 2003. Le choix de Catherine Millet Extraits de âą Ulla Von Brandenburg Singspiel â 15 mn â 2009 âą Pierre Huyghe Les Incivils â 40 mn â 1996 âą Laura Waddington Border â 27 mn â 2004 Le choix de Dominique PaĂŻni Extraits de âą Brancusi Florence Meyer â 6 mn â entre 1923 et 1939. âą Stephen Dwoskin Dirty â 12 mn â 1965 âą James Benning Easy Rider extraits â 2011 âą Augustin Gimel Fig 4 â 5 mn â 2004 Art press 40 ans de regard Ćuvres projetĂ©es Le choix de Dork Zabunyan Extraits de âą Harun Farocki A Sun with no Shadow. Serious Games 4 â 5 mn â 2010 â âą Tania Mouraud Façade 2006 â 4 mn âą Bertrand Dezoteux Histoire de France en 3D extraits â 2012 âą Chris Marker Tempo risoluto - 5mn â 2011 169 171 24e FESTIVAL INTERNATIONAL DE CINĂMA â MARSEILLE 03 â 08 JUILLET 2013 LâAPPEL Ă FILMS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET â DU 3 DĂCEMBRE 2012 AU 15 MARS 2013 PLATEFORME DE COPRODUCTION INTERNATIONALE 5e ĂDITION 04 â 05 JUILLET 2013 LâAPPEL Ă PROJETS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET â DU 15 OCTOBRE 2012 AU 8 FĂVRIER 2013 Marseille 01-30, Alexander Schellow Turbulents danseurs En partenariat avec le Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ© Ă Belfort. SĂ©ance prĂ©sentĂ©e par NoĂ«l Claude. Le Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ© Ă Belfort / direction Joanne Leighton, rĂ©pond Ă la proposition faite par Catherine Bizern dâune soirĂ©e danse et performance autour de la thĂ©matique de Lâartiste turbulent » par un programme dâimages qui sâouvre sur une Ćuvre emblĂ©matique Hexentanz dont la courte durĂ©e nâenlĂšve rien Ă la force revendiquĂ©e par Mary Wigman elle-mĂȘme, qui se prĂ©sente lĂ femme et bĂȘte en mĂȘme temps ». Vont suivre des extraits de F et Stein de Dominique Bagouet interprĂ©tĂ©s par lui-mĂȘme et rĂ©interprĂ©tĂ©s plus tard par Christian Bourrigault. La turbulence de Dominique Bagouet, câest sa maniĂšre raffinĂ©e de bouleverser les codes. Notre choix est Ă©galement un Ă©cho au Clin dâĆil Ă Dominique Bagouet » proposĂ© cette annĂ©e par les Carnets Bagouet, pour les 20 ans de sa disparition. Suivront un extrait dâune piĂšce emblĂ©matique de Lloyd Newson, Dead Dreams of Monochrome Men, dâune intense physicalitĂ©, frĂŽlant parfois la violence, un extrait de Duchesses, un hula hoop trĂšs particulier qui assĂšne lâondulation enflammĂ©e du bassin » GĂ©rard Mayen, interprĂ©tĂ© par Marie Caroline Hominal et François Chaignaud, artistes qui furent accueillis en rĂ©sidence par le centre chorĂ©graphique Ă plusieurs reprises. âą Hexentanz La Danse de la SorciĂšre 1926 ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Mary Wigman. âą F et Stein 1983 extrait ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Dominique Bagouet RĂ©alisation Charles Picq Production Les Carnets Bagouet âą F et Stein 2000 extrait ChorĂ©graphie et interprĂ©tation Christian Bourigault RĂ©alisation Charles Picq Production Les Carnets Bagouet âą Dead Dreams of Monochrome Men 1989 extrait ChorĂ©graphie Lloyd Newson InterprĂ©tation DV8 Physical Theater âą Duchesses 2009 extrait Conception et performance Marie Caroline Hominal et François Chaignand Marie-Caroline Hominal a suivi une formation de danseuse Ă la Schweizerische Ballettberufschule Ă ZĂŒrich, puis Ă la Rambert School of Ballet and Contemporary Dance Ă Londres, oĂč elle intĂšgre la National Youth Dance Company. Parmi ses chorĂ©graphies et performances, principalement des formes solo ou duo le tryptique Fly Girl 2008, Yaksu Exit Number 9 2010 et Voice Over 2011 ; BAT 2012 ; Patricia poses by the pop machine & Cindy punch pop acid 2011. Elle co-signe Duchesses 2009 avec François Chaignaud, et dĂ©veloppe des collaborations artistiques avec Clive Jenkin, Cristian Vogel, Kim Boninsegni. Au festival de la BĂątie 2012 elle co-rĂ©alise avec son frĂšre David Hominal la performance Two birds at swim, at birds two swim, at two birds swim. Sous le nom de MCH, elle rĂ©alise plusieurs courtes vidĂ©os prĂ©sentĂ©es Ă Lille, Lausanne et Washington en 2008. Elle a Ă©tĂ© interprĂšte pour plusieurs compagnies et chorĂ©graphes dont le Tanztheater Basel, IrĂšne Tassembedo, GisĂšle Vienne, Gilles Jobin, La Ribot et elle travaille actuellement avec Marco Berretini. Elle a participĂ© au projet Humain Writes de William Forsyth et de Dick Wong. SĂ©ances spĂ©ciales Pour clore le programme, une performance de Marie Caroline Hominal. 173 LâACID A 20 ANS Henri Langlois avait fondĂ© sa morale sur lâidĂ©e que tous les films sont Ă©gaux ». Il nâen est pas dâautre qui vaille. Il sâagit donc pour les cinĂ©astes de rĂ©sister. RĂ©sister en donnant une vraie chance Ă tous les films dâĂȘtre vus. Câest ainsi que se terminait le manifeste qui prĂ©sidait il y a vingt ans Ă la crĂ©ation de lâACID, lâAssociation du CinĂ©ma IndĂ©pendant pour sa Diffusion, association de cinĂ©astes prĂšs Ă dĂ©fendre leurs films, câest Ă dire les films de leurs pairs. Depuis 2006, le festival EntreVues accueille lâACID pour un coup de cĆur â un premier film qui fait figure de off » Ă notre compĂ©tition internationale et complĂšte ainsi, par un film singulier, le regard portĂ© sur le jeune cinĂ©ma indĂ©pendant. Depuis 2006, câest aussi ensemble que nous concevons un atelier de rĂ©flexion qui permet de rĂ©unir toute la chaine du cinĂ©ma, depuis les rĂ©alisateurs jusquâaux exploitants, et de sâarrĂȘter un temps pour rĂ©flĂ©chir Ă nos pratiques. Pour lâanniversaire de lâACID, CinĂ©mas dâaujourdâhui propose depuis le mois de septembre une double programmation dans le cadre de ses sĂ©ances art et essai, un film dâil y a 20 ans, un film de cette annĂ©e. Câest cette mĂȘme proposition que nous faisons pour cette soirĂ©e RĂ©crĂ©ations de Claire Simon, un film culte pour les uns, un grand classique pour les autres, et Casa Nostra, premier film de Nathan Nicholovitch, dĂ©fendu Ă Cannes par lâACID cette annĂ©e. RĂ©crĂ©ations Claire Simon 1993 / France / 54â / couleur Image Claire Simon Son Dominique Lancelot Musique originale Pierre-Louis Garcia Montage Suzanne Koch Production Les Films dâIci, Arte Il existe une sorte de pays, trĂšs petit, si petit quâil ressemble un peu Ă une scĂšne de théùtre. Il est habitĂ© deux ou trois fois par jour par son peuple. Les habitants sont petits de taille. Sâils vivent selon des lois, en tout cas, ils nâarrĂȘtent pas de les remettre en cause, et de se battre violemment Ă ce propos. Ce pays sâappelle La Cour » et son peuple Les Enfants ». Lorsque Les Enfants » vont dans La Cour » ils dĂ©couvrent, Ă©prouvent la force des sentiments ou la servitude humaine » ; on appelle cela la rĂ©crĂ©ation. Je me souviens de la premiĂšre fois oĂč jâai vu un film de Claire Simon personne nâavait Ă©crit ni les dialogues, ni la moindre scĂšne du film Ă lâavance. Et moi, je les trouvais formidables, si justes et drĂŽles. Ăa avait lâair si simple, comme ici la cinĂ©aste 174 filme, les enfants deviennent des hĂ©ros et la cour de rĂ©crĂ©ation la scĂšne de leurs exploits. Jâaime ce film. Parce quâil y a des acteurs et quâils jouent. Ils interprĂštent, ils expĂ©rimentent pour la premiĂšre fois ce qui leur arrive, inventant mĂȘme ce qui va les transformer, les dominer. Le spectateur reste assis, les enfants ne jouent pas pour de la fausse ». Nous y sommes, avec les marronniers, la cloche et les bĂątons tombĂ©s des arbres. Quelque chose nous apparaĂźt, aussi vrai que nous lâavions imaginĂ©, aussi juste que nos souvenirs les plus cachĂ©s. LĂ , au pied des grands arbres, contre un mur, le dialogue entre les enfants arrive sans prĂ©venir, les coups Ă©galement. Les gestes parlent pour eux, Ă cĂŽtĂ© des mots. Il y a du suspense, des silences, des hĂ©sitations, des pleurs. Deux ou trois fois par jour, les enfants tout entiers partent Ă lâassaut de leurs semblables, de tout et dâeux-mĂȘmes. Les acteurs sâessayent Ă tous les drames de tous les genres les indiens et les cow-boys, les bandits et les flics, les femmes et les maris, les soumis et les caĂŻds. Câest ça la rĂ©crĂ©ation, filmĂ©e par Claire Simon. Luc Leclerc du Sablon, cinĂ©aste Avant-premiĂšre LâAcid a 20 ans Casa Nostra Nathan Nicholovitch Casa Nostra notre maison », on comprend aussi bien sĂ»r cosa » nostra, ce qui est Ă nous », pose cette antique question quâest-ce qui constitue une famille, quâest-ce quâune lignĂ©e ? Pour penser ce thĂšme en cinĂ©ma », Nathan Nicholovitch, le jeune rĂ©alisateur de ce beau film, le prend en son sens littĂ©ral quel est justement ce lien » qui unit des individus au sein dâune mĂȘme fratrie ? Deux sĆurs et un frĂšre â des trentenaires â se retrouvent pour faire la route, ensemble, jusquâĂ la maison familiale, alors que leur pĂšre est mourant. Le noir et blanc, le format du film qui reprend celui des photos de familles, certains anachronismes des dĂ©cors et des accessoires rendent intemporel ce voyage et ainsi plus Ă©vidente la quĂȘte du film filmer les subtiles et infinies variations des relations passĂ©es et prĂ©sentes, rĂ©elles et imaginaires, fantasmĂ©es ou pesantes quâentretiennent les membres dâune famille entre eux et avec le monde. Nathan Nicholovitch fait preuve dâun art de lâagencement â qui est ici lâautre nom de la mise en scĂšne, fluide et rythmĂ©e â, dâun sens Ă©vident du dĂ©coupage qui rappelle 2012 / France / 90â / noir et blanc InterprĂ©tation CĂ©line Farmachi, Gilles Kazazian, Clo Mercier, Alicia Fleury, Pierre Durand, Francine Diehl, Fernando Scaerese, David dâIngĂ©o, Julien Roux, Erwan Naour, Corinne Gautheron, Jacqueline Bernard, Candice Carmassi ScĂ©nario Nathan Nicholovitch DĂ©cors Guillaume Zacharie Image Florent Astolfi Son Lionel Akchouch, Thomas Buet, BenoĂźt Thuault Montage Yann Dedet, Gilles Volta Production Les Films aux dos tournĂ©s CĂ©line Farmachi, Casanostra Production Nathan Nicholovitch les premiers films de Truffaut. Sa camĂ©ra est en effet Ă chaque fois placĂ©e Ă juste distance des personnages, tous incarnĂ©s par des acteurs au jeu prĂ©cis et subtil. La force de Casa Nostra, son Ă©motion, sa poĂ©tique, est de montrer quâil nây a pas de liens naturels » dans une famille mais quâau contraire elle est constituĂ©e par la capacitĂ© et la volontĂ© de ses membres Ă sâinventer une histoire commune le lien familial, câest une fiction, câest la fiction. Christophe Cognet, cinĂ©aste LâACID est une assoÂciaÂtion de cinĂ©asÂtes qui depuis 18 ans souÂtient la difÂfuÂsion en salles de films indé penÂdants et Ćuvre Ă la renÂcontre entre ces films, leurs auteurs et le public. La force du traÂvail de lâACID repose sur son idĂ©e fonÂdaÂtrice le souÂtien par des cinĂ©asÂtes de films dâautres cinĂ©asÂtes, franÂçais ou Ă©trangers. SĂ©ances spĂ©ciales HĂ©lĂšne, Mathilde et Ben Scappini sont en route pour la banlieue parisienne oĂč leur pĂšre est mourant. Durant le trajet qui doit les mener jusquâau pavillon familial, frĂšre et sĆurs se redĂ©couvrent. 175 Le Conseil gĂ©nĂ©ral partenaire du cinĂ©ma Film grand public ou dâauteur, en plein air, dans les communes rurales, dans les collĂšges⊠Soutenu par le Conseil gĂ©nĂ©ral, le 7e Art tisse sa toile dans le dĂ©partement. Chaque annĂ©e en novembre > Festival Entrevues SoirĂ©e en avant-premiĂšre du Conseil gĂ©nĂ©ral du Territoire de Belfort No de Pablo Larrain drame â 115â â Chili 2013 En avant-premiĂšre nationale le 27 novembre Direction de la communication - 1012 - photos DR > Mois du film documentaire organisĂ© par la mĂ©diathĂšque dĂ©partementale sur tout le Territoire de Belfort SoirĂ©e du Conseil gĂ©nĂ©ral Avant - premiĂšre No Pablo LarraĂn No raconte la façon dont le non », qui permit de destituer Pinochet lors du rĂ©fĂ©rendum de 1988, a gagnĂ© grĂące au concours dâun jeune publicitaire qui osa la radicalitĂ© et prit le contrepied de la rhĂ©torique de lâopposition Ă la dictature⊠Câest un film qui finit bien, câest aussi un film exaltant, drĂŽle, au casting impeccable Gael Bernal Garcia et surtout Alfredo Castro lâacteur fĂ©tiche de Pablo Larrain. Câest un film historique, et câest surtout un film dâĂ©poque, en costumes » de la fin des annĂ©es 80⊠Câest aussi un film sur le fil, dans sa mise en scĂšne comme dans le jeu des acteurs et surtout dans la maniĂšre dont il rĂ©vĂšle, aussi, la logique nihiliste et purement prĂ©datrice de la publicitĂ©, comme le notait Isabelle Regnier, dans sa critique cannoise du Monde. Alors, au-delĂ de la spĂ©cificitĂ© historique du Chili, le sujet quâil aborde nous renvoie explicitement, et mĂȘme trĂšs crĂ»ment, Ă la façon dont la politique et les campagnes Ă©lectorales se jouent au niveau mĂ©diatique ici, en France. 2012 / Chili, Etats-Unis, Mexique / 110â / couleur / vostf InterprĂ©tation Gael GarcĂa Bernal RenĂ© Saavedra, Alfredo Castro Lucho GuzmĂĄn, Alejandro Goic Ricardo, NĂ©stor Cantillana Fernando, Luis Gnecco Urrutia, Antonia Zegers VerĂłnica ScĂ©nario Pedro Peirano dâaprĂšs la piĂšce Referendum dâAntonio SkĂĄrmeta DĂ©cors Estefania LarraĂn Image Sergio Armstrong Son Miguel HormazĂĄbal Musique originale Montage Andrea Chignoli Production Fabula, Participant Media, Canana Films Pour Ă©voquer tout cela, la sĂ©ance sera suivie dâun dĂ©bat Communication en politique » en compagnie de François Jost, professeur Ă la Sorbonne Nouvelle Paris III, oĂč il dirige le Centre dâĂtudes sur lâImage et le Son MĂ©diatiques CEISME et de Georges Couffignal, directeur de lâInstitut des Hautes Ătudes de lâAmĂ©rique Latine IHEAL, Sorbonne Nouvelle Paris III, oĂč il est responsable de lâoption Sciences Politiques. DĂ©bat animĂ© par Gilles Rousseau, coordinateur des programmes au Forum des images. SĂ©ances spĂ©ciales Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face Ă la pression internationale consent Ă un rĂ©fĂ©rendum sur sa prĂ©sidence en 1988, les dirigeants de lâopposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, RenĂ© Saavedra, dâĂȘtre le fer de lance de leur campagne. Avec peu de moyens et sous la surveillance constante des hommes de Pinochet, Saavedra et son Ă©quipe conçoivent un plan audacieux pour remporter le rĂ©fĂ©rendum et libĂ©rer leur pays de lâoppression. 177 20 ans de soutien au cinĂ©ma en Franche-ComtĂ© La SoirĂ©e du Conseil rĂ©gional permet de mettre en valeur un film soutenu par le fonds rĂ©gional dâaide Ă la production. Cette annĂ©e, il est proposĂ© de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir le premier long mĂ©trage du rĂ©alisateur franccomtois Jacques Maillot, Nos vies heureuses, soutenu par la RĂ©gion en 1997 et sĂ©lectionnĂ© en compĂ©tition officielle du festival de Cannes en 1999. Nos vies heureuses Jacques Maillot Quand jâĂ©cris, jâai le sentiment que les problĂ©matiques sâĂ©clairent les unes les autres. Comme les personnages nouveaux jettent un nouvel Ă©clairage sur ceux que lâon connaĂźt dĂ©jĂ . Chacun enrichit lâautre de sa diffĂ©rence. Câest pourquoi il y a dans Nos vies heureuses pas moins de six histoires. ⊠Certains ont trouvĂ© que cela ressemblait Ă un catalogue. Moi, jâai toujours pensĂ© avoir fait un film trĂšs intime. Tout simplement parce quâil parle de moi et de mes amis. Câest assez autobiographique. Peut-ĂȘtre sommes-nous des gens assez banals. En tout cas il nây avait pas le dĂ©sir de faire le portrait dâune gĂ©nĂ©ration, et encore moins lâenvie dâĂȘtre exhaustif. Il ne sâagissait pas de surfer sur une actualitĂ©, mais de tĂ©moigner de choses profondes. » Jacques Maillot entretien avec Philippe Piazzo, Le Monde-Aden, 1er dĂ©cembre 1999 1999 / France / 147â / couleur InterprĂ©tation Marie Payen Julie, CĂ©cile Richard CĂ©cile, Camille Japy Ămilie, Sami Bouajila Ali, Ăric Bonicatto Jean-Paul, Jean-Michel Portal Lucas, Sarah Grappin Sylvie, Olivier Py François, Alain Beigel Antoine, Fanny Cottençon la mĂšre de CĂ©cile, Marc Chapiteau le pĂšre de Sylvie ScĂ©nario Jacques Maillot, Ăric Veniard DĂ©cors ValĂ©rie Berman Image Luc PagĂšs Son FrĂ©dĂ©ric de Ravignan Musique originale Allie Delfau Montage Andrea SedlĂĄckovĂĄ Production Magouric Productions, IdĂ©a Productions, TSF SĂ©ances spĂ©ciales Destin croisĂ© de six amis. Julie sort de lâhĂŽpital aprĂšs une tentative de suicide. Ali a quittĂ© le Maroc pour venir Ă©tudier en France. Emilie vit une rupture amoureuse. Lucas ne sais plus trĂšs bien oĂč il en est. CĂ©cile tue lâennui en prenant des photos et Jean-Paul est un catholique militant. Chacun devra quitter son identitĂ© pour sâinventer un chemin fragile et personnel. Cela nâira pas sans dĂ©chirement, sans combat ni souffrance. 179 4e Ă©dition FILMS EN COURS Aide Ă la postproduction Mardi 27 et mercredi 28 novembre Cosmodigital, GomĂ©dia, Mikros Image et PolySon sâengagent aux cĂŽtĂ©s du festival pour soutenir la jeune crĂ©ation cinĂ©matographique. Suite Ă un appel Ă candidature ouvert aux 1ers, 2e et 3e longs mĂ©trages internationaux en fin de montage image, 5 films ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s par la direction artistique du festival. Ils seront projetĂ©s les mardi 27 et mercredi 28 novembre en matinĂ©e au PathĂ© Belfort. Le jury rencontrera ensuite chaque rĂ©alisateur et producteur candidats pour une discussion. Le jury dĂ©cernera au film laurĂ©at lâensemble des prestations suivantes âą Ă©talonnage numĂ©rique, offert par Mikros Image âą finalisation du mix en auditorium cinĂ©ma, offert par PolySon âą post-synchronisation ou sous-titrage, offert par Gomedia âą mastering DCP, offert par Cosmodigital Un directeur de post-production, participant au jury, sera chargĂ© du suivi des travaux de post-production, en lien avec la production du film. Le jury de Films en cours est composĂ© cette annĂ©e de âą Vincent Alexandre, directeur de post-production âą Mathieu Amalric, cinĂ©aste et acteur âą Claire Beaudoin, directrice artistique Ă Gomedia âą Sophie Denize, directrice dâaffaires de Mikros Image âą Olivier Goinard, mixeur, reprĂ©sentant de PolySon âą Birgit Kohler, comitĂ© de sĂ©lection Forum de la Berlinale, co directrice de lâArsenal Institut fĂŒr Film und Videokunst - Ă Berlin âą Philippe Perrot, gĂ©rant de Cosmodigital 180 Les films sĂ©lectionnĂ©s A Spell to Ward Off The Darkness de Ben Rivers et Ben Russell Documentaire, 120 minutes, France-Estonie, Rouge International, Black Hand En trois chapitres, le portrait dâun jeune homme de trente ans successivement ermite sur le cercle polaire, membre dubitatif dâune communautĂ© dâaujourdâhui en Estonie, et musicien dâun groupe de Black Metal neo-paĂŻen... Une enquĂȘte sur ce que signifie mener une vie spirituelle dans le monde matĂ©riel. Jia dâAnthony Chen Fiction, 99 minutes, Singapour, Fisheye Pictures Chronique familiale Ă Singapour. Tandis que la mĂšre, enceinte, sâoccupe du licenciement des ouvriers de son entreprise, le pĂšre perd son emploi et passe ses journĂ©es de petit boulot en petit boulot. Jia le fils, apprend Ă vivre avec Terry qui arrive de ThaĂŻlande pour sâoccuper de la maison. Tierra en la Lengua de Ruben Mendoza Fiction, 94, Colombie-France, Diafragma, CinĂ© Sud Promotion Un vieil homme entraĂźne deux de ces petits enfants adultes dans un voyage sur ses terres, sous prĂ©texte dây rĂ©pandre les cendres de sa femme. Mais il attend surtout de ses petits enfants quâils mettent fin Ă sa vie, dâun coup de fusil. Whoâs afraid of Vagina Wolf dâAnna Margarita Albelo Fiction, 81â, Ătats-Unis - France, Burning Bra productions, Local Films Anna vit dans le garage dâune camarade dans la banlieue de Los Angeles. A la fois pour sĂ©duire la belle Katia et relancer sa jeune carriĂšre de cinĂ©aste au point mort, elle dĂ©cide de rĂ©aliser avec ses amies un remake underground de Qui a peur de Virginia Woolf ? Monsieur Morimoto de Nicola Sornaga Fiction, 93â, France, Tricycle production, Ecce Films Monsieur Morimoto a perdu son tableau, il a aussi perdu son appartement... Il tente de retrouver lâun et lâautre et dĂ©rive au grĂ© de ses rencontres. Tous les ĂȘtres quâil croise semblent eux-mĂȘmes dĂ©ambuler dans un monde de fantasme et de rĂȘverie. partenaire de la 4e Ă©dition de Films en Cours Festival Scope, la nouvelle plateforme Internet destinĂ©e exclusivement aux professionnels du cinĂ©ma du monde entier prĂ©sentera les films en cours Ă des vendeurs internationaux et une sĂ©lection de distributeurs membres de Festival Scope. Les films en cours seront disponibles sur SĂ©ances spĂ©ciales Le laurĂ©at FILMS EN COURS 2012 sera annoncĂ© Ă tous dĂšs le mercredi 28 novembre Ă 20h30 Ă la fin du festival aprĂšs accord des ayants droit 181 Les Rencontres professionnelles Les rencontres professionnelles ont Ă©tĂ© créées dĂšs 2006, afin de faire du festival un lieu utile pour les professionnels impliquĂ©s dans le jeune cinĂ©ma de recherche, un lieu pertinent de rĂ©flexion autour de questions primordiales pour penser la crĂ©ation contemporaine dans ses dimensions Ă la fois esthĂ©tiques, politiques et concrĂštes. Ces rencontres se dĂ©clinent dĂ©sormais autour de plusieurs moments forts. La JournĂ©e des exploitants du Grand Est Jeudi 29 novembre Cette journĂ©e de travail rassemble les exploitants du Grand Est et leurs voisins pour dĂ©couvrir des Ćuvres de jeunes cinĂ©astes, et susciter Ă la fois une rĂ©flexion et des projets de programmation communs autour de ces films. Des courts mĂ©trages en avant-programme En partenariat avec LâAgence du Court MĂ©trage Un programme de courts mĂ©trages nouvellement acquis par le RADi RĂ©seau Alternatif de diffusion sera proposĂ© par lâAgence du court mĂ©trage, accompagnĂ© dâune discussion autour des thĂšmes Comment programmer un avant programme de courts mĂ©trages ? » et Quelles nouvelles pratiques grĂące au numĂ©rique ? » âą En pleine forme de Pierre Etaix 1971, Capac, 12â âą TĂŽt ou tard de Jadwiga Kowalska 2008, Folimage Valence Production, 5â âą Iâm Your Man de Keren Ben Rafeal 2011, Les Films du Worso, 15â âą Les Chroniques de la poisse pas de peau pour lâours de Osman Cerfon 2010, Je Suis Bien Content Production, 6â âą Long Distance Information de Douglas Hart 2011, HIS London, 7â âą Vivre avec mĂȘme si câest dur de Marion Puech , Pauline Pinson , Magali Le Huche 2004, production Marion Puech / âą Ăcole SupĂ©rieure des Arts DĂ©coratifs de Strasbourg, 7â Avec les interventions de Philippe Germain, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de LâAgence du court mĂ©trage ; Olivier Payage, programmateur du RADi, en charge de la relation avec les salles ; Christophe Duthoit, programmateur de plusieurs cinĂ©mas. La promotion des films sans promotion En partenariat avec LâACID La projection de deux longs-mĂ©trages de jeunes cinĂ©astes en avant-premiĂšre, dont la sortie est prĂ©vue dans les mois Ă venir, sera lâoccasion de sâinterroger sur la maniĂšre pour les salles dâassurer la promotion dâĆuvres qui sortent sans soutien mĂ©diatique. âą Casa Nostra de Nathan Nicholovitch Film soutenu par lâACID et prĂ©sentĂ© par son rĂ©alisateur Nathan Nicholovitch et son distributeur, Aramis Films. Sortie le 6 mars 2013 voir page 173. âą Los Salvajes dâAlejandro Fadel Film en compĂ©tition Ă EntreVues voir page 28, prĂ©sentĂ© par son rĂ©alisateur Alejandro Fadel et son distributeur, Independencia. Sortie le 20 fĂ©vrier 2013. Le film a reçu le Soutien ACID/CCAS Ă la distribution Ă la Semaine de la critique â Cannes 2012. Avec les interventions de Fabienne Hanclot, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de lâACID, et Sarah Derny, responsable de la programmation salles en rĂ©gion Ă lâACID, et Boris Spire, prĂ©sident du GNCR et directeur du cinĂ©ma lâEcran Saint-Denis. 182 Les Ateliers de rĂ©flexion Vendredi 30 novembre Les ateliers de rĂ©flexion proposent aux professionnels du cinĂ©ma, en synergie avec dâautres disciplines, de mettre en commun leurs expĂ©riences, dâĂ©changer sur leurs pratiques et dâexplorer ensemble de nouvelles pistes de travail. Atelier Grand Est Cet atelier regroupe chaque annĂ©e les professionnels et les responsables institutionnels des cinq rĂ©gions du Grand Est Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche ComtĂ© et Lorraine pour faire le point sur leurs projets communs en cours. Cette annĂ©e sera entamĂ©e par ailleurs une rĂ©flexion autour de la question Quels lieux de diffusion pour quelles Ćuvres ? » Il sâagira de sâinterroger sur la pertinence pour les rĂ©gions de mettre en place des initiatives pour aider les lieux de diffusion, ou la diffusion des Ćuvres elles-mĂȘmes. En prĂ©sence dâun responsable du CNC, de reprĂ©sentants du GNCR et de lâACID. Atelier animĂ© par Georges Heck, directeur du dĂ©partement audiovisuel et cinĂ©ma de la CommunautĂ© Urbaine de Strasbourg. La marge est-elle un contre-pouvoir ? Nous avions tentĂ© lâan dernier sous le titre comment font les autres ? » de mettre en commun les maniĂšres de faire des plus petits face Ă la grande distribution, aux majors, aux circuits, dans le domaine du cinĂ©ma mais aussi de la musique de lâĂ©dition ou de lâagriculture. Dans le cas du cinĂ©ma, qui est une profession fortement rĂ©glementĂ©e, deux positions coexistent pour tenter de faire face aux problĂšmes qui se posent au cinĂ©ma indĂ©pendant exiger de lâintĂ©rieur de faire Ă©voluer la rĂ©glementation, ou bien dĂ©tourner les rĂšgles et inventer Ă cĂŽtĂ© de nouvelles maniĂšres de faire. La vigueur de la dĂ©mocratie tient Ă sa capacitĂ© Ă tenir un Ă©cart harmonieux entre le symbolique et le rĂ©el » explique le politologue Stephane RozĂšs. Or sâil est facile dâimaginer symboliquement la marge comme un lieu de contre-pouvoir, lâest-elle vraiment dans la rĂ©alitĂ© ? Que signifie et implique pratiquement et matĂ©riellement dâĂȘtre en marge ? Est-ce rĂ©ellement un lieu dâaction? Ătre en marge signifie-t-il avoir la capacitĂ© de dĂ©tourner les rĂšgles pour inventer, pour exister ? Mais est-ce suffisant pour ĂȘtre force de proposition et force de changement ? Ăconomistes, politologues, philosophes viendront apporter leur point de vue au cĂŽtĂ© des professionnels du cinĂ©ma mais aussi de personnes impliquĂ©es dans le spectacle vivant et la musique. La crĂ©ation documentaire Mardi 27 novembre E 10h/12h Rencontre avec Jean Louis Comolli rĂ©alisateur et Ă©crivain. La gĂ©nĂ©ralisation du spectacle menace ce que le cinĂ©ma a amenĂ© dans le monde une sĂ©paration, qui est aussi une articulation, entre visible et non-visible, entre champ et horschamp. Je me propose dâinterroger ce que lâhistoire du cinĂ©ma a fait de cette condition impĂ©rative de tout cadrage quâil relie ce quâil dĂ©coupe dans le visible et ce quâil en cache ». Comolli E 13h45 Rencontre avec Christophe Loizillon rĂ©alisateur. Nous ne filmons pas la vie. Nous mettons en scĂšne la vie». C. Loizillon. E 15h30 Rencontre avec Denis Gheerbrant rĂ©alisateur. De ce monde dans lequel je suis lĂ , prĂ©sent - mĂȘme temps, mĂȘme espace que ceux que je filme -, je constitue un objet filmique pour dâautres câest cela dâabord le geste documentaire. Câest ce bricolage auquel chaque cinĂ©aste se livre avec la rĂ©alitĂ©, bricolage en ce sens que le projet du film se construit dans une constante renĂ©gociation avec ce qui se passe. Le geste, câest ce qui est propre Ă chacun dâentre nous cinĂ©astes. Pour moi, il est indissociable de la relation Ă ceux que je filme, de ce qui se rĂ©vĂšle dans lâacte du filmage Ă eux, Ă moi, au spectateur, de leur mystĂšre. Indissociable des images qui viendront rĂ©sonner sur cette parole, câest ce mystĂšre qui tend le film ». Denis Gheerbrant, Paris le 21 octobre 2012 E 18h Forum public, "Filmer expĂ©rience de vie, expĂ©rience de cinĂ©aste". ModĂ©rĂ© par Christophe Pornic, Directeur artistique des Etats gĂ©nĂ©raux du documentaire de Lussas. Avec Christophe Loizillon, Denis Gheerbrant, Marion Lary rĂ©alisatrice et Jean Charles Hue rĂ©alisateur. SĂ©ances spĂ©ciales Rencontres rĂ©gionales de lâĂ©ducation artistique au cinĂ©ma PĂŽle Image de Franche-ComtĂ© AnimĂ©es par la MJC Centre Image du Pays de MontbĂ©liard 20h30 SĂ©ance de compĂ©tition d'EntreVues 183 Les forums publics Les forums publics permettent aux professionnels dâaborder avec le public diverses questions que soulĂšve la programmation du festival. Un temps de pause entre les projections, dĂ©diĂ© Ă la diffusion des savoirs, des expĂ©riences et des pratiques, chaque soir de 18h30 Ă 20h. Lundi 26 novembre - partie 1 - Jeudi 29 novembre - partie 2 Faire avec Comme en musique, comme en peinture, le cinĂ©ma est affaire de composition. Il sâagit de composer quelque chose, un rĂ©cit, Ă partir dâun matĂ©riau brut â des situations, des visages, des personnages, des paysages, des images et des sons -. Et si ces matiĂšres premiĂšres contiennent en elles-mĂȘmes une promesse de rĂ©cit, une promesse de composition, il sâagit aussi pour le cinĂ©aste de composer avec ce matĂ©riel Ă disposition. Il sâagit de faire avec. Ce dĂ©bat en deux parties rĂ©unira les rĂ©alisateurs de la compĂ©tition et sâappuiera sur les films de ces derniers pour explorer les maniĂšres de faire, de faire avec» des uns et des autres, en compagnie de critiques de cinĂ©ma. Il sera animĂ© par les critiques JĂ©rĂŽme Momcilovic et AmĂ©lie Dubois, membres du comitĂ© de sĂ©lection de la compĂ©tition. Mardi 27 novembre Filmer expĂ©rience de vie/expĂ©rience de cinĂ©ma En clĂŽture des Rencontres rĂ©gionales de lâEducation Ă lâimage Il semble quâen documentaire, mais cela peut aussi ĂȘtre la mĂȘme chose en fiction, le choix de faire un film est parfois aussi celui de partager la vie dâautres ou synonyme dâimmersion dans un milieu particulier. Pour un temps le cinĂ©aste choisit de faire une autre expĂ©rience de vie que la sienne propre, jusquâĂ peut-ĂȘtre mĂȘme se mettre dans la peau dâun autre. DĂ©bat animĂ© par Christophe Postic, directeur artistique des Etats gĂ©nĂ©raux du Documentaire de Lussas, en compagnie des cinĂ©astes Denis Gheerbrant, Jean-Charles Hue, Marion Lary et Christophe Loizillon. Mercredi 28 novembre AprĂšs lâĂąge dâor des annĂ©es 70, que peut encore le cinĂ©ma dâhorreur ? Carpenter, Romero, Hooper, Friedkin, ces noms Ă©voquent les grandes heures du film dâhorreur amĂ©ricain. LâarrivĂ©e de Rob Zombie au dĂ©but des annĂ©es 2000 laisse penser que le film dâhorreur peut encore avoir de belles heures devant lui. Mais de quelles façons ? En jouant sur la redite, de la citation au remake, ou bien en sâaffranchissant des maĂźtres et en osant une imagerie nouvelle, sinon venue dâailleurs ? Ce forum, dans le cadre de la rĂ©trospective Rob Zombie, sera animĂ© par StĂ©phane du Mesnildot Cahiers du cinĂ©ma. Il rĂ©unira les critiques Jean-Baptiste Thoret, JĂ©rĂŽme Momcilovic, Gilles Esposito et Bastian Meiresonne. Vendredi 30 novembre La marge est-elle un contre pouvoir ? Pour rendre compte des travaux des professionnels du vendredi 30 novembre sur la question La marge estelle un contre pouvoir ?», une derniĂšre session de travail sera ouverte au public. Ce dĂ©bat sâinterrogera sur les diffĂ©rentes façons dâexister lorsque lâon appartient Ă la marge Que signifie et implique pratiquement et matĂ©riellement dâĂȘtre en marge ? Est-ce rĂ©ellement un lieu dâaction? Samedi 1er dĂ©cembre de 14h Ă 18h Dans le cadre de la programmation art press 40 ans de regard» nous invitons Catherine Millet, Dominique PaĂŻni et Dork Zabunyan Ă nous prĂ©senter et Ă commenter un choix dâĆuvres filmiques. Seront dans la salle pour rĂ©agir avec le public les artistes et cinĂ©astes Clarisse Hahn, ClĂ©ment Cogitore et Alain Fleischer, Ă©galement fondateur et directeur du Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Jacques Henric, photographe et Ă©crivain, Nicolas Surlapierre, conservateur des musĂ©es de Belfort, Jacky Evrard, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du festival CĂŽtĂ© Court ainsi que StĂ©phane Delorme, rĂ©dacteur en chef des Cahiers du cinĂ©ma. Cette sĂ©ance sera animĂ©e par Matthieu OrlĂ©an, chargĂ© des expositions temporaires de la CinĂ©mathĂšque française depuis 2003 LâintĂ©gralitĂ© des forums publics sera retransmise sur le site de Mediapart. SĂ©ances spĂ©ciales De lâart vidĂ©o aux oeuvres contemporaines, le regard dâune revue dâart sur les images animĂ©es 185 lâinfo part de lĂ Abonnez-vous 9 ⏠par mois DĂ©couvrez le journal pendant 15 jours pour 1 ⏠seulement Connectez-vous sur Une question ? [email protected] SĂ©ance de clĂŽture Avant-premiĂšre La Fille de nulle part Jean-Claude Brisseau Le nouveau long mĂ©trage de Jean-Claude Brisseau, La Fille de nulle part, est un Ă©mouvant retour aux sources. Le film est autoproduit, interprĂ©tĂ© par Brisseau, et essentiellement tournĂ© dans son propre appartement, un peu Ă la maniĂšre des films amateurs de ses dĂ©buts, et le numĂ©rique employĂ© pour la premiĂšre fois par Brisseau remplace le super 8. Le film fait penser Ă ces Ćuvres de cinĂ©astes qui nâont plus rien Ă prouver mais ont toujours soif dâexpĂ©rimentations, comme le rĂ©cent Twixt de Francis Ford Coppola. Le confinement du sujet la relation platonique entre un vieux professeur et une jeune fille sauvage et la modestie des moyens apparaissent, davantage quâun aveu de rĂ©signation, comme une authentique dĂ©monstration de rĂ©sistance politique et Ă©conomique, un vĂ©ritable manifeste de cinĂ©ma guĂ©rilla. Car tournage lĂ©ger et micro budget ne signifient pas amateurisme sous la direction dâun cinĂ©aste obsĂ©dĂ© par le style et la forme. Chez Brisseau tout est question de mise en scĂšne, et La Fille de nulle part est une vĂ©ritable leçon de cinĂ©ma, symptomatique de la fidĂ©litĂ© de Brisseau Ă certains prĂ©ceptes esthĂ©tiques de la Nouvelle Vague mais aussi du cinĂ©ma amĂ©ricain classique surtout Hitchcock. Si lâon retrouve les prĂ©occupations mystiques et morales du cinĂ©aste, avec 2012 / France / 91â / couleur InterprĂ©tation Jean-Claude Brisseau Michel, Virginie Legeay Dora, Claude Morel ScĂ©nario Jean-Claude Brisseau DĂ©cors, montage Maria-Luisa Garcia Image David Chambille Production La SorciĂšre rouge Jean-Claude Brisseau de nouveau des incursions du cĂŽtĂ© du paranormal et du spiritisme, La Fille de nulle part sâenrichit dâune surprenante dimension Ă©motionnelle qui le fait Ă©chapper Ă un simple exposĂ© thĂ©orique. Avec le portrait de cet homme vieillissant, misanthrope et idĂ©aliste, Brisseau se livre Ă une Ă©trange confession intime, sacrifiant pour la premiĂšre fois Ă lâautobiographie, sans renoncer Ă sa passion pour le romanesque. Olivier PĂšre DĂ©lĂ©guĂ© GĂ©nĂ©ral du Festival de Locarno, oĂč le film a obtenu cette annĂ©e la rĂ©compense suprĂȘme, le LĂ©opard dâor SĂ©ances spĂ©ciales Professeur de maths Ă la retraite, Michel vit seul depuis le dĂ©cĂšs de sa femme. Il travaille sur un livre qui dĂ©nonce le monde dâillusions» dans lequel on vit. Un jour, une fille se fait tabasser dans les escaliers. Il lui ouvre sa porte, la soigne, lâhĂ©berge. Ă peine sâest-elle installĂ©e que le vieil appartement devient le lieu dâĂ©vĂ©nements Ă©tranges⊠Sortie en salle 6 fĂ©vrier 2013 187 Offre DĂ©COUverte pOUr 24,90 eUrOs seUlement 6 mOIs -30%! numĂ©ro disponible en achat Ă lâunitĂ© sur OUI, je mâabonne aux Cahiers du cinĂ©ma î« 6 mois 6 numĂ©ros pour 24,90 ⏠au lieu de 35,40 ⏠mes coordonnĂ©es î« M. î« Mme nom adresse code postale tĂ©lĂ©phone e-mail CDCBELF2012 prĂ©nom ville Je joins mon rĂšglement par Date et signature obligatoires î« chĂšque bancaire ou postal Ă lâordre des Cahiers du cinĂ©ma î« carte bancaire n° î« î« î« expire le Les trois derniers chiffres du numĂ©ro inscrit au dos de votre carte prĂšs de la signature Prix de vente du no 5,90 âŹ. Offre rĂ©servĂ©e aux nouveaux abonnĂ©s, valable en France mĂ©tropolitaine, jusquâau 31/12/2012. Dom-Tom et Ă©tranger, nous contacter au +33 03 44 31 80 48 de 8 h 30 Ă 18 h 00, heure française. Vous vous abonnez aux Cahiers du cinĂ©ma vos nom, prĂ©nom et adresse sont communiquĂ©s Ă nos services internes et, le cas Ă©chĂ©ant, plus tard, Ă quelques publications partenaires, sauf avis contraire de votre part. Si vous ne souhaitez pas recevoir de propositions de ces publications, merci de nous le signaler en cochant la case ci-contre. î« Le Festival câest aussi⊠Chaque matin, les salles sâouvrent aux publics scolaires. Les collĂšges, lycĂ©es, Ă©tablissements du supĂ©rieur et Ă©coles primaires de lâAire urbaine ont accĂšs Ă des sĂ©ances de projection Ă la carte, Ă partir dâune liste de films issus de la programmation. Les SĂ©ance maternelles Une sĂ©ance de court mĂ©trage pour les tout-petits, autour du cirque, Ă©laborĂ©e avec le service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française. âą Notes On The Circus Jonas Mekas, 1966, extrait de 3 minutes âą Le Cirque joyeux Jiri Trnka, 1951, 14â âą Le Cirque de Calder Carlos VilardebĂł,1961, 17â âą Le Cirque sous les Ă©toiles Wlodzimierz Haupe, 1954, 14â Les ateliers du service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française Pour les classes de primaire, autour du film Une vie de chat voir page 136, sur le thĂšme Un chat de cinĂ©ma ». Le service pĂ©dagogique de la CinĂ©mathĂšque française accompagne enfants, adolescents et adultes dans leur dĂ©couverte du cinĂ©ma, sur le temps libre comme sur le temps scolaire ; des ateliers sont imaginĂ©s pour favoriser la formation du regard ou initier Ă la pratique cinĂ©matographique. Ainsi, lâatelier du chat au cinĂ©ma en Ă©cho au livre qui lui est consacrĂ© dans la collection Atelier cinĂ©ma » permet-il de dĂ©couvrir toutes sortes de chats en mouvement, en prise de vues rĂ©elles ou dessinĂ©es. Depuis les premiers films des opĂ©rateurs LumiĂšre jusquâĂ Une vie de chat, quâil soit filmĂ© dans sa vie quotidienne ou quâil devienne le hĂ©ros dâune histoire dâespionnage, le chat nâen fait quâĂ sa tĂȘte. MĂȘme si ce nâest pas toujours facile, les rĂ©alisateurs ne se lassent pas de le filmer en train de jouer, de faire des acrobaties, ou encore de dormir, tout simplement. Animal mythique et mystĂ©rieux, le chat sait trĂšs bien jouer les stars ! Câest ce que les enfants dĂ©couvrent au fil des films de lâatelier, en dialoguant avec un confĂ©rencier du service pĂ©dagogique. Pour les lycĂ©ens des classes cinĂ©ma-audiovisuel terminale Deux confĂ©rences complĂštent la programmation autour de To Be or Not to Be dâErnst Lubitsch, animĂ©es par Jean Narboni et Emmanuel Burdeau, critiques et historiens du cinĂ©ma. Dimanche 25 novembre DJ Set C kan kon kouch ?» Ă la salle des fĂȘtes. La piste de danse, le dance floor », lieu de circulation des Ă©nergies, de croisement des regards, de frĂŽlement des peaux, sera le point de rencontre idĂ©al pour les danseurs qui sauront donner le meilleur dâeux-mĂȘmes. Sur des musiques oĂč le rythme et les mots se devront dâĂȘtre sensuels, les corps opĂ©reront, peut-ĂȘtre, un rapprochement tout lubitschien ». SĂ©ances spĂ©ciales Les afters » Le jeudi 1er dĂ©cembre Show case dâAlex Beaupain, parrain du Prix One+One, Ă La PoudriĂšre 189 Lâaffiche 2012 L'affiche 2012 Nine Antico est illustratrice et auteur de bande dessinĂ©es. Elle a collaborĂ© ou collabore avec les magazines Discobabel, Minimum RockânâRoll, Nova Magazine, Trax, Rendez-Vous Magazine, Jhon Magazine, NeverEnding, Double et Muteen. Parmi ses bandes dessinĂ©es Le GoĂ»t du paradis 2008, Coney Island Baby 2010, Girls Donât Cry 2010, Tonight 2012 191 Bande annonce 2012 Bande annonce 2012 We are legion ClĂ©ment Cogitore AprĂšs des Ă©tudes Ă lâEcole supĂ©rieure des arts dĂ©coratifs de Strasbourg, et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, ClĂ©ment Cogitore dĂ©veloppe une pratique Ă mi-chemin entre cinĂ©ma et art contemporain. MĂȘlant films, vidĂ©os, installations et photographies, son travail questionne les modalitĂ©s de cohabitation des hommes avec leurs images. Il y est le plus souvent question de rituels, de mĂ©moire collective, de figuration du sacrĂ© ainsi que dâune certaine idĂ©e de la permĂ©abilitĂ© des mondes. Ses films ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s dans de nombreux festivals internationaux Quinzaine des rĂ©alisateurs Cannes, festivals de Locarno, Lisbonne, MontrĂ©al... et ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s Ă plusieurs reprises. Son travail a Ă©galement Ă©tĂ© projetĂ© et exposĂ© dans de nombreux musĂ©es et centre dâarts Palais de Tokyo, Centre Georges Pompidou Paris, Haus der Kultur der Welt - Berlin, Museum of fine arts - Boston.... NĂ© en 1983 Ă Colmar, ClĂ©ment Cogitore est actuellement pensionnaire de lâAcadĂ©mie de France Ă Rome-Villa MĂ©dicis. CrĂ©dits Bande-annonce 2012 We are Legion Image AĂŻdan Olbrist Musique Martin Wheeler Collaboration artistique Gauthier Sibillat Remerciements GrĂ©gory JĂ©rĂŽme, Armin Zoghi Filmographie âą Un archipel - 2012 - 11 min Prod GREC/France 2 65e International Locarno Film festival âą Bielutine - Dans le jardin du temps - 2011 - 35 min - Prod Seppia - Arte Quinzaine des rĂ©alisateurs, Cannes 2011 EntreVues 2012 Prix du FIDLAB, Marseille 2010 âą Parmi Nous - 2011 - 30 min - Prod Kazak avec la participation de France 2 Grand prix europĂ©en des premiers films, Fondation Vevey 2010 Best film award - Belo Horizonte international film festival Best cinematography award - Lucania international film festival âą VisitĂ©s- 2007 - 18 min - Prod Le Fresnoy - Le DeuxiĂšme souffle 60e Locarno International film festival Prix du Jury - Festival international du film de VendĂŽme Best Cinematography award - Belgrade international film festival âą Chroniques - 2006 - 30 min- Prod GREC Grand prix mention spĂ©ciale EntreVues Belfort Prix du centre des Ă©critures cinĂ©matographiques, Festival des Ă©crans documentaires, Arcueil Prix de la fondation Beaumarchais, SACD 193 INDEX 7h58 ce samedi-lĂ 130 A A Story For the Modlins 36 Agent Trouble 62 Albatros Lâ 58 Andy Warhol Exploding Plastic Inevitable 134 Annonce faite Ă Marie Lâ 157 Ape 21 Argent Lâ 118 As Ondas 37 Aux bains de la reine 37 Avanti ! 100 Aventures de Robin des Bois Les 136 Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks Les 139 B Bonsoir 64 Broken Specs 38 C Casa Nostra 173 Cassette La 122 Charly 165 Chatte Ă deux tĂȘtes La 163 Chatte des montagnes La 87 CitĂ© de lâindicible peur La 55 Cleveland contre Wall Street 144 ComĂ©die de Dieu La 158 Coquillettes Les 45 CoĂ»te que coĂ»te 124 D De lâaube Ă minuit 107 DĂ©livrance 134 Dernier MĂ©tro Le 101 Destruccion del orden vigente La 25 Dipso 22 Dollar Dance 134 Du rififi chez les hommes 112 E East Hastings Pharmacy 38 EnchaĂźnĂ©s Les 99 Enfant Lâ 128 Enfant cheval Lâ 166 Ăvangile selon Saint Matthieu Lâ 152 Ăventail de Lady Windermere Lâ 88 Everybody In Our Family 23 194 F Farceur Le 68 Fille de nulle part La 185 Film socialisme 145 FlorariĂ y Edecanes 39 Folle IngĂ©nue La 93 G Goodbye South, Goodbye 125 Goonies Les 136 Grande Lessive La 56 Grandeur et dĂ©cadence dâun petit commerce de cinĂ©ma 119 H Halloween John Carpenter 80 Halloween Rob Zombie 81 Halloween 2 81 Haute pĂšgre 89 Histoire du Japon racontĂ©e par une hĂŽtesse de bar 115 I I Love Dollars 120 Ăle nue Lâ 69 In April The Following Year, There Was a Fire 24 Inconsolable Lâ 162 IndiscrĂ©tions 97 Inflation 134 Insomniaques Les 66 Itâs a Free World⊠143 ItinĂ©raire de Jean Bricard 162 J Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi 25 Je veux seulement que vous mâaimiez 117 Jubilada La 44 K Keep a Tidy Soul 39 L Leviathan 27 Lighthouse 40 Litan 60 M Ma belle gosse 29 Maison des mille morts La 76 Marseille la nuit 41 Martha in memoriam 68 Memories Look At Me 30 Mentor Le 67 Meurtre dans un jardin anglais 156 MiraculĂ© Le 61 N Night Replay 31 No 175 No Comment 145 Noir comme le souvenir 65 Nos amis de la banque 141 Nos vies heureuses 177 Nuit remue La 40 O O Dom das lagrimas 41 O som ao redor 32 On achĂšve bien les chevaux 114 Opinion publique Lâ 95 Or des mers Lâ 109 OrlĂ©ans 33 Ovos de dinossauro na sala de estar 42 P Paradis dĂ©fendu 94 Pont des Arts Le 164 Q Quelque chose dâorganique 160 R Rainbow Dance 134 Raining Stones 121 Raisins de la colĂšre Les 140 Rapaces Les 108 RĂ©crĂ©ations 172 RĂšgle du jeu La 96 RĂ©vĂ©lations 127 RiviĂšre dâargent La 136, 142 Roberte 155 Rue de la honte La 113 S Salvajes Los 28 Sauvetage 68 SĂ©rĂ©nade Ă trois 90 Sicilia ! 162 Silver Rush 134 Solo 57 Stalingrad Lovers 34 T Temps modernes Les 136 The Devilâs Rejects 77 The Haunted World of El Superbeasto 75 The Meaning of Style 42 The Palm Beach Story 98 To Be or Not To Be 92 Tower 35 TrĂ©sor de la Sierra Madre Le 110 Trois Cousins Les 133 Trypps 5 Dubai 134 U Umberto D. 111 Un couple 53 Un drĂŽle de paroissien 54 Un linceul nâa pas de poche 59 Un mito antropologico televisivo 43 Un monde agitĂ© 161 Un plan simple 126 Une poste Ă la Courneuve 123 Une sale histoire 153 Une simple histoire 133 Une vie de chat 136 Une vraie jeune fille 154 V Veuve joyeuse La 91 Vie de JĂ©sus La 159 Vie sans principe La 131 Vilaine fille mauvais garçon 43 Ville Ă vendre 63 Voisin de cellule 68 W Welfare 116 Y Yella 129 CrĂ©dits photos Collections particuliĂšres / 1, 5, 9, 11, 13, 16, 17, 21 Ă 28, 29a, 30 Ă 44, 45a, 49, 53 Ă 57, 59 Ă 61, 63 Ă 65, 68, 69, 70 Ă 93, 94b, 95 Ă 101, 106 Ă 108, 110 Ă 117, 119 Ă 132, 134, 136, 137, 139 Ă 144, 145a, 146-147, 152 Ă 154, 158, 159, 161-162, 164 Ă 167, 172, 173, 175, 177, 185 Collection BIFI / 46-47, 48, 58, 62, 102-103, 104, 118, 157, 160, 163 Collection Jean-Pierre Mocky 50, 51, 66, 67 CinĂ©mathĂšque française 109 ClĂ©ment Cogitore 191 Vincent Courtois 29b, 45b Jean-Patrick Di Silvestro 171 Films du Losange 155 Independencia 145b MCC/Didier Plowy 7 National Film Archive London 94a Dominique PaĂŻni 149, 150 FrĂ©dĂ©ric Stucin 18 b e l f O r t â 2 7 e f e s t i Va l D u f i l m 2 4 N O V e m b r e 2 D Ă c e m b r e 2 012 Le festival EntreVues est organisĂ© par la Ville de Belfort, CinĂ©mas dâaujourdhui / Direction de lâAction culturelle Maire adjoint Ă la culture Robert Belot PrĂ©sident Ă©tienne Butzbach DĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale et directrice artistique Catherine Bizern SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale MichĂšle Demange Le festival reçoit le soutien de Sous les auspices de l'Union Latine LOGO PARTENARIAT Le festival remercie tous ses partenaires contribuant au dĂ©veloppement de la manifestation
Accueil > news tv NEWS TV samedi 20 aoĂ»t 2022 1625 Un si grand soleil spoiler Myriam assassinĂ©e, Manu plongĂ© en plein trafic de drogue... les rĂ©sumĂ©s en avance des Ă©pisodes du 22 au 26 aoĂ»t 2022 sur France 2 France 2 propose son feuilleton quotidien Un si grand soleil du lundi au vendredi aux alentours de 20h45. Le soap dĂ©roule ses intrigues et ... 1546 Philippe CaveriviĂšre Fort Boyard monte en puissance son arrivĂ©e sur M6 Ă la rentrĂ©e, son maintien avec LĂ©a SalamĂ© sur France 2 Ce samedi 20 aoĂ»t 2022, France 2 proposera en prime un nouveau numĂ©ro de Fort Boyard . Parmi les participants de cette Ă©dition Messmer, ... 1508 Top Models / Amour Gloire et BeautĂ© Finn apprend qui est son vrai pĂšre biologique, un nouveau scandale, les moments forts des Ă©pisodes du 22 au 26 aoĂ»t 2022 sur RTL9 Du lundi au vendredi Ă 18h50, RTL9 met Ă lâantenne un Ă©pisode inĂ©dit de Top Models en parallĂšle Ă la diffusion sur France 2. Le soap amĂ©ricain met en ... 1429 Fort Boyard, les candidats du 20 aoĂ»t 2022 Moussa Koh-Lanta, Vaimalama Chaves, Messmer, Caroline Margeridon⊠un choix cornĂ©lien pour Le PĂšre Fouras sur France 2 Ce samedi 20 aoĂ»t 2022, Olivier Minne prendra les commandes dâune nouvelle Ă©dition de Fort Boyard en prime sur France 2. Dans ce huitiĂšme numĂ©ro ... 1351 Plus belle la vie spoiler Justine suspectĂ©e par Baptiste, Mirta trahie... semaine Ă scandales sur France 3 Les idylles planent sur la place du Mistral dans Plus belle la vie . En effet, Romain et Vanessa tentent de couler des jours heureux alors que ... 1312 Les MystĂšres de lâamour Mallaury Nataf dans la rue ? LâinquiĂ©tude de Jean-Luc Azoulay Dans les annĂ©es 90, Mallaury Nataf a Ă©tĂ© lâhĂ©roĂŻne du Miel et les abeilles sur TF1. En plein succĂšs, la comĂ©dienne a fait le choix de quitter les ... 1234 Les feux de lâamour les moments forts des Ă©pisodes du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022 sur TF1 Du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022, les inconditionnels tĂ©lĂ©spectateurs des Feux de lâamour ont rendez-vous avec les familles Newman et Abbott Ă ... 1155 BFMTV Bourdin et Polony supprimĂ©s, Apolline de Malherbe en face Ă face, Yves Calvi rallongĂ©, AurĂ©lie Casse en prime... tout ce qui va changer Ă la rentrĂ©e Au cours de la saison 2021/2022, BFMTV a assis son statut de premiĂšre chaĂźne info de France au dĂ©triment de CNews, LCI et franceinfo. Le canal 15 de ... 1125 OPJ France 3 dĂ©cĂšs de Marion Campan, interprĂšte de la mĂ©decin lĂ©giste JosĂ©phine Fleury La famille dâ OPJ , sĂ©rie diffusĂ©e par France 3 et RĂ©union PremiĂšre, en deuil. La comĂ©dienne Marion Campan, qui interprĂ©tait JosĂ©phine Fleury, la ... 1117 Ici tout commence spoiler CharlĂšne sous le choc, Clotilde accable Laetitia, Annabelle Cardone de retour Ă lâInstitut⊠semaine explosive sur TF1 Sur la semaine du lundi 22 au vendredi 26 aoĂ»t 2022 dans Ici tout commence sur TF1, CharlĂšne Pola Petrenko va finir par pardonner Ă Louis ... 1045 Des chiffres et des lettres le jeu culte en pleine tempĂȘte, une fin dĂ©jĂ programmĂ©e par France 3 ? Depuis 2006, France 3 se charge de diffuser Des chiffres et des lettres . Le jeu culte, emmenĂ© par Laurent Romejko, nây sera plus programmĂ© Ă un ... 1015 Les 12 coups de midi la premiĂšre Ă©toile mystĂ©rieuse de Jade dĂ©voilĂ©e ce samedi 20 aoĂ»t 2022 sur TF1 ? AprĂšs avoir fait ses belles heures avec Attention Ă la marche, Jean-Luc Reichmann a pris les commandes des 12 coups de midi en 2010 sur TF1. Une ... 0950 Demain nous appartient spoiler une famille de personnages va disparaĂźtre sur TF1 Ă lâaube de la saison 2021/2022, Demain nous appartient a fĂȘtĂ© son Ă©pisode. TF1 en a profitĂ© pour renouveler sa bande de personnages. ... 0925 LCI Darius Rochebin explose, il propulse la chaĂźne de TF1 leader devant BFMTV et CNews Lors de la saison 2020/2021, CNews a signĂ© une percĂ©e historique dâaudience. Ă coups de records, le canal 16 de la TNT est parvenu Ă ravir Ă LCI la ... 0911 Audiences TV prime vendredi 19 aoĂ»t 2022 Capitaine Marleau France 2 Ă©crase Good singers TF1, Babysitting déçoit M6 Capitaine Marleau , dont France 2 a revu la programmation en urgence, sâest hissĂ©e large leader des audiences de premiĂšre partie de soirĂ©e le ... 0800 Programme TV de ce soir samedi 20 aoĂ»t 2022 The Voice Kids TF1, la suite de The Lost symbol M6, Le masque de fer le secret enfin rĂ©vĂ©lĂ© RMC Story... Tour dâhorizon des programmes proposĂ©s par les diffĂ©rentes chaines de la TNT ce soir en prime time. Lâoccasion de prĂ©parer son plateau TV. SoirĂ©e TV ... vendredi 19 aoĂ»t 2022 1947 Capitaine Marleau dĂ©programmĂ©e France 2 supprime en urgence un Ă©pisode de la sĂ©rie avec Corinne Masiero En ce mois dâaoĂ»t 2022, France 2 mise sur des Ă©pisodes en rediffusion de Capitaine Marleau pour occuper ses tĂ©lĂ©spectateurs le vendredi en premiĂšre ... 1937 Plus belle la vie spoiler les rĂ©sumĂ©s des Ă©pisodes jusquâau 9 septembre 2022 sur France 3 avec Lola en grand danger Lâidylle de Romain Simon Ehrlacher prend une autre tournure dans Plus belle la vie . En effet, le voyage prend des allures de sĂ©questration. Le ... 1923 Un si grand soleil en avance Alex fou de rage, Marc sâeffondre Ă la mort de Myriam Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur France 2 La santĂ© de Jacques Mourre a mis Louis dans un Ă©tat second dans Un si grand soleil . Lâadolescent a voulu se venger de la compagne de son pĂšre. ... 1906 Vendredi tout est permis du 19 aoĂ»t 2022 Bruno Guillon, Camille Cerf, LĂ©a Djadja⊠en mode âVintageâ, un Ă©chec inĂ©vitable pour Arthur sur TF1 ? Ce vendredi 19 aoĂ»t 2022, Ă 23h40, juste aprĂšs le second numĂ©ro de Good Singers avec Chris Marques en prime, TF1 proposera une Ă©dition inĂ©dite de ... 1839 Demain nous appartient spoiler le choc Tristan / Gaspard, Sophie balance... rĂ©sumĂ© en avance de lâĂ©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1 Dans Demain nous appartient le lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1, Tristan suspecte Gaspard dâĂȘtre le braqueur au masque de clown. Aurore apprend le ... 1812 LâHeure des pros retour imminent pour Pascal Praud sur CNews, Eliot Deval se rĂ©volte Depuis le 11 juillet 2022, Eliot Deval est aux manettes de LâHeure des Pros sur CNews. Le journaliste remplace Pascal Praud, parti en vacances. ... 1745 Un si grand soleil spoiler Virgile dĂ©laisse Alix, Akim en plein rĂšglement de comptes sur France 2 De nouvelles affaires attendent les policiers dans Un si grand soleil . En effet, la mort de Myriam ouvre une enquĂȘte autour dâun cambriolage qui ... 1718 Nâoubliez pas les paroles dĂ©part pour Nagui, fin actĂ©e pour la maestro Natasha sur France 2 Ce jeudi 18 aoĂ»t 2022, dans le premier numĂ©ro de Nâoubliez pas les paroles , Natasha affrontait Simon. Ce candidat Ă©tait dĂ©jĂ venu dans lâĂ©mission oĂč ... 1651 Plus belle la vie en avance Simon entre la vie et la mort, Ămilie gĂąche le plan de Romain Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur France 3 Les incendies mettent les pompiers sous pression dans Plus belle la vie . Ariane sâest mĂȘme inquiĂ©tĂ©e pour Ăric, avec la ferme de Simon. Le pire ... 1624 Le ChĂąteau de mes rĂȘves la fin pour Nina et Mahdi, les adieux de Christelle et Marty sur M6 Si la plupart de ses concurrentes ont optĂ© pour des rediffusions, M6 a jouĂ© la carte de la nouveautĂ© en cet Ă©tĂ© 2022. La chaĂźne privĂ©e a dĂ©gainĂ© une ... 1557 Un si grand soleil spoiler Louis dĂ©vastĂ©, la proposition inattendue de Christophe sur France 2 La mort de Myriam Pauline Paolini bouleverse lâensemble de ses proches dans Un si grand soleil . En effet, le directrice de L CosmĂ©tiques est ... 1532 Ici tout commence spoiler pourquoi Teyssier Benjamin Baroche a disparu sur TF1 ? Prochainement dans Ici tout commence sur TF1, Louis Fabian Wolfrom et CharlĂšne Pola Petrenko vont se fiancer, au grand dam de Teyssier. ... 1455 JT 20H le dĂ©part de Julien Benedetto, Karine Baste jubile sur France 2 Ce jeudi 18 aoĂ»t 2022, Karine Baste a ouvert le JT de 20H de France 2 sur les six morts et vingt blessĂ©s en Corse aprĂšs les violents orages. Suite ... 1421 Ici tout commence spoiler Deva humiliĂ©e, Lisandro explose aprĂšs une menace Ă lâInstitut sur TF1 Prochainement dans Ici tout commence sur TF1, Louis Fabian Wolfrom et Jasmine Zoi Severin ont eu un moment dâĂ©garement et se sont embrassĂ©s. ... 1345 France 2 changement inattendu pour Faustine Bollaert, Sophie Davant prend sa place Depuis le lundi 15 aoĂ»t 2022, Ăa commence aujourdâhui a Ă©tĂ© privĂ© de diffusion sur France 2. Le programme animĂ© par Faustine Bollaert a Ă©tĂ© remplacĂ© ... 1315 Ici tout commence spoiler CharlĂšne pardonne Ă Louis, Laetitia perturbĂ©e⊠rĂ©sumĂ© en avance de lâĂ©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1 Dans lâĂ©pisode dâ Ici tout commence , programmĂ© le lundi 22 aoĂ»t 2022 Ă 18h30 sur TF1, CharlĂšne Pola Petrenko est toujours en colĂšre contre Louis et ... 1244 Camping Paradis Laurent Ournac poussĂ© au dĂ©part, un remplacement annoncĂ© sur TF1 TF1 a profitĂ© de la pĂ©riode estivale pour renforcer la prĂ©sence de Camping Paradis sur son antenne. La sĂ©rie de Laurent Ournac a Ă©tĂ© choisie pour ... 1215 Les MystĂšres de lâamour spoiler accident tragique pour Olga et Jimmy, une fin inĂ©vitable sur TMC ? En cette pĂ©riode estivale, TMC a suspendu les inĂ©dits des MystĂšres de lâamour . La sĂ©rie dâHĂ©lĂšne RollĂšs a Ă©tĂ© cantonnĂ©e Ă des rediffusions, programmĂ©es ... 1145 JT 13H Jean-Baptiste Marteau sâen va, la surprenante dĂ©cision de France 2 En cette pĂ©riode estivale, les stars de lâinformation ont pris leurs distances avec le petit Ă©cran. Câest le cas de Marie-Sophie Lacarrau et Julian ... 1117 Demain nous appartient spoiler Tristan tuĂ© par le braqueur au masque de clown sur TF1 ? De nouveaux drames ont secouĂ© Demain nous appartient en cette mi-aoĂ»t 2022 sur TF1. Un mystĂ©rieux individu, arborant un masque de clown, a braquĂ© ... 1045 TĂ©lĂ©matin Axel de TarlĂ© dĂ©chaĂźnĂ© avant son dĂ©part, France 2 en alerte DĂ©but juillet 2021, Laurent Bignolas a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par France 2 de la prĂ©sentation de TĂ©lĂ©matin. La chaĂźne publique en a profitĂ© pour lancer, quelques ... 1029 Les feux de lâamour en avance Chelsea dĂ©boussolĂ©e, Sharon intervient Ă©pisode du lundi 22 aoĂ»t 2022 Les tĂ©lĂ©spectateurs ont rendez-vous avec un nouvel Ă©pisode des Feux de lâamour ce lundi 22 aoĂ»t 2022 sur TF1. Les aventures des habitants de Genoa ... 1015 Les 12 coups de midi Jade en Ă©chec, TF1 sâaffole, lâĂ©toile mystĂ©rieuse dĂ©voilĂ©e ce vendredi 19 aoĂ»t 2022 ? TF1 misait sur une nouvelle Ă©dition des 12 coups de midi le jeudi 18 aoĂ»t 2022. Le jeu, produit par Endemol et orchestrĂ© par Jean-Luc Reichmann ... 0949 Demain nous appartient spoiler Gaspard est-il le braqueur au masque de clown sur TF1 ? Ce vendredi 19 aoĂ»t 2022, TF1 clĂŽturera la semaine de Demain nous appartient en access prime time. LâenquĂȘte sur le braqueur au masque de clown ... 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ⊠250
Nans et Mouts voyagent en partant de zĂ©ro en pleine nature, sans vĂȘtement et sans argent. Munis de leurs deux camĂ©ras paluches fixĂ©es Ă un baluchon quâils portent Ă lâĂ©paule, Nans et Mouts filment spontanĂ©ment leurs voyages. suivez ce programme Nus & culottĂ©s Objectif La RĂ©union diffusĂ© le 25/07 52 min Nus & culottĂ©s S6 E1 - Objectif MontrĂ©al publiĂ© le 04/07 52 min Nus & culottĂ©s S4 E3 - Objectif Irlande publiĂ© le 04/07 52 min Nus & culottĂ©s Objectif Italie publiĂ© le 04/07 51 min Carnets de voyage EchappĂ©es bellesDes trains pas comme les autresRendez-vous en terre inconnueLes 100 lieux qu'il faut voirLes routes de l'impossibleDes Racines et Des AilesThalassaFaut pas rĂȘverEst-il possible de repartir de zĂ©ro en pleine nature, sans vĂȘtement et sans argent, pour ensuite rĂ©aliser un rĂȘve dâenfant grĂące Ă l'Ă©change, au troc et Ă la gĂ©nĂ©rositĂ© des personnes rencontrĂ©es sur le chemin ? Munis de leurs deux camĂ©ras paluches fixĂ©es Ă un baluchon quâils portent Ă lâĂ©paule, Nans et Mouts filment spontanĂ©ment leurs voyages et laissent libre cours Ă la rencontre, Ă lâinattendu et Ă lâ les vidĂ©osnous contacter aide et contact contactez-nous par tĂ©lĂ©phone, courrier, email ou facebook. du lundi au vendredi de 09h00 Ă 18h00. TĂ©lĂ©charger l'application France tv
ï»żSortie originale 16 October 2013 Ăpisode prĂ©cĂ©dent S03E06 - Le Blue Bar Chilly-Mazarin NumĂ©ro S03E07 Pays France Genres Cuisine, TĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Le CarrĂ© du Port Marseille 636 membres Cette semaine, Philippe Etchebest se dĂ©place dans la citĂ© phocĂ©enne, Ă Marseille. Kevin et Nico sont deux jeunes hommes issus de la nuit marseillaise. Sans expĂ©rience de la restauration, ils ont acquis un petit restaurant qui donne sur le port de la ville. Totalement novices dans ce mĂ©tier, ils accumulent les erreurs de gestion et sont incapables de faire fonctionner leur Ă©tablissement. MalgrĂ© un trĂšs bel emplacement, leur terrasse reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide. Philippe va halluciner en observant les deux jeunes travailler Kevin partant faire des courses en plein service pour acheter des produits manquants ; Nico, le cuisinier, commençant sa mise en place Ă 13h et travaillant les pieds dans l'eau Ă cause d'une fuite⊠ScandalisĂ© par tant de nĂ©gligences, le Chef va poser un ultimatum aux deux garçons. Une semaine pour tout changer ou fermer l'Ă©tablissement ! Prochain Ă©pisode S03E08 - Le Bistrot du PĂ©lican Lille Contenu rĂ©servĂ© aux membres Si vous ĂȘtes un amateur de sĂ©ries, vous savez Ă quel point il est difficile de rester Ă jour simplement dans ses Ă©pisodes. Entre les semaines de vacances et les sĂ©ries qui reprennent sans prĂ©venir, c'est parfois un enfer. GrĂące Ă BetaSeries, vous pouvez enfin gĂ©rer vos sĂ©ries de A Ă Z De la gestion de votre planning et de vos films, en passant par la dĂ©couverte de nouvelles sĂ©ries... Tout cela entourĂ© de la communautĂ© BetaSeries ainsi que de vos amis, directement sur le site !
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